J. de Touquemada, Monarquia Indiana
3. Mémoires de l’Académie des sciences, 1751 (séance de février).
HISTORIQUE. l5
faisaient des bottes d’une seule pièce qu’ils passaient à la fumée pour les faire sécher, ce qui leur donnait tout à fait l’aspect du cuir; au moyen de moules en terre glaise ils fabriquaient aussi des bouteilles légères « capables de contenir toutes sortes de liquides non corrosifs ». Les Oinaguas, qui habitent également les bords de l’Amazone, mais plus au cœur du continent, en faisaient aussi des sortes de bouteilles auxquelles ils ajustaient une canule en bois; c’était somme toute la poire à injections de nos jours. « Ce serait chez eux, dit de La Gondamine, une espèce d’impolitesse de manquer de présenter avant le repas, à chacun de ceux qu’on a priés à manger, un pareil instrument rempli d’eau chaude, duquel il ne manque pas de faire usage avant que de se mettre à table. Cette bizarre coutume a fait nommer par les Portugais l’arbre qui produit cette résine Pao de xyringa ou bois de seringue. »
En 1744» un créole, qui accompagnait de La Gondamine à Cayenne, avait rapporté quelques objets en caoutchouc moulé qui excitèrent la curiosité des habitants. De La Gondamine, très absorbé par ses travaux géodésiques, avait laissé à un de ses compagnons, dom Pedro Maldonado, qui s’occupait de botanique, le soin de recueillir des échantillons de plantes et de les déterminer. Malheureusement celui-ci vint à mourir au cours de l’exploration ; les documents qu’il avait recueillis furent envoyés à Paris et remis à l’ambassadeur d’Espagne sans que de La Gondamine en ait eu connaissance.
L’ingénieur Fresnau', qui résida à Cayenne pendant Quatorze années, avait été frappé des propriétés du caout- °houc; il résolut de rechercher la plante qui le produit.
1 ■ Mémoires de l’Académie des sciences, ijbi, p. 3 ü 4.
LE CAOUTCHOUC
Il interrogea des indigènes, leur offrit des présents et surtout du tafia qu’ils acceptèrent avec enthousiasme..., mais ils ne livrèrent pas leur secret. Il fit alors des essais, et « en mêlant les sucs du Mapa, arbre commun à Cayenne, et d’un figuier sauvage, nommé Comacaï par les Portugais », il parvint à former une espèce de courroie semblable à du cuir, non élastique mais souple. Le latex du Comacaï additionné de celui du Couma 1 lui donna un produit plus parfait; le latex du Pao comprido ou bois long donnait un produit non élastique, ne se ramollissant pas par la chaleur. Ce n’était toujours pas Je caoutchouc de de La Gpndamine. Enfin le hasard le servit à souhait et il finit par apprendre des Indiens Nouragues, fugitifs des missions portugaises de Mayacavé, que la plante à caoutchouc est très commune dans leur pays.
N’osant s’aventurer à plus de i 5 o kilomètres dans une région aussi inhospitalière, il eut l’ingénieuse idée de se faire représenter tant bien que mal le fruit de l’arbre par des moulages en terre glaise que lui firent les Indiens ; il avait appris d’eux que la feuille ressemble à celle du manihot. 11 envoya de ces moulages dans toutes les directions de la colonie, à la Comté, à Aprouague et à Oyapok, et bientôt il apprit qu’un colon en avait trouvé un pied. Il partit de suite avec une escorte à l’endroit indiqué; on était fin octobre, c’est-à-dire fin de l’été; la sécheresse avait été longue, aussi le latex qu’il recueillit sécha vite; « en six jours de temps il n’en put ramasser que de quoi faire une paire de bottes et quelques autres petits ouvrages comme seringues, boules élastiques et bracelets ». Fresnau n’était pas botaniste, aussi la description
i. « Ficjis folio citrij acutiore, fructu viridi » (Plumish).
HISTORIQUE. I y
qu’il nous donne de l’arbre est peu précise, mais il fait déjà entrevoir les multiples applications du caoutchouc : prélats (toiles pour couvrir les vaisseaux en temps de pluie), habits de plongeurs, sacs, etc.
„ Peu de temps après, en 1769 r , un commissaire ordonnateur de l’Ile-de-France, du nom de Poivre, trouvait une plante donnant une gomme élastique semblable à celle trouvée par de La Condamine et Fresnau.
En 1775, F. Aublet 2 décrivait la première plante signalée comme fournissant du caoutchouc et l’appelait Hevea guyanensis.
En 1798, James Howison 5 découvrait dans l’île du Prince-de-Galles une liane à caoutchouc. Roxburgh, qui se trouvait alors dans l’Inde, nomma la plante Urceola elastica.
En i 8 o 4 , Palissot de Beauvois 4 décrivait le Landolphia owariensis, qui est largement exploité aujourd’hui, et quelques années plus tard, Poiret 5 signalait à Madagascar la présence d’un arbre à gomme élastique, le Vahea gummifera Poir.
En i 83 a, Roxburgh 6 décrivait le Ficus elastica qu’il avait découvert en 1810 sur les bords du Brahmapoutre.
Enfin, en 1887, Bojer 7 faisait connaître les Vahea madagascariensis et V. comoriensis; le premier a été idenhfié depuis avec le V. gummifera Poir.
Jusque-là, les usages du caoutchouc étaient assez res-
*• Mémoires de l’Académie des sciences, 1769.
2> F- Aublet, Histoire des plantes de la Guyane française , 1775.
3 * « Some account of elastic gum vine of Prince of Wales Island ». 4 *tatic Researches, t. V, p. 157.
4 - Flore d’Oware et de Bénin en Afrique, Paris, 1804, t. I, p. 54 ,