Ad Damas., epist. xv
mTRODLCTION XXIII
on lui rendra, pour le fond, le même lémoiguage. Il est évident que sa Trinité sainte, sa Trinité éternelle, sa Trinité souveraine, sa Trinité adorable (1), a un caractère transcendant infiniment élevé au-dessus des créatures. Le Fils et le Saint-Esprit ont, comme le Père, tous les attributs de la divinité, l'immatérialité absolue, lomniscience, la sainteté substantielle, limmensité, la nécessité de l'être : et ils les possèdent à titre exclusif. Les trois personnes, quoique distinctes, sont inséparables. Le Père, le Fds et le Saint-Esprit sont la nuée lumineuse qui ombrage les justes ; nul ne peut être sanctifié que par leur action commune ; toute àme est vide qui n'est pas remplie de leur présence simultanée; toute àme est altérée à moins de boire à ces trois fontaines dérivant d'une même source. Si, pour défendre Origène, nous voulions nous servir des traductions latines de Rufin et de saint Jérôme, — et ce serait notre droit sans doute, puisqu'on en fait constamment usage pour le combattre, — nous aurions la partie trop belle. ^Mais les œuvres grecques suffisent à établir, sur ce point, son orthodoxie, pourvu qu'on n'exige pas dun écrivain du troisième siècle la sûreté de langage et la netteté de vues qu'on est en droit d'attendre d'un Jean Damascène ou d'un Thomas d'Aquin, après un travail plusieurs fois séculaire de discussion et de réflexion théologique.
Je sais bien que sa hiérarchie des personnes dlAines ressemble, de prime abord, à une subordination ; mais
1. Retlepenning (De Prhicipiis. p. 126) affirme que le mot Tp:i;, pour désigner la Trinité, n'est pas employé par Origène et n'entra en usage qu'à partir du synode d'Alexandrie de ;517. Cette incroyable distraction, de la part d'un des hommes qui ont le plus étudié notre auteur, doit nous mettre en garde contre les assertions tranchantes.
XXIV ORIGExNE
je me demande si son langage, tout difficile qu'il est parfois, est plus dur, à tout prendre, que celui de ses contemporains. Soit réaction excessive contre le polythéisme ambiant, soit souvenir inconscient du monothéisme judaïque, soit désir exagéré d'échapper aux objections des unitaires, beaucoup de catholiques craignaient de paraître adorer trois dieux, s'ils mettaient les trois personnes sur le même plan ; ils se flattaient de mieux sauvegarder la monarchie divine en les considérant dans leurs relations éternelles, qui établissent entre elles un certain ordre et semblent leur assigner des rangs : d'autant que l'Écriture, la liturgie et la raison théologique favorisaient à leur avis cette conception. Avant les progrès de Tarianisme on appliquait généralement au Verbe la description de la Sagesse que les Septante traduisent ainsi : « Le Seigneur me produisit (è'xTicé [jle) principe de ses voies (1). » Un grand nombre de Pères et d'interprètes — le plus grand nombre au gré d'Estius — voyaient le Fils de Dieu dans le Médialeur qui donna la Loi aux Hébreux (2). Bien plus, les docteurs de l'Éghse les plus illustres, après comme aA'ant Nicée, entendent de la nature divine du Christ ces paroles de saint Jean : « Le Père est plus grand que mOi ([jeTC^v ;jioj) (3). » On cite pour cette opinion saint Athanasc, saint llilaire, saint Épiphane, saint Grégoire de Nazianze, saint Césaire, saint Jean Ghrysostome, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Damascène, Léonce de Byzancc (4) ; mais il serait très facile d'allonger la liste, puisqu'il y manque des noms aussi connus que saint Basile et saint Isidore de Péluse,