‹ Origine botanique des caoutchoucs et gutta-percha. Thèse présentée au concours d'agrégation (Section d'histoire naturelle et pharmacie)Chapitre 92 sur 108 · Skrullah, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Skrullah, loc. cit., p

2. Ch. Crozat et Fleury, « La Guttn-percha au Cambodge ». Bulletin de la Société de géographie commerciale de Paris, 1888, p. 033.

montagneux qui longe la côte entre Kampôt (Cambodge) et Chantaboum (Siam), où il croît déjà spontanément. Or, ce Vahr-angkôt n’est autre chose que le Parameria glandulifera Benth., que Pierre 1 a signalé déjà, en 1882, comme étant très abondant au Cambodge. L. Pierre en a coagulé lui-même le latex. Crozat et Fleury ont eu le tort de prendre pour des guttiers des lianes à caoutchouc qui fournissent d’ailleurs un produit d’une excellente qualité (voir p. 162).

Outre l’humidité du sol, le Palaquium gutta, en particulier, doit plonger ses racines dans l’eau. Sérullas, qui a pu les étudier, a remarqué que les Palaquium gutta affectionnent les ravins peu profonds où règne une humidité persistante ; ils croissent de préférence sur un sol argileux compact, recouvert d’une légère couche d’humus, audessus d’une nappe d’eau dans laquelle baignent les racines. Ces exigences multiples expliquent le Sort lamentable qui était réservé aux premières plantations faites dans l’Inde anglaise (1 848 ), à Bornéo (i 853 ) et à Sumatra ( 1 856 ). C’est à tort qu’on a prétendu que les Palaquium ne vivent qu’en plein soleil. Ces arbres, au contraire, préfèrent une lumière tamisée, et se rencontrent de préférence au milieu de grands arbres qui leur fournissent l’ombre qu’ils recherchent.

Somme toute, il ne faut guère songer à cultiver en grand les Palaquium en dehors de l’archipel malais, où ces arbres peuvent trouver toutes ces conditions réunies. Des plantations sont faites depuis quelque temps déjà. L’avenir nous apprendra ce qu’on est en droit d’espérer.

1. L. Pierre, « Note sur les arbres à caoutchouc et à gutta-percha de Cochinchine et du Cambodge». Excursions et reconnaissances, n° 11,

LA GUTTA-PERf.lIA.

D’après le D r Treub 1 , on peut parfaitement reproduire les guttiers par les graines, quoi qu’on en ait dit. En forêt cependant, la multiplication par graines est très limitée pour plusieurs raisons. La graine, même tombée à terre, germe facilement, c’est vrai, mais si la plantule ne rencontre pas un sol convenable, elle est condamnée à périr; la reproduction par graines et l’extension de l’espèce sont donc étroitement limitées par la nature spéciale du sol. D’autre part, la fructification n’a lieu que tous les deux ans et ne se produit que lorsque l’arbre a atteint l’âge de 3 o ans environ. Si l’arbre a échappé à l’exploitation, la plupart de ses fruits, avant d’atteindre leur maturité complète, sont mangés par les singes qui, paraît-il, en sont très friands. Heureusement, les troncs coupés pour l’exploitation (à i mètre environ du sol) poussent facilement de nombreux et vigoureux rejets, ainsi que Sérullas a pu le constater dans des forêts où l’exploitation avait cessé depuis longtemps.

Les marcottes se font aussi avec la plus grande facilité; le procédé par bouturage est celui que l’on emploie de préférence dans les serres ; il réussit parfaitement et, d’après le D r Treub, il est de beaucoup préférable au semis. A Penang et à Batavia, les boutures sont placées dans des noix de coco remplies de terre jusqu’à ce que les racines adventives soient suffisamment développées, puis on repique en pleine terre. Les boutures obtenues par cette méthode reviennent à environ 5 o centimes pièce.

La greffe est, paraît-il, impraticable à cause des champignons et des bactéries qui envahissent rapidement la blessure.

i. Cité par E. Obach.

Les conditions étroites en dehors desquelles les plantes . à gutta sont condamnées à dépérir ou à disparaître, montrent avec quel soin il faut étudier l’emplacement destiné à des plantations de gultiers. De plus, le choix de la plante à cultiver n’est pas sans présenter de sérieuses difficultés. A l’heure actuelle, on possède bien de nombreux documents sur la teneur en résine, les propriétés physique, chimique et électrique, sur la valeur industrielle des différentes sortes commerciales 1 . Mais ce que l’industrie réclame par-dessus tout, c’est une gutta qui résiste longtemps à l’action destructive de l’oxygène de l’air et dont la valeur diélectrique ne se modifie pas par le temps ; cela est d’une importance capitale pour la fabrication des câbles sous-marins. Il faut encore attendre de longues années avant d’être bien fixé sur ce sujet. L’origine botanique n’est pas encore absolument certaine à cause des nombreux synonymes; d’autre part, il faut attendre environ vingt ans, avant de songer à exploiter une plantation. L’Européen qui s’expatrie (surtout dans des régions aussi meurtrières pour la race blanche) n’entreprend guère de spéculations d’aussi longue durée; il fait une grosse fortune en dix ans ou il se ruine. Et qui peut affirmer que dans vingt ans, alors qu’une plantation sera en plein rapport, la gutta, si appréciée aujourd’hui, ne sera pas remplacée avantageusement par un produit de fabrication obtenu à vil prix ? Le planteur doit donc agir avec la plus grande réserve, et si une plantation de guttiers peut être une source de richesses, elle peut être aussi la source de bien des désillusions.

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