Periarchon, I, i,8; II, iv, 3; Rufin. Apol.. i
3. Le Fils n'ignore rien de ce que sait le Père, parce qu'il est la Sagesse, la Vérité par essence [In Joan.. i. 27), parce qu'il est témoin oculaire de ce qui se passe dans le Père {In Juan., XX, 7 : ACrô-TT,; twv h -zm Ilaxpî). Pai'eillement l'Esprit du Père et du Fils ne peut rien ignorer de ce qui est dans le Père ou dans le Fils {Periarchon, I, m, 4).
DIEU LE PÈRE, LE KILS ET LE SAINT-ESPRIT iil
rien d'hétérodoxe (1). Partout où figure le nombre Irois, les écrivains ecelésiasti([ues des premiers siècles aimaient à voir un symbole de la Trinité.
Deux accusations, recueillies par saint Epiphane, sont si extraordinaires, si opiRisées à la doctrine constante d'Origène, si contradictoires en elles-mêmes, que nous ne savons où l'illustre évè([ae de Salamine a pu les puiser ; et, comme elles arrivent dénuées de preuves, il n'est pas plus possible de les réfuter que de les soutenir: Le Fils serait de la substance du Père et pourtant créé. Il serait Fils par grâce et non par nature (2). >'on moins surprenante est une proposition que saint Jérôme lui attribue, ou, plutôt, qu'il déduit de ses paroles : c Le Fils, image du Père invisible, comparé au Père n'est pas la vérité; par rapport à nous, qui sommes incapables de recevoir la vérité du Père, il est comme l'image de la vérité. » Mais l'erreur ainsi formulée paraissant encore trop inoffeusive aux ennemis d'Origène, ils lui donnèrent ce tour paradoxal : Par rapport à nous, le Fils de Dieu est vérité ; par rapport au Père, il est mensonge. Et c'est sous cette forme, dont l'extravagance se réfute ellemême, qu'elle est enregistrée par saint Augustin.
Le problème se pose ainsi : Saint Pamphile, qui avait fait
1. In Is., Iiom. I, 2; Periarchon, I, m, 3; iv, 27 (texte grec dans Juslinien, Epist. ad Menam). On sait combien cette interprétation di'plaisait à S. Jérôme; il la trouvait non seulement absurde, mais impie et blasphématoire (Cf. Ad Pammach. et Océan., epist. lxxxiv, 3; Comment, in Isaiam, etc.) Elle le serait en effet si elle était littérale; mais tous les Pères ont des applications allégoriques de ce genre.
2. Hœres., lxiv, 4 (XLI, 1076:: 'Ex rr,; oÙTia; toO ITxTpàî to-jtov £l5T,Y^^"^'i xT'.TTÙv ôè à';jLa. Bo'jXîTat wç xa^à yio'.^^ t6v Vîôv aÔTÔv xx'Kz'^fix: lé'ff.'i. Le premier grief nous semble totalement incompréhensible. Qu'est-ce qu'un être créé de la substance même de Dieu ? Aucun texte d'Origène ne motive une aussi extraordinaire assertion, à moins de prendre xtittô; au sens de « procédant », mais alors il ne faut plus parler de création. L'autre grief est démenti par une foule de textes formels. Qu'il nous suffise de citer : Mov&u toj Movoysvoûî cpÛTct TîoO Toy/ ivovtoî (/« Joan., n, 6, voir ci-après).
52 OUIGÈNE
des écrits d'Origène une longue et minutieuse étude, le déclare parfaitement orthodoxe sur le sujet de la Trinité. Saint Athanase confirme ce jugement et cite deux passages qui semblent ne laisser aucun doute. Quand les ariens cherchèrent à exploiter le nom du grand Alexandrin, saint Basile et saint Grégoire de Kazianze leur montrèrent qu'ils le comprenaient mal. Telle était aussi la pensée de Didyme qui interprétait en bonne part les phrases ambiguës du Periarchon. Or l'orthodoxie de Didyme, dont saint Jérôme avait traduit en latin le traité du Saint-Esprit, n'a jamais été suspecte sur le dogme de la Trinité. Enfin un apologiste anonyme fait remarquer aA^ec sagacité que les phrases incriminées d'Origène visent les hérésies de son temps, et qu'il faut, pour bien les entendre, se mettre au point de vue du controversiste. Qui a raison, des défenseurs ou des adversaires? C'est ce qu'une étude d'ensemble, sans préjugé ni parti pris, peut seule décider.
Nul n'aurait sans doute, à cet égard, la moindre hésitation sans les textes qui paraissent établir entre les Personnes divines une certaine subordination. Toute la question est de savoir s'il s'agit d'une subordination des substances ou d'une simple hiérarchie des Personnes, telle que l'admettent les Pères les plus circonspects dans leur doctrine et leur langage. Nous allons mettre sous les yeux du lecteur un passage très difficile à tous les points de vue. Origène vient de dire que la particule Sii n'exprime pas la cause principale.
Subordination du Fils au Père, du Saint-Esprit an Fils (1).
Si tout a été produit par le moyen du A'^erbe (8i.â), ce n'est pas par le Verbe (utt^), mais par quelqu'un de plus
1. In Joiin., Il, G (XIV. 125-129). Pour rendre le texte de Migne intelligible, il faut faire les corrections .suivantes : col. 128, 1. 2, xai Tôv àyÉvvT,Tov aù-ciîiv slvai, lire aù-uô (Prouschen);
J)1EU LE l'iiHE, Lli FILS Eï LE SAIiNT-ESI'lUT 53
grand ot de meilloiir que lui, c'cst-à-diro, sans aucun doute, par le Père. Toul ayant été produit de la sorte, voyons si TEsprit-Saint lui-même a été produit par le moyen du Verbe (Six). Quiconque admet que le Saint- Esprit est i)roduit (Y£vr,-:fjv), en présence de ces mots : € Tout a été produit par le Verbe (^-.â) », devra nécessairement conclure que le Saint-Esprit a été, lui aussi, produit par (ô-.â) le Verbe, lequel est donc antérieur. Si l'on nie, au contraire, que le Saint-Esprit ait été produit par (3'.2) le Verbe, il faudra l'appeler improduit (àyÉvvYiTov) pour sauvegarder la vérité de l'Évangile. Outre ces deux opinions, dont l'une affirme que le Saint- Esprit a été produit par le Verbe et l'autre qu'il est improduit, une troisième pourra soutenir que le Saint- Esprit n'a pas d'essence propre [c'est - à - dire de personnalité : oùGîa lôîa] autre que celle du Père et du Fils, ajoutant peut-être, à condition de distinguer le Fils du Père, que le Saint-Esprit est la même chose que le Père; car, de l'aveu de tous, ces paroles de saint Jean distinguent le Saint-Esprit du Fils : « Si quelqu'un parle contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné; mais s'il blasphème contre le Saint-Esprit, il ne recevra de pardon ni dans ce monde, ni dans l'autre. »
Pour nous qui confessons trois hypostases, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et qui croyons que rien n'est improduit (àY£vvr,T07) en dehors du Père, nous disons, conformément à la piété et à la vérité, que, tout ayant
1. 8, TÔ x-j-ô aÙTw TuvyivEiv, lii'e xù-:6 (Wendland), au lieu de aÔTw; col. 129, 1. 1, xai -zilt: -nâvTwv twv ù-o toO IlaTpô;, Prouschen conjocture qu'il faut ajouter -rpôiTov avant -iviojv; 1. 2, TO'j UT, xaî aÔTO'j'.ôv yor^'iT.-zi'^z'.'j. lire xù-à -j'iôv (et non pas tov 'j'.ov comme Migne dans les exemplaires plus récents); col. 128, 1. 4, xal TÔv ulôv. 'AA>.à Ta/a, lire tôv 'j'.ov • ôl'/'Kx Ta/a. Tenir compte des autres corrections indiquées ci-dessous.
54 OBIGÈ.NE
été produit parle Verbe (Six), le Saint-Esprit est le plus digne et le premier en rang de tous les êtres produits par le Père ('jtcô) par le moyen du Christ (âiâ) (1). Et peut-être est-ce la raison pour laquelle il ne s'appelle pas Fils de Dieu, le Monogène étant originairement seul Fils par nature et le Saint-Esprit en ayant besoin, ce semble, comme de celui qui lui communique Thypostase, et non seulement l'être, mais la sagesse, Tintelligence, la justice, enfin tous les attributs qu'il doit posséder pour participer à la nature du Christ (2). A mon sens, le Saint-Esprit départit, pour ainsi dire, la matière des grâces divines à ceux qu'on nomme saints parce qu'ils participent de ses perfections. Cette masse (jÀv,) des grâces qui dérive du Père (à-Kà) est administrée par le Christ (jrô) et tient de la nature (xx-râ) du Saint- Esprit.
On ne cherchera pas, évidemment, dans cette page surprenante, une preuve de la consubstantialité des Personnes
1. 'Husï; uÉvuoi Y» toîT; ùrMs-ziav.^ Tïstôôasvoi T-jvyiv^'.v. xôv IlaTÉpa, xaL tôv Tlàv, xal tô àyiov nvEy[jia, xal àY£v.^,TOv [XT.ûâv ËTîpov Toij naTpô? slvai -kIJte'jovte;, oj; eûffc6£3"îcfiCiv v.7.': àAT,6£; Tp05'.ÉiJL£6a t6 TivTwv oià to-j Aoyo'j y£vo|j.Iviov t6 â'yiov nv£'j[ia ■TrivTwv Eivat TiiitojTEpov, Y.(xl "zi^z: (toiotov) zâvTwv Tôiv ù~à toG riaTpôî Sià Xp'.TTou Y£ysvT,[X£vwv. On s'attendrait certainement à la leçon àyÉvT.xov, ici comme plus haut. En effet, ce mot est plusieurs fois opposé à ycw,tôv et Origène argumente d'après le principe connu : "Ev ib àyiw.Tov ô ll2T-r',p. Cependant les manuscrits lisent àyÉvvTiTûv et cette leçon est acceptée de tous les éditeurs. Si elle est vraiment d'Origène, il faut dire que toute distinction entre ày£VT,TOi; et à-'iv/-f,TOî était effacée dans l'usage. — Le nom de Christ ne doit pas surprendre ; les Pères, à la suite de saint Paul, appellent souvent ainsi le Verbe avant l'incarnation.
2. Ka'. xâ/a a^TT, îstlv t, aÎTÎa toO ;rf, xai aÛTÔ 'j'ôv ypT.jAaTÎÇsiv ToO Oeo'j, [xovo'j Toij MovoYEVO'j; •^•j'st: Vloû àp/f/jEv T-jvy ivovTOç. oC yp-/|!^E'.v ÊO'.XE t6 i'Y'.ov IIv£Û|j.a S'.axovoûvTOî aÛToO tt, OroiTTâijEi, où [xôvov £'.; x6 eIvï'., àXAà y.al ao'f ôv slva'., xtX.
divines; mais on se demande si elle est en opposition irréductible avec les nombreux passages où l'égalité du Père, du Fils et du Saint-Esprit est clairement enseignée.
Avant d'exposer sa propre pensée, Origène indique trois opinions fausses ou incomplètes. Les uns veulent que le Saint-Esprit soit produit ('■vrr^-'y/) ; il leur faut nécessairement admettre qu'il est produit par (^'-i) le Verbe, car, selon saint Jean, tout ce qui est produit est produit par le Verbe. Ceux qui nient cette conséquence doivent admettre qu'il est improduit .1). D'autres enfin, d'accord avec les précédents, disent qu'il est improduit, mais refusent de lui reconnaître la personnedité {oùaLx lôîa). Alors, de deux choses l'une : ou ils soutiennent l'identité des trois Personnes ; ou bien, s'ils distinguent le Fils du Père, ils identifient le Saint-Esprit avec ce dernier, car le langage de l'Ecriture ne permet guère de confondre le Fils avec le Saint-Esprit.
Origène, lui, souscrit au principe que rien n'est improduit (2) en dehors du Père ; et sachant que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois hypostases distinctes, il croit devoir en conclure, pour justifier le texte de saint Jean, que le Saint-Esprit est produit par le Père (J'ô) par l'iutermédiEiire du Fils (5'-i). Mais il ne l'est pas à la manière des créatures, bien qu'on puisse comprendre, par analogie, la production du Saint-Esprit et la production des créatures sous le même concept et le même nom. Procédant du Père et du FUs, comme le Fils procède du Père, pourquoi ne peut-il pas s'appeler Fils ? Parce que le Fils, Monogéne par nature, exclut toute autre filiation naturelle en Dieu. Eu outre, le Saint-Esprit ayant besoin du Fils pour recevoir la nature divine, ou, comme parle Origène avec un grand nombre d'anciens, étant du Père (j"^) par le Fils (^-^c), s'il était Fils