‹ Originaux et beaux esprits de l'Angleterre contemporaine (volume 2)Chapitre 5 sur 6 · LE 29 MARS · texte numérisé non relu

LE 29 MARS

AGE* de 62 AN$.

L'homme qui les a rédigées a compris, Dieu merci, que la renommée de Brummell, morte avant lui, ne pouvait recevoir une consécration posthume. L'épitaphe du Roi des Beaux n'avait rien à dire de son régne.

L'Athenxum est, à Londres, le club des hommes de lettres ; si vous y êtes jamais admis, vous vous étonnerez do sa magnificence, de ses nombreux cômforts. Vous admirerez cette bibliothèque qui, de salle en salle, a fini par envahir tout l'établissement, à l'exception pourtant d une seule pièce, partout respectable et respectée, la salle à manger. Arrivé là, — je vous suppose étranger et guidé par un intelligent cicérone, — on vous montrera le Coin de la Tempérance , de même qu'on vous montrait hier, dans Westminster-Àbbey, le Coin des Poètes.

Et comme vous répondrez sans doute par un regard vague au coup d'oeil malin de votre guide, il ajoutera :

• C'est le coin où dînait Hook... Théodore Hook... notre bel esprit, notre romancier, notre vaudevilliste, notre faiseur de chansons et de calembours, le Yorick de notre monde aristocratique pendant plus de vingt ans. A las ! poor Yorick!... il n'est plus là pour nous égayer.

Sovez-vous bien, monsieur, que sa mort a causé une baisse de trois cents diners par an sur le total de notre consommation?...

— Théodore Hook?... permettez... Fauteur de Gilbert Gurney, de Sayings and Doings; le rédacteur en chef du John Bully du New Monthly Magazine, etc.?

— Et notre plus gai convive, et notre improvisateur le plus fécond, et notre hopte-eiMrain à tous... Oui, monsieur... Vous voyez cette table près de la porte? c'était la sienne. Il était là tous les soirs, à sept heures. Alléchés par l'espoir de l'y rencontrer, et d'approcher leurs chaises de la sienne après le dinar, à l'heure de la digestion et des épanchements, les convives accouraient : les plus grands seigneurs, les plus graves prélats, les plus savants professeurs, pêle-mêle, à la douzaine. Et comme c'était le Coin de la Tempérance, — ainsi l'avait baptisé notre joyeux buveur, — on n'y demandait jamais qu'une rôtie à l'eau ou quelque innocente limoriade... Mais les gens de service avaient le mol, et, fidèles à l'esprit plutôt qu'à la lettre de l'ordre qu'on leur donnait, ils faisaient rapidement circuler les vins les plus ardents, les liqueurs les plus excitantes. Peu à peu, buvant et parlant sans relâche, Hook grisait doublement ses auditeurs, et, sans pitié pour leur dignité compromise, les renvoyait chez eux surchargés d'alcool et de plaisanteries, ivres de folles saillies et de xérès doré, déport généreux, de pétillant Champagne... Un homme heureux s'il en fut... bienvenu partout; familier, malgré son origine plébéienne, dans les cercles les plus exclusifs; beau garçon, plein de verve, habitué aux succès de toute espèce; redouté des hommes, fort bienvenu des dames , à ce que dit la chronique; véritable étoile, pour me servir de ce jargon à la mode qu'il parlait si bien; et maintenant étoile éclipsée, astre éteint, souvc-

iiir perdu... un peu de cendre sous une pierre foulée aux pieds. — Pauvre, pauvre Yorick 1 »

Ainsi vous parlera votre complaisant cicérone; puis vous quitterez le Coffee room sans vous enquérir davantage, acceptant la donnée de cette philosophie vulgaire qui s'en tient aux surfaces, ne contrôle jamais les brillants dehors, se laisse prendre aux mensonges du monde, et confond volontiers un éclat de rire avec un élan de joie. Maintenant, si quelque curiosité vous vient d'en savoir plus long; si vous relisez l'œuvre du romancier avec la volonté de le retrouver dans ses romans; si surtout vous obtenez communication du Journal où ce viveur, en apparence frivole et négligent, notait soigneusement ses occupations, ses espérances, ses pensées les plus secrètes, ses réflexions les plus amères, alors seulement vous connaîtrez la triste vérité : vous verrez quelles tortures intérieures accompagnaient tant de bruit, de faste, d'éclat, d'insolente raillerie et de prodigalités inexplicables. Cette leçon vaut bien que nous la donnions à loisir.

Ce fut le 22 septembre 1788, dans Charlotte-street, Bedford*square, que naquit le héros de l'étrange histoire où nous allons chercher la moralité déjà indiquée. Son père était un compositeur assez célèbre avant cette époque; sa mère une personne fort belle; douée de grands talents et de vertus solides. Elle avait donné le jour, dixhuit ans auparavant, à un premier fils, devenu par ses soins un des élèves les plus distingués de l'université d'Oxford, et qui a été, depuis lors, investi du doyenné de Worcester. Il se nommait James ; nous aurons à reparler de lui.

Moins heureux que son frère , Théodore Hook perdit bientôt cette mère tendre et prudente, qui, selon toute

probabilité, aurait préparé pour lui un avenir bien différent de celui auquel il était promis. Elle mourut, ne lui laissant qu'un affectueux souvenir. Le vieux musicien se remaria. Sa seconde femme ne fut point pour ses enfants une seconde mère. L'aîné, par bonheur, était déjà sauvé ; le cadet porta seul le poids de ce premier malheur.

On l'avait placé au collège d'Harrow, où il devint le condisciple de lord Byron et de sir Robert Peel, nés tous deux la même année que lui. Mais, quoique ses contemporains, ils n'étaient pas de la même classe, car il ne les connut jamais, et c'était pour lui, dans des temps postérieurs, un sujet de vrai regret, nous dirions presque de vrai remords. Il est permis de croire qu'il fit d'assez médiocres études; il le laisse entendre lui-même en racontant celles de « Gilbert Gurney» dont la biographie fictive est, en beaucoup d'endroits, celledu romancier lui-même. Ne l'eûtil point avoué, nous nous en douterions encore en trouvant dans les premières productions de sa plume une affectation de pédanterie qui trahit d'ordinaire les terreurs secrètes de l'ignorance. Après cela, quel besoin un auteur de farces et de chansonnettes pouvait-il avoir de prosodie grecque ou latine? Et combien d'hommes, à qui les connaissances classiques semblent indispensables, seraient fort empêchés de reconstruire une strophe d'Eschyle ou même une page de Tite Live, si les ruines de Pompeï livraient aux fouilleurs une Décade perdue, ou si l'on déchiffrait les restes d'une Trilogie dans les palimpsestes de Moscou !

À peine veuf et remarié, le vieux Hook se laissa facilement persuader qu'il était inutile de maintenir son fils cadet au collège. L'enfant annonçait des dispositions naturelles dont le vieillard était fier, et dont il voulait jouir pleinement. D'ailleurs, on pouvait espérer que ses talents précoces trouveraient un emploi bientôt lucratif. Théo-

THÉODORE nOOK. 405

dore avait la voix juste et belle; entouré de musique dès son berceau, il était déjà pianiste exercé; il chantait à ravir la romance pathétique et la chansonnette légère. On avisa même, certain soir, que deux ballades, — Tune triste et l'autre gaie, — dont il venait de régaler les oreilles paternelles, étaient, vers et musique, l'ouvrage du jeune virtuose. Son père s'enthousiasma là-dessus; il admira la musique en vrai connaisseur, et les vers sans s'y connaître beaucoup. Désormais, pensait-il, les faiseurs de paroles ne lui imposeraient plus leurs ridicules exigences, et tout se fabriquerait au logis. Arrangement commode et bien entendu! lucrative et paternelle combinaison ! L'avenir de l'enfant y fut immédiatement sacrifié; Théodore y souscrivit de grand cœur. Il fait dire à son aller ego, Gilbert Gurney :

« .... Je demeurai donc à la maison, et devins le bijou de mon père. Il ne voyait rien au monde qui pût m'être comparé : j'étais le plus spirituel, sinon le plus sage, de tous les jeunes gens présents ou passés ; et j'ai vu bien des fois l'auteur de mes jours, respectable et gras, rire de mes tours et de mes grimaces, à ventre déboutonné, jusqu'à ce que des pleurs involontaires eussent mouillé ses joues replètes. »

Toute indépendance fut bientôt assurée au bouffon imberbe. 11 était de fait l'associé du commerce paternel, et savait fort bien se faire rendre compte des produits de l'industrie commune. Aussi prit-il d'emblée la robe virile, et pour quel usage ! La maison de son père n était hantée que par des musiciens de tout âge et de tout sexe, artistes plus ou moins errants, bohémiennes plus ou moins abandonnées. Théodore était joli, gai, audacieux; son esprit faisait de lui la merveille, le lion de ce cercle enthousiaste. A peine eut-il Jancé trois chansons sur le théâtre qu'il devint

une puissance. Les coulisses lui furent, ouvertes, les acteurs les plus populaires le prirent en gré. Quant aux actrices, les plus joliesse faisaient honneur de ne confier leurs bouquets qu'au a cher Théodore. »

James Hook, apprenant les déportements de son jeune frère, eut un instant la pensée de l'arracher à une vie si périlleuse. Les rapides progrès de sa carrière ecclésiastique lui donnaient une sorte d'autorité dans la famille. Il démontra au vieux musicien que Théodore devait poursuivre ses cours et entrer au barreau. Ses conseils sont écoutés : il emmène avec lui, jusqu'à Oxford, le mauvais sujet, durement catéchisé. Mais quel respect attendre de ce jeune drôle, habitué à braver en face l'autorité d'un père? On vit bien, dès le premier jour, ce qu'on pouvait espérer de lui. Surpris de sa physionomie espiègle et enfantine, le vieux chancelier, prêt à l'inscrire, lui dit gravement: a Vous êtes bien jeune, monsieur. Êtes-vous préparé à signer les trente-neuf articles 4 ? — Trente-neuf? répondit vivement Théodore; j'en signerai quarante, pour peu que cela vous amuse.»

Tant de complaisance n'était pas précisément ce que demandait l'imposant dignitaire, qui ferma tout aussitôt le livre matricule; mais le frère aîné répara tant bien que mal la sottise du cadet. Celui-ci prit un air affligé; bref, la cérémonie s'accomplit.

Théodore, néanmoins, se plaisait assez peu dans ces grands jardins monastiques, où l'étude est si facile, la solitude si complète, la tristesse si naturelle, l'ennui si vraiscmbable. Il n'arriva même pas au bout des six mois

1 Les trente-neuf articles do la Liturgie anglicane, en d'autres ternies, une adhésion solennelle au* principes de l'ÉgHse nationale anglaise.

THÉODORE HOOK. t07

qu'il lut fallait pour obtenir d'être attaché à tel ou tel cours spécial. Drury-Lane et Govent-Garden lut souriaient de loin : une idée de vaudeville germait dans sa petite cervelle. Un beau soir il prit la clef des champs, faussa compagnie à son frère, et reparut au sein du tripot comique.

L art de la scène était, en Angleterre, il y a quarante ans, presque aussi infécond et aussi mal cultivé qu'il l'est de nos jours. Il ne faut donc pas accuser notre jeune fugitif d une bien grande présomption, parce qu'il se crut l'égal des vieux faiseurs de mélodrames. L'événement allait d'ailleurs justifier cette confiance étourdie.

Ici nous avons les souvenirs d'un homme qui le voyait beaucoup à cette époque, et la description très-minutieuse de l'intérieur désordonné où le jeune auteur s'était installé. « Les tables, les chaises, la cheminée, le piano, envahis par des billets doux, des manuscrits de musique, des drames français, des dictionnaires de rimes, des coupons de loge ; aucun moyen de s'asseoir; à grand'peine pouvait-on s'étendre sur le plancher. Au milieu de ce fouillis, un pétulant jeune homme, toujours de bonne humeur, toujours avide des rires qu'il faisait naître, et, grâce à un heureux besoin de plaire, déployant autant de ressources pour ses plus proches parents et ses amis les plus intimes qu'il en trouva depuis dans les cercles dont il était devenu X amuseur en titre; de plus, il était dès lors acquis aux idées du plus dévoué royalisme, et si, pendant qu'on était à table, l'orgue des rues venait à jouer sous ses fenêtres le God save the King, il se levait brusquement, forçait chacun à l'imiter, entonnait l'air national, menait le chœur, et ne s'arrêtait qu'après le dernier couplet. »

Gilbert Gurney, — nous avons dit que ce personnage de roman est un Théodvre Hook peint par InùrHêmei —

Gilbert Gurney raconte comment il bâtit son premier drame, en cousant les uns aux autres les incidents de trois ou quatre petites pièces françaises. Cette méthode est encore la plus usitée à Londres; mais Gurney traite avec mépris ce coup d'essai, et Théodore Hook aurait pu tirer vanité du succès bruyant qu'il obtint. Ce petit opéracomique était intitulé le Retour du soldat, ou Que peut une belle? L'ouverture et la musique étaient de M. Hook le père, qui se fit nommer sans scrupule, tandis que son fils voulut rester inconnu. Prise en bloc, cette production précoce n'avait rien de très-supérieur à ce qui se fait dans le même genre; cependant on y pourrait chercher, çà et là, perdus dans une masse de plaisanteries triviales et forcées, quelques traits heureux et dignes de la renommée que l'auteur atteignit par la suite. Nous nous rappelons, entre autres, cette réponse d'un aubergiste à un voyageur qui, le voyant arrêté sur le seuil de sa maison, lui demande s'il en est le maître. «Oui, monsieur, lui répond Boniface; ma femme est morte depuis trois semaines. » Ajoutons que le dialogue était généralement vif, et que, pour ainsi dire, les couplets se chantaient d'eux-mêmes.

Cette bluette, entre autres résultats heureux qu'elle eut pour notre jeune écrivain, le mit en rapport avec Mathews et Liston, deux célébrités dramatiques dont le souvenir vivra longtemps. Tous deux étaient ses aines, mais leur humeur n'était ni moins excentrique ni moins folle que la sienne. Quand il les connut bien, il tira savamment parti de leurs qualités opposées, que le contraste faisait valoir, en composant pour eux un second vaudeville, Le prenne qui pourra (1806), où le sang-froid comique de Liston, l'incroyable vivacité de Mathews , ses ressources mimiques et son talent de ventriloque trou-

THÈ0D011E IIOOK. 109

vaient amplement à se déployer. Mathews, entre autres particularités, changeait sept fois de costume dans le cours de ce petit acte. Ce fut encore là un succès populaire, et plusieurs années après, les délicieux couplets :

Je chante les amours, les souriants amours De Clutterbuck et de Higgenbotlom,

avaient encore une vogue méritée. Les bons mots ne manquaient pas non plus dans le dialogue, et nous eu citerions plusieurs, d'un mérite incontestable, sans la crainte assez fondée de mettre sur le compte de Hook l'esprit qu'il prenait tout fait dans les productions d* autrui. Une maligne soubrette, par exemple , rabat le caquet présomptueux d'un valet qui la courtise, avec cette maxime si juste : Tout homme a de trop, en fait de vanité, ce qui lui manque en fait de bon sens. Par malheur le mot est de Pope; et la vie de Pope, — soit dit en passant, — nous a toujours paru destinée à contredire la vérité qu'il avait si bien formulée.

La Fille invisible, qui suivit , est encore tirée du français, et le plaisant de la pièce consiste en ce que tous les personnages s'expliquent par monosyllabes : oui , — non, — mais, — hem! — chut! à l'exception d'un seul qui se charge de pérorer pour tous. Banuister seul, et encore dans ses jours de grande verve, pouvait suffire aux exigences de ce glorieux bavard, appelé, sauf erreur, le capitaine Allclack La pièce est de nature à se jouer encore aujourd'hui, et la remonter ne serait probablement pas pour les Adelpiii une mauvaise spéculation.

La Folle musique, Y Obscurité visible, Y Enquête par jury, la Forteresse, Tekeli, — Tekeli surtout, — augmentèrent la popularité de Hook. Cette dernière pièce lui valut les i. 10

honneurs d'une épigramme que Byron ne dédaigna pus de lui lancer dans sa fameuse satire l :

Dieux ! verrons-nous passer sur la scène avilie, Après Kemble et Garrick, l'insolente Folie?

Thespis ramène-t-il son rouge tombereau ?

llook mettra-l-il longtemps ses héros en tonneau?

Nous pourrions allonger beaucoup la liste de ces bluettes; mais il suffit, avec celles que nous avons nommées, d'en rappeler deux qu'on a remises à la scène pou d'années avant la mort de l'auteur : Troquer n'estpas voler, et Tuer n'est pas assassiner. Terry, autre ami de Théodore, Liston et Mathews, avaient, dans ces joyeuses fur ces, des rôles admirablement adaptés à leur talent, et depuis la mort de Foote, Londres n'avait jamais assisté à des spectacles plus réjouissants. II est bon de remarquer que le pourvoyeur fécond de ses grands et petits théâtres n'avait pas encore atteint sa vingtième année; on pourra juger, par là, delà carrière ouverte devant lui, s'il avait consacré toutes ses facultés au théâtre.

Hais il publia justement alors (1808) son premier ro* man, sous le pseudonyme d'Alfred Allendale. Ces trois volumes n'étaient, à vrai dire, qu'un vaudeville délayé, un vaudeville tout aussi léger de fond, tout aussi invraisemblable d'incidents que ceux dont Théodore avait enrichi la scène. Comme pour rompre en visière à la vogue des romans moraux vulgaires, à ce qu'on appelait « l'ècolo de Minerve » (Minerva press school) t le jeune romancier abandonnait au seul hasard les destinées de son héros, Musgrave. Ce sentimental personnage enlève celle qu'il aime. Après avoir fait cent milles au grand galop sur les

1 The Engiish Bords and Scotch Beviewers.

chemins du Nord, il s'arrête un quart d'heure dans une auberge, demande à diner et va faire un tour au jardin. Son rival s'y trouve à point nommé, se promenant aussi ; toute l'aventure échoue. A six mois de là, nouvelle escapade ; les amants arrivent sans encombre à GretnaGrcen. Musgrave, se conformant aux procédés usités en pareil cas, propose un mariage immédiat. La fiancée y consent, non sans rougir ; tout aussitôt l'amoureux commande à l'aubergiste deux volailles rôties et un ministre. Tandis que la broche tourne, le garçon va chercher des cierges. Le fameux forgeron, averti et payé, se présente pour accomplir les rites conjugaux : la cérémonie va s'achever ; mais une chaise de poste s'arrête devant l'auberge : la mère de la jeune fille, le rival du jeune homme, se précipitent dans l'auberge et dérangent tout. Plus loin, Musgrave se trouve couché dans une chambre à deux lits, sans savoir que son odieux rival, profondément endormi, partage avec lui cet appartement. Pendant la nuit tout se passe bien; au lever du soleil, le rival saute à bas de son lit, — sans réveiller Musgrave, — essaye de se raser, se coupe un doigt, sort dans la rue, rencontre un créancier, prend la fuite, saute dans une diligence, et disparait sans tambour ni trompette. L'hôte, cependant, ne retrouvant plus qu'un voyageur, accuse Musgrave d'avoir assassiné l'autre ; la serviette ensanglantée dépose contre lui. On suppose qu'il a pu mystérieusement faire disparaître le cadavre ; il est jugé, convaincu, condamné. 11 s'échappe, et se cache dans un cottage où le hasard amène justement un constable, qui le ressaisit. La loi reprend sa victime, le jugement s'exécute ; la potence se dresse ; le condamné gravit l'échelle fatale ; il commence sa dernière harangue ; mais un homme fend la foule en criant : Grâce! C'est le rival, c'est l'homme as-

112 TIIKODORË HOOK.

sassiné, qui, la veille, a lu par hasard dans un vieux journal les détails de l'injuste condamnation dont Musgrave va être victime. Ainsi vont les trois volumes, et ce qu'il y a de plus absurde en tout ceci, c'est que, bien des années après, Hook ait repris cette rapsodie de sa jeunesse pour l'écrire de nouveau, et l'insérer parmi les contes intitulés Dires et Faits (Sayitigs and Doings). On la retrouvera, dans le troisième volume, sous le titre de Merton. Les incidents sont presque tous conservés, bien que présentés sous une forme nouvelle et meilleure. Quelquefois la reproduction est complète; plusieurs passages se retrouvent littéralement dans les deux récits.

Le roman de « H. Allendale » n'obtint pas grand succès, et nous n'aurions pas songé à profiter de la découverte bibliographique qui l'a placé sous nos yeux, si l'on ne pouvait constater, par certains détails qu'il renferme, le genre de vie auquel l'auteur était adonné quand il l'écrivit. 11 est aisé de voir que le monde où il vivait n'était pas le même dont il put représenter plus tard les vices élégants, les travers fashionables. On sourit en voyant le héros dédaigner « les flâneries dans Bond-strect, les joyeuses soirées sous la Piazza, et les charmes piquants des jolies pâtissières de Spring-gardens. » L'inexpérience de Théodore se trahit aussi dans le récit d'une soirée donnée à Wimbledon, par une noble vicomtesse, et racontée avec des détails qui, tout au plus, conviendraient à un bal du Vauxhall, composé de chanteuses errantes. En un mot, les deux vers où Boilcau reproche aux poésies de Régnier certaines libertés a redoutées des chastes lecteurs, » s'appliqueraient fort bien au premier roman de Hook/

Du reste, les bouffonneries écrites de ce spirituel étourdi n'étaient rien auprès de celles qui composaient son existence quotidienne, et dont il serait difficile de donner une

THÉODORE IIOOK. 115

idée à ceux qui ne l'ont pas entendu les raconter xntev poetda. On peut bien en retrouver comme un écho affaibli dans la prétendue biographie de Gilbert Gurney ou de Daly ; mais la plume de Hook lui-même n'avait pas l'abandon et la légèreté nécessaires pour donner tout leur sel au souvenir de ses extravagantes équipées. Il fallait à de tels récits l'éclat de ses yeux mobiles, le mordant de son organe, l'entrain communicatif de sa pantomime. Car, en fait, il valaità lui seul, comme acteur, les trois comédiens renommés que nous avons cités en parlant de ses premiers succès dramatiques. Sa gaieté avait quelque chose de particulièrement irrésistible quand il se mettait en scène. La gravité du juge le plus austère, la réserve du prélat le plus vénérable, l'aplomb dédaigneux des grands seigneurs et des belles dames les plus impassibles, ne tenaient jamais devant ces historiettes qu'il leur racontait, en les modifiant chaque fois, et chaque fois avec des épisodes plus étourdissants.

Il nous revient particulièrement à la mémoire, à celte occasion, certain tour que Hathews et lui jouèrent à un respectable alderman dont la maison de campagne longeait la Tamise. Un imposant écriteau défendait aux promeneurs de mettre pied à terre à cet endroit. C'en était assez: Hook et Mathews, arrivant à le lire, n'eurent rien de plus pressé que d'aborder sur le rivage interdit. Les voilà doue qui métamorphosent leur ligne à pêcher en instrument d'arpenteur, et s'acheminent gravement, solennellement, tout au travers de l'Éden municipal, foulant aux pieds les gazons, traversant les haies, écrasant les fleurs, etc. V alderman attablé les aperçoit bientôt, et, sa serviette à la main, furibond, les yeux hors de la tête, trouvant à peine des paroles pour s'exprimer, vient leur demander compte de ces procédés inouïs. Il faudrait ici pouvoir reproduire

l'imperturbable sang-froid des deux amis, qui ['écoutent à peine et continuent sérieusement leurs dégâts. Seulement au bout de quelques minutes, ils condescendent à s'expliquer sur leur mission, qui a pour objet un rapport à la compagnie des Canaux. 11 s'agit de décider si le domaine de Yalderman n est pas éminemment approprié aux besoins de l'irrigation publique, et de déterminer en quel sens il faut prendre les terrains sujets à expropriartion. Tout ceci est dit avec mille réticences, d'un air distrait, et comme pour faire plaisir au riche bourgeois, dont l'horreur va croissant toujours, tandis qu'on l'initie à ces projets de dévastation. En le voyant si ému, ses persécuteurs ne peuvent s'empêcher de changer de ton. Ils le plaignent alors, compatissent à sa peine, et leur pitié officielle augmente encore le désespoir de Yalderman. Plus il se désole, plus ils reconnaissent lénormité de ses griefs. Jamais, dans l'exercice de leurs pénibles fonctions, ils n'ont entendu de si justes plaintes. Ce qui suit est facile à pressentir.

L'alderman, encouragé par tant de sympathie, propose de débattre au logis les avantages et les inconvénients du canal projeté. Une ou deux bouteilles de Bordeaux peuvent se vider en même temps que cette importante question. Cette offre n'est pas immédiatement acceptée. Nos géomètres se consultent, et consultent leurs montres; le rapport est pressant, demandé pour le soir même... Tout au plus pourraient-ils disposer d'un quart d'heure. Un quart d'heure, soit ; et Ton entre dans la salle à manger. Le diner, savamment apprêté, reparaît en même temps sur la table. Suivait le menu de ce repas ; un vrai diner (Yalderman, succulent, choisi, délicat, travaillé à loisir, tout un poëme gastronomique : le madère ambré, vieux de soixante ans ; le Champagne rosé , « présent du lord

maire, » et, entre chaque bouteille, un argument nouveau contre le canal ; le vin aux prises avec l'eau ; Yalderman toujours pluséloquent; ses convives toujours plus attentifs et plus près d'être convaincus. — « Décidément, l'affaire mérite considération ! » Cette hésitation méritait une bouteille de plus. De raisonnement en bouteille, et de bouteille en raisonnement, le temps passe, la nuit vient. Les deux amis se souviennent qu'ils sont à huit milles de Westminster-Bridge. Alors Hook se lève et chante à Yalderman ébahi, le récit, en deux couplets, de la mystification dont on vient de le rendre victime :

Vous faites vraiment bonne chère :

Votre vin ne sent pas le bouc.

Ceci, c'est Mathews, mon compère, Et je suis : — Théodore Hook f .

Telle est la dernière rime, après laquelle il fallut s'enfuir au plus vite; car Théodore Hook, en 1809, était assez connu pour faire se hérisser d'horreur la perruque la mieux bouclée de Guild-IIall*.

Un autre jour, Hook passait avec un de ses amis dans Berner' s-slrcet. Une petite maison frappe leurs yeux par sa physionomie décente, par sa propreté recherchée, par son air calme, chaste, ignoré, mélancolique. Le nom d'une

1 II va sans le dire que nous n'avons pas même tenté de rendre littéralement ces quatre vers bouffons. Le texte porte :

And we greatly approve your fare ; Your cellar is as prime as your cook :

And fhis clerk, hère, is Mathews the player, And l'm —M' Théodore Hook.

* Cette aventure a fourni un des plus amusants épisodes de Gilbert Gitrney.

veuve était gravé sur la porte; un nom obscur et qui sentait l'arrière-boutique. Nos deux vauriens se mettent à gloser là-dessus. « Je parie une guinée, dit llook, que dans huit jours cette petite maison,— si humble et si proprette, — devient le rendez-vous de tout Londres. Je la fais connaître au monde entier, je l'immortalise. Tenez-vous la gageure? » On juge bien qu'elle est acceptée. Hook rentre aussitôt chez lui, et, cinq jours après, mille lettres étaient portées de tous côtés, convoquant, sous toute espèce de prétextes, les négociants et notables de la capitale à venir ponctuellement ; — le jour et l'heure étaient indiqués, — chez la veuve de Berner's- s treet. Le génie d'un romancier n'était pas de trop pour improviser l'innombrable quantité de raisons diverses qu'il avait fallu alléguer pour rendre chaque invitation vraisemblable. Le lord maire et son chapelain étaient convoqués pour entendre les derniers aveux d'un employé des bureaux de la ville qui s'accusait de péculat : le gouverneur de la Banque, le président de la Compagnie des Indes orientales, un lord chief-justice, un membre du cubinet, l'archevêque de Gantorbéry, le général en chef des armées de terre et le chef de l'Amirauté, — chacun avec un motif déterminé, — se trouvaient en demeure d'accourir à heure dite*

De Westminster, de Mayfair ou de la Cité, on n'arrivait à Oxford-Road, en 1809, qu'en traversant un labyrinthe do petites rues, de lunes étroites et tortueuses. Elles se trouvèrent, un beau matin, encombrées de monde et de charrettes, d'équipages et de paquets. Des monceaux de charbon de terre, des cargaisons de glaces, des bibliothèques entières, des faix de gravures, des magasins do modes et de linge, des provisions de confitures, de la pâtisserie par paniers, des meubles, des bronzes, de l'ar-

THÉODORE 1IOOK. 117

genlerieà profusion, s'amoncelaient dans ces défilés insuffisants. Puis, quand le désordre eut commencé, les équipages à grande livrée, les coureurs du lord maire, les laquais cramoisis du duc d'York vinrent y mettre le comble, sans que personne s'expliquât cette affluence à laquelle donnait lieu l'erreur bien naturelle de chacun. Hook, pour contempler à son aise cette magnifique déroute, avait loué un appartement, bien exactemnnt en face de la maison condamnée par lui à un siège si singulier. Deux de ses amis seulement étaient dans le secret, et partageaient son dangereux plaisir. Us virent le désespoir de la pauvre veuve, sa terreur, sa consternation; ils étudièrent toutes les nuances du désappointement sur la figure bouleversée des personnages imposants qui se trouvaient compromis dans cette ridicule aventure ; ils s'assurèrent même que ce n'était pas là une plaisanterie aussi dépourvue d'inconvénients sérieux qu'ils l'avaient sans doute pensé ; car les dégâts matériels, inséparables d'une telle cohue, allèrent à d'assez grosses sommes ; plus d'un cheval resta sur la place, plus d'un baril de bière ou de vin fut défoncé ; les voleurs, en outre, accourus au bruit, profitèrent largement des avantages que leur offrait la localité ; quelques accidents plus ou moins graves achevèrent de donner à cette facétie un peu risquée tous les caractères d'un délit, et pendant une semaine entière, les feuilles publiques, heureuses après tout d'un scandale si amusant, reçurent des détails sur « la mystification de Berner'sstreet, » ainsi que des conjectures sur l'auteur présumé d'une si téméraire fredaine. Jamais assassinat, conspiration, démission de ministres, ou même abdication royale, ne fut un texte si abondant à commentaires et à bourdes de toute espèce. Effrayé lui-même de la responsabilité qu'il avait encourue en jouant, Théodore garda la chambre

118 THEODORE H OOk.

pendant une quinzaine, sous prétexte de maladie, et, pour mieux établir sa prétendue convalescence, il fit un voyage de deux mois hors de Londres. On dit que ce fut pour lui une occasion de revoir Oxford, et qu'il eut, à cette époque, Tidée de rentrer à l'Université. Mais ce ne fut qu'une velléité bientôt oubliée, et qui, le danger passé, disparut à la pensée de revoir Londres. Lorsqu'il y revint, encore un peu tourmenté par de secrètes appréhensions, son aventure était oubliée. Elle l'eût été de même si le lord-mairc eût péri dans la bagarre, et si Berner's-street eût pris feu d'un bout à l'autre.

Une si belle imagination était bien faite pour trouver des imitateurs. Dans quelques villes d'Angleterre, — et même en France, à ce qu'il parait, — on essaya de renouveler la facétie qui avait mis Londres en ébullition. « Gilbert Gurney, * qui raconte une mystification à peu près pareille, exprime, avec beaucoup de raison, le plus profond mépris pour les contrefaçons dont elle fut, dit-il, suivie l .

1 Hook lui-même, néanmoins, continua son rôle de mystificateur. La hevue Britannique, dans un de ses articles intitulé : Réminiscences d'un journaliste, a donné des détails sur un original nommé Roméo Coates, qui promenait de ville en ville, dans un carrosse de charlatan et avec des costumes d'une richesse bizarre, la manie qu'il avait de monter sur les planches. Un beau jour, ce personnage reçoit une invitation pour une fête que le Régent donnait à Garlton House. Il s'y rend dans le plus magnifique de ses costumes, et, sur le vu de son billet, les gardes le laissent passer. Il ne fut arrêté qu'à la porte même des salons, par le secrétaire des commandements. Cet officier eut beaucoup de peine à le convaincre qu'il était le jouet d'une fausse invitation — Hook l'avait fabriquée — et à le renvoyer sans bruit. Le Régent, à qui tout fut raconté le lendemain, prit en pitié le désappointement de Roméo Coates, qui, ses folies à part, ne méritait point une humiliation pareille. Le secrétaire des commandements alla lui porter des excuses, et l'inviter, de la part du prince,

Ceux de nos lecteurs qui voudraient de plus amples renseignements sur les excentricités par lesquelles la jeunesse de Hook s'est illustrée peuvent les chercher dans les Mémoires de mistriss Mathews, où elles sont racontées avec une réserve, une sorte de suavité, une sympathie mélancolique d'un effet tout à fait neuf. Pour qu'on en puisse juger, nous emprunterons à ce livre, aujourd'hui bien rare, un incident assez important de la vie de Hook, sa présentation à Sheridan. Les acteurs de Drury-Lane donnaient un dîner de corps à leur brillant et désordonné directeur, pour fêter nous ne savons quelle victoire électorale, et le jeune auteur de Killing no Murder fut invité à cette réunion imposante, où, pour la première fois, il devait se rencontrer avec le grand homme du jour.

«... Plusieurs des convives chantèrent, et M. Hook fut enfin prié de nous dire quelque chose. Il nous donna, ce soir-là, le plus singulier exemple dont j'aie jamais ouï parler en fait d'improvisation. La plupart des personnes pré* sentes lui étaient étrangères, et cependant, sans hésiter un seul instant, il trouva moyen de les mentionner toutes dans une série de vers rimes avec la plus grande exactitude, et remplis, en outre, des allusions les plus spirituelles, les plus justes, les pins imprévues. Le sujet de ces vers était le dîner lui-même, et pas un incident, pas un propos n'était oublié : les gestes et la physionomie des convives, — de ceux-là, surtout, dont il ignorait les noms et qu'il désignait par des portraits mimés, — fournissaient

à venir voir les décorations de la fête, qu'on n'avait pas encore dé* placées. Celle historiette nous a paru digne d'être rappelée, parce qu'elle indique d'une manière parfaite le contraste qui doit exister entre la conduite d'un plaisant de profession, et la politesse dont un prince, digne de son rang, ne se départ jamais, îûl-ce à l'égard des plus humbles.

120 THÈODOllE 1100 K.

matière à mille épigramincs dont le feu roulant nous tenait tous abasourdis. M. Sheridan, émerveillé comme les autres, déclara que, s'il n'avait assisté en personne à ce déploiement d'une faculté tout exceptionnelle, on n'aurait jamais pu le décider à y croire. — « Un pareil talent, ajoutait-il, défie le compte rendu, et fera toujours supposer des rubriques dont je vois bien que M. Hook n'a pas besoin '. •

En Angleterre surtout, où ce talent est fort rare, on n'a jamais vu, — de bons juges l'affirment, — improviser comme Théodore Hook. Celait un jeu pour lui que de s'asseoir au piano et, sur des airs qu'il composait à mesure, de chanter un opéra-bouffe complètement inédit. Pour ne point laisser de doute sur la loyauté de ces improvisations, il se laissait volontiers imposer un sujet, ou, — plus volontiers encore , — il le prenait dans les propos qui venaient d'être tenus, dans les incidents survenus depuis son arrivée, dans ceux-là mômes auxquels son chant donnait lieu. Un de ses amis racontait, entre autres'exploits de ce genre, une soirée où Théodore produisit sur Coleridge la môme impression que, naguère, Sheridan avait été contraint d'avouer.

C'était chez un jeune célibataire fort riche et fort hospitalier, à la campagne, près d'Ilighgate. Le claret avait si fréquemment circulé, que l'Ancien Matelot, — ou sait que c'est là le titre d'un poëme de Colcridge, — déclara ne pouvoir plus rien boire, si ce n'était du punch. On apporte aussitôt tout ce qu'il fallait pour composer cette boisson, et le poète est chargé de la préparer. Cependant Théodore, sans en être prié, s'assoit au piano, et se livre à un éloge bachique des ouvrages sérieux de Goleridge. Pour arrêter le Ilot de ses plaisanteries, qui

1 Vie de Mathew8,l. Il, p. 50.

devenaient de plus en plus vives, celui-ci fait passer à llook un premier verre de punch. La chaleur était devenue extrême. Hook suspend un instant sa musique, avale d'un trait la liqueur et, sous prétexte qu'il étouffe, lance le verre à travers les carreaux de la croisée la plus proche. Coleridge, sans quitter celte physionomie patriarcale et sereine que nous lui avons connue, se lève à son tour, et démolir, delà même manière, le carreau voisin. Cet exemple devient contagieux; lesverrcsvolent de tous côtés, et les fenêtres se trouvent ouvertes comme elles ne l'avaient jamais été. Le propriétaire de la maison fut le dernier à faire feu, et son coup, mal visé, tomba sur le lustre, qu'il mit en éclats. Le rire qui suivit n'était pas apaisé, lorsqu'au sein des ténèbres, la voix de llook et les sons du piano rappelèrent aux convives que la chanson n'était pas finie. Elle continua plus d'une heure, en effet, et l'étrange scène qui venait de se passer, l'adresse ou la maladresse de chaque convive, l'aventure du lustre, tout cela s'y trouvait rappelé avec un bonheur d'expressions, une fécondité de saillies, une prodigalité de calembours qui plongèrent les assistants dans une véritable stupéfaction. Coleridge, qui ne prenait rien comme tout le monde, fit de ceci une affaire sérieuse, et, dans une excellente dissertation littéraire dont il régala l'un des convives qui le ramenait chez lui deux heures après, il lui démontra, par toute sorte de raisonnements remplis d'éloquence, que le génie de llook avait quelque parenté avec le génie de Dante. A défaut d'autre mérite, on ne saurait contester à cette comparaison celui de l'inattendu.

Beaucoup de nos lecteurs, familiers avec les ouvrages

de Hook, se rappellent sans doute Paul Pry, et la jolie

Page 1