XII. — LES NEUTRES AU POUVOIR
La Pologne était aux prises avec la Russie; les Belges déchirsûent le contrat politique qui les soumettait à la Hol-
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lande; le pouvoir des rois et des prêtres était ébranlé sur tout le oontinent; rèlément révolutionnaire semblait prèl i déborder. Mais, bien différent de ce qn*il avait ét^ en I79S9 on le voyait s* attaquer aux questions de nationalité plutôt qu*aux problèmes sociaux.
Dans de pan'illos ciroonatances, tin vice*roi d'Irlande devait avant tout employer son influence constitutionnelle ft fortifler les liens qui rattachent l'Irlande i la Grande* Bretagne, Il follait, par conséquent, intéresser rambition des oatlioliques dans los questions de politique anglaise, lier leur existence h celle do TEmpire, effacer leurs griefk» caresser jusqu'à leurs préjugés, Nous si^vons qu'il hillait braver pour cela les murmures des tories de Dublin, irrités par les concessions faites aux catholiques, et qui allaienl Jusqu'à menacer de s'unir aux partisans du rept^. Mais, avec un peu de pénétration, les gouverneurs de l'Irlande au» raient deviné l'impossibilité de cette monstrueuse alliance. Les tories irlandais, privés du secours de l'autorité royale, n*ont que le simulacre de la force, et tout au plus, d'une révolte, les vaines clameurs. On pouvait donc, sans dan* ger, subir leur opposition, forcément constitutionnelle, et la vraie politique dos ^Ings eût été de chercher i dève* lopper les germes du parti modéré qui existait alors, plus vigoureux qu'aujourd'hui. Bien des gens dèsi* raient en effet qu'il se créât un intérêt libéral, une opinion moyenne, puissante contre l'oppression, puissante aussi contre rentrotnement de la populace. Ils vou* laient que cette opinion i\H nationales ils la voulaient prenant ses inspirations sur le sol niému de la patrie. Compatissant aux maux de leurs concitoyens, ils les voyaient à regret s'égai'er sur les pas de quelques meneurs égoïstes, A regret aussi les voyaient*ils arrêtés dans la voie du progrés par l'indilTérenoe flegmatique des fone-
tionnaires publics, étrangers pour la plupart au pays.
Nous pourrions examiner plus au long quelles étaient les Yues de ce parti; il nous suffit, — pour le sujet que nous traitons, — de constater qu'il existait, et qu'à de vives sympathies pour Tlrlande il joignait le respect de la constitution impériale.
Une assimilation , une fusion impossible n'était pas son rêve conune eHe est celui de tant d'autres.
Il voulait impérialiser et non pas angliciser Tlrlande.
Des hommes qui pensaient ainsi, la plupart, abreuvés de dégoûts, se sont retirés de la vie publique; quelquesuns, irrévocablement perdus pour la cause du bon sens, se sont laissé emporter dans ce courant bourbeux dont O'Connell précipitait ou retenait les flots. D'autres, enfin, après le bill de Réforme, — ef&ayés des conséquences qu'il pourrait avoir, — ont rallié le corps d'armée des conservateurs.
C'était avec eux que le marquis d'Ânglesey aurait dû former alliance^ au lieu d'appliquer les idées chimériques d'un éclectisme impossible. Il avait alora mille chances : d'abord le souvenir de son ancienne popularité; ensuite l'attrait de son caractère personnel, sa franchise de soldat, la confiance et la gaieté de son accueil, ses penchants généreux, le prestige de sa gloire militaire. Tant de qualités, hélas ! — et son attachement sincère aux intérêts de l'Irlande — n'ont point empêché qu'il fût poursuivi à coups de pierre, dans les rues de Dublin, par la canaille catholique, tandis que la presse protestante l'accablait d'injures.
Il fautnous rendre compte de ces résultats déplorables.
En Irlande, le gouvernement se juge surtout par ses promotions. Chaque individu étant connu, le choix qui tombe sur tel ou tel personnage caractérise la tendance que le vice-roi veut imprimer au pays. Or, en 1850, une
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pairie vint à vaquer. C*eat chose rare, sinon chose honorable, qu'un siège irlandais à la Chambre haute. En effet, une clause de l'Acte d'Union, — spécialement réclamée par l'aristocratie, — empêche de créer une nouvelle pairie à moins que trois des anciennes ne soient successivement éteintes. Aussi, dans les trente premières années du siècle, n'a-t-on guère vu qu'une demi*dou2ainede remplacements pareils. La pairie dont nous parlons était destinée, par le cabinet Wellington, à un de ses plus sélés partisans; mais, ce cabinet détruit, on ne savait sur qui tomberMtIa pré» férence des whigs.
Justement, en 1830, un personnage dont nous avons eu occasion de parler, le chief-^barofi O'Grady, donna sa démission de magistrat. C'était un original, un bouffon de profession, bien vu des basses classes parce que, affeotant une sorte de bonhomie équivoque, il se plaisait à se moquer des avocats de la Couronne. Son accent deLimerick, dont il exagérait à dessein les intonations vulgaires, prêtait seul quelque originalité aux saillies grossières qu'il se permettait en pleine Cour, et qui, tout au plus, eussent convenu dans un entretien de taverne.
Ce fut le chief baron O'Grady que le marquis df Anglesey envoya à la Chambre des Lords avec la vicon^é de Guillamoro. Il avait à cette préUrence deux titres distincts : le premier, d'avoir été cité trois fois devant le Parlement pour y rendre compte de sa conduite judiciaire; le second, d'à* voir pour flia un brillant colonel marié à la nièce de lord Anglesey. Comme, du reste, il était compté au nombre des whigs les plus déterminés, tout en s' étonnant de sa nomination, le pubUc augura que les liens de parti auraient toute leur valeur auprès d'un vice-roi si disposé è respecter les liens de famille.
Mais on fttt bientôt détrompé. Quoiqu'il y eût alors au
barreim, ptfnû les ayocats du parti libérai, des hommes de premier mérite, tels que M. Waliace, M. Perrin, M. 0*Logblen, etc., le gouvernement choisit pour remplacer M. O'Grady im homme dont nous avons dessiné phis haut la ftgure, M. Joy, Vattomey gênerai du gourernement de Northumberland. Puis, comme la place de premier juge aux Plaids-communs se trouva libre par la retraite de lord Norbury, le nouveau vice-roi nomma — qui s'y serait attendu ? — M. Doherty lui-même.
C'était perdre à jamais Tespoir de se concilier O'Connell; et les beaux discours de lord Anglesey à la démocratie irlandaise ne pouvaient désormais contrebalancer TeiTet d*une nomination qui satisfaisait le parti tory au delà de toute attente. Vinrent ensuite d'autres choix du même genre, et non moins malheureux, L'évêché de Cork, par exemple, fut donné au docteur Kyle, tory prononcé, nonobstant les droits au moins égaux du docteur Sandes, un des plus savants et des plus anciens membres de Trinity-college. 11 semblait que l'administration whig fit un crime à ce dernier d'avoir combattu vigoureusement pour rÉmancipation des catholiques.
La surprise augmenta quand on vit un autre tory remplacer le docteur Kyle, comme prévôt du collège déjà nommé; puis M. Blackburne, avocat habile, politique madré, promu aux fonctions abandonnées par M. Joy. M. Blackbume) tory par ses relations et par ses préjugés, ne pouvait se recommander à une administration v^hig que parune complaisance et une souplesse fréquemment mises à l'épreuve.
H. Orampton, nommé solicitot* gênerai y était un avocat estimé, un teetotalter^ fervent, mais un politique faible et
* On appelle ainsi les adeptes de la relig^ion de l'eau pure^ prê* cbée par le père Mathews.
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tiède comme sa boisson favorite. Aussi, quoique whig, sa nomination ne fit pas oublier celles de HM. Joy, Doberty, Blackburne etKyle.
Le barreau catholique n*eut pour sa part, dans ces nou* velles distributions d'emplois, que deux promotions secon* daires : celles de M OXoghleii comme sergeant at lawt et de M. Woulfe comme procureur de la Couronne (Crown prosectUor) dans le circuit de Munster.