P. G., XIV
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court au bien do ceux qui aiment Dieu parce que ceux qui aiment Dieu sont dignes de ce concours. Les adversaires du libre arbitre nous permettront une hypothèse qui leur fera toucher du doigt la fausseté de leur système. Supposons que certains actes dépendent de nous : Dieu, contemplant la suite des événements futurs, conuaîtrat-il d'avance, oui ou non, ces actions libres? S'ils disent non, ils font injure à l'intelligence sans bornes et à la majesté infinie de Dieu. S'ils disent oui, nous leur demanderons encore : Est-ce que, dans cette hypothèse du libre arbitre, la prescience de Dieu est cause que les choses arrivent? Non, évidemment : mais plutôt il les prévoit parce qu'elles doivent arriver, sans que la prescience influe en rien sur la détermination de notre libre arbitre.
De cette manière, poursuit Origène, s'expliquent les éloges accordes aux bons et les reproches faits aux méchants, les exhortations à la vertu et les menaces à l'adresse du vice. Si la grâce faisait tout en nous sans exiger notre coopération, saint Paul, ce vase d'élection, ne dirait pas : « Je châtie mon corps et je le réduis en servitude de peur qu'après avoir prêché aux autres je ne sois moi-même réprouvé », ni : « Malheur à moi si je n'évangélise ! » Dieu, eu le prédestinant, prévoyait ces efforts, ces craintes salutaires, enfin tout le concours qu'il apporterait à la vocation divine par sa volonté libre. Il est mis à part pour prêcher l'Évangile, mais il n'est pas forcé de prêcher l'Évangile ; et afin que cette séparation, cette ségrégation, soit un fait accompli que Dieu prévoit infailliblement et qu'il prédestine sans retour, il faut que l'acte du libre arbitre seconde le plan divin. Si l'on trouve, dans tout cet exposé, quelques expressions dures, il faut se souvenir : 1 . Que le mot grec al-îa n'a pas seulement le sens philosophique de « cause », mais peut signifier « raison d'être » à quelque titre que ce soit. 2. Que le mot àç'.ojaOxi c être
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jugé digne » na pas la valeur du terme théologiqpie « mériter ». 3. Que d'ailleurs il s'agit de justes, d'amis de Dieu, capables de mérites, au sens sti'ict du mot. 4. Enfin qu'Origène a principalement en \ue les fatalistes, auxquels il prouve très bien qu'il n'est pas d'acte méritoire oîi le libre arbitre n'intervienne et que, lorsqu'il s'agit de mérite. Dieu ne fait rien en nous sans nous.
Endurcissement dé Pharaon
Ce problème est un de ceux qui préoccupèrent le plus l'infatigable champion du libre arbitre. Les longs extraits de la Philocalie (1) nous permettent heureusement de restituer tout cet aspect de sa pensée.
Origène avait affaire à trois sortes d'opposants : les dualistes, qui faisaient table rase de la liberté aA'ec leur théorie des natures essentiellement bonnes ou essentiellement mauA-aises, vouées d'avance à la perdition ou tout à fait incapables de pécher ; les gnostiques, qui abusaient de l'histoire de Pharaon et d'autres exemples semblables pour
1. Chap. XXI (tiré du Periarchon, III, i, 8-14) et chap. xxvn {Wré (\&% Commenlaires sur l'Exode, P. G., XII, 264-281). Ce dernier passage, dans Migne, est incompréhensible parce que les feuillets des manuscrits qui ont servi à l'édition de Delarue, reproduite par Migne, avaient été brouillés. Il faut rétablir ainsi le texte: {P. G., XII, 268, ligne 25) après les mots Ta TpojTÔToy.i TO'j placer "'Apa yâp, etc. (col. 273, 1. 24) jusqu'à ■r£'.fiô;j.cvoi (col. 270, 1. 4) ; reprendre alors à ir.ô te twv Isoûv Tpotçwv (col. 269, I. 9) jusqu'à àvaysypa-rTa-. (col. 273, 1. 24); continuer par vcaî y^/tôaov-ai (col. 26i8, 1. 2o) jusqu'à à-c'./vT,v (col. 269, I. 9); finir par xxl zrivov, etc. (col. 270, 1. 4). Il est vraiment étrange que les éditeurs et les traducteurs aient pu trouver, dans cette confusion, un sens quelconque. C'est un manuscrit de Venise [Marciana, grec 47) qui a permis de rétablir l'ordre primitif.
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établir leur prétendue distinction entre le Dieu juste, le Dieu des Juifs et de l'Ancien Testament, et le Dii'u Ijon, le DioU des chrétiens et de la nouvelle alliance ; enfin quelques fidèles timides ou peu instruits, qui étaient d'avis do laisser de côté ces troublants mystères ou, s'ils les abordaient, se bornaient à dire que les jugements et les miséricordes de Dieu ne dépendent que de son bon plaisir.
Aux dualistes, Origène répond ainsi : « Puisque Pbaraon, comme vous le soutenez, était par nature fils do perdition, qu'était-il besoin que Dieu l'endurcit ? Supposé que Dieu ne l'eût pas endurci, aurait-il laissé partir le peuple élu, oui ou non? Si oui, il n'avait donc pas une nature terrestre et charnelle, incapable de tout bien; si non, 11 était fort inutile de lui endurcir le cœur. Quon nous dise si Pliaraon de bon devient méchant et si les reproclies divins lui sont adressés à tort ou à raison. Si c'est à tort, comment Dieu est-il sage et juste ? Si c'est avec raison. Pharaon est donc responsable de ses fautes et de sa désobéissance et, s'il est responsable, il n'est donc pas d'une nature vouée à la perdition (1). »
Les gnostiques, qui croient se tirer d'affaire en mettant l'endurcissement de Pharaon au compte du Dieu juste de l'Ancien Testament, ne sont pas en meilleure posture. « Car, au témoignage de l'Apôtre, le Dieu qui endurcit et celui qui fait miséricorde est bien le même Dieu et non pas deux Dieux différents. » Mais, indépendamment du texte de saint Paul, « comment un Dieu juste peut-il endurcir un cœur qui se perdra en vertu de cet endurcissement ' Comment un Dieu juste peut-il causer la perdition et la désobéissance de ceux qu'il châtie pour avoir été endurcis et pour avoir désobéi? » Et pourquoi les reproches, pourquoi les menaces ? Si les partisans de ce système substituaient au Dieu juste un démiurge mauvais, ils tomberaient en d'autres inconvénients, mais ils seraient du moins plus logiques.
Il n'est pas non plus à propos de suivre le conseil des chrétiens trop craintifs qui voudraient faire le silence sur
1, Robinson, Philoc, xxvii, p. 244; P. G., XII, 268.
cette question. Le silence laisse debout toute la difficulté et les esprits mal disposés s'en autorisent pour excuser leur incroyance. Mieux vaut tenter une explication, quelque ardu que soit le problème.
Comment l'homme s'endurcit et comment Dieu l'endurcit (1).
Une est Tactiou de la pluie fécondante ; et pourtant, sous cette action identique, la terre inculte et déserte produit des épines tandis que la terre cultivée porte des fruits. Celui qui envoie la pluie pourrait dire : « C'est moi qui fais pousser les moissons et les ronces. » Son langage serait exact quelque étrange qu'il paraisse ; car, faute de pluie, il n'y aurait eu ni fruits ni épines : les uns et les autres doivent leur croissance à la pluie, répandue avec mesure et en temps opportun. Voilà pourquoi la terre qui ne produit que ronces et épines quoiqu'elle ait bu souvent la rosée du ciel est réprouvée et bien près de la malédiction (2). Ainsi la pluie est bonne, mais elle est tombée sur une mauvaise terre ; et c'est le manque de culture d'un sol en friche cpii fait pousser les ronces et les épines. Pareils aux pluies bienfaisantes, sont les miracles opérés par Dieu. Mais les volontés humaines, ainsi que des terrains bien oumalpréj)arés, sont diverses, quoique d'une même nature.
Si le soleil venait à parler, il pourrait dire : « Par une même action je produis des effets opposés; je liquéfie et je dessèche. » Il aurait raison, car sa chaleur fond la cire et durcit la boue. Ainsi la même œuvre de Dieu, opérée par l'intermédiaire de Moïse, fit éclater l'obstination de