ORIGÈNB KT LA TRADITION CATHOLIQUE
1. Saint Jean Ciirysostome ne manifeste aucun penchant pour U's hypothèses origénistes ; il blâme mùme ouvertement l'allégorie scripturaire, sans toutefois nommer Origène. Ce fut pourtant l'origénisme qui fut la cause ou le prétexte (le son exil et de sa mort. Théophile, qui l'avait consacré à contre-cœur et ne lui pardonnait pas d'avoir supplanté son candidat, Isidore, n'allégua pas d'autre motif pour lui déclarer la guerre. Ciirysostome avait donné asile aux origénistes fugitifs et il refusait énergiquement de condamner en bloc et sans examen Origène, comme saint Épiphane l'en pressait. Dans le pamphlet où il piétinait son ennemi vaincu, l'irascible patriarche d'Alexandrie disait : < Ille, ut coûtera ejus flagitia taceam, Origenistas in suam recipiens familiaritatem et ex his plurimos in sacerdotium provehens atque ob hoc scelus beatîB memoriiB hominem Dei Epiphanium... non parvo mœrore contristans, meruit audire : Cecidit, cecidit Babylon. » (Parmi les lettres de saint Jérôme, Epist. 113, P. L., XXII, 933). Ce grief, il est vrai, n'apparaît plus dans les vingt-neuf chefs d'accusation d'abord formulés contre Chrysostome au conciliabule du Chêne, mais il constitue trois des dix-huit articles bientôt ajoutés par le moine Isaac. Le choix des calomnies était chose secondaire pour les envieux acharnés à sa perte.
2. Saint Théotime de Tomes, l'apôtre des Scythes, l'ami de saint Jean Chrysostome et l'auteur de courts dialogues qui respiraient l'éloquence antique (saint Jérôme, De Vir. ill., 131, P. L., XXIII, 71o), repoussa en ces termes la sommation de saint Épiphane d'avoir à condamner Origène : Ey''^»
alpoOaai • O'jte ^làffcpY) ulov èTtijr£i.p£tv7rpàY[i.a -ïoA[jlw, £xêâ).),wv S ot iToô r,awv ojx YjOÉrficrav. Ce disant, il tira un livre d'Origène qu'il portait sur lui et en lut aux évêques présents quelques beaux passages. Socrate, Hist. eccl., vi, 12, P. G., LXVII, 701 ; Cf. Sozomène, Hist. eccl.. viii. 14. P. G., LXVII, lb53.
3. Jean DE Jérusalem, au dire de Gennadc {De Script, cccles., 30, P. L., LVIII, 1077), avait composé un livre où il montrait à ses détracteurs qu'il était l'admirateur et non le disciple d'Origène : c Origenis se ingenium non fidem secutum. » H est de fait que les évèques de Palestine, réunis en synode à Jérusalem, répondirent à Théophile d'Alexandrie qui leur dénonçait les erreurs d'Origène, que personne ne les enseignait à leur connaissance dans leur proA^ince ecclésiastique. (Parmi les lettres de saint Jérôme, Episl. 93, P. L., XXII, 770.) Aussi saint Anastase écrivant au patriarche de Jérusalem, au plus fort de ses querelles avec saint Jérôme, saint Épiphane et Théophile, vante-t-il la « splendeur de sa sainteté » et lui dit-il entre autres éloges : « Tarn enim, vir omnium prœstantissime, laudum tuarum fulges ni tore conspicuus, ut par esse meritis sermo non possit. » [P. L., XX, G8-73. Ceci se passait en 400 ou 401. Un peu plus tard (404), Chrysostome lui écrivait pour le remercier de son concours et le féliciter de son zèle [Epist. 88, P. G., LU, 6o4j.
La vérité sur les controverses origénistes à cette époque est difficile à démêler parce que les juges sont en même temps parties dans le débat et que les historiens de ce drame passent pour suspects. On ne peut pas sans doute se fier sans réserve aux biographes de saint Jean Chrysostome — tels que Pallade et Théodore — mais si Socrate et Sozomène ont un faible pour Origène, le dernier est plein de vénération pour saint Épiphane et le premier ne semble pas trop bien disposé à l'endroit de Chrysostome. Nous allons faire appela deux contemporains bien informés et dont on ne récusera pas le témoignage.
1. SuLPicE Sévère dans ses Dialogues, I, 6-7 (XX, 187-189) reproduit une intéressante et judicieuse appréciation de son frère Postumien qui s'était trouvé présent à Alexandrie en 401 ou 402 au fort des querelles origénistes : « Ubi fœda inter episcopos atque monachos certamina gerebantur. » Pos-
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tumien se mit alors à lire Origène qui lui plut en général, mais le choqua sur certains points : « Ego miror unum cumdenujuc hominem tam di vcrsuui a se esse potuisse, ut inea l)ar(o qua [)robatur ncminem post apostolos habeat ;i'([ualem ; in ea vero qufc jure reprehendilur.nemo deformius doceatur errasse. » Navré du spectacle des disputes dont Origène était le sujet ou le prétexte, et des cruautés dont les moines étaient victimes, Postumien repoussa les avance^ du patriarclie Théophile qui voulait le retenir auprès de lui.
2. S.viKT IsiDOKE DE PÉLUSE n'était pas origéniste. Dans une de ses lettres (Episl. iv, lf)3, /'. G., LXXVIII, 1248-1233), il réfute Ihypothèse de la préexistence des âmes, sans nommer Origène de titre v.x-x ilciv-ivQ'jz, n'est pas de lui). Mais il s'indigne de la manière dont Théophile, qu'il appelle -ov ).iOo[ixv^ xal /p'jcoAaTpiv, poursuit le saint patriarche de Consfanfinople [Episl. i, 132, Ibid., 284-283 1. Saint Isidore n'oublia rien pour faire réhabiliter Chrysostome.
La conclusion des controverses fut, comme il fallait s'y attendre, défavorable à l'origénisme. Quelques-unes des hypothèses du Pcriarclton n'étaient tolérables qu'à la condition qu'on n'en fit point des dogmes. D'autres étaient ouvertement contraires à la croyance commune de l'Eglise et ne pouvaient échapper à la réprobation que si l'on faisait le silence autour d'elles. La traduction du Pcriarclwn par Justin déchaîna l'orage et les Aiolentes dénonciations de saint Épiphane, de saint Jérôme et de Théophile hâtèrent le dénouement. Saint Jérôme fait plusieurs fois allusion à une condamnation de l'origénisme par le pape Anastase I'"' (Adv. Rufin., I. 10; m. 20-23, P. L., XXIH, 436, 471, etc.). Théophile d'Alexandrie la mentionne aussi (dans Justinien, Epist. ad Menam, P. G., LXXXVI, 967). Écrivant à Jean de Jérusalem, saint Anastase avoue qu'avant ces débats il n'avait aucune connaissance ni d'Origène ni de ses écrits. Mais la traduction du Pen'archon a scandalisé les Romains :
t Absit hoc ab Ecclesiœ Romanae catholica disciplina. Nunquam profecto eveniet, aliqua ut haec admittarn ratione, quae jure meritoque damnamus » (I*. L., XX, 71). Aucune opinion particulière du théologien d'Alexandrie n'est d'ailleurs signalée. Une autre lettre adressée par saint Anastase à Simplicien de Milan [P. L., XX, 74-80; est triplement suspecte et par sa date et par son contenu et par l'oubli où la laissent tous ceux qui auraient le plus d'intérêt à la citer. Au contraire, nous n'avons plus la lettre à Vénérius de Milan, lettre signalée par saint Jérôme et par saint Anastase lui-môme (XX, 72.)
Citons enfin le décret dit de Gélase (P. L., LIX, 161), sans toucher aux questions si difficiles d'authenticité et d'attribution : c Item Origeuis nonnulla opuscula quae vir Ijeatissimus Hieronymus non répudiât, legenda suscipimus. Reliqua autem omnia eum auctore suo dicimus esse renuenda. »
Quatrième période. — De la. mort de saint Jean Chrysostome (407) au concile de So3.