‹ Origène: cours d'éloquence sacrée ... 1867Chapitre 28 sur 54 · IDÉE ET PLAN DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

IDÉE ET PLAN DE L'OUVRAGE

le sens de rinscription. Tandis que Rufin traduit dp^at par potestates^ puissances ou principes des choses, la majorité des commentateurs a préféré y voir les principes de la foi ou les dogmes principaux, 11 est certain que le contenu du livre autorise également les deux versions ; car Fauteur y traite à la fois des principes de Têtre et des principes de la connaissance : il envisage tour à tour Dieu, le monde et rhomme en tant qu'objet premier de la science, et comme constituant les réalités fondamentales. Eu égard à Tusage et au génie de la langue grecque, la traduction de RuÛn (de < potestatihus) me paraît exprimer le plus littéralement la pensée d'Origëne. C'est ainsi que, vers l'époque dont nous parlons, Longin avait écrit un livre sous le môme titre: ^epi à^x^^ W » ^^' ^^^^ ^^ saurions douter qu'il ne faille entendre par ce mot les principes des choses, thème de discussion fort ordinaire dans les écoles grecques. D'autre part, puisque les principes des choses sont en môme temps l'objet principal de la connaissance, rien n'empôche d'admettre le second sens comme dérivant du premier. Origène nous met sur la voie lorsqu'il parle, dans son Commentaire sur saint Jean, des « dogmes primaires et fondamentaux (2), » par opposition aux disciplines secondaires. Il est donc permis de compléter la leçon de Rufln par celle de des autres interprèles et de coftiprendre à la fois sous le mot dp/^ac les principes des choses et les dogmes principaux : car Origène se propose de résumer ce qu'il y a de capital dans la doctrine chrétienne, en s'attachant plus particulièrement à décrire la nature des êtres spirituels, potestates, c'est-à-dire des personnes divines, des anges et des hommes.

Un mot pour préciser autant que possible la date de la composition du Periarchon, Eusèbe nous dit en propres

(i) Vie de Plotin, par Porphyre, xiv.

(t) In Joannem, x, 13, *py,tx« Soyiaot».

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termes qu'Origène écrivit ce livre avant son départ d'Alexandrie, c'est-à-dire antérieurement à Tannée â3i. De plus, il semble en reculer la rédaction vers la fin du séjour que le chef du Didascalée fit dans cette ville ; car il énumère auparavant toute une série de travaux sur TËcriture sainte(l\ On ne peut donc pas appeler le Periarchon une <euvre de jeunesse.: Origène enseignait depuis vingt ans, lorsqu'il composa ce traité dogmatique où il nous apparaît dans toute la vigueur de son talent. Nous Taisons cette remarque, parce qu'on a voulu expliquer certaines erreurs, dont nous parlerons plus tard , par Tinexpérience d'uo écrivain encore peu familier avec les matières théologiques. Cette supposition est inadmissible. Loin d'ôtre le fnûi prématuré d'une imagination juvénile , le Periarchon résume, au contraire, tout un ensemble de recherches et de spéculations : c'est la réduction en système des idées que Tauteur s'était faites sur les points fondamentaux de la doctrine, après des méditations longues et répétées. Si Ton y remarque un singulier mélange d'opinions platonicienne^ et de dogmes chrétiens, cet alliage ne se limite pas aux premiers travaux d'Origène. A Césarée, comme à Alexandrie, il ne s'est pas tenu suffisamment en garde contre les illusions de l'hellénisme : ces écarts de l'imagination se sont prolongés bien au delà du jeune âge, pour rester dans une certaine mesure la faute de sa vie entière.

Mais ce sont là des conclusions que nous devons ajourner jusqu'après une étude complète de toutes les œuvres d'Origène. Tournons-nous maintenant vers le texte du Periarchon^ pour aborder le prologue, où l'auteur nous' initie au plan et à l'idée générale de son ouvrage. Il pose en principe que le Christ, Verbe de Dieu, est le maitre unique de l'humanité : après avoir parlé dans les temps antérieurs par

(1) Eusèbe, H. E., vi, 24.

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la bouche de Moïse et des prophètes, le Logoa s'est incarné pour instruire les hommes par lui-même. Mais où trou>'Br la doctrine du Christ pure et sans mélange d'erreur? A cette question capitale Origène répond dans les mêmes termes que saint Ignace d'Antioche, saint Irénée, TertuUien et Clément d'Alexandrie. Au milieu des dissidences provoquées par les sectes, « on doit s'en tenir à la prédication ecclésiastique, transmise par les apôtres suivant Tordre de succession, et telle qu'elle est demeurée jusqu'à nos jours dans les Eglises. Il ne faut admettre comme vrai que ce qui ne s'éloigne en rien de la tradition ecclésiastique et apostolique (1). » Voilà, selon Origène, la règle de foi, dont il n'est permis à personne de s'écarter en quoi que ce soit. Or, Messieurs, ces paroles méritent toute notre attention, parce qu'elles formulent de la manière la plus expresse le principe catholique de la tradition ou de l'autorité doctrinale. Elles se résument à dire : pour savoir ce que l'on doit croire, il faut rechercher ce qu'enseigne l'Église. C'est d'après cette norme infaillible que chacun a le devoir de composer sa croyance. Les premiers mots du Periarchon résument exactement la thèse développée par TertuUien dans le Traité défi prescriptions^ et par saint Irénée dans le Traité contre les hérésies : tant la règle de la foi catholique était imprimée au cœur de tous les vrais chrétiens, à Alexandrie comme à Carthage et dans les Gaules I Nous sommes donc autorisés à conclure de là qu'il n'est jamais venu en idée à Origène de vouloir constester un point quelconque de la doctrine ensei-

(1) Periarchon, prîef., 2. On voit par là combien un critique moderne était peu fondé à dire < qu'Origène a eu conscience de son opposition au sentiment des fidèles, c'est-à-dire à la doctrine de TEglise : Ër befîndet sich in einem, bewusten (iegensatz gegen die Lelire der Kirche. » (Die rœmische Kirche in ilen erstcn drei lahrhunderien, Hagcmann, p. 332 et 333.) Quel moyen d*attribaer sérieusement une a tendance polémique contre la doctrine de TEglise » à un écrivain qui dit en tête de son ouvrage : iUa sola credenda est vcritas, quœ in nullo ab eccîesiastica et apostolica discordât tradilione t

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