I.NTROIUC.TinN
a commence (rôlro, et n'est donc pas éternel ; il repousse riiypotlièsc (ruii monde infini dans l'espace par un i)rincijie qui exclut également l'infini dans la durée; mais enfin la création ah a'ienio l'iolle toujours devant sa pensée et, quand l'éternité proprement dite s'évanouit, il est encore obsédé i)ar l'idée de préexistence.
Or, , l'hypollièse de la création ab œlerno ou de la sim; le préexistence des âmes le jette presque fatalement dans celle des épreuves successives. Si depuis une éternité, ou depuis tant de siècles, le sort des créatures raisonnables n'est pas encore définitivement fixé, il semble qu'il ne doive l'être jamais. Saint Augustin, qui avait un faible pour la préexistence, parce qu'elle lui paraissait plus conforme à la création simultanée qu'il croyait voir dans le creavit oinnia siniid de la version latine de YEcclésiasliqiie, s'en tirait en supposant une sorte de matière si)irituelle, inerte et impersonnelle, dont les âmes particulières seraient formées au fur et à mesure du besoin. Mais Origène, qui donnait aux âmes préexistantes l'activité et la conscience, devait cherclier ailleurs une solution du [)roblème.
A force de combattre le dualisme gnostique qui établissait deux catégories d'intelligences, les unes essentiellement bonnes et incapables de tout mal, les autres essentiellement mauvaises et incapables de tout bien, il en était venu à penser qu'il n'existait à l'origine, entre les intelligences créées, ni disparité ni diversité; que toutes étaient sorties égales des mains du Créateur; que leurs dissemblances ne s'expliquant point par les attributs divins de sagesse, de justice et de bonté, ne pouvaient tenir qu'au différent usage du libre arbitre. Et il faisait consister le libre arbitre, non pas dans le pouvoir d'agir ou de suspendre son acte et de choisir entre
plusieurs biens, mais dans ce que les scolastiques appellent liberté de contrariélê, dans la faculté d'embrasser le bien ou sou contraire, le mal. 11 répète à tout propos que la bonté morale est essentielle à la divinité seule, c'est-à-dire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, qu'elle est accidentelle dans tous les êtres créés sans exception, que partant elle peut déchoir, comme elle peut toujours être reconquise.
A ce compte, la nature raisonnable ne saurait être irrévocablement fi.xée ni dans le mal ni dans le bien ; il lui sera toujours loisible de monter ou de descendre l'échelle de la perfection morale, sans qu'il y ait dans la série ou l'amplitude de ses mouvements ni terme ni limite. Mais le dogme catholique se met à la traverse de ces spéculations. Origène excepte d'abord rame du Christ, en qui le péché n'eut jamais d'accès : « Pareille au fer plongé dans la fournaise et pénétré par le feu dans toutes ses molécules, elle est totalement à l'abri des atteintes du froid. » Il excepte aussi, par moments, l'âme des élus, qui, « purifiée de toute contagion du péché, ne pourra désormais sentir, goûter et concevoir que Dieu, Dieu étant maintenant la règle et la mesure de toute son activité ». Il excepte de môme l'àmedes réprouvés, dans les nombreux passages où il parle du ver qui no meurt pas et du feu qui ne s'éteint pas. Il s'indignait qu'on l'accusât d'enseigner le salut final du démon, 5 opinion absurde, disait-il, qui n'entrerait pas dans la tèto d'un insensé » . Dans tous ces cas le libre arbitre est enchaîné sans être détruit et le penseur alexandrin nous en révèle la raison profonde : c'est que la malice invétérée devient une seconde nature et que la charité consommée est incapable de déchoir. Il n'est pas éloigné de dire que la charité consommée des élus ne déchoit point, parce
INTRODUCTION XXXI
qu'elle est une couronne immarcessible et que l'obstination des tlauinés dans le mal est la conséquence d'un chàtimeut sans espoir de pardon.
Mais, au moment d'arriver au port, il se laisse de nouveau emporter au souffle capricieux de ses rêves. Un principe dénué de preuve et deux ou trois textes mal comi)ris lui suggèrent un système de restauration universelle (àzoxxTic-rxaiç) (1), OÙ le sentimentalisme du poète a plus de part que la raison du philosophe et la science de l'exégète. Le principe est que la fin ressemble toujours au commencement; d'où la conclusion que le point d'arrivée sera un jour semblable au point de départ, avec cette différence que la bonté morale, présent gratuit du Créateur, deviendra le fruit (l(>s mérites et le prix des efforts des êtres raisonnables. Les textes sont les suivants : « Dieu sera tout en tous. 11 faut que le Christ règne, que toutes choses lui soient soumises. La créature sera soustraite à la vanité de la corruption à laquelle elle fut assujettie dans l'espérance. »
A vrai dire, l'hypothèse des épreuves indéfinies et celle de la restauration universelle s'excluent mutuellement. Comment concevoir un arrêt final dans les vicissitudes du libre arbitre, si la faculté actuelle de déchoir lui est essentielle? Est-il possible que toutes les intelligences, animées de mouvements si divers en vertu de leur liberté native, conspirent vers un même terme avec une
I. C'est le terme consacré. MaisOrigène ne remploie lui-même, croyons-nous, qu'une fois dans ce sens [In Joan., i, 16 {P. G.,
XIV. 49) : £v TT, Aî-'oaîVr, i-rjy.3.-zxz-:xuB:). On voit par là qu'il n'en est pas l'inventeur. Ailleurs ce mot signifie « conversion » : les démons s'efforcent d'entraver tï,î àAffJ'.vr.; îCj^oEia; i-oy.a- TiïTaj'.v Toô; -ôv Oîôv. Contra Cels., vu., 3; In Malt , xiii, 2,
XV, :24 (XIII, 1097 et i3M).
telle liannonic que les premières arrivées attendent des millions de siècles les retardataires? Quelle cause balancera si bien leurs mérites qu'elles retrouAent, au bout de leur carrière, Tégalitc absolue du point de départ ? Et qui les préservera, durant l'éternité, de ce sentiment de lassitude, de cette satiété du bonheur, première occasion de leur chute? La contradiction est flagrante et n'est point passée inaperçue. Comme on l'a très bien dit : « La pensée d'Origène semble suiA-re deux routes différentes aboutissant à une fin contradictoire. D'un côté, il déduit les conséquences de la liberté telle qu'il la conçoit, ce qui le mène à l'hypothèse d'une série infinie de siècles ou de mondes. De l'autre, s'attachant à l'idée de la perfection divine, comme à certaines promesses énoncées dans les écrits apostoliques, il aboutit de déductions en déductions, après une série très longue sans doute mais limitée de palingénésies et d'épreuves successives, à l'idée d'un repos éternel dans l'unité. D'un coté, le progrès n'a pas de terme... et même on croirait qu'il y a plutôt mouvement et agitation sans fin que progrès véritable. De l'autre, il y a un terme nécessaire, comme la volonté de Dieu qui l'a fixé dans l'acte premier de la création et le progrès consiste à l'atteindre par une longue série d'évolutions (1). » Rien de plus évident; mais l'erreur des critiques est de vouloir réduire à l'unité des éléments irréductibles. Suivant qu'ils trouvent au fond du système l'une ou l'autre hypothèse, ils éliminent ou sollicitent les textes qui favorisent l'hypothèse contraire. Il faut les laisser aller côte à côte, sans tenter l'impossible, sans essayer de les concilier : d'autant plus qu'Origènc ne donne ses hypothèses que pour ce qu'elles sont, des