‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 87 sur 123 · hi Joan., i, 4 (XIV · texte numérisé non relu

hi Joan., i, 4 (XIV

3. Philoc., I (XIV, 1310) : Upé-z: xà i--a I>i;x;j.aTa -ittcJîiv [jiT,0£|j.{avx£pa{av r/£'.V/t£vr,vao5Îa; 6cû'j...'E~££ ïstw ir.ô T:)iT,p(ô[i.aTOÇi ■t^jzl To-j -Xx.ptijaa-to;. — Cf. Philoc., X, extrait de In Jerem., hom. XXXix (XIII, o44) : Oûy. ett-.v m-zt. iv f, ixîa xspaîa Y3-;pa;x;ji;Vr, sv xr, rpasr, T,Tt; toï; î~.5Tau.£voiî /pf,TOa'. t?, Suvi|j.s'. twv rpa;j.|xâTwv oôx spyi^cTai tô Éa-jr?,; spyov. In Xitm.. hom. xxvn, 1 (XII, 782) : " Non possumus dicere quod aliquid in eis (Scripturis) sit otiosum aut superfluum. » In Psalm., i, 4 (XII, 1081) : "E-l T.Î73.V ssOajî TpaïT.v t, uo'jîa toO Bîoû OsÔTT/cUffiov |Aî'7pt tq-j

<■ Tu ne paraîtras pas devant moi les mains vides » , se doit à lui-même, à plus forte raison, de ne rien dire en vain. Les paroles des prophètes dérivent de sa plénitude : aussi tout en elles respire-t-il la plénitude. Rien dans les prophéties, ou dans la Loi, ou dans l'Évangile, ou dans les écrits des apôtres, qui ne se ressente de cette plénitude. Venant de la plénitude, tout cela doit respirer la plénitude pour les yeux capables de la ijercevoir, pour les oreilles dignes de l'enlendre et pour l'organe habitué à en apprécier le parfum.

Ainsi il n'est rien dans l'Écriture, pas un fait, pas un iota qui ne soit plein de sens, de sagesse et de mystère. On prévoit déjà quelle influence aura celte théorie sur l'herméneutique. Mais n'anticipons point.

Origène ferme-t-il donc les yeux sur les imperfections si visibles du LiAre inspiré ? >'ullement. Au contraire, il les énumère avec complaisance; l'on pourrait presque dire qu'il les exagère. Les auteurs de la Philocalie ont tiré de ses ouvrages plusieurs chapitres (1) sur l'obscurité, les fautes de langage et les pierres d'achoppement de l'Écriture, livre fermé et scellé, rempli d'énigmes, de paraboles, de ténèbres enfin, où, à ne regarder que la letlre, on découvre des faussetés et

1. Voici les litres de quelques chapitres : Chap. ii : « Que l'Ecriture est un livre fermé et scellé » (extrait du Comment, sur le Ps. I) ; chap. iv : « Sur les solécisnies et les fautes de langue de l'Ecriture » (extrait du Comment, sur S. Jean, t. IV) ; chap, VIII : « Qu'il ne faut pas chercher à corriger les solécismes et les manques de suite dans l'Ecriture » (extrait du Comment, sur Osée); chap. x : « Sur les pierres d'achoppement et de scandale de l'Eci-iture » (extrait do VHom. xxxix sur Jérémie); ciiap. xii : ■■ Qu'il ne faut pas se désespérer en lisant les Livres saints, si l'on ne pénètre pas l'obscurité des énigmes et des paraboles» (extrait de l'Homélie x sur Josué); chap. xv: « Raisons du style simple et bas de l'Ecriture » (extrait du Contra Cels., vi, 1-2).

PRINCIPES o'i:xÉGÎ:siî 12S

(les coiilradiclions. La cause en csl sans doiilc dans la taiblessc des insli'uin<'nts luunains (jui secondeid imparfaitement les intentions de l'ordonnateur divin, mais elle csl surtout h chercher dans la misère de ceux à qui est délivré le céleste message et (jui ne feraient aucun cas de la parole sainte s'ils la comprenaient sans élude, et se contenteraient de l'éeoroe si elle n'était amrre et indigeste. La sagesse et la miséricorde de Dieu éclatent dans cette conduite et l'on aboutit à ce paradoxe que les imperfections de la Bible sont des perfections véritables.

Les trois sens de l'Ecriture

Origène met au nombre des dogmes fondamentaux de l'Église l'existence d'un sens mystique, caché sous la lettre de l'Écriture (1). En cela il est d'accord avec les apôtres et avec toute la tradition chrétienne; s'il a donné plus de relief à la doctrine du sens mystique, il n'en est pas l'inventeur et l'on ne peut pas dire non plus qu'il l'ait empruntée à l'école juive d'Alexandrie. Toutefois, sa fameuse théorie des trois sens scripturaires, répondant au corps, à l'ùme et à l'esprit de l'homme, doit lui avoir été suggérée par la trichotomie de Platon. Laissons-le d'abord s'expliquer lui-même :

1. Periarchon, Pré face, 8 (XI, 119) : "(Est ilhid in occlesiastica prœdicatione) quod per spiritum Dei Scripturœ conscriptœ sint et sensum habeant, non eum solum qui in manifeste est, sed et alium quemdam Intentera quamplurimos. Forma? enim sunt haîc qiue descripta sunt sacramentorum quorumdamet divinarum reruin imagines. » Dans cette dernière phrase, le mot grec répondant à furmœ devait être tûtoi, allusion à I Cor., x, 6.

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Le corps, Pâme et l'esprit de r Écriture (1).

Dans les Proverbes de Salomon il est dit à propos des préceptes divins : « Transcris-les trois fois dans ta volonté et ton intelligence, afin de répondre des paroles de vérité à ceux qui t'interrogeront. » Il faut donc écrire trois fois en son âme les pensées des saintes Lettres. Les simples s'édifieront de ce que nous pouvons appeler la chair de l'Écriture — nous voulons dire le sens direct ; — les plus avancés profiteront de ce qui en est comme /'«me; les parfaits, selon le mot de l'Apôtre... jouiront de la loi spirituelle qui contient l'ombre des biens à venir. L'homme se compose de trois parties : le corps, rame et l'esprit. De même l'Écriture octroyée par Dieu pour le salut des hommes.

S'il y a des rapports (2) secrets entre le visible et l'invisible, la terre et le ciel, la chair et l'âme, le corps et l'esprit, et si le monde naît de leur union, il existe aussi dans l'Écriture un élément visible et un élément invisible. Elle a un corps, la lettre qui apparaît à tous les regards, une âme, le sens caché qu'elle renferme, un esprit, les choses célestes qu'elle figure et représente.

1. Periarchon, iv, 11 (XI, 364-365) : "Ivx ô [xèv iTr^vOÛJTspoç oIxoSoij.f|Tai àTî6 xf,; o'.ovsl ffapxd; Tf,<; rpasf,<;... ô 5è i-t r.ozw àva6E6r,xrijç, à-rô Tf,ç wj— cosl '-^'J/r,; aôrf,; • o os TcXeioç... àzô xoû 7r/ï'jaaxi7.oû vô|j.ou sy-iàv i'/ovTo; twv jjleaaôvtwv dtyaOwv. "Qszcp yàp ô à'vOpojzo; 5'jviTTT//.cV iv. uwjjiaTo; xal (^'V/f,; %al Tr/c'j|jLaxo;, t6v aoTÔv xpô-ûvxaî -^ oîxovo;rr,6cÏ!T3i ijt:6 Osoû eÎi; àvOpwTTiov awiT^piav ôo6f,vai, rpa-^f,.

2. In Levil., hum. v, 1 (XII, 447); le grec est rapporté mal à propos à Vhom. ii (XII, 421) : 'ET:'.xa)vejia£vo'. tov zoiTi'ïavra tt) rpa-^T, !jà)[AX xal «i^'J/v -/.al -veCijia, crtl)tj.a [xâv toï; -p6 t,;iwv, '|o/r,v Se fiijtv, TT'/eùjxa 5c toiî èv tÔ) ijléWvOvti aîôJvi x)»r,povoiJir,!TCiOj'. si^'^iV alwvtov.

iMUNCii'ES d'kxkoksh 127

Invoquons donc celui qui a donni'; h rKcriUiic un cor[)S, une âme et un esprit : le corps pour ceux qui nous ont préoédi'sj'ànie poumons, l'esprit pour ceux qui obtiendront an siècle futur l'héritage de la vie éternelle.

Trois instruments (1) servaient à la préparation des sacrifices : le four, la poêle et le gril. Le four, à mon avis, en raison de sa forme creuse, signifie ce qu'il y a de plus profond dans les saintes Écritures; lajîoèle indique les passages qu'on finit par comprendre à force de les remuer et de les retourner; le gril désigne les endroits dont tout le monde à première vue découvre le sens. Nous avons déjà maintes fois observé que les divines Ecritures ont trois sens : historique, moral et mystique; — aussi, disons-nous qu'elles ont un coriis, une âme et un esprit ; — et ce triple sens est S)Tnbolisé par le triple appareil du sacrifice.

Bien que sa vive imagination lui fasse découvrir ailleurs d'autres analogies du triple sens scripturaire (2), Origène revient toujours de préférence à son allégorie favorite du composé humain, plus familière à ses lecteurs et d'un tour plus philosophique.

Cette application de la psychologie — et d'une psychologie peu sûre — à l'herméneutique n'était pas sans dangers. Elle introduit dans l'exégèse un funeste élément d'obscurité d'oîi naîtront Lien des malentendus. Origène ne nous dit jamais nettement en quoi le sens psychique se distingue du sens siiirituel. Il ne songe pas même à le définir autrement

1. In Levit., hom. v, o (XII, 455) : Tripliccm namque in Scripturis divinis intclligentiœ inveniri sœpe di.ximus modum. historicum, moralem et mysticum. Unde et corpus inesso ei [eis?], et animam ac spiritum intelleximus. Cujus intelligentiaî triplicem formam sacrificiorura triplex hic apparatus ostendit.

2, In Gen., hom. ii, 6 (XII, 173); hom. xi, 3 (XII, 224); hom. XVII, 9 (XII, 2162), etc.

que par son rapport avec l'âme humaine, espèce de lien ou d'intermédiaire entre le corps et l'esprit dans le système de Platon. Il parait ressortir des divers exemples donnés que le sens psychique aurait surtout pour ohjet l'édification et répondrait assez exactement au sens moral de la terminologie plus récente (1). Du reste, son rôle pratique est bien effacé et il rentre le plus souvent dans le sens spirituel (2). Nous pouvons donc le laisser de côté pour nous en tenir aux deux termes extrêmes.

Mais ici gardons-nous d'une équivoque : le sens corporel d'Origène n'est pas notre sens littéral et son sens spirituel ne cadre qu'imparfaitement avec ce que nous appelons de la sorte. Aujourd'hui, heureusement, la terminologie est bien fixée. Le sens littéral est celui que l'auteur inspiré énonce directement et qui ressort de l'ensemble des circonstances, selon les lois générales du discours. Il est nécessedrement unique, car il répugne qu'un homme sérieux veuille faire entendre à la fois plusieurs choses disparates ; mais il peut être compréhensif et il l'est d'autant plus que celui qui parle voit plus loin et plus juste. Le sens typique dépend d'une volonté spéciale de Dieu d'après laquelle les faits de l'histoire ou la manière de les raconter signifient quelque chose à leur tour. Comme il n'appartient qu'à Dieu de donner aux événements une Aaleur prophétique, c'est à lui d'en régler la mesure et il n'est pas nécessaire que l'hagiographe en ait toujours conscience. En dehors du sens littéral et du sens typique, qui se superpose au premier et ne saurait

1. In Gen. hom., .wii, 1 (XII, 233) à propos des bénédictions de .lacob : « Quse res nobis tripartitam, ut in aliis fecimus, e.xplaiiationis materiam subjicit, ita ut benedictiones hisloriae locum servent, prophetia vero mysHcum atque dogmaticum, morum correptio et objurgatio moralem dirigat stylum. »

2. Cola arrive toutes les foisqu'Origène s'arrête à l'antithèse: la lettre et l'esprit. In Levit.. hom. i, 1 (XII. 40o), le Verbe était caché dans la chair humaine ; il est caché sous la lettre de l'Écriture : « Ut littera quidem aspiciatur tanquam caro, latens vero intrinsecus spiritalis sensus tanquam divinitas sentiatur, •

PRINCIPES d'exégèse 129

jamais exister seul, les exégètes modernes n'admettent aiicua autre sens scripturairc. Le sens conséquent, le sens mystique, le sens moral, le sens spirituel, le sens accoinmodatice, s'ils ne rentrent pas dans une des deux catégories précédentes, ne sont pas dt's sens de l'Kcriture.

Ces définitions et ces distinctions n'existaient pas du temps d'Origène. Pour lui, le sens corporel est beaucoup plus restreint que notre sens littéral ; par contre, son sens spirituel s'étend beaucoup plus que notre sens tj-pique. Il appelle sens corporel le sens littéral lorsqu'il est exprimé en termes propres, sans métapliore ni figure d'aucune sorte, et sens spirituel non seulement le sens typique, mais les applications accommodatices plus ou moins légitimes et aussi le sens littéral quand il est figuré. Origène affirme expressément, à maintes reprises, < que certaines parties de l'Écriture n'ont rien de corporel, qu'il n'y faut chercher que l'àme et l'esprit (1) ». Si l'on entend par sens corporel le sens littéral, la proposition est manifestement absurde et inintelligible ; mais avant d'attribuer à un tel homme une si grossière méprise, il convient de se demander si sa terminologie s'accorde avec la nôtre. Le passage suivant prouve manifestement le contraire.

Cas où le sens corporel fait défaut (2),

Si l'utilité de la loi mosaïque apparaissait partout clairement, si le récit était toujours limpide et suivi, nous ne croirions pas qu'il y eût dans les Écritures autre chose que le sens naturel. C'est pourquoi le Verbe de Dieu a ménagé par-ci par-là des pierres d'achoppement,

1. Periarchon, \\\ 12 (XI. 36^j) : E-si z'.i'. t'.vî; Yo^l-zt.'. tô ffwiiaT'.xôv oùoaiiôi; ïyo'jza.:. è'Tt'.v cizo'j o'.ovst iT|V ù'jyYy xai tô

-îWEûfia rr,; rpasT,; [xôva /pf, !;t,-:£ïv. D'autres textes seront cités plus loin.

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