‹ Origène: cours d'éloquence sacrée ... 1867Chapitre 22 sur 54 · AUTORITÉ DE LA VERSION DE RU FIN · texte numérisé non relu

AUTORITÉ DE LA VERSION DE RU FIN

entraînement d'ailleurs facile à expliquer. Loin de se laisser prévenir contre Origène par les louanges des ariens, saint Grégoire de Nazianze et saint Basile firent un recueil des plus beaux passages de ses œuvres, sous le nom de Philocalie. Vers le même temps, saint Hilaire n'hésita pas à le prendre pour modèle dans la paraphrase des psaumes : il traduisit en latin ses commentaires sur Job et sur saint Matthieu, en quoi il fut suivi par saint Ambroise et par Eusèbe de Verceil. Quant à saint Grégoire de Nysse, il se familiarisa tellement avec les écrits du savant théologien, qu'on Taccusa même de lui avoir emprunté quelques erreurs. Enfin Didyme, l'un des successeurs d'Origène dans la chaire des catéchèses, écrivit des commentaires sur le Periarchon^ pour montrer que la doctrine de l'auteur est irrépréhensible ; et son témoignage a d'autant plus de force, que son sentiment sur la Trinité ne lui a jamais attiré de reproche (1). Voilà, certes, de puissantes garanties pour l'orthodoxie d'Origène ; etl'on voit d'après cela que les défiances excitées par les manœuvres des ariens n'allaient pas chez tous jusqu'à une accusation formelle. Cependant l'éveil était donné ; et il suffisait que la cause d'Origène eût été mêlée indirectement à celle d'Arius, pour qu'elle prit une couleur défavorable. Les objections de Méthodius trouvèrent de l'écho chez Pierre, évêque d'Alexandrie, et chez Eustathe d'Antioche, auxquels allaient succéder des adversaires plus dangereux encore pour la mémoire du catéchiste alexandrin.

Sans doute, Messieurs, il serait peu exact d'affirmer qu'Origène n'avait fourni aucun prétexte à de pareils rapprochements: bien que totalement dilférenle au fond, sa doctrine sur la Trinité offrait néanmoins, dans la forme, un air de ressemblance avec celle des ariens, par suite de la

(1) S. Jérôme : Didymus in Trinitate catholicos est. (ApoL contra Rufinum, 1. m.)

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manière si indiscrète et si dure dont il avait exprimé U subordination personnelle du Fils an Père : comme nous l'avons vu, il n'était pas trop difficile de se méprendre sur le s^is de ses paroles. Cependant l'opposition que soulevèrent plusieurs de ses écrits n'aurait jamais été aussi vive, sans quelques circonstances qui contribuèrent àl'augmeiiter. C'est la destinée ordinaire des (^ands hommes d'avoir des discipleâ qui copient leurs défauts en les exagérant, sans prendreleurs qualités, et des admirateurs qui se passionnent précisément pour ce qu'il y a de moins admirable dans les ouvrages du maître. Le tort qu'on peut reprocher à Origène, c'est une tendance trop idéaliste, un penchant à vouloir tout spiritualiser, et à réduire les faits historiques en allégories. Ce goût devint encore plus vif dans son école, où la manie de subtiliser ne tarda pas à enfanter des erreurs graves. On reprit, pour la pousser à l'extrême, sa méthode d'interprétation mystique, ses idées fort singulières sur la préexistence des âmes et leur chute dans les corps, sur le sort final des démons et des réprouvés ; on s'attacha même à des opinions qu'il avait positivement repoussées pendant sa vie. U se forma de la sorte tout un ensemble de doctrines qu'on lui attribua à tort ou à raison, et qui reçut le nom û'origénisme. Les moines du couvent de Nitrie, en Egypte, devinrent les soutiens les plus chauds et les propagateurs de ces idées. Or, comme il arrive fort souvent, la crainte de tomber dans un extrême en fit surgir un autre. Pour s'éloigner davantage d'un homme qu'ils regardaient comme le père de l'arianisme, plusieurs se crurent obligés de prendre en toutes choses le contrepied de son sentiment. En voulant éviter les spéculations périlleuses d'Origène, ils se rejetèrent dans un réalisme grossier, s'attachant à expliquer tous les textes de l'Ecriture au pied de la lettre, sans même tenir compte du style figuré ou métaphorique. Parmi les moines de Scélos en Egypte, il y en eut qui, dans leur répulsion

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