De Omliune, 31 {P. G., t. XI, col. uo
2. Cf. Huot, Orir/eniana, lib. II, cap. ii, q. m, n° 2-u et 23-24 (P. G., t. XVII, col. 707 sr/r/. et 826 sqq.)
IiNTRODUCTION LT
partie de sa terminologie. Dans ce système, autant que la brève réfutation de Pliiloxène permet île l'entendre, tout procéderait [)ar émanation de l'Absolu qui finirait par résorber en soi toutes choses (1). Le principe fondamental était : « Toute nature est consubstanlielle {bar kiono) à Dieu », et le mot de passe : « Dieu sera tout en tout. » Bar-Sudaïli, expulsé d'Édesse, vint se réfugier à Jérusalem où se trouvait déjà un petit noyau dorigénistes. C'est là que se produisit le syncrétisme des idées panthéistes et des hypothèses d'Origène. A la mort de Nonnus qui y maintenait quelque cohésion, le parti se scinda en deux sectes rivales, celle des protoctistes ou tétradites et celle des isochristes. Ces derniers acquirent bientôt une telle prépondérance que leurs adversaires, de dépit, s'unirent aux orthodoxes, et les isochristes représentèrent alors tout l'origénisme. Leur dogme capital, comme le nom Tinsinue, était que tous les hommes sont destinés à devenir les égaux du Christ, mais qu'ils doivent finalement, comme le Christ luimême, se perdre en Dieu (2).
Les anathématismes fulminés en 343 ne suffisant plus contre cette nouvelle forme d'origénisme, Théodore de Scythopolis, obligé de les souscrire vers la fin de l'année 552 (3), fut contraint d'y ajouter les trois articles suivants :
1. Xonaias Mabugensis, Epis t. ad Abraham et Oreslem... de Siephano Bar-Siidaili, dans Assemani, Bibliolh. Orient., t. Il p. 31-3:i. La lettre de Phiioxène, écrite entre oOy et oli, a été publiée d'après l'unique manuscrit du Vatican (Syriac, 107, fol. 60-63. VMi" siècle), avec traduction anglaise, par Frothingham, Slephen Bar-Sudaili, Ihe Syrian Mysfic, Leyde. 1886.
2. Nous devons ces maigres détails à Cyrille de Scythopolis, Vita Sabbae, dans Cotelier. op. cit., t. III. p. 37l'-374.
3. Libellus de error. Origenis {P. G., t. LXXXVI, 1" partie, col. 232-236). Les trois articles ajoutés occupent les nuuiéros 4,
Anathèine à qui dit ou tient ou pense ou enseigne que le règne de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Clirist est destiné à finir et à cesser un jour.
Anatlième à qui dit ou pense ou enseigne que nous serons un jour égalés au Christ-Sauveur notre Dieu, enfanté de la sainte et toujours Vierge Marie, mère de Dieu, et que le Dieu- Verbe s'unira à nous comme il s'unit, selon la substance et selon Ihypostase, à la chair animée prise au sein de Marie.
Anatlième à qui dit ou pense ou enseigne que les corps ressuscites, revêtus d'immortalité et d'incorruption, sans excepter celui de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, périront et retomberont dans le néant, au lieu de durer à jamais.
On le voit, l'origénisme s'amalgamait avec des éléments de tout point hétérogènes : l'égalité des bienheureux et du Christ et l'union hypostatique des élus avec le Dieu- Verbe. Telle était la situation à la veille du cinquième concile œcuménique de Constantinople.
Cette grande assemblée a-t-elle condamné l'origénisme 1 Halloix qui le nie a recueilli presque autant d'adeptes que Baronius qui l'affirme ; mais l'opinion mitoyenne — celle d'une condamnation in globo, sans examen ni spécification des doctrines réprouvées — a rallié encore plus de suffrages. Il est hors de doute que le concile avait été exclusivement convoqué pour l'affaire des Trois Chapitres et que dans les huit sessions
11 et 12. La profession de foi est adressée à l'empereur et aux quatre patriarclies d'Orient, Eutychius de Constantinople, Apollinaire d'Alexandrie, Domnus d'Antioche et Eustochius de Jérusalem. Pas un mot du pape Vigile qui se trouvait pourtant alors à Constantinople.
INTRODUCTION LVII
dont nous possédons en latin les actes (du 5 mai au 2 juin 553) — les seules que le pape Vigile ait confirmées — il n'y a point place pour une discussion sur l'origénisme, bien qu'Origène y soit nommé deux fois incidemment. Pourtant deux contemporains, Évagre et Cyrille de Scythopolis, attestent la condamnation des erreurs origénistes au cinquième concile général, et deux pièces très intéressantes, décisives si elles sont authentiques, corroborent leur déposition. Je veux parler d'une lettre adressée par Justinien au « saint synode » et de quinze xavôveq attribués aux Pères du cinquième concile (1). Les deux documents ont tous les caractères intrinsèques d'authenticité et — ce qui achève de rendre invraisemblable l'hypothèse de faux intentionnels — ils cadrent bien avec l'histoire mieux connue des controverses religieuses de l'époque.
M. Diekamp, professeur à Munster, nous semble avoir trouvé le mot de l'énigme (2). Il suppose que les débats sur l'origénisme eurent lieu durant cette période de pénible attente que les pourparlers entre le pape et l'empereur imposaient aux évêques réunis depuis quatre longs mois. Vigile, redoutant une assemblée où l'élément oriental serait par trop prépondérant, et craignant d'ailleurs que la condamnation des Trois Chapitres ne
1. Les deux documents se trouvent dans Mansi, op. cit., t. IX. La lettre de Justinien est dans Migne, P. G., t. LXXXVI, V partie, coL 103o-1041. Lambeek publia le premier, en 1679, les quinze anathématismes qu'il avait découverts dans un manuscrit de Vienne ; mais il eut le tort d'ajouter de son cru au titre les mots xaTà 'Qûiyî'vo'j; qui ne sont pas dans le manuscrit. L'édition la plus récente et la meilleure des deux pièces, celle de Diekamp {Die origenislischen Streitigkeiten... p. 90-97), supprime ces mots.
2. Die origenislischen Streitigkeiten im sechsten Jahrliundcrt. Munster, 1899.
LVIII ORIGàHE
parût un blâme indirect à l'adresse des Pères de Ghalcédoine, mettait tout en œuvre pour gagner du temps. Sur CCS entrefaites, arrivent de Jérusalem les moines porteurs d'un libelle d'accusation contre les origénistes. C'est une bonne aubaine pour Justinien, qui voit là un ingénieux moyen de faire prendre patience aux évêques, tout en évitant de blesser le pape. Il leur écrit donc la lettre dont nous venons de parler et quinze propositions sont frappées par eux d'anathème. Ceci se passait dans les premiers mois de 533. Le 2 mai suivant, le concile s'ouvrait, sans aucune participation du pape qui réclamait en vain un nouveau délai.
Le seul point que M. Diekamp n'ait pas réussi à mettre en lumière, c'est la confirmation par le pape de la sentence extra- SATiodale relative à Forigénisme. A notre avis, cette confirmation n'a jamais eu lieu. Les deux arguments allégués par M. Diekamp admettent une solution facile. D'autre part, lorsque le pontife, dans sa lettre au patriarche de Constantinople (8 décembre 3o3) et son Constitutum du 23 février oo4, se résolut à sanctionner les travaux du concile, son approbation ne porta (pie sur l'affaire des Trois Chapitres, la seule que les Pères eussent à traiter. Ses trois successeurs, Pelage P' (006-oGl), Pelage II (579-590) et Grégoire le Grand (390-604), ayant à parler des décrets du cinquième concile — les deux derniers au long et en détail — ne font pas la moindre allusion à une condamnation de Torigénisme. C'est donc qu'ils l'ignorent ou la regardent comme non avenue. La lettre de Justinien n'était pas adressée personnellement au pape comme celle de 543, mais au concile qui n'était point encore régulièrement ouvert et où le pape était bien décidé à ne point i)araitre, surtout à cette époque. La