‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 93 sur 123 · Ordre de la prescience et de la prédestination · texte numérisé non relu

Ordre de la prescience et de la prédestination

2. Endurcissement de Pharaon en rapport avec cette maxime : « Il endurcit qui il veut et il fait miséricorde à qui il veut ».

3. Comparaison du potier et allégorie des vases de colère et des vases de miséricorde.

4. Impuissance de l'homme et nécessité de la grâce, suivant cette formule : \on volenlis neque currentis, sed miserentis est Dei.

Prescience et Prédestin.vtion

Que la prescience divine précède, éclaire et dirige la prédestination, tous les Pères grecs sont unanimes à l'affirmer ; mais peu l'ont dit aussi clairement qu'Origène dans l'explication de ce texte : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon le propos. Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, afin qu'il soit le premier-né entre un grand nombre de frères. Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. »

endurcissement de Pharaon, Jacob et Esaii, vases de colère et vases de miséricorde, non est volenlis neque currentis, etc. ; P. G., XI, 261-301). — 3. Chap. x.wu : Endurcissement de Pharaon (tiré des Comment. d'Origr-ne sur TExode (P. G., XII, 264-281). — 4. Chap. x.wi : Concours de la grâce et du libre arbitre (comment, de ces mots : Quis oslendel nobis bona? Ps. IV, G; P. G., XII, 1149-1163). Nous emploierons aussi à l'occasion les fragments grecs conservés dans les Chaînes.

Rapport de la prédestlnalion à la prescience (1).

Observons attentivement l'ordre du discours. Dieu justifie ceux qu'il a d'abord appelés, et il ne les justifierait pas s'il ne ';les avait appelés. Il appelle ceux qu'il a déjà prédestinés, et il ne les appellerait pas s'il ne les avait prédestinés. Pourtant, ce n'est pas la prédestination qui est le terme premier de la vocation et de la justification. Si elle était le premier terme de la série, les fatalistes auraient gain de cause; mais avant la prédestination il y a la prescience : « Ceux qu'il a connus d'avance, dit l'Apôtre, il les a aussi prédestinés à être conformes à l'image de son Fils. > Ainsi Dieu, fixant son regard sur la suite des événements futurs et voyant certains hommes inclinés à la piété suivre cette inclination et s'adonner tout entiers à une vie vertueuse, il les a connus d'avance (2) ; car il i)révoit l'avenir comme il voit le présent. Ceux donc qu'il connut ainsi d'avance, il les prédestina à être conformes à l'image de son Fils... Par conséquent, il ne faut pas croire que la prescience de Dieu soit cause des événements futurs. C'est parce qu'ils doivent librement se produire que Dieu, sachant toutes choses avant qu'elles n'existent, les connaît d'avance. Et comme il sait toutes choses avant qu'elles n'existent, il a connu d'avance et prédestiné ceux qui devaient être conformes à l'image de son Fils, tandis qu'il en voyait (3) d'autres rester étrangers à cette même

1. Explication de Rom., i, 1 : Segregatus (ifwp'.ffixîvoi;) in Evangelium Dei, Philoc, x.w, P. G., XIV, 841.

2. TToocvaTEVÎaaî oijv ô Oeè; tw sipiAtî) twv Iff0[j.£vwv xa'. xaTàvoT^saî pO'irt'iV Toû È'^T.jxïv Toivôi T'.vwv £—1 sùïîês'.av y.al ôp;ji-r,v ir.': Ta'jTT,v [XE'cà T'f.v po~f|V ...'!;pO£';''^w aÙTOÔ;.

3. EI6£v, parce que TrpoywoiTXEiv (répondant à -poopi^îtv) est un

SPÉCIMBN d'exégèse 143

image. Si Ton nous demande, en guise d'objection, s'il est possible que ce que Dieu prévoit devoir arriver n'arrive pas, nous répondons que c'est impossible. Mais de ce qu'il est impossible que cela n'arrive pas, il ne s'ensuit pas ([ue cela arrive ou n'arrive pas par nécessité. Cela n'arrive pas par nécessit(' parce que cela aurait pu ne point arriver (1). En cette matière du possible et de l'impossible, l'œil de l'esprit a besoin de beaucoup de perspicacité et d'attention pour comprenilre, sans se laisser éblouir par des raisons subtiles, comment, dans les faits les plus ordinaires, une chose peut être déterminée dans son objet et indéterminée dans sa cause, comment, par suite, on peut prévoir qu'elle arrivera infailliblement, sans qu'elle arrive par nécessité...

Les mouvements de la volonté humaine et les moments de riniclligence divine sont distingués ici avec une merveilleuse lucidité. Du côté de l'homme, il y a d'abord l'inclination au bien (po-r|) qui sollicite le libre arbitre sans le violenter et ne peut provenir que de la grâce prévenante, puisqu'elle précède l'acte humain ; il y a ensuite l'acquiescement (opiJiYi), résultante de la grâce et de la volonté libre. Du côté de Dieu, il faut distinguer en premier lieu un regard

terme technique réservé à la connaissance de l'acte bon. Dieu provoit le mal et il a la prescience du bien ; car la proscience, comme nous l'avons dit, implique approbation.

1. tW,ïC(ij.£v ûT'. io'jvaTûv [xèv [xr, yîviïSai • oùyj. oè, sî ào'jvaTov |xï, Y£V£j6a'., àvi-f/ï, \lr^ yavÉTÔai t, yvdifix: • xal yJvîTai où zxvtwî È| àvâyxT,î, iXhi o'jvaToO ôvto; xal to'j tlù-zx [j.t\ vsvsaBat. M. Armitage Robinson, Philocalia, Cambridge, 1893, p. ^28, met, par conjecture, Z-j'i7.-vi (au lieu de ioJvaTov) contre la foi des manuscrits et des Chaînes. Les manuscrits ont raison, seulement l'incise àoôvaTÔv ïz-z: |j.t, yEvÉjGa'. a deux sens : « Cela arrivera infailliblement », et « Cela arrivera nécessairement ■> (c'est-à-dire « par force ». z\ àvâ--/.T,;). Comme Origène le fait très bien observer, de ce qu'une chose doive arriver infailliblement, il ne s'ensuit pas qu'elle arrive par nécessité.

jeté sur les possibles (TrposvaTevîffaç) ; puis un acte de l'intelligence divine qui comprend (y.oi-xvo-q'^x-) ce que fera telle volonté créée dans telle circonstance et avec telle grâce ; enfin la prescience (-ooéyvw) qui, d'après Origène, n'est pas une simple prévision (comme est par exemple la prévision du mal) mais, en tant qu'elle se rapporte à la prédestination, une connaissance approbative. La prescience précède bien logiquement la prédestination, mais elle suit le décret divin sanctionnant tel ou tel ordre de grâces ; elle n'est donc pas une science des possibles, mais une science des réalités futures. Ce décret mystérieux lui-même, il est vrai, doit être éclairé par une science des futuribles ; mais le théologien d'Alexandrie, au moins dans le cas présent, néglige d'indiquer la i)lace de ce décret dans la série des actes divins et l'on trouvera peut-être que cet oubli jette quelque ombre sur son exposition.

Origène ne commet pas la faute, commune aux exégètes grecs, d'entendre le mot lîpôôïai.ç du propos de l'homme; il voit bien que saint Paul parle du « propos » de Dieu. Mais ce « propos > n'est point aveugle ; il est guidé par la prescience ; si l'homme ne dcA'ait pas répondre à l'appel divin, il pourrait être appelé quand même, mais il ne serait pas appelé « selon le propos », parce que l'appel demeurerait inefficace par la faute de l'homme.

Comment la grâce respecte la liberté (1).

Qui donc devait être séparé des autres pour la vocation qui justifie jjar le propos de Dieu si ce n'est celui qui aime Dieu ? Ces mots : <t Nous savons que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » font voir clairement que la raison du propos et de la prescience est dans notre libre arbitre. L'Apôtre dit équivalemment que tout con-

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