Il sera plus loin question de cette comparaison
3. On attendrait plutôt: ■< Le Père sans le Fils. • Le traducteur Rufin est peut-être coupable de cette inversion qui rend la
est l'empreinte de sa substance, son Verbe et sa Sagesse. Gomment donc ose-t-on prétendre qu'il fut un temps où le Fils n'était point ? C'est dire équivalemment qu'il fut un temps où la Vérité n'était pas, où la Sagesse n'était pas, où la Vie n'était pas. Ces perfections, appartenant à l'essence de Dieu, sont inséparables de sa substance ; et si la raison peut les distinguer, elles sont en réalité une seule et même chose en quoi consiste la plénitude de la divinité (1).
Mais ces expressions même : « 11 ne fut jamais un temps où il ne fût pas » demandent à être entendues avec indulgence. En effet quand et jajnais sont des particules de temps ; or tout ce qui concerne le Père, le Fils et le Saint-Esprit, est au-dessus de tout temps, de toute durée et de toute éternité. C'est là le privilège de la Trinité seule : tout le reste a pour mesure le temps et la durée (2).
Pour le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu, qui était en Dieu dans le principe, personne ne songera à le renfermer dans un lieu déterminé, ni en tant que sagesse, ni en tant que vérité, ni eu tant que vie, justice, sanctifi-
phrase gauche. Mais, en soi, comme les Personnes divines sont corrélatives, on ne peut pas plus concevoir le Fils sans le Père que le Père sans le Fils.
1. Ces paroles, qui semblent représenter le Fils comme la Sagesse immanente de Dieu, prêteraient à l'équivoque si nous ne savions qu'Origène fait du Verbe une hypostase distincte. Voir Periarchon, I, n, 2, où ce thème est développé plus au long et en termes plus exacts : ■• Nemo putet aliquid nos insubstantivum dicere cum eum (Filium) Dei Sapientiam nominamus... Si ergo semel recte receptum est, unigenituni Filium Dei Sapientiam ejus esse substantialiter subsistentem », etc.
2. On voit par là qu'une créature sans commencement ne serait pas éternelle comme les trois Personnes divines, car sa durée serait mesurée par la succession de ses mouvements ou de ses actes.
DIEU LE PÈRE, LE FILS ET LE SAl^T-ESl'UlT 35
cation, rédemption. Rien de cela en effet n'a besoin de lieu ni pour être ni pour agir (1).
Ou ne peut guère opposer à ce remarquable passage que la perte du texte original. La citation qu'eu fait saint Pamphile, clans l'Apologie d'Origène, nous garantit l'orthodoxie de ce résumé et la fidélité du traductem' Rufin. Cependant nous ajouterons trois fragments dont le texte grec est parvenu jusqu'à nous ^2'.
Le Fils consubstanliel au Père (3) .
Un est celui qui sauve, un est le salut. Un est le Père vivant, le Fils et l'Esprit-Saint ; un, non par le mélange des trois, mais par l'identité de substance dans trois hypostases parfaites et corrélatives. Le Père a engendré selon la nature : c'est pourquoi celui qui est engendré lui
1. Noter un nouvel attribut divin du Verbe : l'immensité au sens strict.
2. Qu'il nous soit permis d'indiquer brièvement quelques autres textes latins. In Exod., hum. v, 3 (Cuni conllteris unum Deum, eademque conlessione Patrem et I-ilium et Spiritum sanctum asseris unum Deum...); Ib'td., hom. vi, 5 (Xullus sine initie et fine, nullus creator omnium, nisi Pater cum Filio et Spiritu sancto): In Xumer., hom. xi, 8; xii. 1 (Lna substantia est et natura Trinilatis); In Roman., i, 16 (P. G.. XIV, 863: Adorare alium quempiam pra^lor Patrem et Filium et Spiritum sanctum imi>ietalis est crimen); iv, 9 (XIV, 997); viii,5 (XIV, II69: Qui bene annuntiat bona. proprietates quidem Patri et Filio et Spii'itui sancto suas cuique dabit, niliil autem diversitatis conlîtebitur in substantia vel natura); vui, 13 (XIV, 1201-1202, texte remarquable); Pcriarchon, I. lu, 5 (Qui regeneratur per Deum in salutem opus habet et Pâtre et Filio et Spiritu sancto, non jiercopturus salutem nisi sit intégra Trinités: nec possiliile[est] participem fleri Patris vel FUii sine Spiritu sancto), etc.
3. In Matth., scolie sur xxvm, 18 (dans Galland, Biblioth., t. XIV, Append., p. 83, Migne, XVII, 309).
est consubstantiel (1). Dieu n'est pas corporel ; aussi ne faut-il pas imaginer un écoulement, un mouvement, ni rien de ce qui se passe dans les corps. C'est le Dieu incorporel qui engendre ; la génération est personnelle ; le Fils est né de la substance du Père.
Ce passage, rapporté seulement par les Chaînes bibliques, nous inspire bien quelques doutes. En tout cas, la difficulté ne viendrait pas du terme de consubstantiel {ôiioQÛaioq) en usage avant le concile de Nicée, comme l'affirme expressément Eusèbe (2), et employé par Origène lui-même, comme en témoigne Rufin (3). Ce qui est décisif, c'est que saint Pamphile transcrit un fragment du Commentaire sur l'épître aux Hébreux où ôjjiooùaioç figure et où le traducteur, par un louable scrupule, a cru devoir maintenir le mot grec : « La Sagesse qui procède du Père, dit Origène, est engendrée de la substance même de Dieu », car elle est une émanation (àiïôpôoia) de la gloire du Tout-puissant et < l'émanation est eonsubstantielle (6[jiooûcioç) à ce dont elle dérive ». Saint Pamphile ajoute avec raison : « Il me semble d'après cela qu'il regarde le Fils comme né de la substance même de Dieu, comme oijloojîioç au Père (4). » L'indignation avec laquelle Origène condamne l'impiété d'Héracléon, qui faisait les adorateurs en esprit et en vérité consubstantiels à Dieu (b), montre que par oijiootjcioç il n'entendait pas une simple ressemblance ou une participation analogique.
La Trinité sainte (6), la Trinité éternelle (7), la Trinité
1. KaTà '^'jaiv £yswf,5îv 6 U.a.'zf^p'ô'.ÔT.zp Ô[j.oo'jï'.o; £y£v^,6T,.