XXI. — SopHOLOGiuM Jacobi Magni. — In-fol
L'auteur de cet ouvrage, Jacques Legrand, est né à Toulouse dans le milieu du xiv® siècle; il acquit une certaine réputation en Italie comme professeur de philosophie et de théologie, et ensuite à Paris
(i) Bibl. de Bâle, F. NP. IV. 40.
comme prédicateur. Il fut, ainsi que la plupart des ecclésiastiques un peu en vue à cette époque, mêlé à quelques événements politiques ; ce fut lui que les Armagnacs, après l'assassinat de Charles d'Orléans, envoyèrent auprès du roi d'Angleterre pour demander son aide contre Jean sans Peur. L'ouvrage qu'il composa sous le titre ci-dessus est un choix de sentences, d'opinions, de jugements pris dans un grand nombre d'auteurs, à l'effet de donner à l'homme une bonne direction morale, a pour enseigner la voye et le chemin, que l'homme doibt tenir en ce monde durant le temps de sa calamiteuse vie » est-il dit dans le titre d'une des nombreuses traductions qui en ont été faites.
Le Sophologium de Jacques Legrand, qui eut un certain succès, a été imprimé en Allemagne antérieurement à 1472; on en connaît deux éditions imprimées avant cette année avec des caractères attribués à divers imprimeurs et dans lesquelles on remarque la forme singulière de la lettre capitale It (1). Ces éditions ont deux ccnl dix-sept feuillets, comme celle de l'atelier de Sorbonnc, ce qui a fait dire à M. Madden que celle-ci a pu être composée sur une des premières. Nous croyons
(i) Les éditions à VR bizarre sont plus anciennes que beaucoup ne Pont pensé. La Bibliothèque de Bâie possède un volume à VR (Duranti Rationale divinorum officiorum) qui, d'après une note manuscrite, a été acheté en 1464 pour la Faculté des Arts de T Université bâloise. On trouve aussi à la Bibliothèque Nationale de Paris un Raban Maur, à la lettre R bizarre, qui a été imprimé avant 1467. L^ancien possesseur de ce volume, Ambroise de Cambrai, dans une note manuscrite, dit qu'il Ta acheté le 20 juillet 1467.
plutôt que Fédition de Sorbonne a été faite sur un manuscrit de Paris, car si on compare les éditions allemandes avec la nôtre, on s'aperçoit que les deux textes ne sont point toujours semblables. C'est ainsi qu'un passage écrit à la main sur le cent quatrevingt-septième feuillet, de l'édition de Sorbonne, et que nous signalons ci-après, n'est pas tout à fait celui qu'on trouve dans les éditions allemandes; cette différence peut provenir de ce fait, que le compositeur allemand et le compositeur parisien ont travaillé sur des manuscrits différents. L'édition de Sorbonne pourrait donc être une édition jt^rfiicqi?^. La Bibliothèque Nationale possède un exemplaire du Sophologium de Sorbonne (1). C'est un volume in-folio de deux cent dix-sept feuillets, relié en maroquin vert, le dos en veau fauve, avec les armes deCondé sur le plat; il a les tranches dorées; les marges sont larges, quoique rognées. Il commence par la table des chapitres occupant trois feuillets et portant cet intitulé :
Sequit tabula capitulorum istius libri.
Le texte de l'ouvrage commence par ce tilre :
Doctissimi atq3 excellentissimi patris/ sacrai^ Huerai^ doctoris deuotissimi.^ fratris lacobi magni.' religionis fratrum Heremitai^ sancti Augustin! Sophologium indpit. Cuius principalis intentio est inducere legë:^ tis animum ad sapiemiae amorem.
(1) Bibl. Nat., Réserve D, 2,019.
Suivent dix livres, dont le dernier se termine sur le recto du deux cent dix-septième feuillet avec cette ligne :
lacobi magni Sophologium finit fœliciter ;
Sur le verso de ce feuillet se trouve une pièce de vers, de cinq distiques, intitulée :
Epigramma ad huius operis conspectorem.
On remarque plusieurs corrections manuscrites dans ce volume. Sur le quatrième feuillet, soit la première page du texte, à la dernière ligne, Timprimé portait: Prœposui (inquit)illa linguis et sedibus; on a remplacé linguis par regnis, correction faite à la main, et imparfaitement, car on a oublié de transformer Vu en n. Les éditions d^Allemagne portent bien regnis.
Le verso du cent quatre-vingt-septième feuillet se termine par une ligne écrite à la main qu^on a dû ajouter pour compléter le texte :
qssima ingénia habcrêt, maluêrt suis moribsqS legibs.
On avait d'abord écrit ingenua^ puis on a gratté Vu pour le remplacer par un /. Tous les exemplaires connus portent ingenua comme on va le voir.
Vers la fin du recto du cent quatre-vingtonzième feuillet, dans la phrase : per biennium remansit (Jules César) inimicuSj ce dernier mot a été corrigé en marge où on a écrit invictuSy ce qui
est correct. Certaines éditions portent invituSy comme quelques autres écrivent bien invictus.
Ce membre de phrase fait partie d^un passage attribué à Valère-Maxime par Jacques Legrand, et d'après lequel Jules César aurait eu le privilège enviable d'être devenu invincible pour avoir empêché le pillage des temples, privilège qu'il perdit pour avoir lui-même envahi le temple de Delphes. M. Madden fait observer (1) qu'une pareille assertion ne se trouve pas dans Valère-Maxime ; Jacques Legrand, dansTintérôlde la conservation des biens de l'Église, a donc inventé à plaisir cette histoire merveilleuse, sans prendre garde que lui, catholique, semblait attribuer ainsi aux dieux païens une puissance que sa foi lui défendait de reconnaître.
L'exemplaire du Sophologium de la Bibliothèque Nationale ne porte aucun ornement; l'espace réservé aux grandes initiales est resté blanc. Les livres sont numérotés à la main, à l'angle droit de chaque recto des feuillets ; les deux cent dix-sept feuillets sont aussi numérotés, mais d'une écriture plus moderne. Les cahiers ont dix feuillets et sont eux-mêmes désignés par les signatures A. B. C. D., etc.
Le caractère de cet ouvrage est très fatigué et celui-ci doit être le dernier imprimé en Sorbonne.
La Bibliothèque Sainte-Geneviève, de Paris, possède deux exemplaires du Sophologium (2). Le
(1) Ouv. cité, p. i9i.
(2) Bibl. Sle-Geneviève, CE, 9/ii
premier est incomplet et taché dans les derniers feuillets ; il y manque le premier feuillet ; les vingt-cinquième et vingt-sixième sont faits à la main. Cet exemplaire est réglé ; il est relié en parchemin blanc (reliure moderne), avec les tranches rouges; les feuillets sont numérotés à la main, au nombre de deux cent seize; le numéro des livres est écrit à Tencre bleue et rouge, au milieu de la marge du haut de chaque recto, avec la lettre L sur chaque verso des feuillets. La correction signalée plus haut au quatrième feuillet (regnis au lieu de linguis) n^est pas faite dans cet exemplaire, pas plus que celle du cent quatre-vingt-onzième feuillet. La ligne ajoutée à la main, à la fm du cent quatre-vingtseptième feuillet, porte le mot ingenua sans grattage.
Les grandes initiales des livrés sont peintes assez grossièrement en couleur rouge et bleue, ainsi que celles des chapitres, plus petites. On y remarque des annotations nombreuses dans les marges. Sur un feuillet, ajouté en tète du volume, un bibliothécaire de Sainte-Geneviève a écrit une note sur Jacques Legrand et les éditions diverses de son ouvrage, en signalant que celle de Sorbonne est restée inconnue à Maittaire ainsi que celle de Lyon, imprimée par J. de Vingle en 1495, et conservée dans la Bibliothèque du Roi.
Le deuxième exemplaire appartenant à Sainte- Geneviève est aussi incomplet; il y manque le troisième feuillet du livre V, lacune qu'on semble avoirvoulu cacher en corrigeant la première ligne du
quatrième feuillet, comme pour en faire une tète de chapitre; Tavanl-dernier feuillet du volume manque aussi. Cet exemplaire est relié en veau fauve, avec les tranches naturelles ; il porte, repoussé en or sur le plat de la reliure et dans l'intérieur, à Tencre noire, le cachet de la bibliothèque de Saint-Victor, de Paris. Livres et feuillets ne sont pas numérotés et aucune initiale n'a été faite; les corrections manuscrites sont les mêmes que celles qu'on remarque dans l'exemplaire précédent ; on n'y voit pas d'annotations, quelques lignes seulement sont soulignées à Tencre noire. Cet exemplaire est assez bien conservé, quoiqu'il soit piqué des vers dans les derniers feuillets.
La Bibliothèque de Bâle possède l'exemplaire de J. Heynlin (1) ; il est réglé et relié avec plats en bois recouverts de parchemin avec dessins repoussés (reliure de Paris, contemporaine) ; les corrections manuscrites sont semblables à celles des exemplaires de Sainte-Geneviève ; il n'y a pas d'ornements exceptionnels; les grandes initiales sont peintes en couleur bleue ou rouge, dans un style assez original, comme celles du Térence de la même collection.
La Bibliothèque publique d'Oxford possède un exemplaire de cet ouvrage (2).
Le Sophologium de Sorbonne est cité par Hain, n** 10,473, par Panzer, tome II, p. 272.
(1) Bibl. de Bâle, K. G. I. 5.
(2) Bibl. d'Oxford, auct. 6. 2 V. 33.
Les catalogues de Crevenna et de La Vallière n^en font pas mention. Brunet en donne une courte description (1) et cite les prix auxquels il a été vendu dans les enchères suivantes : Brienne-Laire, 32 francs; salle Sylvestre, en octobre 1825, 35 francs. Il se vendrait sans doute plus cher aujourd'hui.
(1) Brunet, tome III, col. 1299.