‹ Origène: cours d'éloquence sacrée ... 1867Chapitre 27 sur 54 · IDÉE ET PLAN DE L'OUVRAGK · texte numérisé non relu

IDÉE ET PLAN DE L'OUVRAGK

reçu avec la plus grande distinction par les évoques de la contrée, fiien qu'il n*€Ût pas encore été ordonné prôlre, ils le prièrent d'expliquer l'Ecriture sainte au peuple en pleine église. Démétrius s* en plaignit, dans la pensée que ses collègues voulaient lui donner par là une leçon indirecte. Mais Alexandre, évoque de Jérusalem, et Théocliste, évoque de Gésarée, lui répondirent en ces termes pour justifier leur conduite :

«Vous ajoutez dans vos lettres qu'iPest inou! que des laïques prêchent devant les évoques : en cela il nous semble que vous vous êtes manifestement trompé. Car lorsqu'on trouve des hommes capables d'édifier les frères par leurs discours, les évèques les engagent à parler au peuple. Ainsi à Larande, Néon a fail parler Evelpis ; à Icône, Celse a employé Paulin; à Synnade, Atlicus a demandé le concours de Théodore. C'étaient tous de saints personnages ; et il est à croire que la même chose se pratique ailleurs, bien que nous n'en ayons pas connaissance (1). » Démétrius ne se tint pas pour satisfait. Il rappela Origène par lettre, et lui envoya même des diacres d'Alexandrie pour hâter son retour. Docile aux injonctions de son évêque, le chef du Didascalée revint, à Alexandrie pour y reprendre ses études et ses occupations ordinaires ; mais il est évident que ce fâcheux épisode avait fait naître en eux un premier germe do mésintelligence ; et, comme nous le verrons dans la suite, les amis qu'Origène comptait en Palestine devaient pousser un jour ce relâchement des liens de Tamilié jusqu'à une rupture complète.

Cependant, loin de se décourager par ces indices d'une hostilité naissante, Origène redoubla d'ardeur dans Texercice de ses fonctions. Parallèlement à ses travaux sur les livres saints, il commença cette série d'écrits dogmatiques dont

(i) Ëusèbe, H. E., vi, 19.

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le PeriarcUon forme le résumé et le couronnement. Nul doute qu'on ne doive chercher également dans ces di?erses productions la substance des leçons orales qu'il donnait au Didascalée. Nous avons vu quels étaient Tesprit et le caractj^re de son enseignement. Montrer l'accord de la science avec la foi, de la religion chrétienne avec ce que la philosophie grecque a de vrai et de légitime, voilà le but constant des efforts d'Origèno, et le sens dans lequel il dirigeait le& études de ses disciples. En cela il ne faisait que suivre l'exemple de Clément son maître. Aussi donna-t-il à son tour le nom de Stromates aux dix livres où, comme le dit sainl Jérôme, « il comparait entre eux les sentiments des chrétiens et ceux des philosophes, en confirmant tous les dogmes de notre religion par des extraits de Platon et d'Aristote, de Numénius et de Cornutus(i). » Cette œuvre était doue analogue à celle de Clément, ce qui n'en rend la perte que plus sensible; car il eût été intéressant d'observer en quoi les deux Alexandrins se rapprochaient Tun de l'autre et par où ils différaient. Les citations de saint Jérôme prouvent que le titre de « Mélanges » ou « Tapisseries » était parfaitement approprié au but et à l'objet de cette composition. Origëney traitait les matières les plus diverses, au fur et à mesure que son sujet l'y amenait. Ainsi dans le 111* livre, il avait expliqué, comme il nous l'apprend au xm* de son Commentaire sur sinniJean, ces paroles de TEvangile de saint Matthieu : «Votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra {2). » Dans le Y" livre, il avait appliqué au Christ un texte du prophète Jérémie, d'après le témoignage de saint Jérôme (3). Le même écrivain nous a transmis deux passages du X' livre, dont l'un porte sur l'histoire de Suzanne, tandis que l'autre développe quelques versets de l'Épître aux Ga-

(1) s. Jérôme, Ep. 70, ad Magnum, n" 4.

(2) /n Joannem, XM, 45.

(3) S. Jérôme, in Jercmiam,]. iv. 2i,

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latcs (i). Il est permis d*en conclure qu'Origène, pas plus que* Clément, ne s^astreignait dans ses SCromates à un plan bien régulier. Tourmenté, comme son prédécesseur, du désir de mettre la philosophie grecque en harmonie avec la doctrine chrétienne, il parait avoir abusé, lui aussi, de ces rapprochements plus ingénieux que fondés. Saint Jérôme lui reproche d'avoir enseigné, au VI* livre des Stromates, que- Platon s'est rencontré avec l'Ecriture sainte en reconnaissant aux princes le droit de mentir quelquefois dans Tintérôt de la patrie. Certes, la diplomatie tant moderne qu*ancienne ne ' s^est pas fait faute de mettre cette maxime en* pratique : et si Origène avait voulu réellement absoudre un^ tel manque déloyauté, il mériterait un blâme sévère; car,, malgré tout ce qu'on a pu dire là-dessus, il n'y a pas deux morales, l'une pour les princes, l'autre pour les particuliers. Mais, en rappelant à ce sujet les exemples de Judith et d'Esther, l'auteur montre assez qu'il ne prétend pas justifier le mensonge ; sa proposition se réduit à excuser certaines réticences nécessaires qui ne sont pas le contrepied de la vérité (2). 11 est impossible de porter un jugement plus ap^ profondi sur un ouvrage dont nogs ne connaissons que Tidée générale : en tout cas, les citations que je viens de résumer ne suffisent pas pour motiver la censure amère de saint Jérôme.

Si les Stromates d'Origène sont une imitation du livre de Clément, on n'en saurait dire autant du Periarchon, qui n'avait pas de modèle dans l'histoire de la littérature chrétienne. Parmi toutes les œuvres du savant catéchiste, c'est assurément la plus originale, celle qui nous révèle le mieux ce haut et puissant esprit. Clément avait bien établi d'une manière générale les rapports de la science avec la foi ; à

(1) S. Jérôme, in Danielem, c. xui. /» £p. ad GalataSi praefat.; item,, 1. m.

(2) S. Jérôme, I. i, contra Ruf,

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cet égard, Origène ne pou?aii que développer les principes énoncés par son maître. Mais, malgré la gradation logique de ses trois principaux ouvrages. Clément ne s*était pas élevé jusqu'à Tidée d'une philosophie de la foi ou d*uQe théologie exposée avec ensemble et d'après un plan systématique; ou du moins, cette idée, il ne Tavait pas mise à exécution. Ses Stromales contenaient, il est vrai, les éléments d'un tel travail, mais disséminés çà et là, sans ordre ni liaison intime. 11 était réservé à son disciple de les réunir et de les coordonner entre eux, pour en former un tout organique dont les diverses parties se rattachent et s*enchaînent Tune à Tautre. Voilà le mérite d'Origène : il est le premier qui ait tenté de faire ce qu'on appellerait aujourd'hui une philosophie des dogmes, ou une somme théologique embrassant les données de la révélation dans un seul et même ouvrage, suivant les lois fondamentales de la pensée et du raisonnement. Tel est le caractère du Periarchon : les vérités révélées s'y trouvent réduites en système, de telle façon que chacune d'elles se relie à la précédente^ comme la conséquence au principe ou réci* proquement. C'est par là que ce livre a fait époque, dans l'histoire de l'éloquence chrétienne : malgré ses défauts, il y occupe, relativement aux idées, la même place que la Cité de Dieu de saint Auguslin par rapport aux faits. D'un côté, c'est une philosophie de l'histoire au point de vue chrétien; de l'autre, une philosophie des dogmes éclaircis par le travail de la réflexion. Malheureusement, le docteur Alexandrin n'a pas déployé au milieu de ses spéculations l'esprit de sagesse et la sûreté de coup d'œil que révèque d'Hippone devait porter dans l'analyse du plan divin.

D'après ce que je viens de dire, Messieurs, vous comprenez déjà que le titre de l'ouvrage répond exactement à son objet. Je dois ajouter cependant qu'on est divisé sur

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