X. — O'COMMBLL BM
L'accueil qui fut fait & O'Gonnell par les hommes et les partis politiques de l'Angleterre, après le procès de Doneraile, nous explique pourquoi il continua d'agiter le pays au nom du rappel de l'Union. A l'enthousiasme irlandais il sentit tout A coup succéder une froideur méprisante. Les whigs, cfnrayéspar la témérité de ses assertions et par sa renommée d'orateur effréné, non moins que par sonadhé-
sion aux principes ultra-démocratiques Jui refusèrent leur sympathie et leur confiance. Le parti qu*on désigne sous le nom de libéral lie comprenait pas les invectives de ce c jacobin catholique » contre le libéralisme français, objet de ses plus bouffonnes diatribes. Aucune des nuances de Topposition ne comptait sur lui, ne se fiait à ses principes, ne se rendait compte de son but. Les utilitaires eux-mêmes, sans se laisser toucher des flatteries qu'il accordait à Jérémie Bentham, refusèrent de reconnaître en lui l'apôtre de l'Évangile que Mill a révélé.
O'Connell ne trouva quelque appui que parmi les arîthmëticiens politiques. Ces braves gens, — qui distinguent le bien du mal et le faux du vrai à l'aide des quatre règles, — furent séduits par la promptitude des calculs d'O'Connell et touchés des hommages qu'il rendait à la statistique. Joseph Hume, « le rogneur de budgets, » qui, à cette époque, possédait quelque influence en Angleterre et dans la paroisse de Mary-le-Bone, voulut bien se déclarer l'allié de Tavocat irlandais.
Ce qu'il y eut de plus fatal pour ce dernier, c'est qu'il trompa l'espérance de beaucoup de gens jusque-là disposés à croire en ses talents d'orateur. La Chambre des Com* munes, attentive à ses premiers discours, y chercha vainement de quoi l'admirer. On l'applaudissait dans les meetings publics; mais au Parlement la banalité de ses aperçus politiques, la faiblesse de ses discussions légales ou conslitutionnelles, se trahissaient à tous les yeux. On s'assurait qu'il n'y avait en lui ni les hautes conceptions de la philosophie politique, ni l'étude profonde et raisonnée de la jurisprudence, mais seulement le libéraUsme fougueux d'un avocat niveleur, poussé par son intérêt et son instinct à réclamer le gouvernement le plus populaire. Ceux qui se rappelaient les hautes et sublimes inspirations de Burke,
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la logique puissante et les connaissances historiques de Charles Fox, les grands combats de Phinket contre Mac* kintosh et Broughain» et leurs savantes interprétations de la loi politique, étaient oiédiocreaient éUouis par les chicanes mesquines dont O'Gonnell poursuivait quelques avocalls obscurs du parti oi^osô. — D*ailleura, le succès pailementaire ne s'obtient, pas aux mêmes conditions que les bravos de la populace. Une saillie lieureuse, une imprécation à grand orchestre, maaquent leur eHél sur des hommes éclairés, dont il faut avant tout captiver et soutenir Tattention* Vous n'entendez jamais interrompre M. Hôebuck par ces acclamations émues, ces battements de main8,cesfirémis8ements flatteurs qui saluèrent longtemps les péroraisons du député de Dungai'van (M. Sheil), el cependant le succès parlementaire du premier est certainement bien plus réel et plus enviable* C*est celui de rhomme sérieux et reconnu tel» qu'on écoute pour s'instruire • et non pas avec une vaine curiosité. û'Connell sentit bientôt que cette sorte de triomphe n'était pas à sa portée, et que, pour soutenir sa renommée politique, il fallait rester populaire eu dehors du Parlement. A la foule seule il pouvait parler son langage rude et fort. Les dispositions critiques d'une assemblée délibérante glacent l'Ame de l'orateur intimidé. 11 n'y a pas là de passions à mettre en jeu ; c^est la raison seule qui écoute, et qui cherche un guide dans la raisoad'autrui; puis, comment lutter, dans l'enceinte même de Mfestminster, contre le souvenir des voix éloquentes qui s'y firent entendre.au temps passé?
N'oublions pas de remarquer que le concours des calholiques anglais lui manqua paiement. Us avaient peu d'iu* nuance politique ; mais ils ne furent jamais au service d CConnell, qui»«- tout en cherchant i les capter par de virulentes attaques contre les ennemis de Uharles X et du
parti prêtre, — se fit un tort immense auprès dés partisans du libéralisme. Le gouvernement des Bourbons n^élait point populaire chez les Anglais, et Topinion générale sympathisait avec les efforts courageux des défenseurs de la Charte. Personne ne voulait confondre, comme *0*Connell, la cause de Tathéisme et celle des libertés civiques.
En somme, l'Agitateur ne pouvait compter, à ce moment, ni sur les i/vhigs, ni sur les radicaux utilitaires, ni sur les partisans des idées françaises, ni sur les représentants du catholicisme anglais. En revanche, il avait à combattre la haine cordiale de nos tories et du « côté droit » chez nos voisins ; par conséquent, sa force était toute en Iriandc, et rirlande ne lui appartenait qu'en vertu d*ime Agitation quelconque.
Quel que fût lé gouvernement donné à ce pays, Topposition d'OXonnell ne pouvait lui manquer.
A cette opposition il fallait un prétexte; à la question catholique devait, par conséquent, succéder la question du repeal : — nous l'avons dit, nous le répétons, car nous voulons surtout saisir et signaler la logique des événements que nous avons entrepris de raconter.