‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 26 sur 123 · CHAPITRE DEUXIK^IE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIK^IE

CONTROVERSES ORIGÉ.MSTES AU Yl® SIÈCLE

Clirysoslome exilé et mort, la haiiic de Théophile assouvie, Rufin réduit au silence, les controverses origéuistes étaient sans but. Il n'en fut pas question durant plus d'un siècle. Ce furent des moines palestiniens, engoués du Periarchon, qui les ressuscitèrent. En vain on leur prescrivait comme antidote la réfutation d'Antijiater de Bostra. Expulsés d'un monastère, ils chercliaient asile dans le voisinage, attendant, pour se faire réintégrer, un changement d'abhé ou de patriarche; or, sousJustinien, les patriarches changeaient souvent. Vers 537, deux des principaux origénistes venaient d'obtenir des évèchés importants : Théodore Asliidas, le siège métropolitain de Césarée en Cappadoce, et Domitieu, celui d'Ancyre en Galatie. Le mouvement devenait sérieux et il était temps de l'enrayer (1).

Quelqu'un s'avisa du remède le plus efficace, le recours direct à l'empereur. Justinien, tout occupé qu'il était à faire et à défaire évêques et patriarches, savait être théologien à ses heures, pourvu qu'on lui fournît les matériaux tout préparés. Ayant composé sa fameuse lettre contre Origène, appuyée de vingt-quatre

1. La seule autorité à peu près, pour cette phase de l'origénisme, est Cj'rille de Scythopolis {Vila Sabbœ, 83-90. dans Cotelier, EccL Grœc. Monum., t. III, p.- 360-370; Paris, 1086). Mais Cyrille, qui écrivait en 5oo, presque au lendemain des événements, est un auteur l)ien informé. Il habitait Jérusalem et fut l'un des cent vingt moines désignés pour remplacer les origénistes chassés de la Nouvelle Laure. Il a. de plus, interrogé les témoins oculaires {VUa EuthymU, dans (hôtelier, op. cit., t. II, p. 338).

extraits du Periarchon et accompagnée de neuf propositions à frapper d'anathème, il adressa le tout aux patriarches, y compris le pape Vigile, avec injonction à Menas de Constantinople de faire souscrire les anathématismes partons les évoques présents dans la capitale (543) (1). Libérât dit formellement que tous les patriarches adhérèrent à redit impérial, et comme les propositions signalées sont de fait erronées, nous n'aurions aucune raison de douter que le pape ait donné son assentiment, alors même que Gassiodore ne l'affirmerait pas. Les anathématismes du synode local de 543 paraissent donc avoir été acceptés par l'ensemble de l'épiscopat catholique uni au Saint-Siège : c'est pourquoi nous jugeons utile d'en donner ici une traduction littérale. Ils reflètent moins sans doute la vraie pensée d'Origène que son interprétation tardive par les moines palestiniens du vi" siècle ; mais ils n'en ont que plus d'intérêt. On remarquera qu'ils ne font aucune allusion à la subordination des personnes divines ni à l'allégorie scripturaire, tandis qu'ils réprouvent des opinions bizarres, qu'aucune citation d'Origène ne vient appuyer dans les pièces justificatives.

1. Anathème à qui dit ou tient que les âmes des hommes préexistaient en qualité d'esprits et de vertus saintes, mais que, rassasiées de la contemplation divine,

\. Ces trois pièces se trouvent clans Mansi, Collecl. Concilior., t. IX, et dans Migne, P. G., t. LXXXVI. 1" partie, col. 945-981 : dissei-tation contre Origèno; col. 981-089: vingt-quatre extraits du Periarchon; coi. 089: les neuf anathématismes. Des vingtquatre extraits, sept n'ont pas été replacés par Delarue dans le te.xtc de son édition; la place de quatre d'entre eux est cependant facile à trouver, surtout grâce aux citations de S. Jéi-ôme dans sa lettre à Avitus. Pour les trois autres, nous ne savons d'où ils sont tirés, mais il nous parait évident que l'un d'eux est interpolé.

INTKUULCTIU.N LUI

elles se portèrent au mal, si> refroidirent de l'amour do Dieu, — d'où leur vint le nom CCàmes {<W/y.\), — enfin, par mesure de châtiment, furent reléguées dans des corps.

2. Analhème à qui dit ou tient que l'âme du Seigneur préexistait et qu'elle fut unie au Dieu-Verbe avant Tincarnation ot la naissance virginale.

3. Anathème à qui dit ou tient que le corps de Xotre- Seigueur fut d'abord formé dans le sein de la sainte Vierge et que le Dieu- Verbe, avec l'âme préexistante, s'y unit ensuite.

4. Anathème à qui dit ou tient que le Verbe de Dieu s'est fait semblable à tous les ordres célestes, chérubin avec les cliérubins, séraphin avec les séraj^hins, en un mot semblable à toutes les vertus d'en haut.

5. Anathème à qui dit ou tient qu'à la résurrection les corps des hommes ressusciteront sphériques et nie que nous devions ressusciter dans la position droite.

6. Anathème à qui dit ou tient que le ciel et le soleil et la lune et les astres sont des êtres vivants et raisonnables.

7. Anathème à qui dit ou tient que le Seigneur notre Maître sera, dans le siècle à venir, crucifié pour les démons comme il l'a été pour les hommes.

8. Anathème à qui dit ou tient que la ijuissance de Dieu est limitée et qu'il a formé autant d'êtres qu'il pouvait en embrasser.

9. Anathème à qui dit ou tient que le châtiment des démons et des impies est temporaire, qu'il prendra fin après une certaine durée et qu'il y aura une restauration (à-oxaTiîTx^'.ç) des démous ou des impies.

10. Anathème à Origène surnommé Adamantins, l'inventeur de ces choses; anathème à ses dogmes odieux.

maudits et exécrables ; anathème à quiconque les professe, les soutient ou ose les défendre n'importe quand ou comment.

On reconnaît là, solidifiés en dogmes, quelques-uns des rêves vaporeux oii se complaisait la vive imagination d'Origène ; mais il faut des efforts et des recherches pour deviner comment on a pu mettre à son compte certaines opinions singulières et blasphématoires. Il dit bien en passant que les corps célestes ont la forme arrondie, mais il parle évidemment des astres et non des élus, car il invoque aussitôt le témoignage des hommes compétents en ces matières (1); il dit encore que le Fils de Dieu, dans les théophanies où il préludait à l'incarnation, sous le nom d'Ange du Seigneur ou d'Ange de l'alliance, remplissait les fonctions des anges, mais il ne dit pas qu'il ait pris leur nature comme il a pris la nature humaine ; il dit enfin que le sacrifice de la croix a eu peut-être son contre-coup sur toute la création et son retentissement au ciel, mais il ne dit pas que Jésus- Christ sera un jour crucifié pour les démons comme il l'a été ijour l'homme coupable (2).

Si les antiorigénistes s'étaient flattés de ruiner le crédit d'Askidas et de Domitien, ils furent bien déçus. Les prélats courtisans signèrent tout ce qu'on A'oulut et, à ce prix, conservèrent la faveur impériale. Cependant l'origénisme prenait une direction toute nouvelle qui réclame quelques explications.

Vers le début du sixième siècle, un moine brouillon d'Édesse, nommé Bar-Suda'ïli , avait rapporté d'Egypte une sorte de panthéisme qui empruntait à Origène une

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