‹ Originaux du XVIIe siècleChapitre 16 sur 24 · I- '"Cd b Coo'^I · texte numérisé non relu

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gardes, qui peignaient l’étonnement, donnaient à cette scène quelque chose de mystérieux et qui avait un goût de roman à frapper l’imagination. Les deux puissantes dames qui regardaient ce spectacle étaient venues là en badinant; mais elles devinrent tout à coup fort graves, et sentirent bien ce qu’il y avait de triste et de touchant dans cette cérémonie nuptiale. La reine, dont le naturel était un peu gâté par l’habitude de philosopher à tout propos et de faire examen de ses moindres sentiments, craignait sans doute de se trop livrer à ses impressions, car elle se pencha contre l’oreille de la comtesse pour lui dire :

— Que vous semble de ceci?

— Vous me voyez dans le ravissement, répondit la dame. Ce jeune couple est le plus charmant qu’on puisse voir.

— Il est vrai qu’ils sont fort jolis tous deux.

— Ce gentilhomme ne saurait être un malfaiteur.

— Vous voilà bien, femme que vous êtes! vous vous laissez prendre à une mine heureusement douée. Souvenez-vous que Socrate était fort laid, et qu’il n’y eût jamais d’air plus doux que celui d’Héliogabale , dont l’âme était affreuse.

Lorsque le prêtre s’approcha des époux, il y eut un léger frémissement dans l’auditoire à cause des paroles sacramentelles, où il était dit :

« Vous ne ferez plus qu’une môme chair, et de deux que vous étiez, vous ne serez qu’un. L’homme ne doit plus séparer ce que Dieu a uni. »

Le souvenir de la terrible séparation qui devait s’effectuer bientôt revint si cruellement en mémoire à doua Marie, qu’elle pâlit singulièrement , et faillit s’évanouir; mais la figure de Mariamé n’exprima rien autre chose que la peine de voir ainsi souffrir sa maîtresse.

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ORIGINAUX DU XVn* SIÈCLE.

— Votre Majesté n’aura point le courage de les séparer, dit madame de La Gardie.

— Les lois auront ce courage, répondit la reine.

La messe étant terminée, l’ambassadeur d’Espagne, qui avait assisté la mariée avec une bonté toute paternelle, la baisa sur le front. On s’aperçut alors qu’il avait de grosses larmes dans les yeux. Mariamé était ferme de contenance ; il fit aux assistants un salut gracieux, qui était une manière de les congédier. En effet, ils sortirent doucement à la suite du prêtre, qui se montra troublé à tel point qu’il pensa laisser choir les reliques et les ustensiles sacrés. Il n’était pas malaisé de tirer un noir pronostic de ce trébuchemcnt, et tout le monde en fut glacé jusqu’au fond de l’âme.

— Savez-vous, madame, dit la comtesse, que tout ceci n’est point gai? Nous prenons là un sombre divertissement. Remarquez-vous que le jeune homme seul n’a point l’air de savoir le sort qui l’attend?

— C’est qu’il se voit l’objçt de l’attention; les regards des hommes donnent du courage au plus faible. Telle preuve de stoïcisme qui éclate en public tournerait souvent en lâcheté si elle devait demeurer inconnue. Maintenant que les témoins sont partis, nous allons juger ce Mariamé.

— Je ne pense pas qu’il tienne moins à l’estime de sa maîtresse qu’à celle des étrangers.

Dès que la porte s’élait refermée derrière le dernier garde, Mariamé avait mis un genou en terre devant sa femme :

— Vous êtes à moi, Marie! lui dit-il avec feu. Je ne changerais pas mon sort contre celui du roi d’Espagne. Ne pensons, je vous prie, qu’au bonheur d’être unis.

— .\h! si cela devait durer toujours...

•— Durer toujours, Marie ! rien ne dure éternelle-

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