‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 97 sur 123 · Jer., .\x · texte numérisé non relu

Jer., .\x

SPIÎCIMEN d'exégèse 151

les apôtres, saiiil Pierre aurait dd prier, au lieu de se fier à ses forces et de révoquer eu doute la parole du Sauveur. C'est pourquoi il a été abaudouué à sa faiblesse et privé d'un secours spécial qui l'aurait préservé de la chute. Saint Pierre est doue tombé par la soustractiou d'une f.'r;k'e qu'il aurait eue cl qu'il n'a pas à cause de sa présoiu[)liou : doctrine très orthodoxe que saint .ïcan Chrysostomc, coniuie le remarque avec raison Bossuet. ne fait guère que copier eu deux endroits. Seulement Origène a toujours soin d'inculquer avec force que la pensée de Dieu ne s'arrête point au mal. ou ne s'y arrête que pour eu tirer le bien. Dieu Aeut rendre saint Pierre plus humble et David plus vigilant. Le dernier terme de ses desseins est donc la miséricorde. Pour ce qui est de Pharaon et des Juifs infidèles, Origène observe à propos que l'endurcissement de Pharaon a pour cause accidentelle les signes divins qui auraient du lui toucher le cteur; et l'aveuglement des Juifs, les miracles qui auraient dû leur ouvrir les yeux. Dieu accomplissait tous ces prodiges pour convertir et non pour endurcir ou aveugler les hommes, comme le prouvent ses reproches; son intention première a donc été frustrée et, par suite, l'aveiiglement et l'endurcissement ne peuvent être que des effets d'une volonté conséquente, préparant la voie à des desseins miséricordieux.

Que les peines infligées par Dieu dans la vie présente ne soient jamais purement ^'indicatives, c'est une thèse soutenable, quoique difficile à prouver. L'heure de la stricte justice n'a pas encore sonné. Jusqu'au dernier soupir, nous sommes sur le chemin de l'épreuA-e, c'est-à-dire sous le règne de la miséricorde. Origène aime fort cette idée et peut-être la pousse-t-il à l'extrême. Il compare Dieu à un médecin qui ne craint pas de faire souffrir le malade pour le guérir et qui provoque des inflammations extérieures, quelquefois très douloureuses, pour attirer au dehors les humeurs malignes. Tantôt Dieu veut nous faire sentir notre faiblesse et nous rendre meilleurs par le sentiment de notre impuissance ; tantôt il diffère le remède à un temps plus opportun, car il prévoit

qu'une tentative prématurée ne ferait qu'envenimer le mal. A quelque degré d'endurcissement qu'un péclieur obstiné soit parvenu par sa faute, il ne doit jamais désespérer de son sort éternel. La dernière peine que Dieu lui envoie peut être une dernière miséricorde.

La comparaison du potier et les vases de colère

Nous n'oserions pas affirmer qu'ici la solution d'Origène soit de tout point satisfaisante. Comme argument ad hominem il n'y aurait rien à dire, car il est évident que si Dieu tire de la môme masse les vases de colère et les vases de miséricorde, les vases d'ignominie et les vases d'honneur, cette masse n'est ni essentiellement bonne ni essentiellement mauvaise, mais indifférente : ce qui ruine le système des dualistes. Et il n'est pas moins clair que le même artisan formant ces natures contraires, la distinction entre le démiurge et le Dieu des chrétiens, ou entre le Dieu juste de l'Ancien Testament et le Dieu bon du Nouveau est illusoire et vaine. De quelque manière qu'on explique ce texte difficile, les adversaires du libre arbitre n'ont pas le droit de s'en prévaloir ni de raisonner ainsi : Puisque Dieu destine les uns au salut et les auti-es à la perdition, comme le potier fait à son gré, de la môme masse, des vases d'honneur ou des vases d'ignominie, le salut et la perdition ne dépendent pas de nous. Ils n'en ont pas le droit, car ils mettent l'Apôtre aux prises avec lui-même.

Les deux aspects de la doctrine de Paid (1).

Tantôt l'Apôtre ne fait pas intervenir Dieu dans la préparation des vases d'honneur et des vases d'igno-

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