III. — Règles d'ixterprétation
On sait que la première règle et la plus fondamentale qu'Origène propose à l'interprète est celle-ci :
Expliquer l'Écriture d'une manière digne de Dieu, auteur de l'Ecriture.
La seconde pourrait se formuler ainsi :
Il faut abandonner le sens corporel ou la lettre de l'Écriture, toutes les fois qu'il en résulterait quelque chose d'impossible, d'absurde ou d'indigne de Dieu.
En soi, ces règles détient toute critique ; mais on peut en abuser, comme on i)eut abuser de tout. L'abus consistera soit à regarder comme un sens indigne de Dieu une condescendance providentielle, ou une de ces étapes inférieures que Dieu a voulu suivre dans le progrès de ses révélations, soit à considérer comme une impossibilité véritable une difficulté qui se dissiperait devant une étude plus attentive du texte.
Delarue, dans ses Animadversiones placées en tète du second volume des œuvres d'Origène, reproche à maintes reprises au docteur alexandrin, premièrement d'avoir dit qu'il y a dans la Bible, des passages dépourvus de tout sens littéral, en second lieu d'avoir prétendu que le sens littéral est souvent faux : « Quodpœneincredibile Aàdelur Origenem latuit discrimen quod lilteram inter et A^erborum litleralem sensum inlercedit... Littera potest esse falsa et tamen A^erissimum sub falsitatis specie sensum continere. Id in omnibus enuntialis metaphoricis conlingit » (P. G., XII, 30). La dernière l'cmarque est dictée parle sens commun et Origène l'avait faite avant Delarue ; la première repose sur un étrange malentendu. Origène ne peut pas avoir confondu la lettre avec le sens littéral, j)uisqu'il ne parle jamais de sens littéral. II parle seulement du corps et de la lettre de l'Écriture, entendant par là, soit le sens lilléral quand il sert d'appui au sens spirituel, soit le sens grammatical dans les locutions figurées. Il dit de ce sens grammatical, qu'il n'est point partout un sens biblique, et que si on le suivait il en résulterait une erreur ou une impossibilité. Les exégètes modernes, tout en se servant d'un autre langage, ne disent pas autre chose ; et les deux imputations de Delarue ne sont que des disputes de mots.
Origène donne en général de bonnes raisons pour abandonner le corps ou la lettre, et pour recourir à la métaphore» à l'allégorie, à l'hyperljole ou h d'autres figures. Mais plusieurs de ses arguments sont faibles, trop subtils ou déimés de toute A-aleur. Nous allons réunir ici la plupart de
l'herméneutiqce d'origènb 181
ces fantaisies exégétiques qu'on lui a si amèrement reprochées, sans songer qu'en l'allaiiuaut on frappait presque toujours quelques-uns des Pères de l'I^glise les plus illustres. Pour plus de clarté, nous parlerons d'abord des lois qui ne doivent pas s'observer selon la lettre, ensuite des faits qui ue se vérifient pas à la lettre.