CHAPITRE PREMIER
Le caoutchouc, appelé aussi gomme élastique, est fourni par le latex d’une foule de plantes appartenant à des fanulles très diverses. C’est une substance éminemment élastique et extensible, de couleur plus ou moins foncée suivant son mode de coagulation, son degré de pureté et aussi suivant son degré d’oxydation qui s’accroît ayec le temps. A l’état frais, le caoutchouc a généralement à la coupe une couleur blanchâtre ou jaunecrème qui ne tarde pas à foncer pour devenir brune et même noire. Ce changement de couleur est dû d’abord à la déshydratation, qui commence à se manifester à la périphérie des pains, puis à l’action de la lumière et de oxygène de l’air. L'aspect blanc opaque, à l’état frais, n’est dû en effet qu’à la présence d’eau d’interposition. Le caoutchouc chimiquement pur, préparé par la méthode de Faraday, est diaphane et incolore lorsqu'il a été soumis à une dessiccation suffisante. Il est alors inodore et insipide.
Le caoutchouc brut du commerce possède parfois une odeur de méthylène, une odeur fétide provenant de la fermentation des corps albuminoïdes qu’il contient à l’état d’impuretés; parfois il possède une odeur empyreuma-
tique spéciale due à son mode de coagulation (enfumage pour le Para).
La forme sous laquelle nous arrive le caoutchouc varie énormément suivant sa provenance. Tantôt. ce sont des pains arrondis qui peuvent atteindre un poids de 70 kilogrammes (Para), tantôt de petits cubes de 2 à 3 centimètres de côté et plus ou moins agglomérés. On trouvera de plus complets détails à ce sujet dans le chapitre IV.
Sa densité varie, d’après Chapel', entre 0,914 (Para) et 0,967 (Assam). Il est mauvais conducteur de la chaleur et de l’électricité; son pouvoir dialyseur est variable pour les différents gaz dans les mêmes unités de temps. Sa propriété la plus caractéristique à la température ordinaire est son élasticité et son extensibilité. Une bande de caoutchouc de Para naturel étirée peut acquérir cinq fois sa longueur primitive sans se rompre, et reprendre ensuite assez rapidement cette longueur primitive si elle est abandonnée à elle-même. Le caoutchouc se soude facilement à lui-même à une douce température, sous la presse hydraulique.
Examiné au microscope, il présente un aspect tout différent suivant qu’on s’adresse à la partie centrale du pain, blanche et opaque, ou à la partie périphérique, brune et transparente.
Dans le premier cas on aperçoit, sur des coupes très minces, un nombre incalculable de petites alvéoles dont le diamètre atteint une moyenne de 2 p,et qui sont remplies d’un liquide trouble. Elles sont tellement rapprochées qu’elles semblent se toucher, aussi faut-il des coupes très minces pour arriver à les distinguer. Dans le
- 1. Crarer, Le Caoutchouc et la Gutta-percha. Paris, 1892.
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PROPRIÈTÉS, COMPOSITION. 7 second cas les alvéoles ont disparu pour la plupart; çà et [à on en retrouve quelques-unes, mais plus grosses, formées probablement par la réunion de plusieurs petites; on rencontre aussi quelques granules jJaunâtres, de nature albuminoïde, et qui se colorent fortement en jaune par l’iode. Tout le reste de la masse est translucide et d’aspect gélatineux, sans structure. Wiesner, qui a examiné des coupes faites dans du caoutchouc chimiquement pur et bien desséché, n’a pu apercevoir de cavités appréciables, même avec un grossissement de 1,000 diamètres. Chapel, tout en reconnaissant la difficulté de faire des coupes convenables dans du caoutchouc, pense tourner la difficulté en observant une goutte de latex d’un Æicus coagulée à Pair sur ün porte-objet.
Il est certain qu’une telle préparation ne peut prétendre représenter fidèlement une coupe, puisque les conditions de coagulation sont tout à fait changées.
D’après cet auteur, le caoutchouc serait formé de deux substances : une compacte ou malière nerveuse, une autre plus lâche, la matière molle, sensible à l’action des agents atmosphériques.
Le caoutchouc a la propriété d’absorber certains liquides dans lesquels il est insoluble. Payen, qui a étudié ce phénomène en 1852, a vu que des tranches minces de caoutchouc plongées pendant trente jours dans l’eau froide en avaient absorbé 18.7 à 26.4 p. 100. L’eau ainsi absorbée ne s’élimine que très lentement, car la partie périphérique, qui se dessèche d’abord, met obstacle à la dessiccation de la partie centrale en resserrant ses pores.
Le caoutchouc naturel et non altéré est insoluble dans l’eau et dans l’alcool. Il est en partie soluble dans le sulfure de carbone, l’essence de térébenthine, l’essence de
pétrole, le toluol, le chloroforme, la naphtaline fondue, les huiles grasses et essentielles, et dans le liquide obtenu en faisant passer un courant d’acide sulfureux sur du camphre. Avec la plupart de ces liquides, il reste toujours une portion insoluble (substance nerveuse) plus où moins colorée, qui se désagrège avec la plus grande facilité et se mélange à la partie dissoute. Le meilleur dissolvant, d’après Gérard, est un mélange de 100 parties de sulfure de carbone et 5.5 d’alcool absolu.
Lorsque le caoutchouc est altéré (exposition prolongée à l'air, à la lumière et à l'humidité) il devient visqueux et gluant. H. Jumelle‘ a indiqué un procédé qui permet de séparer la partie altérée ou, plus exactement, toute la partie résineuse. On traite le caoutchouc par l’éther, qui ne fait que le gonfler et le désagréger; on ajoute une quantité à peu près égale d’alcool absolu : le caoutchouc se précipite et se rassemble en une masse compacte qui a tous les caractères du caoutchouc non altéré. La résine qui a été dissoute se retrouve dans le filtratum, où elle se dépose par évaporation sous forme de granules très blancs. Le caoutchouc du Xickäia africana Benth., ainsi traité, a laissé jusque 60 p. 100 de résine.
La température a une énorme influence-sur le caoutchouc; au-dessous de 10° il perd son élasticité et se durcit peu à peu; à o° il est dur comme du cuir. Si on le chauffe, les modifications qu'il subit ne sont pas moins profondes ; ainsi, vers 145° il devient visqueux et très adhérent, il s’affaisse et perd son élasticité; de 170° à 180° il conserve encore sa composition primitive, mais
1. H. Juueurx, Les Plantes à caoutchouc et à qutta dans les colonies françaises. Paris, 1898.
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il fond en un liquide épais et tourne au gras, selon l’expression des industriels. À une température plus élevée, il distille sans résidu appréciable (distillation sèche) et donne un mélange d'hydrocarbures liquides de formule (C'° H'6} [terpènes] qui dissolvent le caoutchouc, l’ambre et le copal, et ont été proposés déjà en 1833 par Barnard pour la préparation de différents vernis ’.
D’après Th. Seeligmann le caoutchouc chimiquement puscontent;:G=—8727;H — 12.73.
Les caoutchoucs varient énormément suivant leur provenance ; à côté de ces hydrocarbures polymériques, ils contiennent des proportions variables de résines oxyqénées qui absorbent facilement le soufre, ce qui explique peutêtre pourquoi certains caoutchoucs ne se vulcanisent pas avec les doses habituelles de soufre, la résine absorbant tout. Voici, d’après le D' C. Otto Weber? la teneur en résine trouvée pour quelques sortes commerciales.
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