E. Obach, loc. cit., p
pour empêcher, disent-ils, le latex de remonter dans les feuilles; puis, au moyen des mêmes instruments, ils font des incisions demi-circulaires de 2 centimètres de largeur environ tous les 3 o ou l\o centimètres ; ces incisions n’intéressent pas la partie du tronc tournée vers la terre. Le latex qui s’est écoulé dans les blessures se coagule très rapidement chez le Taban merah (Palaquiam oblongifolium Burck); on le retire au moyen de racloirs en fer.
Les chiffres représentant la quantité de gutta fournie par arbre adulte ont été très discutés; il est plus que probable que ces chiffres se rapportent à des guttiers différents. C’est après la saison des pluies que se fait la récolte, car c’est à cette époque que le latex est le plus fluide et le plus abondant. D’après Bleekrode, un Isonandra (sp. ?) de i m , 5 o de circonférence et 12 mètres de haut fournit 161 grammes de gutta. Dans certains cas, la proportion peut aller jusqu’à 260 grammes. Sérullas donne une moyenne de i 5 o grammes, en tenant compte des mélanges. Burck évalue à 2 3 o grammes la quantité de gutta produite par un arbre de 20 mètres de haut et o n *,6o de circonférence (Palaqaium oblongifolium Burck). Un arbre de la même espèce, âgé d’au moins cent ans, a donné à Wray 1,270 grammes.
Quoi qu’il en soit, les Malais ne recueillent qu’une très faible partie de la gutta que l’on peut retirer d’un arbre tout entier, puisqu’ils n’incisent qu’un seul côté des troncs et qu’ils n’exploitent ni les branches ni les feuilles. Sérullas a pu se rendre compte par lui-même de la quantité de gutta ainsi perdue ; il a retiré des jeunes branches d’un guttier abattu quinze fois plus de gutta que les Malais en avaient retiré des troncs, et, des feuilles du même arbre, vingt-deux fois plus. Quant au tronc qui pourrait
LA GUTTA-PERCHA
fournir un excellent bois de construction, il est abandonné sans plus s’en inquiéter. Lorsque la récolte est terminée, les Malais, de retour au rampong (village), font subir à la gutta-percha brute diverses manipulations. Le produit brut, tel qu’il est enlevé des incisions, rappelle assez les sci'aps du caoutchouc de Ceara. Il porte alors le nom de goolie. Toute la récolte est jetée dans de l’eau chaude; la gutta se ramollit et se laisse pétrir, tandis qu’une certaine quantité de produits qu’elle renfermait, sels, albuminoïdes, impuretés, etc., se séparent ou se dissolvent. On répète une seconde fois le brassage à l’eau chaude et, tandis que la gutta est encore plastique, on l’étend en feuilles, ce qui permet d’enlever à la main les impuretés qui ont pu rester dans sa masse. Puis les feuilles sont roulées sur elles-mêmes en morceaux plus ou moins volumineux; de là l’apparence feuilletée qu’ils présentent souvent.
C’est ainsi que les indigènes opéraient en présence de Sérullas, èt ils poussaient les scrupules jusqu’à enlever les plus petits débris d’écorces qu’ils rencontraient dans les feuilles de gutta. Mais Sérullas n’était pas dupe de cet excès de zèle, et d’accord en cela avec tous les explorateurs qui ont pu surprendre les secrets de ces manipulations, il déclare que non seulement les impuretés ne gênent pas les Malais, mais que ceux-ci en ajoutent toujours pour augmenter le poids; tantôt c’est de la terre, tantôt des débris d’écorces ou mieux de la poudre grossière de l’écorce du Gutta taban merah préparée tout exprès. Il arrive parfois de rencontrer des objets divers placés dans un but de fraude au milieu des blocs de gutta-percha; ce sont naturellement des objets pesants: des coins de fer semblables à ceux que l’on emploie pour
fendre les bûches de bois, des haches, des morceaux de bois, et le plus souvent des pierres. On conçoit sans peine les dégâts considérables que des morceaux de fer peuvent occasionner lorsqu’ils arrivent dans une machine à découper ou dans un épurateur. Le docteur E. Obach a eu l’idée de rechercher ces matières étrangères, telles que pierres ou morceaux de métal, au moyen des rayons de Rœntgen. Sur 45 o morceaux de gutta-percha de la sorte dite Bulongan blanche, il en a trouvé 7 fraudés de cette manière,
Les manipulations que les Malais font subir à la gutta ne se bornent pas au brassage à l’eau et à l’addition d’impuretés. Le latex, tel qu’il sort des arbres, est toujours blanc ou blanc jaunâtre. Le plus estimé, celui du Pala quium oblongifolium Burck, ou Taban merah, donne après le brassage à l’eau chaude un produit rosé ou rougeâtre à cause de la matière colorante contenue dans les débris d’écorces enlevés en même temps que le latex par le racloir. Gomme les indigènes ne peuvent récolter une quantité suffisante de chaque espèce de latex pour en faire des sortes à part, étant donnée la rareté des bonnes espèces à gutta, ils mélangent plusieurs sortes ensemble en donnant au produit total la teinte que présentent les bonnes sortes au moyen d’écorces de Taban merah qu’ils font bouillir dans l’eau qui sert au pétrissage. Les Malais connaissent parfaitement les proportions des différents latex à employer et se gardent bien de faire des mélanges qu’ils ne pourraient revendre aux commerçants chinois qui les leur achètent. Il est donc impossible de se procurer, même en s’adressant directement aux indigènes, des échantillons purs de tout mélange. On verra plus loin que la sophistication ne s’arrête pas là.
LA GUTTA-PERCIIA.
Le latex de certains Payena ne se coagule que lentement à l’air; les indigènes le transportent liquide à leur hutte. Ces latex, qui fournissent un produit à peu près inutilisable s’il est employé seul, sont ajoutés en certaines proportions aux latex de bonne qualité.
Les guttiers que l’on exploite à Bornéo sont encore à peu près inconnus; Th. Seeligmann rapporte qu’un Dichopsis peut fournir jusque 45 kilogrammes de latex, chiffre qui semble exagéré.
La balata qui provient de plusieurs Mimusops fait aujourd’hui l’objet d’un important commerce. Ces arbres sont surtout abondants dans la Colombie, les Guyanes, le Venezuela, surtout entre le deuxième rapide de l’Orénoque et le Brésil 1 . La récolte se fait exactement comme celle de la gutta en Malaisie. Les premiers collecteurs abattaient les arbres. Aujourd’hui ils ont renoncé à ce procédé et opèrent par incisions (fig. 2). Le lait, assez fluide, s’écoule dans des calebasses. Le contenu de celles-ci est versé dans un gaoba, sorte de bac où le latex est abandonné à lui-même jusqu’à coagulation complète 2 . Un ouvrier peut récolter environ 4 gallons de latex par jour ( 17 1U , 16) ce qui représente une valeur de 37 fr. 5 o c. de balata sèche 3 .
Th. Seeligmann rapporte qu’à Mathurin on décortique l’arbre; les morceaux d’écorce sont passés à la presse portative qui rend par heure g à 1 3 litres de latex représentant 2 à 3 kilogrammes de balata.
Le D r L. Morisse a fait des essais de coagulation sur
1. D r L. Morisse, « Les Gutta-percha américaines». Archives des missions scientifiques et littéraires, 4 e série, t. I, p. 117.