LE CHEVAL LE CHÉQUI
porlunc par ses souvenirs, il fit la débauche avec des amis chez un traiteur fameux; mais le troisième il resta enfermé dans son appartement et ne put songer à autre chose qu’à la belle inconnue. Ce fut le quatrième jour, en s’éveillant, qu’il se sentit amoureur à la fureur. Il se leva, déterminé à chercher la dame pour lui peindre ses tourments. Ce devait être une personne de la cour, puisqu’elle était très-riche; son mari devait être absent, pour qu’elle pût ainsi recevoir Créqui tous les soirs. Bien des femmes avaient une maison de plaisance aux environs; mais toutes n’y habitaient pas, à cause de la saison, qui était fort avancée.
Dans le désordre de la nuit, le chevalier avait noté des indices qui pouvaient le guider dans ses recherches. Une tresse de cheveux blonds s’était échappée de la coiffe; le masque ne cachait pas le front, qui était d’une beauté remarquable; la grandeur et la forme des yeux, la longueur des cils lui étaient aussi connues; les mains étaient longues et fluettes,. le cou mince et les épaules fort tombantes. M. de Guise avait encore remarqué un signe noir; mais il se trouvait placé sur le haut du bras gauehe, dans un endroit que la robe cache toujours, que les femmes découvrent leur poitrine ou qu’elles n’aient noint de manehes.
Pendant une semaine entière , le chevalier ne bougea plus de la cour. Il ne regardait que les dames blondes, et quand il croyait avoir rencontré juste, il s’informait de deux choses : si le mari était absent, et si on avait maison de campagne aux environs, car il était inutile de demander si on connaissait M. de Créqui, le comte étant un des personnages les plus en évidence.
Malgré tous ces moyens de vériflcalion, M. de Guise
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se trompa plus d’une ibis, et il lui arriva de tenir à plusieurs dames des discours h le faire passer pour fou. Peu s^en fallut qu’il ne le devînt en effet, une, fois qu’il eut reconnu que sa belle ne venait pas chez fa reine. La bourgeoisie était un dédale immense ii se perdre en poursuites inutiles, et que penserait-on d’un aussi grand seigneur, le second d’une maison princière, qui ne verrait plus que des demoiselles et des gens de courte épée?
Les difficultés ne faisant que l’irriter davantage et son amour croissant tous les jours, le chevalier jura mille fois de ne point se rebuter, dût-il employer une année entière à passer on revue toutes les femmes de la robe et de la finance. Un matin qu’il y avait nombreuse compagnie à la ruelle de la reine-mère. Sa' Majesté, qui éUiit un peu malade, pria M. de Passompierre de raconter une de ses galanteries pour la divertir.
— Ma foi! dit le colonel des Suisses, je ne sais, madame, que des histoires qu’il me fout taire, ou d’autres bonnes à conter à mes soldats.
— Bah! reprit la reine. On assure que vous avez quatre mille lettres de femmes en vos coffres et une chamhre pleine de portraits.
— Ce sont fables à dormir debout.
— i\e faites point l’hypocrite; vous avez à Chaillot une maison à mener des filles.
— Madame, j’y en mène en effet *; mais je n’oserais dire ce qu’on y fait ii des oreilles royales. Voilà monsieur de Guise, qui peut parler de scs affaires, éUint prince et bien plus à l’abri que moi de tout danger. C’est lui qui va nous raconter une de ses amourettes.
> Celte réponse de Dassompierre à la reine est Listorique.