Revue des cultures coloniales, 5 janvier 1899, p
ESSAIS DE CULTURE
sur les mornes humides. Enfin on verra (chap. VII, p. 1 58 ) qu’il existe aussi à la Martinique et à la Guadeloupe une foule de plantes dont la valeur du latex nous est encore inconnue et qu’il y aurait lieu d’étudier.
Je disais plus haut (p. 5 a) que la Guyane française, malgré l’abondance de plantes à caoutchouc, ne fournit qu’une quantité insignifiante de ce produit. Il ne faut pas songer à établir des cultures dans la région côtière. D’après H. Coudreau 1 , l’explorateur bien connu, la Guyane ne sera jamais qu’un pays de rendement moyen faute de voies de communications. De plus, son climat est très meurtrier, au moins au bord de la mer, dans la région des savanes noyées, des savanes tremblantes et des pipris. Dans bien des endroits, la terre n’est qu’une boue liquide, de la vase molle de deux mètres d’épaisseur. Les Européens, dans l’impossibilité de se livrer aux mêmes travaux qu’en France, à cause de la chaleur, ne peuvent guère devenir que des chefs d’explohation. Quant aux régions éloignées des côtes, qui sont plus saines, le temps n’est pas encore venu. « Au point de vue industriel, dit H. Coudreau*, ces territoires lointains ne seront sans doute de longtemps que des champs d’exploitation d’or alluvionnaire. Toute culture industrielle, dans ces régions à pénétration difficile, me semble devoir être ajournée Jusqu’à la prise de possession par le travail des zones intermédiaires. »
A plusieurs reprises on a conseillé de tenter l’exploitation des forêts de la Guyane par les déportés. J.-L. de
i. H. Coudreau, Bulletin de la Société de géographie commerciale de p aHs, i 884, p. 83.
a. H. Coudreau, « La Guyane centrale et son avenir ». Ibid., 1891, h XIII, p. i5g.
LE CAOUTCHOUC
Lanessan 1 2 3 propose d’y envoyer les condamnés annamites qui sont entassés au nombre de 5 oo à 600 dans la petite île de Poulo-Condore, où ils ne se livrent à aucun travail, l’île n’étant pas cultivable. « Transportés à la Guyane, dit-il, ces Annamites y contribueraient dans une large mesure à la mise en activité de celte colonie. Ils y trouveraient le climat humide et chaud de la Basse-Cochinchine et pourraient y être appliqués à la préparation des terres de culture qui ont la plus grande analogie avec celles de leur pays. Ces terres préparées trouveraient ensuite aisément des fermiers européens auxquels les transportés annamites seraient cédés par l’administration
comme travailleurs.Aux plus méritants, à ceux qui se
seraient montrés travailleurs et dociles, on concéderait, à titre de récompense, des lots de ces terres défrichées et préparées par eux-mêmes. On créerait ainsi au bout d’un certain temps un noyau de colonisation d’autant meilleur qu’il serait formé avec des individus adaptés au climat de la Guyane et initiés aux travaux de la culture que le sol de cette colonie exige. »
En Colombie, on fait des plantations de Cnstilloa elastica Cerv. en pleine forêt; les graines sont semées à centimètres l’une de l’autre et en tous sens ; plus tard les planlules sont repiquées*.
Au Pérou et au Brésil, on a fait aussi des essais de cultures réglées (ÏHevea brasiliensis Mülh Arg. et les tentatives ont été couronnées de succès. Les Hevea se multiplient facilement par graines ou par boutures 5 et commencent à produire à l’âge de 7 ans, mais il est prudent