L.V TRINITÉ DA>S l'uNITÉ
L'essence divine est absolument dégagée de la matière (1). Cette vérité nous parait si élémentaire que nous pardonnons à peine à l'auteur du Pcriarchon de s'y attarder. Mais — et c'est l'excuse d'Origène — si la philosophie grecque commençait à l'entrevoir, elle n'avait pas pénétré assez avant dans les esprits pour rendre la démonstration superflue. Les épicuriens faisaient leurs dieux à l'image de l'homme, comme le polythéisme vulgaire ; les stoïciens les confondaient avec le grand Tout ; les pythagoriciens en animaient les astres ; seuls, Platon et son disciple Aristote dépouillaient la divinité de toute enveloppe matérielle. Dans cette atmosphère de paganisme ambiant, certains chrétiens peu instruits hésitaient : d'autant plus que l'Ecriture appelle quelquefois Dieu un feu dévorant, une lumière, un esprit, — et ce mot par son étymologie, tant en grec qu'en latin et en hébreu, réveille l'idée de souffle. C'est une loi générale et nécessaire du langage humain de décrire les choses immatérielles par des métaphores tirées des objets sensibles. Dieu est la lumière des intelligences, le feu qui consume les iniquités des hommes, l'être spirituel qu'il faut adorer en esprit et en
1. C'est le résumé du chapitre i du premier livre du Periavchon.
vérité ; et il suffit, observe justement Origène, du simple énoncé, pour mettre à nu le sens immatériel de ces termes. Du reste, l'Écriture affirme sans cesse que Dieu est invisible, que personne ne l'a jamais vu, et si elle dit une fois que les cœurs purs verront Dieu, on sait que, dans sa langue, "les yeux du cœur signifient l'intelligence.
En résumé, « Dieu n'est ni un corps ni dans un corps. Nature intellectuelle, sans mélange d'aucune sorte, il ne re(.'oit ni le plus ni le moins. Monade absolue ou i)hitôt hénade, il est l'Intelligence, source commune des intelligences (1) >. Les créatures le reflètent sans en donner une idée adéquate ; pas plus que les rayons du soleil réfléchis dans un miroir ne nous font connaître exactement le soleil. Dieu est donc incompréhensible (2).
Les Personnes divines possèdent à titre exclusif et iucommunicable trois attributs qui les distingueront toujours d'une créature quelconque, si parfaite qu'on la suppose : l'immatérialité absolue, l'omuiscience, la sainteté substantielle.
Immatériels, tous les esi^rils le sont; mais Origène se demande s'ils peuvent se passer d'une enveloppe corporelle, aussi subtile et aussi éthérée qu'on voudra, qui leur serve de moyen d'action et de communication. Bien qull n'ose pas se prononcer catégoriquement, on voit bien qu'il penche vers la négative. Au contraire, quand il s'agit de Dieu, il n'hésite pas un instant. Dieu n'est ni un corps ni dans un corps ; et il en est de môme du Fils et du Saint-Esprit (3j.
1. Pcynarch., I, i, 6 : « Non ergo aut corpus aliquod, aut in corpore putandus est Deus, sed intelloctualis natiira. siiuple.x, nihil omnino in se adjimclionis admittens; uti ne majus aliquid et inferius in se liabere creJatur, scd ut sit e.x omni parte (lovâ;, et ut ita dicam b^ic,, et mens, ac fons ex quo initium totius intellectualis natura? vel mentis est. »