‹ Originaux du XVIIe siècleChapitre 11 sur 24 · MADEMOISELLE PALLET · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE PALLET

qu’on nommait des cadeaux, possédait à fond l’^s^réc et les amours de Caliste, et parlait surtout phébus avec une grande supériorité.

— Charmante demoiselle, disait le duc, vos yeux lancent de si cruelles’ arquebusades , que je jne sens criblé de blessures. Mon cœur n’est pas à l’épreuve de traits aussi acérés. N’avcz-vous pas scrupule de prêter vos appas à l’amour pour qu’il s’y cache et m’y tende un guet-apens?

— L’amour' n’est pas tant votre maître que vous voulez le donner à croire.

— En vérité, je suis son serviteur depuis qu’il vous a choisie pour son trône, et je voudrais devenir gentil- ♦ homme de sa chambre, afin d’y avoir les entrées.

— Il a bien d’autres trônes plus beaux que moi dans CCS lieux, et je suis le plus humble des sièges où il sc pose.

— Bien au contraire ; ce sont les autres belles qui ne sont que les tabourets, et vous seule ôtes le siège à dos réservé au roi de nos âmes.

— Je vois bien qu’il a en vous l’un de ses plus habiles courtisans; car vous parlez en homme qui fait métier de réussir.

— Hélas !. que m’importe si ou fait état de moi en d’autres cours que celle où je voudrais parvenir? Je préférerais le dernier emploi dans la vôtre à l’honneur d’être le favori de la plus belle qui soit ici après vous.

— Je ne donne pas de mon sérieux dans la douceur de votre flatterie.

— Ah! c’en est trop, tigresse, que de m’accuser d’être flatteur, alors que je m’en vais mourant des coups de votre beauté assassine ! Faites que vos charmes suspendent leur feu meurtrier; je me rends et demande quartier. Vous ne pouvez me refuser

l’hospitalité, si je me présente comme prisonnier de guerre.

— Vous avez votre liberté sur parole.

— Je préfère demeurer près du vainqueur. De grâce, accordez-moi, dans votre estime, l’invitation à la petite entrée; car vous avez dans la mienne le dais, le cadenas ' et le tapis de pied.

M. de Guise, en parlant ainsi, pressait amoureusement le bras de mademoiselle Paulet.

— Eh! doucement! dit-elle en riant; vous m’estimez trop, monsieur le duc; je suis trop avant dans le rang favori de votre pensée ; retirez-moi des premières loges et me mettez au parquet.

Tout en débitant des fadaises, M. de Guise était de ces gens résolus qui vont droit au but. A la sortie du Louvre, il offrit la main à mademoiselle Paulet pour /a conduire au bas des degrés. Lorsqu’elle lut entrée dans son carrosse, le duc y monta délibérément à sa suite et se plaça près d’elle. Tandis qu’elle le suppliait de sortir, on ferma brusquement la portière; un gentilhomme qui était à M. de Guise, sauta sur le siège du cocher, d’autres arrêtèrent les laquais, et le carrosse partit au galop.

— Où me conduisez-vous? cria la demoiselle.

— Chez vous, répondit le duc, laissant là le phébus. Ne vous effrayez pas. Nous allons à votre hôtel; je veux seulement faire, la route à vos côtés.

— Mais c’est une violence, monsieur!

— Hélas ! que je serai à plaindre si vous ne me la pardonnez ! .

Le carrosse s’arrêta en effet devant la maison de mademoiselle Paulet.

* Le eaden.'ts clait un colTrel de vermeil d'où on (irait le couvert de la reine au moment du repas.

Page 1