Chape r,, Le Caoutchouc et la Gutta-percha. Paris
second, cas les alvéoles ont disparu pour la plupart; çà et là on en retrouve quelques-unes, mais plus grosses, formées probablement par la réunion de plusieurs petites; on rencontre aussi quelques granules jaunâtres, de nature albuminoïde, et qui se colorent fortement en jaune par l’iode. Tout le reste de la masse est translucide et d’aspect gélatineux, sans structure. Wiesner, qui a examiné des coupes faites dans du caoutchouc chimiquement pur et bien desséché, n’a pu apercevoir de cavités appréciables, même avec un grossissement de i ,000 diamètres. Chapel, tout en reconnaissant la difficulté de faire des coupes convenables dans du caoutchouc, pense tourner la difficulté en observant une goutte de latex d’un Ficus coagulée à l’air sur un porte-objet.
Il est certain qu’une telle préparation ne peut prétendre représenter fidèlement une coupe, puisque les conditions de coagulation sont tout à fait changées.
D’après cet auteur, le caoutchouc serait formé de deux substances : une compacte ou matière nerveuse, une autre plus lâche, la matière molle, sensible à l’action des agents atmosphériques.
Le caoutchouc a la propriété d’absorber certains liquides dans lesquels il est insoluble. Payen, qui a étudié ce phénomène en i 852 , a vu que des tranches minces de caoutchouc plongées pendant trente jours dans l’eau froide en avaient absorbé 18.7 à 26.4 p. 100. L’eau ainsi absorbée ne s’élimine que très lentement, car la partie périphérique, qui se dessèche d’abord, met obstacle à la dessiccation de la partie centrale en resserrant ses pores.
Le caoutchouc naturel et non altéré est insoluble dans l’eau et dans l’alcool. Il est en partie soluble dans le sulfure de carbone, l’essence de térébenthine, l’essence de
LE CAOUTCHOUC
pétrole, te toluol, le chloroforme, la naphtaline fondue, les huiles grasses et essentielles, et dans le liquide obtenu en faisant passer un courant d’acide sulfureux sur du camphre. Avec la plupart de ces liquides, il reste toujours une portion insoluble (substance nerveuse) plus ou moins colorée, qui se désagrège avec la plus grande facilité et se mélange à la partie dissoute. Le meilleur dissolvant, d’après Gérard, est un mélange de ioo parties de sulfure de carbone et 5.5 d’alcool absolu.
Lorsque le caoutchouc est altéré (exposition prolongée à l’air, à la lumière et à l’humidité) il devient visqueux et gluant. H. Jumelle 1 a indiqué un procédé qui permet de séparer la partie altérée ou, plus exactement, toute la partie résineuse. On traite le caoutchouc par l’éther, qui ne fait que le gonfler et le désagréger; on ajoute une quantité à peu près égale d’alcool absolu : le caoutchouc se précipite et se rassemble en une masse compacte qui a tous les caractères du caoutchouc non altéré. La résine qui a été dissoute se retrouve dans le filtratum, où elle se dépose par évaporation sous forme de granules très blancs. Le caoutchouc du Kickxia africana Benth., ainsi traité, a laissé jusque 60 p. ioo de résine.
La température a une énorme influence sur le caoutchouc; au-dessous de io° il perd son élasticité et se durcit peu à peu; à o° il est dur comme du cuir. Si on le chauffe, les modifications qu’il subit ne sont pas moins profondes; ainsi, vers i 45 ° il devient visqueux et très adhérent, il s’affaisse et perd son élasticité; de 170° à 180 0 il conserve encore sa composition primitive, mais
1. H. Jumelle, Les Plantes à caoutchouc et à gulta dans les colonies françaises. Paris, 1898.
PROPRIÉTÉS, COMPOSITION. g
il fond en un liquide épais et tourne au gras, sëlon l’expression des industriels. A une température plus élevée, il distille sans résidu appréciable (distillation sèche) et donne un mélange d’hydrocarbures liquides de formule (C'° H l6 ) n [terpènes] qui dissolvent le caoutchouc, l’ambre et le copal, et ont été proposés déjà en i 833 par Barnard pour la préparation de différents vernis 1 .
D’après Th. Seeligmann le caoutchouc chimiquement pur contient : G — 87.27 ; H — 12.73.
Les caoutchoucs varient énormément suivant leur provenance ; à côté de ces hydrocarbures polymériques, ils contiennent des proportions variables de résines oxygénées qui absorbent facilement le soufre, ce qui explique peutêtre pourquoi certains caoutchoucs ne se vulcanisent pas avec les doses habituelles de soufre; la résine absorbant tout. Voici, d’après le D' C. Otto Weber* la teneur en résine trouvée pour quelques sortes commerciales.
Para. i .3 p. 100.
Ceara. 2.1 —
Colombie. 3.8 —
Mozambique. 3.2 —
Madagascar. 8.2 —
Sierra-Leone. 9.7 —
Bornéo.. 11.7 —
Assam. .. n .3
Mangabeira. i3.i —
Boules d’Afrique (?). . . . C 3 .g —
Il est certain que ces chiffres n’ont rien d’absolu et
1. Voir l’étude très détaillée de ces hydrocarbures dans Th. Sebugmann, Caoutchouc et la Gulla-percha. Paris, 1896.
a - B r Cake Otto Weber, « Sur l’Analyse des caoutchoucs manufacturés ». Moniteur scientijic/ue. i 8 q 5 , p. 727.
peuvent varier considérablement d’un envoi à un autre. D’après l’auteur, il est à peu près impossible de différencier la résine propre, c’est-à-dire celle contenue dans le latex, de celle provenant de l’oxydation du produit.
La composition chimique que nous venons de voir nous montre que le caoutchouc s’éloigne considérablement des gommes et des résines. Le terme de gomme élastique, qui est le plus ancien-, n’est donc pas exact; quant à ceux de résine, de gomme et de gomme-résine que l’on rencontre encore dans certains ouvrages, ils sont tout à fait impropres et doivent être rejetés.
Le caoutchouc brûle avec une flamme fuligineuse, en répandant u»e odeur spéciale désagréable. Une des propriétés remarquables du caoutchouc est la facilité avec laquelle il s’unit au'soufre au-dessus de ioo”; ainsi traité le caoutchouc est dit vulcanisé et l’opération porte le nom de vulcanisation. Le soufre uni au caoutchouc rend celuici moins soluble, moins fusible, mais son élasticité se conserve à des températures beaucoup plus basses. L’addition au caoutchouc de colle précipitée, avant la vulcanisation, empêche, paraît-il, celui-ci de devenir dur et cassant'.
La vulcanisation a été découverte en 1 838 par Ch. Godyear. En augmentant la proportion de soufre ( 5 o p. ioo •«‘environ) Godyear (en j 852 ) obtint vers i 5 o° une substance spéciale dite caoutchouc durci ou ébonite; c’est un corps dur, cassant et susceptible de prendre un beau poli; ses propriétés physiques et chimiques ne ressemblent en rien à celles du caoutchouc naturel; l’ébonite colorée prend le nom de vulcanite.
î. Brevet pris à Paris, n° 13 avril-a4 juillet 1897.
Enfin en durcissant le caoutchouc avec de la magnésie, Turpin obtint un produit ressemblant à l’ivoire; c’est l 'ivoire végétal qu’il ne faut pas confondre avec celui fourni par les graines du Phytelephas macrocarpa R. et P. (Palmiers). En traitant par le chlore une solution très concentrée de caoutchouc on obtient un nouveau produit qui est Vivoire artificiel, qu’on nomme encore éburite.
Enfin les tapis de linoléum, dont l’usage est si répandu aujourd’hui, sont obtenus en collant sur de la toile grossière des feuilles laminées de kamptulicon; ce kamptulicon est un mélange de liège en poudre et de caoutchouc. On recouvre le tout de plusieurs couches d’huile de lin cuite.
A lâ suite des dérivés du caoutchouc naturel je dois mentionner les succédanés naturels et factices :
i° La corrongite ou caoutchouc d’Australie ou encore caoutchouc fossile, élatérite; c’est une matière bitumineuse, molle, élastique, dont la densité varie de 0,982 à °>99°> on la rencontre en gisements assez importants dans les sables de Coorony et d’Adélaïde dans le sud de l’Australie; elle existe en faibles quantités aux environs d’Angers et de Newhaven (11!.-U.). C’est un hydrocarbure dont l’origine est encore très discutée. 11 a été découvert en 1 797 à Castlelon '.
* 2° Les caoutchoucs factices, qui sont aujourd’hui en
nombre considérable et font l’objet de nombreux brevets tant en France qu’û l’étranger.
Leur origine remonte aux expériences de Saac (1846) et de Zonas (i 848 ). Tantôt ils sont ajoutés au caoutchouc naturel auquel ils donnent une onctuosité et une légèreté
1 • Faujas de Saint-Fond, Voyage en Angleterre et en Écosse. 1797.
souvent utiles, tantôt ils sont employés seuls. La plupart des caoutchoucs factices sont préparés au moyen d'huiles diverses oxydées, épaissies par une cuisson prolongée, souvent en y introduisant des matières oxydantes telles que des bichromates comme dans le procédé Napier- Ford 1 2 , ou bien de la litharge. Pour en donner simplement une idée, je rappellerai le procédé du docteur J. Altschul* qui consiste à traiter les huiles contenant un reste d’hy- 3 drocarbure non saturé par le soufre à une température de i4o à i6o° et à transformer les produits d’addition ainsi obtenus en produits de condensation solides au moyen | du chlorure de soufre. D’autres factices sont fabriqués | avec des huiles végétales, du goudron et de l’acide azo- * tique 3 4 ou bien avec des substances résineuses telles que jeunes pousses et cônes de pin traités par l’acide sulfurique au cinquième h
Tout le monde connaît les nombreuses applications du caoutchouc : on fait aujourd’hui une quantité d’appareils de chirurgie ou d’orthopédie soit en caoutchouc pur (feuille anglaise), soit en caoutchouc vulcanisé: urinaux, ï genouillères, bas, pessaires, poires, etc., etc. On l’a même | employé à l’intérieur sous forme d’électuaire (caoutchouc ;(J térébenthiné de Hannon) dans la phtisie pulmonaire. Ses applications sont de jour en jour plus nombreuses, mais c’est surtout à l’invention de la bicyclette et de l’auto- * * mobile qu’il faut attribuer l’énorme impulsion donnée en J ces derniers temps à son industrie.