XLVIII ORIGÈNE
x-îcijLa € créature ». Du reste, le fait n'est pas établi et la citation de saint Épiphane prouve seulement qu'il avait appelé le Verbe Qto:; yvrr^zdtq, expression susceptible d'un sens orthodoxe, comme saint Épiphane en convient lui-même.
Des circonstances où le dogme ne joua d'abord qu'un rôle infime donnèrent à l'auteur du Panarion deux puissants auxiliaires. Nous ne raconterons pas les querelles si connues de saint Jérôme avec Jean de Jérusalem et avec Rufin qui firent d'un fervent disciple d'Origène un adversaire encore plus ardent. Cependant le solitaire de Bethléem étudiait toujours le maître, renvoyait à ses œuvres, maintenait les éloges qu'il lui avait jadis décernés et, s'il condamnait maintenant ses erreurs avec une vivacité qu'expliquent sa fougue naturelle, son amour jaloux de l'orthodoxie et la violence de la polémique, il continuait à lui rendre justice.
Une conversion plus énigmatique est celle de Théophile (1). Jusqu'en 399, le patriarche d'Alexandrie était origéniste au sens oiion l'était alors en Egypte, c'est-àdire qu'il lisait assidûment Origène et professait la spiritualité de Dieu. Prévenu contre saint Jérôme, il traitait ouvertement saint Épiphane d'anthropomorphite. Une aventure singulière le réconcilia avec eux. Dans sa circulaire pascale de 399, il avait cru devoir éclairer l'ignorance des moines antiorigénistes qui donnaient à Dieu des IDieds, des mains, des yeux et des oreilles. L'émoi fut grand au désert. Les anachorètes criaient qu'on leur arrachait leur Dieu ; il leur semblait q'uil s'évanouissait en se spiritualisant. Il descendirent en masse à Alexandrie
•1. Les contemporains sont presque unanimes à flétrir Tambition, l'avarice, la fourberie, la violence et la cruauté de Théophile; mais aucun, cro\ons-nous, n'incrimine son orlhodo.xie.
INTRODUCTION XLIX
pour forcer le patriarche à se réiractcr. Celui-ci les apaisa, dit-on, par cette parole équivoque : « En vous voyant, frères, je crois voir la face de Dieu. » Mais il comprit en môme temps le parti qu'il pourrait tirer, pour ses haines et ses vengeances, du fanatisme aveugle des anthropomorphites. Il se fit, lui aussi, antiorigrniste.
Il venait justement de se brouiller, pour des motifs étrangers au dogme, avec Isidore rilospitalier et les quatre Longs Frères, qui, n'étant pas anthropomorphites, passaient pour origénistes : en Egypte, il n'y avait pas alors de milieu. Ayant fait interdire par un synode d'Alexandrie la lecture et la conservation des œuvres d'Origène, il envahit manu i/ii/itarila montagne de Nitrie, centre supposé de l'origénisme, saccagea et brûla les cellules, poursuivit sans merci les moines dont beaucoup s'enfuirent à Jérusalem et de Là à Constantinople. On sait le reste de cette lamentable histoire qu'on voudrait effacer des annales de l'Église et qui eut pour dénouement l'exil et la mort de saint Jean Chrysostome. Elle nous montre de très grands saints aux prises les uns avec les autres, le droit et le devoir tellement obscurcis par un nuage d'intrigues, de calomnies et de préventions, qu'il était presque impossible aux contemporains et qu'il est encore difficile à l'historien de les démêler ; mais elle nous donne cette leçon réconfortante, que les erreurs d'appréciation et les fautes de conduite qu'elles entraînent ne sont point incompatibles avec la plus éminente sainteté.
Plus on scrute avec attention toutes les péripéties de ce drame, où l'ombre d'Origène joue un si grand rôle, moins on arrive à y découvrir de vrais origénistes. Estil besoin de disculper Chrysostome, ou son ami saint Théotime qui repoussa si énergiquement la sommation
de saint Épipluuie d'avoir à condamner en bloc et sans examen les œuvres d'Origène (1)'? Quant à Kufin, tous ses écrits, son explication du Symbole, sa lettre au pape Anastase, les professions de foi qu'il aime à prodiguer, sont parfaitement orthodoxes (2). Après comme avant ces débals, il jouit de l'estime et de l'amitié des saints les plus illustres. L'orthodoxie de Jean de Jérusalem dans toute cette affaire ne parait pas plus douteuse et les éloges que saint Anastase, au plus fort des controverses origénistcs, décerne à sa foi et à sa piété (3) nous paraîtraient excessifs, s'il ne s'agissait d'un personnage alors en très grand renom de science et de A^ertu. A Théophile qui leur dénonçait les erreurs origénistes, tous les évêques de Palestine réunis à Jérusalem répondirent qu'ils n'en avaient jamais entendu parler et que personne, à leur connaissance, ne les professait dans toute l'étendue de leur proWnce ecclésiastique (4). En Egypte, du moins, rencontrerons-nous quelque origéniste authentique? Nul n'ignore que les accusations dirigées contre les Longs Frères et leurs compagnons d'exil furent reconnues calomnieuses. Aussi Théophile se réconcilia-t-il avec eux sans leur demander la moindre rétractation. Lui-même, Aiolant ses propres édits, se remit à lire Origène et il répondait à ceux qu'étonnait son inconséquence : « Je sais tirer les roses des épines (5). » Fantôme ou épouvantaU, l'origénisme s'était évanoui.