sera question de ce texte ci-dessous
ront, lorsque le corps semé dans la corruption se lèvera incorruptible et, semé dans l'ignominie, se lèvera glorieux.
[o] Un autre point incontesté de l'enseignement de l'Église, c'est le libre arbitre de l'àmo raisonnable. Le démon et ses anges et les puissances ennemies cherchent bien à nous accabler sous le poids du péché ; mais si nous vivons conformément à la raison et à la justice, nous rejetterons ce fardeau loin de nous. Nous ne som mes jamais nécessités, contre notre vouloir, soit au bien soit au mal. Les puissances supérieures peuvent nous pousser, les unes au vice, les autres à la vertu ; mais elles ne sauraient nous contraindre, quoi qu'en disent ceux qui font dépendre toutes nos actions du cours et des mouvements des astres.
[B] L'àme se transmet-elle par génération, en vertu des forces séminales des corps, ou a-t-elle une autre origine? En ce cas est-elle engendrée ou non"? Est elle infusée du dehors dans le corps humain, ou non '? (1), Autant de questions que l'enseignement de l'Église ne tranche pas d'une manière absolue.
[6] Quant au diable et à ses anges et aux puissances ennemies, renseignement de l'Église nous en apprend l'existence, [C mais sans exprimer nettement quelle est
1. « De anima vero, utriim ex seniinis tracluce ducatur, ita ut ratio ipsius vel substantia inserta ipsis seminibus corporalibus liaboatiir, an vero aliud habeat initiiim; et hoc ipsum initium si genitim sit, aut non genitum: vel certe si extrinsecus corpori inditui necne, non satis manifesta pra?dicatione distinguitur. » Il est intéressant de comparer la manière dont saint Augustin pose I.' problème : « Utrum ex ilia una (anima), quai primo homini d da est, cetera? propagentui'; an singulis quibusque novaj etiiiin modo fiant; an alictiin jam existentes vel mittantur divin dus, vel sponte labantur in corpora {P. L., XXII, H28; et. 'bid., 1188). » Voir ci-dessous.
leur nature et leur manière d'être. Cependant la plupart sont d'avis que le diable fut jadis un ange et qu'il entraîna dans sa défection un grand nombre de ses compagnons a[)pelés maintenant ses anges.
[7] Un autre i)oint de la doctrine ecclésiastique est que ce monde a été fait et qu'il a commencé à un certain moment et qu'il se dissoudra un jour en vertu de sa corruptibilité native. [D] Mais on ne sait clairement ni ce qui existait avant ce monde ni ce qui existera après lui. Sur ce point la prédication ecclésiastique n'est pas évidente.
[8] L'Esprit-Saint, l'auteur des Écritures, leur donne, outre le sens qui est à la surface, un autre sens cjui échappe au plus grand nombre. Les récits sacrés sont les types et les figures de mystères divins (1). L'Église entière s'accorde à dire que toute la Loi est spirituelle, mais le sens spirituel de la Loi est connu seulement de ceux à qui l'Esprit-Saint daigne accorder la sagesse et la science.
[E] Le terme d'incorporé/, presque inusité ailleurs, est abseut de lÉcriture. Si l'on nous objecte le livre intitulé Doctrine de Pierre où le Sauveur dit à ses disciples : « Je ne suis pas un être incorporel (2) » , nous lui répondrons d'abord que cet écrit n'est pas canonique, qu'il n'est ni de Pierre ni d'aucun auteur inspiré. Le serait-il, le mot àiwaaTov n'y a pas le sens que lui donnent les philosophes quand ils parlent de la nature incorpo-
1. « Tiim demuin qnod per Spiritum Dei ScripturEe conscriptîe sint, et sensum liabeant, non eum soliim qui in manifesto est sed et aliiim quemdam latentem quam iilurimos. Forma? enim sunt liïec qua3 descripta sunt sacranientorum quorumdam et divinarum rerum imagines. •
2. S. Ignace [Ad Smyrn., 3) cite ainsi ce texte : "Oti où-/, tîjxi Saïaôvtov iîwaaTOV.
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relie... Nous rechercherons cependant si la notion de l'être incorporel, tel que l'entendent les philosophes, n'existe pas sous un autre nom dans rÉcriturc. Il faudra aussi étudier comment nous devons concevoir la divinité : si c'est avec un corps et une certaine figure ou d'une autre manière ; l'enseignement ecclésiastique en effet ne tranche pas ce point avec une pleine évidence (1). Nous poserons la même question au sujet du Fils et du Saint-Esprit ; et aussi à propos des âmes et de toutes les natures intelligentes.
[9] Encore un article de l'enseignement de l'Église : Existence des anges et des vertus célestes que Dieu emploie pour le salut des hommes. [F] Quand furent-ils créés et dans quel état, quelle est leur manière d'être, la foi ne nous l'apprend pas clairement.
[G] Le soleil, la lune, les étoiles sont-ils animés ou non, nous ne le savons pas avec certitude.
Pour obéir à ce précepte divin : c Éclairez-vous à la lumière de la science », il faut prendre pour base ces principes et ces fondements, si l'on désire former de tout cela un corps suivi de doctrines. Il faut, dis-je, scruter chaque point particulier pour savoir ce qu'il y a de certain et d'incontestable, puis réunir en un tout ces assertions et ces analogies, qu'elles soient fournies directe-
1. Bien qu'Origène énonce sous forme dubitative le dogme de la spiritualité de Dieu, on ne trouve pas dans ses écrits le moindre doute à ce sujet. Partout il se fait l'ardent champion de l'incorporalité absolue des trois Personnes divines. Il faut se souvenir que les anthropomorphites furent nombreux en Egypte jusqu'au v° siècle. L'Église les tolérait. C'est pourquoi Origène, malgré ses convictions personnelles, peut dire : « Deus ipse quomodo intelligi debeat inquirendum est, corporeus et secuadum aliquem habitum deformatus, an allerius natura3 quam corpora sunt, quod ulique in jJrisdicaiione nostra manifesle non designalur. »
ment par la sainte Écriture ou déduites comme conséquences par voie de raisonnement.
Celte déclaration préliminaire, (lu'ou pourrait appeler le frtv/o d'Ori^uène, dislingue fort nellemeul l'objet de la foi et celui de la théologie, eu preuaut celle-ci au seus scolaslique. L'objet de la foi est le fait de la révélation : qida sinl ; l'objet propre de la théologie est le pourquoi et le comment de la révélatiou : (juomodo autumlesint. C'est la prédication ecclésiastique, c'est-à-dire le magistère vivaul et iufaillible de l'Église, qui règle et délimite l'objet de la foi. Tout ce qui sort de cette sphère rentre dans l'objet de la théologie, laquelle ne saurait être une science autouome, puisqu'en cessant de s'appuyer sur la vérité révélée elle reposerait sur le vide, mais (jui, pour mériter le nom de science, abesoin d'aller plus loin, de coordonner les éléments épars de la révélation et d'en montrer l'accord avec les données rationnelles.
Rapproché du Symbole des apôtres, le Credo d'Origène, complété, si l'on veut, par la récapitulation finale du Perianhon et par la description de l'hérétique, dont nous parlons ci-après, offre des particularités intéressantes. De part et d'autre, même disposition ternaire : le Père créateiu-, le Fils rédempteur et le Saint-Esprit sanctificateur. Sila descente du Christ aux enfers est passée sous silence par Origène, qui d'ailleurs ne l'ignorait pas, c'est qu'elle manquait alors dans les symboles orientaux et même dans le symbole romain (1). Origène omet également la rémission des péchés, réservée peut-être, à celte époque, aux catéchèses sur les mystères. En revanche, il ajoute un certain nombre d'articles, fondamentaux à son avis : inspiration et sens spirituel de l'Écriture, existence des anges et des démons, liberté de l'homme affirmé contre les fatalistes, identité du Dieu de la Loi et de
1. Rufin, Comment, in Symbol., \S (P. L., XXI, 3o6). La descente aux enfere est expressément enseignée par Origène dans son Homélie sur la Pylhonisse, 6 (XII, 1019). Voir aussi In Roman., v, 10 (XIV, 1032).
18 ORIGÈJSE
l'Évangile contre les gnostiques, vérité de la mort, de la sépulture et de la résurrection du Sauveur contre les docèles. La formule de rincarnation est remar(|ua])le : < II s'est incarné tout Dieu qu'il était, et il s'est fait homme tout en restant Dieu. Il a pris un corps en tout semblable au nôtre avec cette différence qu'il est né de la Vierge et de l'Espi'it-Salnt. >
Les limitations de la foi, qui ne restreignent le champ de nos libres investigations qu'en agrandissant l'horizon de nos connaissances, laissent à la science théologique un domaine assez vaste, sans compter que la recherche et l'étude du fait de la révélation en font partie intégi-ante. En particulier, six problèmes sont abandonnés aux tUsputes et aux spéculations des thélogiens : la manière dont le Saint-Esprit procède, l'origine de l'àme humaine, la nature des substances immatérielles, les fluctuations du libre arbitre, les mondes antérieurs ou postérieurs au nôtre, la question de la Aie des astres.
Origène se demande si l'Esprit-Saint est né ou non, s'il faut ou non l'appeler Fils de Dieu (1). Cette question subtile
1. La traduction de Rufin diffère de celle do S. Jérôme. Riilln traduit [P. G.. XI, 117-118 et XVII, 550) : <■ la hoc (.<pir. S.) non jam manifeste disceruitur utrum natus an innalus, vel Filius etiam Dei ipse habendus sit necne. » S. Jérôme (Epist. ad Avit., cxxn-, 2. P. L., XXII, 1061) rend ainsi le texte : ■■ De quo (Spir. S.) cum ignorare se dieat utrum faclus sit, an infectics, in posterioribus quid de eo sentiret expressif, niliil absque solo Deo Pati'c infecdon esse confirmans. • Il en résulte que S. Pamphile et Rufin doivent avoir lu --îwr.TCiî ?, iyivw.To?. car S. Pamphile remarque : « Qui de nato vel innato rcquirit, sine dubio creaturas in eo nullam habet opinionem, alioquin et hoc adduxisset ad inquisitionem. » Au contraire, S. Jérôme aura lu 7£w,Tûî T, àyÉvï,To;, comme le prouve sa l'édoxion. Eji tous cas, la conclusion qu'il en tire dépasse les pn^misses, car ysw.TÔ; ne signifie pas créé mais produit d'une manière quelconque. Il est difficile de décider ce qu'a écrit Origène : -/'"■^l'^^î et i'sv^.tôç, (xysrr.To; et àYiwr.To; s'écliangeant continuellement dans les manuscrits et la différence de sens suggérée par l'étymologie étant presque effacée dans l'usage. Sur le fond de la question, voir /;* Joan., ii, 6 {P. C, XIV, 129), quo nous étudierons i>Ius loin.
ne parait pas l'avoir beaucoup préoccupé dans la suite. Il n'en itarlc plus dans le Pcriarchon et, quand il y reviendra dans son Connnontaire snr saint Jean, il la résoudra conforménient aux princi|)es de la tliéologie actuelle, en observant que l'Ecriture no reconnaît qu'un Fils Monojjrèneet qu'une seule procession divine par voie de génération.
Il en est autrement pour l'origine de l'àme sur laquelle les anciens Pères ont t<u\t hésité.
L'unie se propage-t elle ex traduce, comme le voulait Tertullien avec un certain nombre d'occidentaux ? Sort-elle du néant par voie de création, toutes les fois qu'il en est besoin pour animer un nouveau corps "? Ou bien existe-t-il quelque part un réservoir dames, prêtes à jouer leur rôle sur la scène du monde ? Et. en ce cas, descendent-elles spontanément sur la terre ou attendent-elles les ordres de Dieu? Augustin énumérait ainsi, en des termes qu'on croirait empruntés à Origène, les diverses hypothèses en cours sans en embrasser aucune (1). Saint Jérôme, lui, penchait vers le système delà création successive ; il le trouvait plus conforme au langage de TÉcrlture et au sens catholique ; mais sa laconique explication manque de clarté et ses textes scripturaires n'ont rien de décisif (2). Fort curieuse de toute manière est la correspondance échangée àce sujet entre les deux illustres docteurs (3). L'évèque d'Hippone, en des lettres charmantes d'urbanité, de modestie, de déférence, supplie le solitaire de Bethléem d'éclairer ses doutes et d'instruire son ignorance. Celui-ci esquive la réponse. Ce n'est plus maintenant pour lui, assure-t-il,le temps de parler, mais celui de se taire. Il préfère aimer Augustin, le vénérer, l'admirer, que de discuter avec lui. Si les hérétiques remarquaient entre eux quelque désaccord, ils ne manqueraient pas de s'en pré-