MADEMOISELLE PAULET. CS
comme aurait pu le faire un amoureux; ce qui parut étrange h ceux qui connaissaient ses allures.
— Eh ! qu’avez-vous donc? lui demanda M. de Chevreuse, le voyant en cet état.
— Je n’en sais rien, répondit-il; j’ignore ce que cela signifie; mais, depuis ce matin, j’ai comme une pesanteur sur la poitrine. Cette petite Paulet ne me sort pas de la pensée. Je fredonne, malgré moi, les airs qu’elle chante; je vois partout ses dents blanches et scs cheveux dorés. J’étais habitué à entendre son rire franc qui vous réjouit le cœur, et cela me manque. Je crois que je suis un peu malade. II faut que j’aille chez Gombauld le prier de me distraire avec sa guitare et scs jolis vers.
— Vous êtes amoureux ; vous enragez d’avoir éperdu, par votre faute, un bien que vous ne saviez pas vous être si cher. Voilà votre mal , monsieur le duc.
— Morbleu ! ne me dites pas cela. Vous m’effrayez. Il ferait beau me voir jouer le personnage d’un 771011- 7 'mt , après avoir été l’amant en titre. J’aime mieux croire que je suis malade. Je me souviens d’avoir jjoussé de ces soupirs un jour que j'’avais gagné une lièvre. C’est sans doute de même aujourd’hui.
— AlIcZy vous ôtes pris au trébuchet, et les drogues de maître Guillaume ne vous guériront point.
Çn effet, Charles de Guise demeura triste une semaine entière, chose prodigieuse pour lui. Ce qui achevait de l’accabler, c’était de voir renjouement et l’air insouciant de sa belle, qui semblait ne l’ayoir jamais connu, et se faisant conter lleurotle par tout ce qui avait six quartiers de noblesse et des habits de velours.
M. de Rosny, qui se mêlait peu des intrigues, à cause de ses graves occupations, apprit le dernier
l’aventure de sa protégée. Il prit aussitôt le chemin de l’hôtel Paulet, en préparant dans sa tôle* des consolations paternelles.
— Ces Guises, murmurait le grand-maître en marchant le soir par les rues, sont d’une race turbulente et dangereuse. Je ne les aime point. Hélas! si le feu roi m’eût voulu croire, ils seraient tous à la Bastille et mourraient sans progéniture, comme des hôtes malfaisantes. Ils gâtent tout ce qu’ils touchent. Je dirai â cette pauvre petite : Voilà ce que c’est que d’aimer les ennemis de l’État! Ce n’est pas le grand Henri qui vous aurait traitée ainsi.
Et le bonhomme souriait dans sa barbe grise eu songeant que sa mercuriale lui fournirait l’occasion de dire un mol d’éloge sur le prince qu’il avait tant aimé. Huit heures venaient de sonner, lorsqu’il Ira- ' versa la cour de l’hôlel du feu conseiller Paulet. Il ordonna au suisse de ne point faire aller la clochette d’honneur, n’étant pas accompagné. En suivant à petits pas le long des murailles, M. de Rosny passa sous une fenôtre éclairée; il s’aperçut qu’on tenait encore la table, ce qui lui causa un moment d’hésitation, parce qu'il ne voulait point que sa visite fût connue.
— Il me semble, pensa le vieux Sully, que, pour une personne dans l’affliction, cette chère enfant mène grand bruit chez elle.
La fenôtre s’ouvrit alors, et M. de Rosny entendit la voix de sa protégée. La demoiselle ne paraissait pas fort chagrine. Elle n’avait à sa table qu’un seul convive, mais qui criait comme quatre. On se divertissait là-haut de bon cœur. Le convive s’approcha de la fenêtre, tenant un verre d’une main et de l’autre une assiette qu’il jeta en riant dans la cour.
C’était M. de Lansac.