‹ Origine de l'imprimerie à Paris, d'après des documents inédits;Chapitre 19 sur 38 · IX. X. yENE^ Sylvii : 1"* De duobus Amantibus · texte numérisé non relu

IX. X. yENE^ Sylvii : 1"* De duobus Amantibus

2^ De MlSERIA CURIALIUM.

Envers et contre Topinion de quelques bibliographes, nous avons hésité un instant à placer ces deux opuscules au nombre des impressions sorties de Tatelier de Sorbonne en 1471, et cela pour le motif que nous allons exposer.

Le preniier de ces opuscules, qui ont dû être

imprimés à la même date, est un vrai roman entremêlé de descriptions parfois hasardées, souvent enflammées, qu^on peut se montrer étonné de voir sortir d^une plume de cardinal ; car ce roman eut pour auteur Mneas Sylvius Piccolomini, cardinal, et ensuite pape de 1458 à 1464, sous le nom de Pie II.

L'humeur de cet homme d'Église ne fut peut-être pas tout à fait ce que fut celle de ses frères en religion et en dignités sacerdotales ; on peut le croire si Ton s^en rapporte à ce que lui fait dire Platine, écrivain et biographe contemporain, au sujet du mariage des prêtres, à savoir que si on avait eu de bonnes raisons pour défendre aux prêtres de se marier, il y en avait encore de meilleures pour le leur permettre. Si Pie lia tenu ce langage, on comprend qu'il ait pu écrire le roman des Deux vrais Amants Eurial et la belle Lucrèce. D'autant plus qu'en vérité il racheta ce péché en composant ensuite un traité sur le remède d'amour : Epistolœ de amoris remedio.

Son roman eut un succès immense à la fin du xv^ siècle et dans le siècle suivant ; on en fît des éditions un peu partout; puis on le traduisit en français, en italien, en allemand, en espagnol, en anglais ; les traductions françaises furent très nombreuses, et plusieurs portent un titre affriolant, où l'histoire d'Eurial et de la belle Lucrèce est appelée récréative^ plaisante, délectable.

Mais tout en faisant la part de l'attrait que pouvait présenter cette histoire, tout en tenant compte

de la liberté d^allures tolérée môme au clergé sur la terre chaude de la péninsule italique, il est difficile de comprendre que ce produit d^une imagination méridionale, Fauteur eût-il été cardinal et pape, ait pu trouver asile dans l'atelier prototypographique parisien, sous le toit de la grave Sorbonne et Tégide des deux savants professeurs et théologiens qui veillaient sur le berceau de la typographie française. Comment croire que J. Heynlin et G. Fichet, qui passaient à juste titre pour les éditeurs, les parrains des volumes imprimés en Sorbonne, aient consenti à laisser supposer que eux, dont le choix ne s'était porté que sur des œuvres de premier ordre, avaient môle les Deux Amants d'iCneas Sylvius aux œuvres des Gasparino, des Salluste, des Platon, des Valla ?

Il y avait là un point qui nous paraissait douteux. Et c'est ce qui nous a fait penser un instant que le roman d'^^neas Sylvius aurait pu paraître plutôt dans le courant de 1472 qu'en 1471 et alors que J. Heynlin et G. Fichet, pour une raison quelconque, commencèrent à se désintéresser un peu des travaux typographiques de l'atelier de Sorbonne.

Mais le -caractère du roman des Deux Amants ayant encore une certaine fraîcheur qu'on ne retrouve pas généralement dans les volumes imprimés en 1472, nous avons renoncé à attribuer à l'impression de cet ouvrage la date de cette dernière année. Nous nous bornons, en conséquence, à ma-

nifester rétonnement qu'il est permis d'éprouver en rencontrant ce volume côte à côte avec les ouvrages qui ont marqué l'intervention active de J. Heynlin et de G. Fichet dans l'œuvre de l'atelier de Sorbonne.

Il est vrai qu'à côté de lui, et comme pour excuser sa présence dans cette collection sérieuse, apparaît le De Miseria Curtaltum aux allures plus doctes et plus orthodoxes. Mais cette excuse estelle suffisante pour de graves docteurs de Sorbonne? Nous ne le pensons pas, et J. Heynlin semble avoir été de cet avis, car le volume contenant l'histoire plaisante et délectable écrite par yCneas Sylvius ne flgure pas dans la collection de Bâle.

Ces explications préalables étant données, nous allons décrire les deux opuscules d'iïlneas Sylvius Piccolomini.

I. La Bibliothèque Nationale possède un exemplaire du De duobus Amantibus (1); c'est un in-4** sur papier, de quarante-quatre feuillets utiles, et vingttrois lignes à la page; il y a deux feuillets blancs au commencement et à la fin. Le volume est relié en maroquin rouge ; il porte un titre écrit collé sur le verso de la couverture : Histoire de Eurialus et de Lucrèce^ vrais amoureux.

L'opuscule est précédé de deux préfaces; la première est intitulée :

(1) Réncrve Y, «8, Aa.

JEnee Syluii pœtae lauréat! , in hystoriam de duobus amâtibus pfatio prima ad per qgenerosum milite Gasparem Slilc fœli^ citer incipit.

La seconde préface porte pour titre :

JEnte Siluii in historiam de duobus amanti% bus pfatio secunda ad Marianû Sozinû, sc^^ nensem, juris utriusqS pspicacissimum inter^ pretem jocunde incipit.

L'existence de ces deux préfaces dans le vovolume de Sorbonne indique que cette édition a été faite diaprés les deux plus anciennes connues, auxquelles les prototypographes parisiens les ont empruntées évidemment; la première de ces éditions est celle qui fut imprimée avec les caractères employés de 1467 à 1470 par Ulric Zell, à Cologne, et qui porte la préface ad Marianum So^inum; la seconde est celle qui fut imprimée avec les caractères deTherhoernen, aussi imprimeur à Cologne ; elle porte la préface ad militent Gasparem Slik, ou mieux Slich(l).

Les deux préfaces, dans l'édition de Sorbonne, occupent quatre feuillets ; la dernière ne dépasse pas la première page du dernier feuillet, au bas de laquelle commence le roman avec ce litre :

Aenee, siluii de duobus amantibus hysto^ ria perq iocunde incipit.

(1) V. Brunel, tome I, col. 66 et 67.

Le premier feuillet est orné d^une grande lettre initiale peinte en couleurs; les autres initiales sont peintes en couleur rouge ou bleue. Les capitales du texte courant sont touchées au pinceau, en couleur jaune.

Quelques lignes sont soulignées, mais on ne remarque qu'une seule annotation qui est écrite sur le dix-neuvième feuillet.

Au bas delà dernière page sont écrits deux vers latins, avec la traduction en français ainsi conçue :

« Heureux celluy qui pour devenir sage, « Au mal d'aultruy faict son apprentissage. »

L'annotateur a voulu ainsi tirer une morale du roman du cardinal.

Un exemplaire de cet opuscule se trouve aussi dans la Bibliothèque Mazarine (1). Il est relié avec le De Miseria Curialium et VEptstola ad Turcos écrite aussi par^^Eneas Sylvius,mais alors qu'il était pape, et imprimée à Rome vers 1473 avec les caractères employés par Philippe de Lignamine.

La reliure du volume est en maroquin rouge (Bradel) avec soie à l'intérieur. Les tranches sont dorées. Les feuillets sont numérotés au crayon ; en tète, se trouve un feuillet blanc en vélin.

Cet exemplaire porte les mômes enluminures que celui de la Bibliothèque Nationale, à celte exception près que les capitales du texte ne sont pas tou-

(I) Bibl. Maz.,n« 11,104, Incunables.

chées au pinceau. On y remarque quelques annotalions d'une écriture contemporaine.

Nous avons déjà dit que le roman d'yf^lneas Silvius édité en Sorbonne ne se trouve pas dans la collection de J. Heynlin, conservée dans la Bibliothèque de Bâle; il est évident qu'un pareil ouvrage n'aurait pu prendre place dans la Bibliothèque de la Chartreuse, héritière des livres et manuscrits de J. Heynlin ; mais ne peut-on pas supposer aussi, comme nous l'avons fait, que ce dernier ne voulut pas le placer dans sa propre collection ?

Il est assez singulier que ni Brunet, ni Auguste

Bernard n'aient vu le roman des Deux Amants conservé dans deux Bibliothèques de Paris. Le premier ne le cite que d'après Dibdin, qui en a donné une description (1).

Le second, ainsi que le fait remarquer M. Madden, a refusé de croire Dibdin. Il est vrai que Chevillier ne parle pas davantage de cet opuscule.

Le catalogue de Gaignat en cite un exemplaire sous le n° 2,230(2) qui pourrait bien être de l'édition de Sorbonne. Mais à coup sûr il se trompe, lorsqu'il attribue cette provenance à un autre exemplaire contenant plusieurs opuscules du môme genre (n® 2,229) : Editio primaria^ dit-il, veitis Parisiensis^ characteribus Uldalrici Germg excusa absque ullâ

(1) Bibliographical tour, etc., lomc III, p. 502. — V. Brunel, lomel, col. 67.

^2) Gaignat, tome I, p. 543.

loci et anni indicatione; in-4^ m. r. Il s'agit d'un petit volume qui porte ce premier titre :

Francîsci Florii Florcntini de amore Camil^t 11 et Emilie aretinorum ad Guillermum tar^ diuum prologus féliciter incipit.

Ce volume a été imprimé à Paris, en effet, mais non par Gering ; il est sorti des presses de deux des élèves de ce dernier, Caesaris et Slol, qui créèrent un atelier quand celui de Sorbonne n'exista plus.

II. Le second opuscule d'^Eneas Sylvius, tiré en Sorbonne et intitulé : De Miseria Curialium^ existe aussi à la Bibliothèque Nationale (1); il a dû être imprimé en même temps que le premier. C'est un volume in-4® de trente-quatre feuillets utiles et vingttrois lignes à la page, avec deux feuillets blancs en vélin au commencement, et deux feuillets en papier â la fin ; il est relié en maroquin rouge, avec de petits Traités manuscrits, postérieurs à l'imprimé, qui occupent cinq feuillets dont deux en vélin; il provient du couvent des Célestins de Sens.

Le texte commence par ce long titre :

Aeneae Siluii pœtae laureati (cui & pro pontificali dignitate Pio nomen est) in disputationë de curiallû miseria, ad per% spicacissimû iurisconsultû lohannë Ech, serenissimi,diuiq3 principis, Alberti, cas%

(1) Réserve Z.

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