‹ Originaux et beaux esprits de l'Angleterre contemporaineChapitre 5 sur 29 · VI. — northumberLand vice-roi · texte numérisé non relu

VI. — northumberLand vice-roi

En 1829-SO, l'Irlande était gouvernée par le duc de Northumberland, — un Crésus cliaritable et doux, — qui

îl U'CONNELL ET 0*CONNOR.

croyait s*èlre acquitté de sa tâche, quand il s'était montré en beaux habits, dans un riche carrosse attelé de chevaux magnifiques, à ses sujets de Dublin, et lorsque, au bout de chaque mois, il récapitulait les souscriptions publiques en tète desquelles il avait placé son nom. La duchesse était bonne et bienfaisante. Elle prodiguait ses libéralités aux associations catholiques. Le premier secrétaire, lord Leveson Gower (lord Francis Egerton), — estimé pour ses vertus, admiré comme littérateur, — ne s'était jamais fait connaître comme capacité politique, et d'ailleurs il venait à peine de débarquer en Irlande. En somme, la vice-royauté, n'inspirant guère que des sympathies privées, ne s'expo> sant à aucun blâme public, méritait à peine que Ton s'occupât de sa non-existence.

Elle avait pour conseillers H. Joy, attoimey gênerai^ el le solidtor gênerai j M. John Doherty.

Le premier, un des plus profonds jurisconsultes que les Trois Royaumes aient produits, et l'un des plus fanatiques partisans du torysme irlandais, avait le tempérament et la physionomie d'un vieux garçon inquiet et malade. L'anxiété morose qui se peignait sur ses traits, la ruse exprimée par son regard de chat, l'ensemble dyspeptique de sa personne, éloignaient la sympathie. Estime d'un petit nombre d'amis, il ne jouissait d'aucune popularité, "^mais on redoutait sa détermination froide et confiante, son esprit infatigable et plein de ressources, son caractère prudent, sa profonde étude des lois, par laquelle il s'égalait à l'élite de la magistrature anglaise.

Il était alors d'usage de faire entrer en même temps au sein du Conseil un attomey libéral et un solicUor tory, de même qu'on adjoignait toujours un secrétaire tory à un lord-lieutenant libéral, et vice versd. C'était ainsi que Joy et Goulburn avaient été nommés avec lord Wellesley et

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Plunket. Quand ce dernier passa juge et pair, Joy devint attomey generaly et les fonctions de solicitor général furent confiées à M. John Doherty.

Celui-ci, bien différent de son collègue, offrait le type accompli du beau gentleman irlandais. Sa haute taille, ses traits animés et fiers, son attitude presque martiale, lui donnaient plutôt Tair d'un colonel de dragons que d'un avocat occupé.

Aussi n'était-ce pas au barreau qu'il brillait le plus. Sans parler d'O'Connell, plusieurs de ses confrères y avaient acquis une importance supérieure à la sienne. Cependant il devait à la grâce de ses manières, à l'élégance de sa parole, à ses connaissances classiques, et beaucoup plus encore à ses relations du monde, une clientèle assez lucrative. En Irlande, les qualités extérieures ont plus d'empire que partout ailleurs, et l'on avait pris en gré ce beau garçon spirituel, dont le dédain poli, la raillerie tempérée, la belle tournure et l'altitude imposante contrastaient avec les allures beaucoup moins nobles des praticiens ses confrères. Doherty était parent de George Canning, qui l'avait fait entrer au Parlement avec M. North, pour s'étayer de leur éloquence. Ce dernier mourut de bonne heure, arrêté dans une carrière qui lui promettait de beaux succès. Doherty, dont le vrai rôle était celui d'un gladiateur politique, prit bientôt à la Chambre, parmi les tories libéraux, une position très-honorable; et, lorsque son illustre parent réleva aux fonctions éminentes dont nous allons le voir investi, ce choix ne rencontra guère que des approbateurs.

Avant de raconter la lutte qui s'établit entre les hommes

que nous venons de nommer et le héros de l'Agitation,

nous n'avons à signaler qu'un seul acte d'autorité dirigé

par le vice-roi et ses conseillers contre une association

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