‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 53 sur 123 · In Joan., \, 22 (XIV · texte numérisé non relu

In Joan., \, 22 (XIV

DIEU LE rkRK, LE FILS ET LE SAINT-ESPRIT 43

Quelques courtes remarques aideront à débrouiller l'écheveau de ces spéculai ions subtiles :

1. Pour Origène, le Principe dont parle saint Jean est la cause exemplaire des choses, autrement dit la Sagesse de Dieu, En effet, au témoignage de l'Écriture, la Sagesse est Principe (Prov., viii, 22), et les écrivains sacrés disent indifféremment que Dieu créa toutes choses dans le Principe (Gen , I, 1 : Èv ào/f,) ou dans la Sagesse (Ps. cm, 24).

2. Le Verbe, lui aussi, est Principe et Sagesse à divers points de vue. c II est démiurge, comme Principe, en tant que Sagesse (li. » Car on peut considérer le Verbe sous différentes formalités (êirîvo'.aO, les unes absolues et tenant à son essence même, les autres relatives et dérivant de ses rapports avec les créatures (2). Il n'y a donc rien d'absurde à dire que le Verbe était dans le Principe ou dans la Sagesse, quoiqu'il soit lui-même Sagesse et Principe.

3. Ces formalités sont plus ou moins intimes et l'on distingue entre elles une sorte de gradation. La première de toutes est la Sagesse et elle précède logiquement, au gré d'Origène, toutes les autres notions, même celle de, Verbe (3). Elle appartient essentiellement au Fils et est indépendante de l'existence des créatures; ce qu'Origène affirme également pour la notion de Vérité et, avec moins d'assurance, pour la notion de Verbe et celle de Vie.

4. La Sagesse de Dieu, lorsqu'elle désigne le Fils, n'est pas l'ensemble des représentations divines, ni l'exemplaire divin des êtres créés; elle est quelque chose de subsistant et voilà pourquoi l'on peut dire sans tautologie que la Sagesse était dans la Sagesse et le Principe dans le Principe. Le Verbe d'Origène n'est donc pas le xocaoç vor,T6q

1. In Joan., i, 22 (XIV, oO) : AT,uiouf.YÔî oè ô Xp'.sTà; ôj; i^yr,. xaôci ao'f (a sjxîv.

2. Sur ces è-tvoia'., voir In Joan., i, il (XIV, 40); i, 40; ii, 6 ; II, 26 ; x.\, 24, etc.

3. In Joan., ii, 6 (XIV, 133) : Ti >>£-/ct£ov -rspl t?,; Tpo£-'.vrjo-jar/-f,;

de Philon et de Platon : c'est un être personnel, une hypostase (1).

Le Vei'be est en Dieu sans distinction de temps.

Dieu, ayant engendré son Fils, n'a pas cessé de l'engendrer après sa naissance, mais il l'engendre toujours. . . Qu'est-ce que le Sauveur"? Le rayonnement de la gloire du Père. Mais le rayonnement une fois produit ne cesse pas de se produire. Tant que subsiste la source lumineuse, le rayonnement continue. Ainsi en est-il du Fils par rapport au Père. Notre Sauveur est la Sagesse de Dieu : or la Sagesse est le rayonnement de la lumière éternelle (2) .

Rien (3) ne déclare mieux la dignité du Fils que ces paroles : « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui.» Ainsi lui parle Dieu dont l'aujourd'hui dure toujours. Car il n'y a pas de soir en Dieu ni, je pense, de matin, mais une durée qui embrasse, pour ainsi dire, toute sa

1. Comparer au texte traduit ci-dessus la définition du Fils AanslQ l'eriarchon, I, ii, 2 (sapientia substantialiter suljsistens) et la condamnation des idées platoniciennes [Periarchon, II, m, 0), où l'on peut cependant soupçonner la main de Rufin. Une fois, le langage d'Origène, au sujet du xôa;j.oî votiTÔç. rappelle celui de Platon, In Joan., xix, 5 (XIV, 558), mais ailleurs le %6ff|j.o(: voT,x6î est simplement le monde des intelligences, In Joan., I, 24 (XIV, 68).

2. In Jerem., hom. ix, 4 (XIII, 357): \\.z\ yswâ aù-rôv... "Osov èaxl t6 'jôjç TîOtT,Ti.y.ôv toO àT:a'jyâj[j.aTo;, èzi ToaoÛTOv yswâTat tô àT:aûya7ij.a tï,; ôô'£t,ç toû Bîoû. La traduction de saint Jérôme n'est pas heureuse : « Quotiescumque ortum fuerit lumen, ex quo splendor oritur, loties oritur et splendor ejus. » Il faudrait rendre yôwiv par gignere ou gcnerare et mettre quamdiu tamdiu au lieu de quotiescumque loties. 11 ne s'agit pas d'une série d'actes successifs, mais d'un acte immanent qui dure éternellement.

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