II
(h l'hemmt'i violont écho dos innximi^sprocUmèt^s (\lft iri« buno do Ia Cottvonibn. Rntlni *— il fout blc^n rt^iUivr dans le dôittttlno dt^ In poèaUi, — CoWridgo, Southojs Wm^?<» woHh, propngnlmtrs don doclrinos de Godwtn» (\itvnt, ))t)ur uu imnpâ, profoudém^nt imbus dds principes dt\nuw craliquos.
Ce mouvtmt^nt do» esprits, excosslf ot prèuiaiunS servit à fortider les institutions battues on brèche, A ruilter lest diverses fVnctions du torysnm, ft pousser TÂngleterrr parmi les puissanees coalisées contre nous. Les exagérations do Thomas Payno ont certainement foeUitù la lAolio de Pitt. Les (JorrfoH-Heif*, les déclamations de Homo- Tooke, les émeutes an milieu desquelles George Itl MIHt périr» ont pcut-ôtre conservé le trône où la reine Victorin est si paisiblement assise.
Toutefois on se tromperait grossièrement, si Ton pouvait croire que la réaction oligarchique et religieuse, provoquée par les excès de la nèvolution française et de ses adeptes, IV^t une oeuvre déAnitive. Le levain philosophique fernuMita ches les Anglais à partir de leurs guerres de religion, et depuis lors, à toutes les époques, même les plus tranquilles, on retrouve, au deh\ du détroit, des nivelenrs, des nnllp^ms. Lu lignée des Sydney et deti Ohutoner ne s'est pas éteinte,
De nos jours encore, elle a ses représentants, plus nombreux qu'on ne le croirait.
Au comnmncement du siècle, elle se ralliait autour do Locke et de Voltaire, de Godwin et dUelvétius, de lluuu> et de Volney» Shelley, encore sur les bancs d'Oxfortl, accepta les théorit^s d(» ces libres penseurs, et se prouîlt , avec toute la ferveur tle son Age, avec la ^incérité de aon cnractéiv, qu'il vouerait sa vie A ranVanchissement du gi^nre humain, son génie aux progrès de la lumière philo-
PERGT BYSSHE SHELLEY. 147
saphique. Éminemment religieux par nature, il s'ordonna prêtre de la liaison et de la Liberté, culte périlleux de tout temps, et dont^il acceptait les dangers avec une héroïque ambition, une soif de martyre qui, toujours admirable, n'était déjà plus comprise à l'époque où il vécut.
Cette éducation philosophique, — fort incomplète du reste, — peut se raconter en quelques mots. Locke, Hume, elle Système de la nature avaient ébranlé, pour ne pas dire détruit, toutes les croyances religieuses de Sheliey. Platon lui donna les bases d une foi nouvelle qui les remplaça dans son esprit, foi singulière dont l'un des premiers articles fut le dogme de la Préexistence, suffisamment justifié aux yeux du poète par les phénomènes presque inexplicables de son imagination sans cesse galvanisée.
On se rappelle ce conte intitulé Louis Lambert j où l'un de nos plus profonds romanciers s'est complu & décrire l'organisation exceptionnelle d'une sorte de voyant séraphique. Il semble que ce récit ait été inspiré par quelque portrait de Sheliey.
Visions extatiques, susceptibilités particuhères, amour effréné du rêve, horreur innée de l'action, malheurs de collège, soif de l'infini, débauche précoce de l'intelligence, violente aspiration versTamour, on retrouve dans le conte tous les traits singuliers de la vie du poète, tous, — jusqu'aux accès de catalepsie.
M. Hedwin raconte qu'un matin, sortant d'une maison où ils logeaient tous deux, il trouva, sur un trottoir, le long d'une de ces grilles qui se hérissent devant toutes les maisons de Londres, un groupe d'enfants attroupés autour d'un gentleman étendu à terre. Ce gentleman était Sheliey, qui, sans le savoir, avait passé la nuit sur la voie publique, et, nonobstant sa sobriété de brahmine, se trou-
118 PERGY BYSSHE SHELLEY.
vait assimilé, par là même, aux ignobles victimes de Tintempérance.
Voici, du reste, comment Shelley lui-même a décrit quelques-unes de ces sensations bizarres qui lui faisaient envisager sa propre existence comme un tissu mystérieux de problèmes insolubles :
a Je me suis trouvé devant des sites dont Tinexplicable rapport avec des portions, à moi-môme inconnues, de ma nature intellectuelle, me causait d'irrésistibles émotions. Après avoir rencontré un tableau de ce genre, il m*est arrivé d'y songer au bout de plusieurs années. Ma mémoire s'en était emparée à jamais, sans cause apparente; il hantait ma pensée, de temps en temps, avec une sorte de ténacité qui semblait le rattacher à mes affections les plus intimes.
« Plus tard, j'ai revu les mêmes lieux.
« Mors je ne pouvais plus séparer le paysage rêvé du paysage réel; ils se confondaient pour moi dans un sentiment mixte, indivisible, n'ayant aucun rapport avec celui que le site seul, ou le seul souvenir du site, tel que je l'avais vu dans mes songes, aurait éveillé en moi.
Ce qui m'est arrivé de plus curieux en ce genre date d'Oxford : je me promenais dans les environs avec un ami, tous deux absorbés par une conversation intéressante et animée. Au détour d'une allée, un tableau jusque-là caché par les plis du terrain et par un rideau de hautes haies s'offre tout à coup à nos yeux. — Un moulin à vent, au milieu d'une prairie close de murs et entourée de plusieurs autres herbages ; — entre les murs de l'enclos et la roule que nous suivions, un terrain irréf^lier, tourmenté, aux lignes abruptes; — une longue colline basse derrière le moulin; — un rideau de nuages gris uniformément répandu sur le ciel.
«C'était le soir. Nous étions à cette saison où l'hiver commence déjà, où la dernière feuille tombe des bouleaux dépouillés.
« Rien de plus ordinaire, à coup sûr, que cet aspect, dans ses détails et dans son ensemble. Ni l'heure ni la saison n'étaient
PERGY BYSSHE SHELLEY. 140
celles qui devaient,— ce semble du moins, — déchaîner subite « ment les orages de la pensée.
« Cet assemblage insignifiant d'objets vulgaires ne pouvait faire songer qu à une paisible continuation de Tentretien commencé; à une soirée finie au coin du feu, entre quelques bouteilles de vin et quelques conserves de fruits.
« Cependant Teffet produit sur moi fut immense et prompt comme la foudre. Je me rappelai avoir vu, — en rêve et bien longtemps auparavant,— ce site, exactement reproduit. Le frisson me prit; une sorte d'horreur s'empara de moi... — Je dus quitter aussitôt la place *. »
Il est temps de voir comment Shelley engagea contre les croyances de son temps et les institutions de son pays une guerre implacable.
V Athéisme nécessaire ', tel était le titre d'un pamphlet qui mit en rumeur la très-anglicane et très-fidèle université où Shelley n'avait pu être admis qu'en jurant les Trente-neuf articles, garants et boulevards de la religion dominante*. îl avait été composé sous l'influencé trèsévidente des livres dont Shelley faisait, depuis quelque temps, le sujet de ses études. Les Essais de Godwin, le Système du monde de Laplace, les Rapports de Cabanis, les Lettres de Bailly à Voltaire, les Traités éthiques de Bacon, la théologie de Spinosa, Pline, Condorcet, Cuvier, Newton, et bien d'autres encore, étaient mis en réquisition
* k ce passage de Shelley sa femme a ajouté la note suivante : < Ce fragment fut écrit en 1815 ; je me rappelle qu'après l'avoir jeté sur le papier Shelley se réfugia vers moi, pâle, agité, tremblant, pour échapper, en causant d'autre chose, aux émotions inséparable s de ce souvenir, i»
» The Necessity ofatheism.
' On se rappelle peut-être la mauvaise plaisanterie de Théodore Hook, à propos de ce serment.
150 PERGY BYSSHG SHELLEY.
par le jeune étudiant pour étayer ses assertions et justifier l*audace, — nous ne dirons pas la nouveauté, — de ses démonstrations irréligieuses. C'était une thèse en forme contre Texistence de Dieu (en tant que divinité créatrice et cause première), contre le Cliristianisme, contre les Prophéties, les miracles, rauthenticité des Livres saints; un appel sans détour à la raison, au bon sens, contre les apparentes inconséquences de la tradition biblique ; en un mot, le résumé de tout ce qui s*était écrit de plus violent, de plus décisif contre le culte établi.
Un manifeste de ce genre, chez un homme dont les opinions sont formées, et qui leur donne Tautoritè du talent, peut,— jusqu*à certain point,— éveiller l'attenlion d'un gouvernement en partie fondé sur le respect d'un culte quelconque. En est-il de môme lorsqu'un écolier surchargé d'une érudition malsaine, séduit par la nouveauté spécieuse et brillante de quelques théories prohibées, vient se poser, lui chétif, en face des siècles, do l'histoire et de Dieu, pour démentir et nier, sur la parole d'autrui, tout ce qu'on croit, tout ce qu'on enseigne? Est-il juste, est-il prudent de prendre au sérieux ces équipées d'un philosophe injberbo ? Ne lui doit-on' pas bien plutôt 1 indulgent dédain^ la pitié railleuse, le plus poignant et le plus sûr châtiment des témérités avortées, des entreprises infailliblement inutiles ?
T/université d'Oxford n'en jugea point ainsi.
Pour quelques pages sans portée, pour une méchante compilation qu'il était très-permis de regarder comme non avenue, deux jeunes gens d une distinction d'esprit incontestable furent expulsés d'Oxford, et jetés dans le monde avec l'orgueilleux sentiment de leur force agressive *.
* Le collaborateur, \q complice de Shelley était M. Ilogg.
PEÎICY BYSSHE SHELLEY. 151
Shelley, qui, livré à lui-même, aurait sûrement désavoué plus tard cette boutade juvénile, se dit qu'on n'aurait point mis son livre à l'index si on avait pu le réfuter aisément, et qu'on ne l'aurait point chassé d'Oxford si sa présence et ses doctrines n'avaient intimidé le sénat universitaire. Cette illusion le flattait, et faillit le pousser dans la voie des prédications humanitaires.
Ses griefs ne l'avaient pas converti à la misanthropie ; sa haute et bienveillante nature se refusait à rendre le genre humain responsable des injustices commises par quelques hommes; théorie malsaine, desséchante, stérile, qu'il laissait à lord Byron. Le rôle de réformateur le tentait par-dessus tous les autres. Ne voulut-il pas, un moment, monter en chaire, et porter de tous côtés la parole de vie?
Il y avait alors un excellent et digne homme, — Rowland-Hill était son nom, — qui, pour répandre les doctrines du Méthodisme, avait renoncé à tous les avantages du rang et de la fortune. IjCS auditeurs se pressaient en foule dans la chapelle où il enseignait. Shelley y fut entraîné par hasard. Le lendemain, il écrivit au pieux missionnaire pour lui demander le droit de porter la parole devant la petite congrégation. Sa lettre demeura sans réponse, et ne méritait pas mieux.
Cette démarche inconsidérée nous indique un jeune homme livré à lui-même, sans guides, sans amis sérieux, sans conseils écoutés. En effet, Shelley menait alors à Londres, et loin de son père mortellement offensé, la vie de l'étudiant oisif. Ses journées se passaient en longues divagations, en rêveries maladives, dont il notait scrupuleusement, sur un carnet à part, les angoisses et les plaisirs. Quand il pouvait s'astreindre à quelque travail, il s'occupait exclusivement de propager les doctrines les phispro-
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près, selon lui, à émanciper rhumanitë, mal à propos mise en tutelle.
Il reprit un poème commencé depuis longtemps, ~ la Reine Mahy — lui donna lentement sa forme définitive, y joignit, comme notes, son essai sur la Nécessité de Vathéisjney et fit imprimer le tout. Cependant, — par un calcul de prudence que l'avidité d'un libraire devait plus tard déjouer, — ce livre ne fut pas d'abord livré au public, mais simplement distribué à quelques amis.
Nous pensons que Shelley obéit, en ceci, plutôt à la crainte d'irriter de nouveau son père qu'à toute autre considération personnelle. Son malheureux conflit avec Tuniversité 1* avait brouillé avec sa famille. Il avait dû cesser toute correspondance avec miss Grove, et renoncer à Tespoir si longtemps caressé de l'associer à sa destinée. Elle lui avait elle-même déclaré, non sans émotion, que m leur hymen était devenu impossible. » Il y avait là de quoi faire réfléchir, même Shelley, sur les conséquences de sa chevaleresque prise d'armes.
A seize ans, — et rappelons-nous qu'il n'avait pas alors plus de seize ans, — les peines d'amour sont rarement inconsolables. Le hasard mit Shelley en rapport avec une jeune fille, poète comme lui, comme lui troublée dans sa foi par l'élude des problèmes métaphysiques. Une merveilleuse précocité intellectuelle lui promettait le rang qu'elle a obtenu depuis parmi les écrivains de son sexe et de son temps. De plus, elle était gracieuse, simple, et douce comme il semble que toute femme-poète devrait l'être.
Shelley s'éprit de sentaient, de son heureux naturel, de l'ensemble idéal qu'elle offrait à son imagination ravie. Fëlicia Brown, à son tour, s'étunna de cette existence déjà persécutée; elle subit l'ascendant de cette can-
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deur enthousiaste, de ce scepticisme ardent; de ce zèle blasphématoire, qui donnaient à la jeunesse de Shelley un caractère si singulier. Il reprit avec elle, comme un rêve interrompu, la correspondance que les parents de miss Grove avaient interdite à leur fille.
Ce fut d* abord une controverse littéraire et religieuse. Nous ne saurions dire, et personne n'a su si, par la suite, de moins graves sujets y furent traités. Il est certain seulement que Shelley prêchait à sa jeune ^ie la philosophie à demi panthéiste, à demi sceptique, dont il s'était fait le disciple, et que, — pour ce motif sans doute, — on jugea convenable de mettre fin à ce commerce de lettres, moins extraordinaire en Angleterre qu'il ne le paraîtrait chez nous.
Les poètes en général, — les femmes-poètes en particulier, — sont, comme le disait Shelley lui-même, une race de caméléons sujets à prendre, selon les circonstances, mille couleurs étrangères. L'influence de Shelley survécut longtemps, néanmoins, à la rupture de ses relations avec celle qui était devenue mistriss Félicia Hemans. Plusieurs réminiscences involontaires — relevées avec soin par les critiques — attestent chez elle cette espèce d'asservissement, ou, si l'on veut, de fidèle et docile admiration, qu'expliquent la souplesse ingénieuse, la délicatesse du talent de mistriss Hemans, et l'indépendance, la force initiative qui caractérisent l'esprit de Shelley*.
Un mariage mal assorti allait clore la jeunesse désastreuse et tourmentée du poète.
Conséquent avec lui-même, ce négateur intrépide ne se
* De tous les poèmes de mistriss Hemans, le Sceptique est celui où le panthéisme de Shelley se retrouve le plus fortement empreint.
iH PERGY BTSSHE SHELLEY.
soumettait à aucune autorité» ne reculait devant aucune de ses inspirations. En allant voir «a sœur, dans un pensionnat aux environs de Londres, il aperçoit au jardin, parmi les fleurs, une de ses compagnes, belle blonde de seize ans, au front candide, aux yeux bleus et tendres. Frappé de cette beauté angéliquc, il s'abandonne aussitôt au charme qui Tattire. Sa sœur se prèle à nouer une correspondance entre lui et miss Westbrook, dont le prè* nom, Ilarriet, — le môme que celui de miss Grove, — était à la fois un remords et un charme de plus. En quelques semaines, le roman fit de rapides progrès. La jeune pensionnaire se disait victime de la tyrannie paternelle ; elle acceptait, elle appelait un libérateur. Shelley, qui voyait tout à travers le prisme singulier de son imagination, n'hésita pas à prendre Tbétel garni de M. Westbrook pour un de ces châteaux du Moyen &ge où gémissaient les damoiselles èplorèes, H. Westbrook lui-même» honnête landlardt pour un farouche tyran. 11 se prêta donc au désir de la charmante Harriet, qui voulait être enlevée, et courut l'épouser par-devant le forgeron classique de Gretna-Green.
Il avait alors dix-neuf ans, et, selon les récits les plus authentiques, n'aurait pas vu sa prétendue plus de six fois.
On sait ce que deviennent, d'ordinaire, les mariages conclus sous de pareils auspices. Celui de Shelley ne fit pas exception à la régie. Le jeune couple, soutenu pendant quelque temps par un oncle de Shelley, vieux marin, héros de Trafalgar et ami de Nelson, essaya de la vie des champs; mais la chaumière où ces deux enfants allèrent abriter ce qu'ils avaient pris pour de l'amour était louée ù raison de trente shdlings la semaine. Le capitaine Pilford ne pouvait pas subventionner régulièrement le mé-
PERCY BYSSHE SHELLEY. 155
nage de son neveu. Sir Timothy Shelley, — peu flatté de voir son fils allié à une façon d'aubergiste, — avait supprimé, irrévocablement' supprimé, la pension de 200 € (5,000 fr.) qui avait été jusqu'alors l'unique ressource du jeune étudiant. Il fallut donc vivre d'emprunts, engager son avenir à des usuriers, et encore n'étaient-ce là que des moyens précaires, une existence de troubles et d'angoisses, au sein de laquelle périt bientôt Tenthousiasme passager que mistriss Shelley avait inspiré à son époux.
Après deux ans de vagabondage et de misère, les deux jeunes gens s'aperçurent , un beau jour, qu'ils avaient aventuré, sur la plus incertaine de toutes les chances, le bonheur de toute leur vie.
Deux enfants leur étaient nés ; mais ceS liens même ne suffirent pas à leur faire accepter le supplice toujours croissant d'un hymen sans amour.
D'un commun accord, ils revinrent à Londres chez le beau-père du poète, qui dut être passablement surpris, sinon de ce retour, au moins des paroles de Shelley, telles que les rapporte un de ses nombreux biographes :
« ... Il dit au père et à la sœur aînée de mistriss Shelley que sa femme et lui ne s'étaient jamais aimés; que traîner plus longtemps leur pesante chaîne serait prolonger inutilement des tortures insupportables ; que, ne pouvant légalement dénouer le nœud gordien, ils avaient résolu de le couper ; que lui (Shelley) souhaitait à sa femme toute espèce de bonheur, et qu'il était décidé à chercher le sien dans de nouvelles sympathies. »
Cette profession de foi donne une très-juste idée de la loyauté inopportune, de l'indomptable franchise que Shelley portait dans toutes ses actions. Faire sans dtr^ n'était pas une maxime à son usage. Rassuré par la droiture de ses intentions, il n'agissait jamais sans revendiquer hau-
l&O PEnCY BYSSIIK SHELLKY.
tement, pour ses inapirations los plus oxcentriquos, lo bénéfice d'une légilimilé absolue, quitte & ressentir tout aussi Vivement que personne les fatales conséquences d'une conduite si peu en harmonie avec los idées reçues.
Ainsip trois ans après ce divorce extra-légal, lorsqu'on \intlui apprendre que sa jeune femme, consumée par le chagrin, venait de mettre fln é ses jours, il se regarda conune responsable de ce suicide ; — et sa débile santé M ébranlée par les reutords que lui laissa un si fatal événement.
K peine remis, Shelley crut devoir réclamer la tutelle do ses enfants ; mais cette réclomation ramenait devant les tribunaux, où raristocralie, tant de fois attaqucie par lui, Tutlendait dans la personne de lord lildon, bon courtisan, tory violent sous des formes impassibles, et l'un des lords-chanceliers qui se sont montrés le plus hostiles à la presse radicale.
I/arrôt par lequel il repoussa la requête de Sholley était une terrible réponse aux exagérations républicaines de la lUnnô Mab.
Avec la sagacité propre aux gens de loi, lord Eldon, en cet arrêt, n'insiste pas autant sur la conduite même du poôte que sur son obstination ù ériger en principes l'immoralité dont il a fait preuve. On voit que les théories plus que les faits, les doctrines plus que les diMits, ont éveillé la susceptibilité du sévère magistrat. Il frappe récrivain dans le père, et ne veut pas, é cet égard, laisser le moindre doute sur ses intentions. Aussi cherche-t-on vainement dans une décison pareille le sentiment vrai de l'équité.
La décision de lord Eldon laissa un long ressentiment dans le cœur deShelley ^
t Go reMotUlmenl si ItJgltime en Indlrociomont exprimé dnnt lu
PERCY BYSSHE SHELLEY. 157
Ce qu'il avait formellement annoncé à son beau-père s*était réalisé de point en point. Séparé de sa femme, il avait cherché a d'autres sympathies» » et, un an après, en 1814, profitant de ce que la paix rouvrait aux Anglais les routes du continent, il était parti pour la Suisse avec celle qui, plus tard, devint sa seconde femme.
Ne nous étonnons pas trop qu'il ait trouvé, dans de telles circonstances, une compagne décidée à le suivre. Nous verrons plus tard que son génie et ses malheurs lui méritèrent, à la même époque, des sacrifices encore plus romanesques.
Fille de Godwin et de Mary Wolstonecraft, — celle-là même qui avait proclamé les droits de la femme alors que Thomas Payne revendiquait les droits de V homme, — Maîry Godwin, son roman de Frankenstein en Mi foi, était, par la hardiesse de son caractère et de ses opinions, au niveau de sa famille et de Shelley.
Une autre jeune fille, belle-sœur de Mary Godwin, accompagnait le couple aventureux.
Ce premier voyage fut une expédition de bohémiens, romanesque, décousue, improbable, suspecte, qui rappelle les pèlerinages de Rousseau et de Thérèse Vasseur. Ici, de prétendus espions effrayent les jeunes vagabonds ; ailleurs, on leur escamote leurs malles. L'argent manque. Il faut continuera route à pied. Ils partent ainsi de Paris, après avoir fait emplette d'un âne pour porter le reste de leurs bagages. A laChapelle-Saint-Denis, l'âne du Marchéaux-Herbes refuse d'aller plus loin ; une mule se trouve là, tout à point, pour le remplacer. Chemin faisant, un enfant survient à ces deux philosophes mariés, toujours
conte intitulé RasaUnd and Helen. Un époux cruel cherche à priver sa veuve des enfants qu'il lui laisse, et son testament les lui retire, sous le faux prétexte qu'elle ne croit pas aux dogmes (^retiens, n. • 14
m rKucY nysBHK shkliky.
comme Uouaeau et Thérèse, a à la face du ciel, par une belle motinée de printemps. » lU retournent en Angleterre, puis reparient encore, et, cette foia, vlaltentGenève, Cômc, Venise,
Nous les retrouvons A OatU, où leur parvient, en 1 810, la nouvelle du triste suicide qui affranchissait Shelley. Ni lui cependant, ni sa maîtresse, ne songeaient à cimenter leur union volontaire ; mais il était dans la destinée de cet ennemi du mariage d'être deux fois marié. Son père sut le décider A ce second liymen.
Un autre partisan du « libre amour i hasarda dereprocher cette inconséquence A son coreligionnaire. C'était un certain sir Thomas Lawrence, chevalier de Malte, et auteur d'une méchante utopie en quatre volumes, VEm* pire des Nai'râ» Sholley lui répondit en rejetant mfauie sur l'état do la société, qui, par ses injustes persécute tiens, fait du séducteur une sorte d'assassin moral, bu reste, il donnait les mains, et de tout cœur, aux anathèmes de sir T. Lawrence contre le mariage, source évidente de ndlle maux.
I^a Heine Mab n'avait pas été publiée. La Hévolte d'/Wam, composée A (ireat*Marlow, pendant le dernier séjour da Shelley en Angleterre (1810-17), fut donc le véritable début du jeune écrivain.
Dans l'Avant-propos, il prit soin de protester conlro toute assimilation de sa poésie avec celle « de ses plus illustres contemporains. » Par lA sans doute il désignait Byron, avec lequel la tendance de ses idées risquait de le confondre. Il ajoutait, faisant allusion usa vie Jusqu'alors si agitée :
• Il exiHte une (éducation poétique ttnns laipielle le génie el la sensibilité peuvent malaisément développer toutes leurs ressoui^*
PERGY BYSSHE SHELLEY. 159
ces... Cette éducation, les accidents dénia vie me Tont procurée.
Dès mon enfance j'ai vécu au sein des montagnes, parmi les lacs, en face de la mer, dans les forêts solitaires. Le danger, cfui se plaît au bord des abîmes, fut mon compagnon de jeux. J'ai foulé les glaciers des Alpes, et vécu sous le regard du Mont- Blanc.
J'ai parcouru, voyageur errant, les pays lointains. J*ai descendu le cours des grands fleuves. De la barque où je passais les jours et les nuits, j'ai vu se lever et se coucher le soleil, et les étoiles s'allumer au ciel. Dans les cités populeuses, j'ai suivi les mouvements passionnés de la foule inconstante. Je suis passé sur le sol que la tyrannie et la guerre venaient de ravager, parmi des villes et des hameaux incendiés, où la misère affamée étalait sa nudité sur les ruines des murs noircis.
J'ai conversé avec le génie vivant.
La poésie grecque, celle des Romains et celle de mon pays ont eu pour moi le même attrait, les mêmes révélations que la nature elle-même.
Telles sont les sources où j'ai puisé.
Ce séjour de Shelley en Angleterre, nous l'avons dit, fut le dernier. Après la terrible sentence qui le privait de ses enfants, nous le voyons quitter pour jamais son pays en 1817.
Nous le retrouvons 5 Rome, où il écrit sa tragédie des Cenciy Julien et Maddalo^ et Prométhée déchaîné * ; — puis à Naples, d'où est daté le poëme i^Hélène et Rosalinde: — à Pise, où fut composé un drame lyrique inspiré par la révolution grecque; — à Livourne, à Florence, mais avant tout à Genève, où il passa trois mois avec lord Byron et le docteur Polidori, l'auteur du Vampire.
* Prometheus unbound. — Who wiil bindit? demandait Campbell, peu favorable à Sbeliey
160 PSRCY BYSSIIfi SlIKllKY.
Il y avtil, entre Byron et Shelley,oofnmunautè didèes, communauté de malheurs* Leurs eimemis étaient les mêmes. Us avaient tous deux rompu des liens formés sans réflexion, tous deux attaqué les lois et la religion de leur pays, tous deux subi les dédains par lesquels la société se venge de qui la maudit, l^e n)éme exil volontaire les rassemblait sur les mêmes bords. Us s'y retrouvaient avec les n)èmes instincts pratiques, les mêmes admirations, les mêmes conditions de vie.
Nous avons dit qu*une jeune parente accompagnait les Shelley.
, Elle était belle et spirituelle ;* ses cheveux et ses yeux noirs la faisaient prendre partout pour une Italienne. Elle avait un moment songé à monter sur la scène, et de là nous pouvons conclure qu'elle avait, elle aussi, profité des leçons de Mary Wolstouecran ; saint-simonienne avant Saint-Simon.
Byron, qu'elle connaissait d^i» — car elle s'était adi'essée i lui pour entrer à Brury-Lane, alors qu'il était mêlé i la direction de ce théâtre, — ne la i^etrouva pas impunément aupi^s de ses nouveaux amis. A l'insu de Slielley et de sa femme, — à qui les pieux critiques des fv»i>H^£ tories ne manquèrent pas d'attribuer dans cette intrigue un râle infime, — il devint Tamaut de miss C...» qui, l'année suivante, luidomiaune fille, nonunée Allegra, par souvenir de Mont-Allègre (|)rés de Ueuéve), où leurs relations avaient commencé*
A ce propos, une difTérence nous Drappe, entre lord Byron et Shelley. Ce dernier est bien autrement hardi dans ses écrits, bien autrement réservé dans sa conduite. Ce n*est pas lui, — tout sceptique, tout partisan qu'il est d'une liberté presque illimitée,— ce n'est pas lui qui aurait aussi légèrement consommé mie séduction comme oeUe
PERCY BYSSHE SHELLEY. 461
dont nous venons de parler. Ce n'est pas hii qui aurait, après quelques mois, abandonné pour jamais la victime de ses caprices. Il avait Tesprit faux, mais non le cœur gâté. Le relâchement de ses principes venait de la direction malheureuse qu'on avait laissé prendre à ses études ; mais le matérialisme pratique, la débauche, Fendurcissement égoïste qu'elle engendre toujours, il ne pouvait pas même les comprendre.
Ses désordres, à lui, étaient ceux d'une pure intelligence tourmentée par d'inextinguibles désirs ; ses enivrements, il les demandait à l'extase poétique, aux longues veilles studieuses, à ces excès de lecture qui ont, eux aussi, leur fièvre visionnaire, leur exaltation factice, suivies d'un profond dégoût, d'un accablement douloureux.
Le poète, en lui, ne reculait devant aucune audace; l'homme observait strictement, dans sa vie, des convenances qu'il jugeait sans doute bien futiles. Le premier avait esquissé une Vie de Jésns^ plus antichrétienne que celles de Strauss ou de Paulus ; le second ne se serait pas permis un blasphème : et, tandis que l'un, non content de nier que la fidélité conjugale fût une vertu, tentait de l'assimiler au vice, l'autre ne prononçait jamais une parole qui pût faire rougir la femme la plus réservée.
On ne peut pas, — avec quelque sévérité qu'on le juge d'ailleurs, — se figurer Shelley à Venise, ayant pour maîtresse une grossière contadine, belle de sa jeunesse impétueuse, qui veut le battre, l'appelle gran cane délia Madonnûy et fait scandale autour de son palais. Ces vulgaires désordres le révoltaient chez son ami, lord Byron, et ne convenaient nullement à son ascétisme impie.
On eût dit Saint-Just dégoûté par les orgies de Danton.
Une fois qu'il est uni à une femme, son égale par le cœur et Tesprit, une fois sa vie bien assise et bien réglée,
162 PERGY BYSSHE SHELLEY.
VOUS ne surprendrez plus dans son existence, — à coup sûr très-peu mystérieuse, — une seule action qui mérite le blâme.
Est-elle donc calmée, cette soif ardente de Tidéal? Non, sans doute; mais elle se transforme et cherche de plus pures sources. Plus un seul vers qui traduise mémo un vœu d'inconstance, ou le pressentiment d'une flamme nouvelle.
Une seule fois, il adresse la parole à une beauté inconnue, et voici ce que lui dicte son admiration pour elle.
II est un mot trop souvent profané — pour que je le profane h mon tour» — un sentiment que trop de femmes affectent do dédaigner — pour que vous le dédaigniez comme elles*
Il est une espérance trop semblable au désespoir ^ pour que la prudence ordonne de rétoulTer. — Et la pitié que vous pouvez accorder — vaut mieux pour moi que la pilié d'une outre.
Je ne puis vous clonner ce que les hommes appellent amour; —mais n'accepterez-vous pas ce culte émané du cœur, —dont le ciel ne repousse pas les parftims, — cet humble désir du phalène pour rétoile scintillante. — de la nuit pour faurore, — la dévotion h quelque idole lointaine — qui d'en haut sourit ft nos douleurs * ?
Une conjecture est permise au sujet de ces vers harmonieux et touchants.
Lorsque Shelley allait quitter pour la première fois TAnglelerre, en 1814, il reçut les vœux d'une femme que
* Ono yforé is loo ofton profancd, elc.
PERGY BYSSHE SHELLEY. 163
h lecture de la Reine Mab avait enthousiasmée. Belle, jeune, riche, alliée à de nobles familles, mariée depuis quelques années à peine, elle venait ofTrir au poète le sacrifice de tous les liens qui la retenaient dans le monde, et le dévouement absolu d'une âme qui se donnait à lui.
Touché d'une profonde reconnaissance, — mais inca*^ pable de trahir les serments qu'une autre avait déjà reçus,— Shelley dut prononcer un refus qu'il adoucit autant qu'il était en lui, et qui le rendit plus cher à celle dont il brisait la suprême espérance.
Elle ne se permit ni plaintes ni reproches; — mais, quand il partit, elle partit.
Shelley n'avait pas cru devoir lui cacher son itinéraire. Partout elle suivit sa trace adorée. Du haut des rochers de Heillerie, — Meillerie, nom fécond en doux et romanesques souvenirs, — elle guettait la barque où Shelley et sa compagne erraient ensemble sur le lac Léman. Elle fut peut-être témoin de cette tempête où faillirent périr en même temps l'auteur de la Reine Mab et celui de Manfred.
Quand le poète revint en Angleterre, il cessa d'entrevoir de temps à autre cet ange gardien qui de haut et de loin planait sur sa vie. Il se crut oublié : — c'était un blasphème.
Son second voyage dissipa cette erreur. A Rome, à Naples, il retrouva la tendresse obstinée, l'infatigable amour de celle qui, sans espoir, lui consacrait sa vie. Un dieu seul pourrait accepter, impassible, un hommage si pur, un encens si rare. Shelley se sentit ému^ Cédant à
*■ On lit, à chaque page de ses derniers poèmes, des allusions indirectes à ces mystérieuses sympathies qui enchaînent les femmes
m pkhcy byssmk shkuky.
un Uiin de géiièreme symp^tthie, il voulnl revoir eette douce et ehanumile violinie de la fiiseinnUo» poétique.
Une rencontre leur Ait mèuKgèe, à Tinsu de misirb» Shelley, -- sans doute pi^r quelque belle nuit ètoilée» tur les flots voluptueux qui baigneut lour à tour Sorrente et Capri» — peut^èti'e aussi sous les ombrages de CasteUamare^ dans ses vallées abritées du soleil» <— et ce dut être un touchant récit que celui de la pèlerine d'a« nmur» racontant ses voyages mystérieux» sa surveillanee invisible.
Peu de temps aprét» cette entrevue» comme pour laisser k ce drame si simple toute sa grandeur» toute sa pureté» la mort vint le doi'e par un dénoùment provi^ denUel,
La belle inconnue disparut de ce monde» pour lequel certainement elle n'était pas l^ite, et où elle était sârt\ désormais, délaisser un souvenir atte))dri«
On sait mainte^iant, à n'en pouvoir douter> que les stances éci^ites à Naples, au mois de déceiubre 1818» — elles porteiUrempreintedunemélancolieprofonde ^^ lurent inspirées à Slielley par le trouble où le jetaient deux sentintents contradictoires ; son altection pour mi^
sux i^as ilu {M>^(o, Voyt>«» Umi$ ÀMw, ï^^^s&à» û^ t» Vier^ ar^Ue» et e<i>s YtM^ eltariuftutii qui cMi^j^ètt^nl «^ \^n»^ i
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Voir aussi les vei^ hUit\)U^ ^ Swr¥m fMHfi^ /MHi^s
PËRGY fiYSSlIE SIIELLEY. 165
triss Shelley et sa reconnaissance presque passionnée pour la tendresse dont une autre femme l'entourait depuis si longtemps. Sommes-nous donc trop présomptueux en attribuant à cette dernière Fhommage respectueux et pénétré dont nous parlions tout à l'heure?
A l'époque où ce souvanir nous reporte, la fortune, d'abord si sévère pour le poète, avait enfin cessé de le per* sécuter. La mort de son grand-père,— et Tobscurité favorable d'une clause de substitution qui pouvait fournir matière à de longs procès, —amenèrent le père de Shelley à modifier la rigueur de ses premières décisions. Une pension de 800 £ (20,000 fr.) assura l'indépendance du jeune ménage : sur cette terre d'Italie, oîi Dieu n'a pas mis à haut prix le droit de vivre heureux, elle lui donnait tous les loisirs de Tesprit, toutes les joies de la bienfaisance.
En première ligne, parmi les plaisirs de Shelley, était la satisfaction de ce^oût inné pour la navigation qui lui avait déjà fait courir tant de dangers et devait lui coûter la vie. Dès l'enfance, il avait manifesté cet instinct tout britannique, et passait des journées entières sur les étangs paternels. Â Oxford, il lançait sur l'Isis des flottilles de papier. Un jour, à Londres, sur cette petite rivière qui serpente le long de Hyde-Park, on l'avait vu, à défaut de matériaux moins coûteux, fabriquer une chaloupe avec un billet de banque.
Plus tard, il descend le Rhin sur un de ces grands radeaux manœuvres par trois cents rameurs, bourgades flottantes qui portent à la Hollande ses bois, à l'Angleterre ses vins, et sur lesquelles voyagent des populations entières. . ,
Une fois, auprès de Tile de Han, une autre fois entre Douvres et Calais, en mer, sur des barques non pontées, il avait failli périr.
im PRIVCY n\Î^SHR SÎIRUKY,
A MoilUAUègre, il passait des nuita entières sur le ke.
Une de ses poésies nous le montre navigusni à grand' peine sur les flots sablonneux duSerohio, et s'arrdtant au pied de la verte eolline,
Whosa intecveniug hiH)w Soreens Lwcca ù^oni thoPiwu'» ©nvious eye *»
Mus tard enfin, fixô sur U>s bords du golfe de la Spexuia» où Tavait aooonipagné un autre « auiaui do la nu>r, » ils y ontivtiennent , à ù'ais eoinuumsi une grande barque» grèiNe en seltooner» et que montait aveo eux un a^ateloi exercé» Cette ehaloupe avait étà oonstruite À Génesi tout expias pour Sheiley, dont elle était devenue le jouet ravori, en attendant Theure marquée où par elle il devait périr,
I^igh Nunts engagé aveo loixi Byron et Shelley dans la publication du tibiH'«i(,-- entreprise umlhourense que ces trois petites ne suiH^nt jamais rendi>e populaire, — vint, au mois de juin i89S| visiter ses deux illustres collabo* rateurs.
A peine la nouvelle de son arrivée à IJvourne parvint«olle «\ Shelley, que celui-ci mil à la voile pour aller au«devant de son hâte bienvenu.
La traversée n^ètait ni longue ni diltleile, car, partis de Yilla-Magni le SO juin, à midi, MM. Shelley et William étaient rendus A Livourne le soir même, sans le moindi\> péril évité.
Une indivsposition avait l'etenu mistriss Shelley, qui, sans cela, devait être du voyage.
Le lundi 8 juillet, -« après une semaine donnée aux
« TfH>fml <iN /M .Vfd^^, Juillet iSlt.
PERCYBYSSHE SHELLEY. 167
épanchements de Tamitié, — Shelley et M. William, avec le matelot Vivian, qui complétait l'équipage delà chaloupe, reprennent la mer pour revenir à Yilla-Magni. La brise était légère et favorable. Trelawney, Taventureux camarade de lord Byron, voulait les escorter sur le schooner le Bolivar, frété par Fauteur du Corsaire^ et dignement commandé par celui des Mémoires d'un Cadet ; mais quelques chicanes de douaniers arrêtent le Bolivfiry et Tembarcation de Shelley gagne seule le large.
Déjà, selon le récit de Trelav^ney, l'horizon se chargeait de sombres nuages. La barque s'effaça dans ces brumes épaisses, qui faisaient présager une tempête plus ou moins prochaine.
Une demi-heure après, l'ouragan éclatait, soudain et terrible.
Toute la Méditerranée en fut ébranlée. Le capitaine Medwin, — qui naviguait alors de Naples à Gènes, et que cet épouvantable sirocco surprit en vue de cette dernière ville, — comparcles vapeurs sulfureuses qui voilaient le ciel à celles que la mine ou le volcan exhalent après l'explosion des feux souterrains. Les vagues semblaient noircir sous l'haleine empestée du vent ; une pluie lourde tombait à flots ; la foudre grondait, et de temps en temps vomissait une cascade enflammée sur la mer soulevée et mugissante.
Ce brusque désordre ne dura pas plus d'une heure.
Au moment où il commençait, le capitaine Medwin nous raconte que, resté sur le pont de son bâtiment et contemplant les splendides horreurs dont il était entouré, il vit passer, sous le vent, une embarcation dont le grée* ment inusité, la voile latine, la forme à part, lui semblaient indiquer un de ces bateaux de plaisance (pleasureboats) que les Anglais se donnent si volontiers sur toutes
108 TEHCY BYSSIIË SHKLLEY.
les mers du globe. Cette embarcation avait toutes ses voiles ouvertes au vent, qui ne les gonflait pas encore, mais dont une seule boulTëe emporta dans la brume le léger navire K
Trelawney) qui, pendant toute la durée de la première bourrasque, s'était cru certain de voir revenir ses amis, se retira dès que le calme fut rétabli.
La nuit fut troublée par plusieurs autres coups de vent. La foudre tomba sur un des navires en rade à Livoume» et, justement alarmés, les amis de Shclley écrivirent à Lerici,
La réponse de mistriss Shelley augmenta leurs craintes. On n*avait aucunes nouvelles des voyageurs.
Plusieurs courriers, expédiés aussitôt sur tous les points du littoral où la mer pouvait les avoir contraints à chercher un refuge, revinrent sans renseignements favorables. Dans le même temps, Trelawney, mieux guidé pai* ses souvenirs, était parti pour Viareggio.
Là, de tristes présages l'attendaient,
La mer y avait poussé plusieurs débris qui attestaient
* Il nous est impossible, en relisant ce passagrc, do ne pas songer à la beUe dcscinption de la teropôle qui emporte la baix|uc d'Alaslor :
Along the dark and ruflled waters fled The straining boat, etc.
«La bai^uc, s'eflbrçant,— courait sur les eaux sombres et tumultueuses. — Une forle rafale la précipitait, avec do brusques élaus, — t^ travers les blancs sillons de la mer écumante. — Les vagues montaient. Plus haut, et plus haut encoi^ — elles tordaient leurs tôtes altièrcs sous le fouet de l'ouragan, — comme des serpents qui se débattent dans la serre d'im vautour. — Calme et contemplant avec une sorte do joie — cette guerre des ilôts déchaînés l'mi sur l'autre... — le Poëte, assis, tenait le gouvernail d'une main ferme, » etc.
PERCYBYSSHE SHELLEY. 16Q
un naufrage, deux barils d'eau, un petit canot, etc. ; à la vérité, tout cela pouvait avoir été jeté par-dessus bord pour alléger la chaloupe dans un moment d extrême péril. La chaloupe même, — c'était du moins l'opinion générale, — avait dû, cherchant à regagner Livourne, être chassée du côté de l'île d'Elbe ou vers la Corse.
Huit jours entiers se passèrent encore dans une cruelle incertitude.
Enfin les pécheurs de Viareggio découvrirent, échoués de nuit sur la plage, deux cadavres défigurés. On ne reconnut Shelley qu'à ses vêtements, et, — circonstance ton*' chante, — au titre d'un petit volume ouvert dans la poche de sa jaquette marine. C'étaient les poésies de Keats, de ce poète mort avant l'âge, et sur la tombe duquel, peu de mois auparavant, il avait, à pleines mains, jeté les fleurs de la poésie *, inspiré, dirait-on, par le secret pressentiment que leurs cendres reposeraient dans le même champ de mort, — «à l'ombre de cette pyramide qui est le tombeau de Cestius, sous les ruines désolées des remparts qui jadis protégeaient Rome. »
C'est là, — dans le cimetière protestant de la ville des Papes,— que devaient être transportés les restes de Shelley, à qui sa destinée avait ménagé jusqu'au bout une existence poétique.
L'auteur d'Alastor avait disparu dans une tempête, comme Élie selon la tradition juive, comme Romulus selon la tradition latine ; il eut des funérailles dignes d'Homère, et le bûcher antique se ralluma pour dévorer ses os, dérobés ainsi à la corruption commune.
Le hasard en effet, — et non pas, comme cela fut dit et
* Adûttats. -^ L'élégie à laquelle nous faisons ici allusion est une des plus belles inspirations de Shelley.