‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 29 sur 123 · IDÉE ET PLAN DU PERIARCHON · texte numérisé non relu

IDÉE ET PLAN DU PERIARCHON

Toute la théologie d'Origène est condensée dans le Periarchon ou Traité des Principes. Par principes — quiconque est familiarisé avec sa pensée et sa langue le reconnaîtra sans hésiter — il entend les articles principaux de l'enseignement de l'Église qu'il met constamment à la base de ses spéculations et les vérités primordiales déduites par la raison théologique des prémisses révélées, à défaut de révélation formelle (1). Il nous présente donc non pas une philosophie de la nature, mais la science des conclusions rationnelles fondées sur la révélation. C'est, dans toute la force du terme, une somme de théologie, et même, à proprement parler, de théologie scolastique.

Le Periarchon n'est pas précisément une œuvre de jeunesse. Origène avait plus de trente ans, peut-être quarante, lorsqu'il le composa ; mais tout porte à croire qu'il n'y avait pas mis lu dernière main et qu'il ne le destinait pas au grand

1. Sur le sens de 'Ap/aî dans le titre du Periarchon, voir Redepenning, Ongenes, 1841, 1. 1, p. 392-398.

public, du moins sous sa forme actuelle. Il se plaignit plus tard au pape saint Fabien que des écrits inachevés, qu'il désirait soumettre à l'épreuve du temps et de la réflexion, eussent été prématurément divulgués par son ami Ambroise (1). C'est vers l'an 218, à l'âge de trente-trois ans, qu'il entra en rapports avec son généreux Mécène. A cette époque, il n'avait encore rien publié. La lettre au pontife romain fait sans doute allusion à ses débuts littéraires, aux livres sur la Résurrection et au Traité des Principes. On sait que ces deux ouvrages furent toujours et presque exclusivement le point de mire de toutes les attaques. C'est dans le Periarchon que les adversaires d'Origène, en particulier saint Jérôme et Justinien, puisent tous leurs griefs ; c'est le Periarchon que les défenseurs du grand Alexandrin, saint Pamphile, Didyme l'Aveugle et l'anonyme analysé par Photius, s'évertuent à présenter sous un jour orthodoxe. Dans ses homélies, comme saint Jérôme le remarque avec raison, et aussi dans ses commentaires, surtout dans ceux qu'il composa à Césarée, l'illustre exégète s'attache beaucoup plus étroitement à la tradition de l'Église. Pour lui rendre justice, il faudra donc examiner si sa pensée n'a pas évolué peu à peu dans le sens de l'orthodoxie et ne point perdre de vue que les spéculations hardies du Periarchon n'étaient probablement qu'un essai provisoire destiné au public restreint d'une classe de théologie.

A part de longs extraits insérés dans la Philocalie, qui peuvent se monter au sixième de tout l'ouvrage, le Periarchon ne nous est parvenu que dans la version de Rufin. Or le traducteur, regardant comme acquise l'interpolation des écrits d'Origène, notamment du Periarchon, a modifié certains passages relatifs à la Trinité (2). Mais il proteste qu'il n'a rien ajouté du sien et qu'il s'est borné à corriger l'auteur par lui-même, au moyen de ses autres ouvrages. Nous

1. S. .lôrùme, Episl. ad Pammach. et Océan., lxxxiv, 10 (XXII, 731).

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