‹ Origine de l'imprimerie à Paris, d'après des documents inédits;Chapitre 32 sur 38 · XX. Spéculum Humante Vit^e. — In-fol · texte numérisé non relu

XX. Spéculum Humante Vit^e. — In-fol

L'auteur de cet ouvrage est Tévtque espagnol Rodriguez ou Sanchez de Arevalo, titulaire des sièges épiscopaux d'Oviedo, de Zamora, de Calahorra et de Placentia, et qui fut gouverneur du château Saint-Ange, à Rome, sous Paul II. Son Spéculum humanœ vitœ est un traité de morale qui obtint une grande renommée dans le xv* siècle ; il fut imprimé pour la première fois à Rome, en 1468, par Sweynheym et Pannartz, et dès lors il eut une quinzaine d'éditions.

Nos prototypographes parisiens, en l'éditant eux-mêmes, sacrifièrent à l'engouement de l'époque; ce dut être vers la fin de l'année 1472 qu'ils imprimèrent ce volume dont le caractère est fatigué. C'est un in-folio de cent trente-neuf feuillets utiles, de trente-deux lignes longues à la page. Il commence par te titre suivant :

Ad sanctissimû & beatissimû dominû , dominû Paulû Secundû Pontificê Maximû? liber incipit dictus Spe% culum humanas uitas .(Quia in eo cuncti mortales in quouis fuerlnt statu uel officio spirituali aut tpali/ speculabunt eius artis et uitas prospéra & aduersa / ac

recte uiuêdi documenta) editus a Rodorico zamorensi & postea Calagaritano hispano, eiusdê sanctitatîs in Castro suo Sancti Angeli castellano.

Les huit premiers feuillets contiennent la lettre dédicace à Paul II, la préface, la table des chapitres.

Vient ensuite le texte de Touvrage, divisé en deux livres, dont le premier a quarante-trois chapitres, et le second trente. Ce texte occupe cent vingt-sept feuillets utiles. A la fin, se trouvent les vers suivants :

Edidit hoc linguae clarissima norma latinae !

Excelsi ingenii uir Rodoricus opus.

Qui norma angelicaest custos bene fidusin arce/

Sub Pauli ueneti nomine pontificis.

Claret in Italici Zamorensis episcopus ausis

Eloquii/ it superos gloria parta uiri.

M. Madden fait observer (1) que dès l'édition de 1468, les éditeurs, se copiant les uns les autres, ont reproduit ces vers avec des fautes qui les rendent incompréhensibles; ils avaient écrit tir/e pour arce au troisième vers, et id pour it dans le dernier. Nous ferons observer à notre tour que ces fautes n'existent pas dans l'édition de Sorbonne ; mais on en a laissé une autre importante au troisième vers, où, au lieu de Qin norma angelica, soit Que norme angelice, comme l'ont imprimé quelques-uns, il faut lire Qui Romœ angelicœ. Sans ces rectifications les vers sont incompréhensibles, mais grâce à elles

(i) Ouv. cité, p. 190.

on peut arriver à traduire les distiques avec un sens clair.

Après le texte de Rodriguez, vient une table alphabétique des matières, qui occupe quatre feuillets. Cette table porte Fintitulé suivant :

Incipit repertorium siue Tabula per alphabetum ad faciliter recipiendas materias in presenti libro Dicto Spéculum Humanse uitae.

A la fin de la table on lit :

Finis fœlix atq3 optatus illius breuis tabulae siue repertorii per alphabetû, in presentem libr^ spéculum humanas uitas nuncupatum ;

La Bibliothèque Nationale possède trois exemplaires du Spéculum humanœ vitœ. Le premier (1) est un magnifique volume, réglé, relié en maroquin rouge, à pleines marges et doré sur tranches. 11 provient de la Sorbonne dont il porte le cachet. Les enluminures dont cet exemplaire est orné sont particulièrement soignées et méritent une description détaillée. La première page est d^un très bel aspect ; la lettre S initiale est finement dessinée et peinte en couleurs bleue, rouge et jaune ; il s'en détache une tète coiffée d'un bonnet vert de l'époque, et au-dessous est accroupi un griffon. Sur la marge de gauche et celle du bas se déroulent les

(1) Bibl.nat., Réserve R., 578.

branches d'un arbre noueux très bien dessinées et peintes délicatement ; autour de cet ornement, et sur la marge du haut, se trouve une dentelle peinte en or et en couleurs avec un bouquet de fraises admirablement faites.

Sur la première page du livre I, on remarque la lettre initiale N peinte en or et en couleurs ; le bouquet de fraises y est reproduit, et le jambage de gauche est formé par un animal gris au corps de salamandre, à la tête garnie de longues oreilles, et avalant une femme ; ce dessin original et fantastique est très bien exécuté. La marge de gauche est ornée d'une dentelle.

La première page du livre II est aussi remarquablement ornée. La lettre initiale M, peinte en or et en couleurs, est aussi très originale ; les deux jambages de droite et de gauche sont formés par deux animaux semblables à celui qui est peint sur la première page du livre I ; leurs corps sont perpendiculaires, la tète en bas, se mordant la queue ; le jambage du milieu est formé par les cols allongés des deux animaux, enlacés en forme de tresse. Les marges de gauche, du haut et du bas sont ornées d'une dentelle.

Les autres initiales du texte sont peintes en couleur rouge ou bleue, et toutes les capitales sont marquées au pinceau, en couleur jaune.

Quelques annotations existent dans les marges du livre I de ce volume remarquable. Au chapitre XXIX du même livre, on trouve la correction, faite

à la main, d^une erreur de composition et se rapportant à un renvoi à des chapitres précédents : au lieu de renvoyer aux chapitres XV et XVI, il fallait écrire chapitres XXI et XXII.

Le deuxième exemplaire de la Bibliothèque Nationale (1) est relié en veau fauve, tranches de môme couleur ; il porte sur le plat, repoussé en or, le cachet de la Bibliothèque de Saint- Victor, de Paris. Les grandes initiales de la première page et des deux livres sont peintes en or et en couleurs, Tor ayant cet éclat qu*on ne sait plus lui donner aujourd'hui. Les autres initiales du texte sont peintes en couleur rouge ou bleue. Les paragraphes sont indiqués par un signet aussi bleu ou rouge. Cet exemplaire, bien que moins orné que le premier, est très beau ; il a les marges pleines et est bien conservé.

Le troisième (2) est relié en veau ordinaire, tranches grises ; il porte le cachet ancien de TAcadémie des Sciences, Lettres et Arts de Lyon. Les quelques enluminures qu'on y voit sont très grossièrement exécutées; elles ne portent pas la marque d'un enlumineur de profession .

La Bibliothèque de Bâle possède deux exemplaires du Spéculum humanœ vitœ de l'atelier de Sorbonne. Le premier (3) provient de J. Heynlin; il est réglé et porte une reliure ancienne, celle des

(i) Réserve R, 576.

(2) Réserve R, 587.

(3) Bibl. de Bâle, s/s D. III. 10.

livres de la Chartreuse de Bâle. Les grandes initiales sont peintes en or et en couleurs sur un fond bleu et lie de vin. Celles du texte courant sont bleues ou rouges. Cet exemplaire est bien conservé.

Le deuxième exemplaire (1), qui est réuni à plusieurs autres incunables, est moins beau que le précédent. Il provient de la Chartreuse de Bâle qui le tenait, apprend une note manuscrite, du chapelain de l'église de Bâle, Nicolas Blavstein, alias Gurung de Blauenstein.

Un exemplaire existe aussi dans la Bibliothèque de Vienne, en Autriche.

Cette édition de Sorbonne a été citée par Hain, n** 13,925; par Panzer, tome II, p. 272; par le deuxième catalogue de Crevenna, n*" 1,795. Brunet cite plusieurs éditions du Spéculum humanœ vitœ faites dans la fin du xv* siècle, et notamment celles qui sont sorties des ateliers typographiques de Paris, créés après celui de Sorbonne; mais il ne parle pas de l'édition faite par ce dernier.

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