V. — Adversaires calholùjurs (l'Oriyènc
A part les hérétiques dont nous venons de parler, nous ne connaissons, durant celle période (234-374), que deux — tout au plus trois — adversaires d'Origène.
1. Saint Méthode, évoque d'Olympe et martyr (3H), fut un des premiers et des i)lus ardents adversaires d'Origène. Il composa contre lui, selon saint Jérôme {De n'r. ilL, 83, /'. /.., XXIII, G91), un traité sur la sorcière d'Endor et un autre sur le libre Arbitre. Pholius (Liiblioth., 235, P. G., cm, 1137-1148; nous a conservé une analyse et des extraits du llïpl TÔÎv YEVTfjTwv, également dirigé contre Origène. Enfin saint Éphiphane cite un long passage d'un traité sur la Résurrection intitulé Aijtaopiton {Hœres., lxvi, 12-G2, P. G., XLI, 1087-1177) dontPhotius {Bibliolh . 23i, P. G., CIII, 1109- 1137) donne aussi des extraits. Gomme les feuillets du manuscrit qui servit à l'édition de saint Epiphane étaient brouillés en cet endroit, les passages reproduits par Migne offrent une inextricable confusion. L'ordre a été rétabli par Jahn, 5. Methodii opéra, S . Mctitodius Plalonizans, Halle, 1863. On consultera de préférence Bouwetsch, J/('?//Of/à<s von Ohjmpus, Erlangeu, 1891, qui donne, retraduite en allemand, une vieille version slave de YAglaophon. Socrate {Uist. ceci., vi, 13) assure que saint Méthode, dans un dialogue intitulé Xénon, aurait virtuellement rétracté ses attaques contre Origène. Eusèbe et, ce semble, saint Jérôme [Adr. Rufm., i, 11) intervertissent l'ordre. Il est en effet assez difficile de croire que saint Méthode, comme plus fard Théophile d'Alexandrie, ait été d'abord partisan d'Origène, puis adversah'e, enfin admirateur passionné.
2. Saint Eustathe d'Antioche, mort en exil vers 337, est l'auteur d'une dissertation sur la Pijthonisse conservée jusqu'à nos jours [De Enyaslrimytlw, P. G., XVIII, G13-673). A propos de l'évocation de Samuel, il fait une critique acerbe de l'allégorisme d'Origène. On ne peut s'étonner assez que
l'intrépide adversaire des Ariens n'ait trouvé dans le docteur alexandrin rien de plus blâmable qu'une opinion très orthodoxe au sujet de la Pythonisse et qu'il n'ait point songé à incriminer les théories trinitaires.
3. Saint Pierre d'Alexamjrie. martyr en 311, aurait aussi, d'après Léonce de Byzance, composé un traité où il réfutait la préexistence des âmes. Justinien dans sa lettre à Menas {P. G., LXXXVI, 9G1) en cite un passage.
Troisième période. — De l'entrée ex campagne de saint Epiphane (374) a la mort de saint Jean Chrvsostomb
1. Saint Épipo-yne fut le plus constant et le plus sérieux des adversaires d'Origène. Son hoslililé contre le catéchiste alexandrin s'accentua beaucoup à partir de ses différends avec Jean de Jérusalem, mais elle est antérieure à ces disputes et doit avoir été provoquée par un ferment d'origénisme constaté par l'évèque de Salamine, soit en Egypte où il aA^ait passé son adolescence, soit en Palestine où il avait fondé et où il continuait à diriger un célèbre monastère. Voici, par ordre chronologique, la liste des écrits dirigés contre Origène et l'origénisme :
A. Ancoratus, en 374 (XLIIl, 128). Il reproche à Origène son allégorisme (n° 34), en particulier son allégorie des tuniques de peau (Gen., m, 21) qui symboliseraient le corps humain (n° 02), ses doctrines relatives à la subordination du Fils {n° 63 J et à la résurrection (n° 6o).
B. Panarion ou Contra hœreses, lxiv, de 374 à 377 iXLI, 10G8-1200). Mêmes griefs plus développés : a) Subordination du Fils qui ne verrait pas le Père, qui serait tiré de la substance du Père et néanmoins créé, qui ne serait Fils que par grâce, b) Préexistence des âmes, esprits refroidis de l'amour divin {"^^yj^'^ ' SiàTÔ àvcoOev vb^r/hx'.) et leur relégation dans
ORIOk.NK ET L\ TRADITION CATUOLIQLB 203
le corps qui serait maintenant leur entrave {^^i^'^ç « corps » de ^i\Lx c lien »). c) Résurrection des corps, tantôt niée, tantôt admise mais d'une manière imparfaite, d) Abus de l'allégorie.
C. Anacepltalxosis, ou récapitulation des liérésics, formant appendice au grand ouvrage. Les griefs contre Origène sont à peu près les mêmes, 1, ii, 18 i XLII, 8G7 1 ; S. Kpiphane insiste sur l'erreur relative au règne du Christ, qui serait destiné à finir.
D. Réponse à Jean de Jérusalem, traduite par saint Jérôme (XLTII, 379-392), avec une lettre adressée personnellement au solitaire de Bethléem.
Le rôle de saint Épiphane, au cours de toute cette polémique, est très difficile à apprécier. Sa conduite ù Constantinople, en 402-403, et son brusque départ pour Chypre sans s'être réconcilié avec saint Jean Chrysostome et sans avoir désavoué Théophile, sont inexplicables. L'illustre évêque mourut pendant la traversée.
2. Saint Jérôme, malgré l'amitié qui l'unissait à saint Épiphane, gardait ses sympathies pour Origène. Ses premières disputes avec Rufin et avec Jean de Jérusalem n'auraient peut-être pas refroidi sou admiration pour le maître, sans la malencontreuse préface que Rufin crut devoir mettre en tête de sa traduction du Periarclion, et dont le solitaire de Bethléem fut vivement blessé (P. Z., XXII, 733-7,36 1. Jérôme traduisit à son tour le Periarchon pour mettre à nu l'iufidélité de Rufin et s'empressa d'expliquer à ses amis dans quel esprit il avait lu et loué Origène (Ibid., 744-734). Il se mit aussi en relation avec Théophile d'Alexandrie {Ibid., 734- 737 1 et traduisit en latin les épîtres pascales du patriarche contre Origène [Ibid., 774-790; 792-812; 813-828). On regrette qu'il ait consenti à traduire aussi l'infâme pamphlet que Théophile écrivit contre Chrysostome exilé. Voir Facundus d'Hermiane, Defensxo trium Capit., vi, 3 {P. L., LXVII,
677-678 ; cf. P, L., XXII, 931-93S. Après son changement d'attitude, saint Jérôme écrivit sa lettre intitulée : Qxiid cavendum in Hbris ttïoI àp/wv (Ad. Avù., epist. cxxiv, P. L., XXII, 1039-1072 ) où il répète à peu près les griefs de Théophile et de saint Épiphane, et son Apologie contre Rufin (XXIII, 397-492). La lettre contre Jean de Jérusalem (XXIII, 335-396) appartient à l'époque même du changement.
3. TnÉopniLE d'Alexandrie, attaquait Origène dans son épître synodique de 400, ses lettres pascales de 401, 402 et 404, ainsi que dans sa diatribe contre Chrysostome. Tous ces écrits traduits par saint Jérôme se trouA-ent parmi les lettres de ce dernier sous les numéros 92, 96, 98, 100 et 113. Dans réi)ilre synodique de 400 (P. L., XXII, 762), le patriarche énumère ainsi les erreurs d'Origène : « [1] Filius nobis comparatus est veritas, Patri collatus mendacium ; [2] Quantum differt Petrus et Paulus a Salvatore, tanto Salvator minor est Pâtre ; [3] Christi regnum finietur aliquando. [4] Diabolus cunctis peccatorum sordibus liberatus, fequo honore decorabitur et cum Christo subjicietur. [S] Non dcbemus orare Filium, sed solum Patrem, nec Patrem cum Filio. [6] Resurgens corpus non solum corruptibile sed mortale erit. > Dans la lettre pascale de 402 (XXII, 781), Théophile reproche à Origène d'avoir soutenu que le Sauveur sera un jour crucifié pour les démons ; il ajoute (XXII, 783) : « Dicit corpora quee resurgunt, post multa seecula in nihilum dissolvenda, nec futura aliquid nisi cum de cœlorum mansionibus animcp ad inferiora dilapsse indiguerint novis quœ alla rursus fiant, prioribus omnino deletis. » D'après Gennade {De Scriptor. eccL, 33, P. L. LVIII, 1077), Théophile aurait écrit contre Origène un grand ouvrage qui n'est pas sans doute à identifier avec ceux dont nous avons parlé. Sur le dernier changement d'attitude du patriarche, voir Socrate, Hisl. eccL, VI, 17 (LXVII, 716).
Aux trois principaux adversaires d'Origène il convient d'opposer ses trois plus illustres défenseurs.