‹ Origène: cours d'éloquence sacrée ... 1867Chapitre 24 sur 54 · AUTORITÉ DB LA. VERSION DE RUFIN · texte numérisé non relu

AUTORITÉ DB LA. VERSION DE RUFIN

n^excuseraieni pas ceux de Tautre. Mais rallégationde Rufin est-elle bien fondée ? Nous possédons les 39 Homélies sur saint Luc traduites par saint JérAme ; or il est certain que Topinion d*Origène sur la préexistence des âmes et d*autres erreurs semblables y ont été fidèlement reproduites (1}. Cependant, comme Tillustre docteur se tait sur ce reproche dans sa défense contre Rufin, on peut croire qu'il s'était permis, lui aussi, bien qu'à un moindre degré, quelquesunes des libertés qu'il censurait si vivement chez le traducteur du Peinarchon. Tant il paraissait nécessaire à tous de châtier le langage de l'audacieux écrivain pour le faire accepter aux Latins, bien plus rigoureux que les Grecs sur la terminologie.

En résumé, Rufin n'a pas donné de raisons suffisantes à l'appui de ses procédés de retouche et de remaniement. Lors même qu'on admettrait son hypothèse sur les interpolations des hérétiques, sa méthode n'en deviendrait pas plus légitime. Dans ce cas, il eût fallu confronter plusieurs exemplaires du Periarchon^ pour juger du nombre et de rétendue des variantes, car il est impossible de supposer que le texte aurait pu être altéré à la fois et d*une façon identique dans tous les manuscrits. Au lieu de suivre cette règle de saine critique, que fait le traducteur ? Il retranche de son propre chef les passages qui lui semblent contraires à ce qu'Origène avait écrit ailleurs ; ou bien il les modifie pour les mettre d'accord avec des propositions parallèles. Voilà des licences que rien ne l'autorisait à prendre, sans compter que sa thèse sur l'adultération des écrits d'Origène reste à tout le moins fort douteuse. Rufin a quitté le vrai terrain de la défense, où s'étaient placés Eusèbe, Pamphile et Didyine. Loin de contester l'authenticité des textes qu'on leur opposait, ceux-ci les expliquaient dans un sens ortho-

(1) Voir en particulier les Homélies, 5, 14, 35, 39,

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dose, en s'appuyant, comme Riifin, sur d*autres endroits ou Origène explique plus clairement sa pensée. En effet, pour tout ce qui regarde la question de la Trinité, il est facile de montrer que le catéchiste alexandrin reste fidèle à la doctrine catholique, bien que sa terminologie soit parfois défectueuse. En somme, il n*y a, concernant la Trinité, que trois ou quatre textes du Periarchon, où saint Jérôme et Justinien ont trouvé un prétexte pour incriminer la doctrine d^Origène. Eh bien, même en acceptant la leçon qo^ils proposent, on n'éprouve pas la moindre difficulté à réfuter leurs objections. Quand Tauteur se refuse à dire que le Fils voit le Père et que le Saint-Esprit voit le Fils, il veut tout simplement exclure de Dieu la vision corporelle ; car tout le paragraphe où se trouvent ces paroles tend à montrer combien la nature divine l'emporte sur la substance des corps (i). Il en est de même des mots « bonté principale, » ou « puissance plus grande, » appliqués au Père : nous avons prouvé la dernière fois que, malgré leur étrangeté apparente, ils sont susceptibles d'un sens orthodoxe. Par là Origène désigne tantôt la bonté divine envisagée dans le Père comme principe du Fils, tantôt les effets divers delà puissance divine dans les différents ordres de la création. On peut lui reprocher un manque de précision dans les termes, quelques raffinements de subtilité, trop d'insistance à mettre en relief la subordination des personnes et leurs rapports d'origine ; mais au fond, sa doctrine est celle du concile de Nicée; et l'on n'a pas besoin, pour le défendre,de recourir aux suppositions maladroites de son traducteur.

(1) Periarehonf 1.1, c. i, n* 8; 1. II, c. iv, u« 3. Ici le contexte détruit manifestement l'objection de S. Jérôme; car, dans tout le premier chapitre du !•' livre, Origène n*a pas d'antre bnt que d'établir la spiritoaiité absolue de Dieu, par conséquent de montrer que Dieu ne saurait être tq à la façon des corps. Pour ne pas se méprendre sur le sens de ces paroles, il faut se rappeler que l'auteur veut dissiper les illusions grossières des anthropomorphites.

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