ESSAIS DE CULTURE ET COMMERCE
La disparition rapide des plantes à caoutchouc dans les régions d’accès facile et, d'autre part, l'augmentation toujours croissante des prix’ ont ému depuis longtemps l’industrie européenne. Les Anglais, toujours jaloux de s'affranchir de l’étranger pour l’acquisition des matières premières, ont entrepris les premiers des cultures rationnelles.
On objectait bien au début que des cultures exigeant des capitaux considérables, ne pouvant rapporter qu’au bout d’un certain nombre d’années, ne pourraient lutter contre les caoutchoucs spontanés qui ne coûtent que la main-d'œuvre, Les Anglais passèrent outre et, en 1860, ils faisaient les premiers essais dans l’Assam sur le Ficus indica L. qui y croît spontanément. Le choix de la plante était malheureux, car cet arbre ne peut être saigné avant l'âge de 25 ans, et seulement tous les trois ans. À 50 ans il donne une récolte triennale de 20 kilogrammes d’un
1. Le gouvernement brésilien a frappé le caoutchouc d’un impôt de sortie de 20 à 22 p. 100 (9 p. 100 de droits généraux et 11 à 13 p. 100 de droits provinciaux).
caoutchouc inférieur au Para. Ces cultures furent abandonnées ainsi que celles d’Urceola elastica Roxb., qui cependant produit dès la troisième année.
Les Anglais songèrent alors au Castilloa elashca Gerv.; R. Cross’ fut chargé d'étudier les Castlloa de listhme de Darien et de se procurer des graines et des boutures qui réussirent parfaitement dans les serres de Kew ; mais, faute de conditions d’assolement, ces Castulloa dépérirent dans les plantations de l'Inde.
Dernièrement l'étude du Castilloa elastica a été reprise avec beaucoup de soin par le directeur du Jardin botanique de la Trinidad.
De son rapport pour l’année 1897°, il résulte que le Castilloa elastica, croissant dans de bonnes conditions, peut être saigné à l’âge de 7 ou 8 ans: le latex fournit 25 p. 100 de son poids de caoutchouc pur. Celui-ci peut être facilement séparé du sérum par un procédé mécanique très économique (qu'il n'indique pas) qui donne un produit de la meilleure qualité. Des expériences faites au jardin de la Trinidad ont montré que des tiges âgées d’un an donnent 7 à 8 p. 100 de leur poids sec de bon caoutchouc. Godefroy-Lebeuf, remarquant que le Castilloa elastica (surtout la plante jeune) repousse facilement du pied, pense qu'il serait possible d’établir des cultures serrées (10,000 pieds à l’hectare) qui seraient fauchées tous les dix-huit mois environ. Les feuilles contiennent de très nombreux laticifères (voir chap. VII, p. 136) et les poils qui recouvrent sa face inférieure renferment euxmêmes du caoutchouc. En appliquant aux jeunes pousses
1. R. Cross, « The indiarubber acclimatization experiment ». The phar- ‘maceulical journal and transactions, 2 septembre 1876. 2. Goprrroy-Leseur, Le Caoutchouquier de Panama.
et aux feuilles séchées le procédé d'extraction par les dissolvants, on pourrait retirer un minimum de 500 kilogrammes de caoutchouc à l’hectare, ce qui représente environ 4,000 fr.; en déduisant les frais d'extraction et de culture il resterait 1,500 fr. par hectare, chiffre basé sur les documents officiels anglais. Les premiers résultats ont été tellement encourageants’ que le gouvernement colonial de la Trinidad a consacré 200 acres de terrain à des essais en grand.
Les plantations de Æevea brasiliensis Müll. Arg., que les Anglais ont entreprises dans l’Inde il y a environ vingt-cinq ans, réussirent dans le sud de Burmah, mais seulement dans des régions inhabitables.
Enfin, on songea au Manhot Glasiovit Müll. Arg. qui se plaît dans des contrées arides, sur un sol pierreux et peut supporter facilement de grandes sécheresses. Les cultures installées à Ceylan, aux stations de Cocowate, ont montré que ces arbres prospèrent encore à 1,800 mètres d'altitude. À l’âge de 5 ans, ils atteignaient 15 mètres de hauteur et 1",16 de circonférence à la base?. Voici le procédé employé pour hâter la germination des graines du Manihot Glaziovu 5: « Sa graine est très épaisse, protégée par une coque très dure; pour hâter sa germination qui dure un an, on peut enlever à la lime les arêtes de ses extrémités : il est bien entendu qu'il faut un grand soin dans cette préparation si l’on ne veut pas léser le germe. Ainsi préparée, chaque graine est mise en terre; on les plante à ciel ouvert, à 75 millimètres lune de l’autre, on recouvre le semis de 12 à 13 millimètres de terre et on