QUINZIÈME LEÇON
Idée et plan da Periarehon, — Origène se propose de construire une philosophie des dogmes, en réonissant les données de la foi, pour les ériger en système scientifique. — Gomment il formule la règle de la foi. — Degrés divers dans la connaissance des vérités révélées. — Les définitions de TEglise et le domaine des opinions libres. — Importance de cette distinction pour déterminer le point de vue où se place l'auteur. — Origène n*a pas songé un instant à contredire renseignement de TEglise sur un point quelconque. — Le Periarihon est le résumé de ses spéculations sur des matières qu'il regardait comme abandonnées au libre travail de la pensée humaine.
Messieurs,
Les iravaax d'Origëne sur TËcrilure sainte ne Tempechaient pas de remplir avec zèle les' fonctions de catéchiste ; ou pour mieux dire, c'était en grande partie, et sous une forme moins élémentaire, la reproduction écrite de son enseignement oral. A Tépoque où nous sommes arrivés, il avait déjà commencé sa fameuse édition des livres saints à plusieurs colonnes, entreprise qu'il poursuivit pendant vingt ans, et dont nous parlerons plus tard. On est vraiment surpris de voir combien d'occupations diverses il menait de front ; car ses études étaient sans cesse entrecoupées par les devoirs delà vie pratique. Sa renommée toujours croissante l'obligeait à étendre le cercle de son activité bien audelà de l'Ëglise d'Alexandrie. C'est ainsi qu'après son retour de Rome, il avait été appelé en Arabie par le gouverneur de cette province, désireux de s'instruire dans la doctrine au près d'un maître si distingué. Bien que le succès rapide de
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sa mission lui permît d'abréger son absence, il dut en résulter néanmoins une interruption de quelques semaines dans ses travaux habituels (1). Peu d'années après, nous le trouvons à Antioche, où Tavait fait venir Maméa, mère d'Alexandre Sévère, dans le but de mieux connaître la religion chrétienne, vers laquelle celte princesse se sentait attirée. Origène demeura quelque temps dans cette ville ; et* d'après le témoignage d*Ëuâèbe, son voyage produisit d'heureux effets (2). S'il Taut attribuer à l'influence de Maméa les dispositions bienveillantes d*Aletandre Sévère à l'égard du christianisme, nul doute que les leçons du catéchiste alexandrin n'aient puissamment contribuée créer une situation si favorable pour TÉglise. Dans l'intervalle qui sépare les deux voyages en Arabie et en Syrie, ses plans d*é' tude avaient été traversés par un événement d'un autre genre. Irrité contre les habitants d'Alexandrie, Caracalla avait ordonné de massacrer les principaux d'entre eux. Origène, ne se croyant plus en sûreté à Alexandrie ni dans le reste de TÉgypte, passa en Palestine et s'établit à Gésarée. Un incident, qui se rattache à ce séjour, fut la première occasion de ses démêlés avec Démétrius, son évoque.
Quoique Origène dirigeât depuis plusieurs années TEcole d'Alexandrie, il n'en était pas moins resté dans le rang des laïques. Ce fait ne laisse pas que de surprendre lorsqu'on réfléchit à Taustérilé de ses mœurs et au ministère qu'il exerçait avant tant de fruit. Faut-il admettre que, dès lors, son talent, ses succès, sa grande réputation avaient excité quelque jalousie parmi les prêtres d'Alexandrie, peut-être même dans l'esprit de l'évêque? L'acharnement avec lequel on le persécuta plus tard n'autorise que trop cette conjecture. Toujours est-il qu'à son arrivée en Palestine, il fut
(1) Easèbe, H. E., vi, 19. Ces mots Dux Arabiaif 6t^( 'ApaCiaç fj-pu- {iEvo(, ne peuvent s'entendre que du goayerneur de TArabie. («) Ibid,, VI, 21.