ÉTABLISSEMENT DK LÉCOLE POLYTECHNIQUE AU COLLÈGE DE NAVARRE
1806 L'étude (les nialhëmatiques était moulée alors à un si haut période, qu'elle égalait, dans cette université, celle de la littérature. Les élémens de Clairaut % enseignés dans l'école
* (Alexis-Claude), géomètre céKbre. Né à Taris, le 7 mai 1713. A 10 ans, il lisj'.it les Seclions coniqites du marquis de l'Hôpital. En 1726, seulement âgé de I2 ans 8 mois, il présenta à l'Acadéujie des sciences de Paris un Mémoire sur quatre co\nbes douées de propriétés remarquables. A neuf ans, il savait assez de fortification pour suivre les développemens d'un simulacre de siège qu'on fit en 1722, au camp de Monlreuil, prés Paris, pour l'instruction du jeune roi. A lô ans, il (euait une place lionor;4b!e dans une société de savaiis et d'artislcs où se tiouvaienl réunis la Condamine, Noilcl, Julien Leroy, etc. En 1731, il fut demandé au roi une permission spéciale pour ([iie le jetme Clairaut, âgé seulement de is ansi, put faire partie de l'Acadéinie des sciences , les statuts ne permettant cette admission qu'à l'âge de 21 ans. Cette dispense ayant été accordée, il fut admis à l'Académie. Les /s/'-tnerii de f}éowétn'c f]>i'il (iiiMia f ircn! l'analyse dos levons de
des poals et chaussées, au milieu du dernier siècle ; et les livres de Camus *, de Bezout ** et de Bossut * * ' dans les écoles du génie , de marine et d'artillerie, étaient bien effacés par les leçons transcendantes des simples lycées. Cette étude avait acquis un bien plus haut degré de perfection encore dans l'école Polytechnique.
Au cours de géométrie descriptive en fut ajouté un autre d'élémens de machines, A ce-
géométrie que Clairaut donna à la marquise duChastclet, amie de Vollaire. Il fut du nombre des académiciens qui allèrent en Laponie mesurer un degré du méridien. Il eut pour disciple l'illustre et malheureux Bailly, mort le 17 mai 1765.
• Né à Cressy en Brie, le 2oaoùt 1699. Il fut du nombre des académiciens envoyés dans le noid pour déterminer la ligure de la terre. Mort le 2 février 1768.
'* Né à Nemours, le 31 mars 1730. Son manque de fortune le força à donner des leçons parliculicres de nuUlicmaliques. En 17:;8, ilfut nommé membre de l'Académie des sciences. Condorcet, dans l'éloge qu'il fit de ce géomètre, mentionne un trait de courage qui fait honneur à Bez.out. Deux aspsrans de marine, à Toulon, avaient la petite vérole , qui à cette époque épargnait peu ceux qu'elle atteignait. Bezout ne l'avait pas eue, et cependant, pour ne pas relarder d'une année l'avancement de ces deux élèves, il alla les examiner à leur lit, malgré le danger qu'il y avait de contracter celte maladie à un âge déjà assez avancé. I^îort le 27 septembre 1783.
*'* Né à Tarlaras, département du Nord, en 1730. Mathéma liclen célèbre. Nommé, à 22 ans, corres|)ondanl de l'Académie des sciences. [| partagea des prix avec Euler de Bernouilli.On a de lui un(! Histoire des ma/liématliiques, faite pour les gens du monde. Il a public les OEuvres complètes de Pascal. i\ est mort à Paris, en ist4.
lui ù'art mililnirO; ilonl ne pouvaient se dispenser des élèves devenus soldats, on joignit celui de topographie, qui leur convenait bien plus comme ingénieurs, et enfin le cours des constructions civiles fut augmenté de celui des mines.
Pour résahlissement de cette école au collège de Navarre, le passage par dessus la rue Clopin et les vieux bàlimens voisins avaient été abattus. Il en fut élevé d'autres vers la rue des Fossés-Saint-Yiclor. La rue Clopin fut fermée et donnée à l'école avec le collège de Boncours et autres maisons voisines qui se trouvèrent à sa bienséance, en dédommageant les propriétaires. Ses limites furent les rues Montagne-Sainte-Geneviève, Bordet, Traversine et Bon-Puits. Une nouvelle rue, dite de Clovis, fut percée depuis la place Sainte-Geneviève sur la longueur , et l'emplacement de l'ancienne église actuellement démolie, pour isoler l'école et tenir lieu de la rue Clopin.
La chapelle du collège fut ti'ansformée en salle de physique, bibliothèque, magasin. Les élèves furent logés dans le grand bâtiment neuf. Les autres lieux devinrent des salles de travaux, d'exercices, de leçons et d'arts. L'école fut chargée, en 1810, de fournir des sujets aux poudres et salpêtres, ainsi qu'au corps
des ingénieurs des mines; obligation qui rendit plus indispensables l'enseignement et la pratique de la chimie^ même à ceux des élèves de l'école qui paraissaient avoir le moins besoin de celte connaissance ; par exemple, les ingénieurs-géographes, créés par une loi de 1809, pouvaient en faire usage pour les aérostats dans leurs reconnaissances et leurs relevés.
D'après les observations faites sur les tra- isti vaux de l'école pendant l'année 1811, il fut arrêté, l'année suivante, parle conseil de perfectionnement : r Que les élèves feraient un plus grand nombre d'épreuves de géométrie descriptive, de machines et de topographie ; 2° que les professeurs de topographie de Metz seraient invités à se concerter avec ceux des ingénieurs-géographes, pour que la méthode d'enseignement de la topographie fut uniforme dans tous les services. .
Telle était enfin la grande utilité de cette isia école, et tel le degré de capacité des élèves qu'elle formait, qu'en 1813 le ministre de l'intérieur garantissait au Corps législatif que l'école Polytechnique donnait tous les ans aux écoles spéciales de génie militaire et maritime, d'artillerie de terre et de mer, des ponts et chaussées et des mines, cent ciiiquanle sujets
(léjhrecommanclables par leurs connaissances.
i«ii Toutes ces occupations scientifiques des ('lèves furent interrompues par l'ordie qu'ils reçurent de marcher contre les troupes étrangères. Le bataillon de l'école Polytechnique avait montré h la défense de Montmartre une intrépidité digne d'un meilleur sort. Le gouvernement de Louis XYlIl confirma l'école, et y créa , par une ordonnance du 6 juin , concernant Vorganisation du dépôt de la marine , quatre places d'élèves ingénieurs-hydrographes , assimilés aux élèves du génie maritime.
L'année scolaire de 1814 à 1815 avait vu paraître les programmes d'instruction et ceux d'admission. Les examens avaient eu pour résultat le passage des élèves sorîans aux écoles spéciales de services publics, et leur remplacement par les nouveaux admis à l'école, quand tout à coup l'apparition de l'Empereur électrisa de nouveau les élèves qu'il passa en revue
1815 le 28 avril 1815. Après les cruelles secousses que la France éprouva à cette époque, l'école, continuant ses travaux, termina son année scolaire et publia, dans le Monileur du 6 août 1815, sous le litre d'Ecole royale, \\\\ programme qui est un monument qui détermine le degié d'instruction qu'elle demandait dans
les candidats qui se présenleraient, cette année, pour être admis au nombre de ses élèves. Ce fut ensuite, comme pour lannée de 1816 à 1817, avec quelques changemens peu considérables; c'étaient : rarithmétique et le nouveau système décimal , l'algèbre jusques et y compris la résolution des équations du second degré et des équations numériques par approximation; le binôme de Newton, démontré pour les exposans entiers positifs ; la méthode des diviseurs commensurables , des racines égales et l'élimination dans les équations à deux inconnues ; les proportions progressives, logarithmes et l'usage des tables; la géométrie, la trigonométrie rectiligne et les tables de sinus; les équations linéaires des deux premiers degrés et les sections coniques ; la statique synthétique appliquée aux machines simples; la grammaire française et latine, et les éléraens du dessin. Ces conditions excédaient le degré d'instruction mathématique auquel on pouvait tout au plus espérer d'atteindre dans l'Université de Paris, h en juger par les élémens de Mazéas qui y étaient le plus suivis; cai- ils avaient remplacé ceux de Rivard : ceux de la Caille seuls ne paraissaient pas assez développés , et les additions de Marie étaient tiop fortes. Si donc
on compare les différentes périodes de celte science , dans la série des temps de son enseignement, on trouvera qu'elle avait autant acquis depuis l'établissement de l'école Polylliecnique jusqu'à l'an 1816, où deux de ses élèves emportèrent au concours deux des places d'ingénieurs-hydrographes créées par le roi , qu'elle avait gagné depuis les leçons du célèbre et malheureux Ramus au collège royal, jusqu'à l'extinction de l'Université. Les temps qui précèdent ne méritent pas d'entrer en compte, dans l'évaluation des degrés de ce genre de connaissances. Le conseil de perfectionnement, ajoutant aux programmes d'enseignement des années précédentes pour les leçons de l'École, dans sa session de 1815 à 1816 . renferma tous les cours pour les deux années du cours complet , dans ceux danalyse , de calcul difiérenliel et intégral , d'analyse appliquée aux trois dimensions de trigonométrie sphérique , de géométrie desciiplive et ses applications aux diverses épures, de mécanique et de statique analytique, et de physique générale et particulière pour la première année ; et dans ceux d'intégralioiis transcendantes, de lignes et de surfaces à double courbure, des coupes, de la dynamique, (le l'acouslitjue et de ro[){iquo <iaiis la
seconde. La chimie générale et appliquée aux arts, avec les manipulations, dans toute la durée des deux années. La première année comprend encore un cours de géodésie, précédé d'une introduction astronomique , la mesure des terrains , les projeclions des cartes géographiques et le dessin topographique ; et la seconde un cours d'art militaire, de castramétation et de fortification. Un cours d'architecture dans toutes ses parties s'étend sur les deux années de la carrière polytechnique, ainsi que l'enseignement du dessin , de l'imitation à vue, de la figure humaine, de l'ornement et du paysage. La grammaire et la logique dans la première année , suivies de la littérature avec l'histoire dans la seconde , couronnent, cet enseignement si rempli de choses, qu'il est bien difficile que les auditeurs puissent prendre plus qu'une idée bien fugitive des connaissances littéraires, s'ils n'en ont pas été instruits par des études pré- Hminaires. A la vérité, avant de les admettre, on leur faisait traduire quelques phrases de lai i II en français. Mais pcnse-t-on que cela puisse suffire, s'ils n'avaient pas fourni la carrière ordinaire des éludes dans les collèges?
InsuLordination des élèves. — Suspension de l'Ecole.
1816 Si , pour fonder une ville , on doit , selon Platon, dans son sixième dialogue sur les lois, commencer par invoquer la divinité et la prier d'exaucer les prières qu'on lui adresse pour qu'elle se montre propice et inspire les meilleures lois à suivre , élever des temples et y établir des revenus et des prêtres pour des sacrifices divins, cette obligation ne doitelle pas être également observée dans un établissement d'éducation publique , destiné à former des citoyens utiles h l'État?
L'exemple de l'école Polytechnique est une preuve de cette vérité si bien exposée par Platon au commencement de son premier dialogue où il dil encore : Que la divinité seule est la source des bonnes lois , et que sans elle il n'y a ni lois ni aucune raison pour leur obéir.
Les élèves, préoccupés des vérités qu'ils puisaient dans un enseignement transcendenta] , refusèrent de se soumettre à des pratiques religieuses qui tendent à démontrer la vanité et la faiblesse de l'esprit humain. Cependant, en ne citant que les philosophes païens , il est aisé de prouver combien il est
important de donner pour fondemens à l'instruction le respect et la crainte de la divinité créatrice. Plularque déclare que la religion est la base des lois et le lien de toute sdf iété. Il ajoute qu'on retombera dans la vie sauvage quand on niera la providence divine. Aristole met au nombre des trois sortes d" injustices, dans son Traité des vertus et des vices, l'impiété qui consiste à ne reconnaître ni honorer la divinité , qui est la loi répandue en tous les hommes, et de qui et par qui tout nous a été donné *, et dont enfin tous les hommes ont la conviction**. Cicéron s'est exprimé de même dans ses œuvres philosophiques.
Ne nous étonnons donc point si les premières institutions qui ont eu pour objet l'éducation de la jeunesse ont fait de la religion la base de l'instruction et de la conduite morale et civile. Les plus anciens instituteurs des hommes, ceux qui les ont fait sortir des forêts, pour les rassend)ler en sociétés, n'ont pu les persuader qu'au nom de la divinité. Orphée a chanté les Dieux avant qu'Homère eût célébré les héros; et les druides initiaient nos pères à leurs mystères sacrés avant que les bardes
* L. de 3Iundo, c. Vï.
** L. de CcbIo, c. m.
vinssent enflammer les courages par le récit des victoires des Bellovèse, des Sigovèse et des Brennus.
La jeunesse, considérée sous le rapport de ces nations naissantes, ressemble h l'homme de la nature, avec celte différence qu'elle remplace la férocité de l'état sauvage par la corruption de l'état civilisé. « Un jeune hom- » me, dit toujours Platon {Lib. 1, dcLeg.)yest » le plus intraitable de tous les animaux, s'il » n'est pas bien dirigé; car, étant sans expé- » rience, il commettra plus de maux que les » bêtes féroces. Il faut donc l'instruire et le )) châtier s'il manque. Or, nous ne regardons » comme véritable inslruction que celle qui » apprend à devenir meilleur. »
Dès l'origine de l'école, on s'était moins occupé de rendre ses élèves meilleurs, dans le sens da Platon, qu'habiles dans les sciences du siècle. Prévenus des idées du temps, ils en conservaient l'impression ; et comme s'ils eussent été encore sous le régime de 1805, ils portèrent l'insubordination jusqu'à obliger enfin l'autorité à suspendre les exercices de l'école, par l'ordonnance suivante, du 13 avril 181G.
« Nous avions reconnu l'utilité de l'école Polytechnique pour les progrès des sciences et
des arts, .et pour l'améiioraiioii des services publics. Nous avions ordonné à nos ministres secrëlaires dÊlat aux dëparîemens de la guerre et de l'intérieur de nous soumettre une nouvelle organisation de cet établissement, afin d'étendre ses avantages, de lui donner un nouvel éclat, et de le porter à la perfection dont il est susceptible.
» Mais la désobéissance récente et générale des élèves de cette école aux ordres de leurs chefs , en même temps qu'elle nécessite une prompte répression et un exemple pour l'avenir, vient de nous prouver que ces élèves, s'ils étaient introduits dans les services publics, y porteraient l'esprit d'indiscipline dont ils sont animés.
» A ces causes, et sur la proposition de nos ministres secrétaires d'État au département de la guerre et de l'intérieur, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : 1° Les élèves de l'école royale Polytechnique sont licenciés; ils se rendront dans leurs familles ; ils recevront des feuilles de route et une indemnité sur les fonds de l'école; 2" Il nous sera rendu compte du petit nombre des élèves qui n'ont pas pris part au dernier acte d insubordinat on, nous réservant de statuer à leur égard lorsque l'école sera rétablie et recomposée par
nos ordres; 3" Les officiers de l'état-major et les employés mililaires cesseront leurs fonctions h l'école après le licenciement, et recevront de nouveaux ordres de notre ministre de la guerre ; le quartier-maître y restera jusque après la reddition de ses comptes ; 4° Los instituteurs , adjoints, répétiteurs, maîtres et autres agens de l'instruction recevront provisoirement, et jusqu'à nouvel ordre, la moitié de leurs traitemens; 5" L'administrateur, le bibliothécaire, l'aumônier et les employés subalternes continueront provisoirement à recevoir la totalité, et à résider à l'école, pour veiller à la conservation de l'établissement et de tout le matériel; 6° Une commission, composée de cinq membres, sera nonnnée immédiatement par nos ministres secrétaires d'État de l'intérieur et de la guerre, pour préparer une nouvelle organisation de l'école. »
Par un dernier article de l'ordonnance du 4 septembre, les élèves présens à l'école à l'époque du licenciement, seront admis en 1817 aux examens des écoles d'application, en justifiant de leur bonne conduite et de la continuation de leurs études, et même dans les divers corps de la ligne, suivant les besoins du service.
Aussitôt que cette ordonnance fut signifiée à
l'école, les leçons et les travaux cessèrent, les élèves sortirent avec ce qui leur fut accord'.^ pour leur retour cliez leurs parens. L'étatmajor fut dissous. Tout appareil militaire disparut, et le collège de Navarre recouvra le silence et la Iranquilikc dont le tumulte des armes l'avait privé.
RétabHsseRicut de l'Src'e royale Polytechnique.
Comme le projet n'était pas d'abolir une isii institution utile, mais de la rétablir sur de meilleurs principes que ceux de sa première formation, après l'avoir délivrée des sujets qui auraient pu y perpétuer les premiers erremens, le gouvernement ne tarda pas à la remettre en vigueur par une seconde ordonnance conçue en ces termes :
« Nous avons fait connaître, par notre ordonnance du 13 avril 1816, qu'il était dans nos intentions, que l'école Polytechnique fût rétablie et récomposée, de manière à présenter tous les avantages que nous avons droit d'attendre decette institut ion. En conséquence, il nous a été rendu compte de l'élat où elle se
— :>1.)ii —
trouvait sous tous les rapports, lorsque nous avons été forcé d'en licencier les élèves pour cause d'insubordination. Nous avons reconnu que, sous le rapport de l'instruction scientifique, cet établissement a contribué d'une manière satisfaisante «à étendre les progrès que les sciences et les services publics avaient déjà faits sous les rois nos prédécesseurs. Mais, en même temps, nous avons senti qu'il était susceptible d'améliorations importantes, pour n'admettre dans les services publics que des sujets attachés a leurs devoirs, et dévoués h notre personne.
»Nousespéronsque le concours des hommes distingués auxquels nous confierons le soin des jeunes gens choisis d'après leurs connaissances et leur bonne conduite, produira dans cette école l'heureux accord des principes et des lumières, qui contribue puissamment h la prospérité des Etats. Mais rien ne nous a paru plus propre à donner un nouvel éclat à cette école , à assurer sa durée et sa prospérité, qu'en la mettant sous la protection d'un prince de notre famille.
» Nous aimons à croire que les élèves qui y seront admis apprécieront cette nouvelle preuve de notre sollicitude paternelle, et se feront distinguer, dans les diverses carrières
qu'ils soiU appelés à parcourir, par les vertus elles talens dignes de leur éducation.
» A ces causes, sur les rapports de nos ministres secrétaires d'État aux départemens de, l'intérieur et de la guerre, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
» r L'école royale Polytechnique sera désormais sous la protection de notre bien-aimé neveu le duc dAngoulénie.
«Son but général sera de répandre l'instruction des sciences mathématiques, physiques , chimiques et des arts graphiques. Son but spécial sera de former des élèves pour nos écoles royales du génie militaire et de l'artillerie de terre et de mer, des ponts et chaussées, des mines, du génie maritime, des ingénieurs géographes, des poudres et salpétî-es, et pour les autres services qui exigeraient des connaissances analogues.
»La durée du cours complet est de deux années. Les élèves vivront sous un régime commun, dans le local destiné à leur habitation, et sous un habit uniforme, La pension annuelle est de mille francs, qui seront payés par les parens de chaque élève. Vingt-quatre bourses gratuites sont instituées par le roi pour autant d'élèves, à la nomination de Sa Majesté, huit attribuées au département de lin-
térieur, douze à celui de la guerre et quatre à celui de la marine.
» 2" Il y aura, pour la surveillance de l'école, deux conseils supérieurs, l'un de perfectionnement et l'autre d'inspection, d'instruction et d'administration, etc.
» 3° Tous les ans, au 1" août, il sera ouvert, tant àParis que dans les principales villes du royaume, un examen public pour l'admission des élèves à l'école Polytechnique. Cet examen aura lieu conformément à un programme qui sera publié, au moins deux mois avant l'examen, par notre ministre de l'intérieur, sur la proposition du conseil général de perfectionnement; les élèves seront libres de se destiner ou non à un service public. Vers le premier octobre au plus tard, il sera formé à Paris un jury pour l'admission à l'école Polytechnique des candidats examinés dans le mois précédent.
» 4" Chaque élève, à la fin de l'année qu'il aura passée dans la seconde ou dans la première division, c'est-à-dire de sa première ou de sa seconde année, sul)ira trois examens, pour les parties mnihémati(jnes, ponr la géométrie descriptive et le dessin, pour la physique et la chimie, afin de pouvoir passer de la seconde <lans la première division, et de
celle-ci dans une des écoles de services publics, suivant le nombre des places qui seront déclarées vacantes.
»5° Les cours d'enseignement, chaque année, seront: deux d'analyse et de mécanique, un de géométrie descriptive, un d'analyse appliquée à la géométrie des courbes et des trois dimensions, un de physique, deux de chimie et de manipulations chimiques, un d'architecture, un de dessin et un de grammaire et de littérature, avec autant de professeurs au nombre de dix, et de répétiteurs.
» 6° Les autres fonctionnaires de l'école seront: un directeur, un inspecteur, six sousinspecteurs , un ecclésiastique sous le titre d'aumônier, qui y remplira son ministère et entretiendra par ses instructions lessentimens religieux parmi les élèves, un administrateur, un trésorier garde des archives et secrétaiie des conseils inlérieurs, un bibliothécaire, un médecin et un chirurgien. »
En vertu de cette ordonnance , l'école fut rétablie, et presque aussitôt remplie. Les examens pour l'admission fournirent le nombre d'élèves ordinaire. Le bon ordre, dorénavant établi, fut un motif qui encouragea à s'y présenter, et l'on eut lieu de s'applaudir de la
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tlocililé des élèves el de leur avaiicemeiU dans sciences qu'ils venaient éludier.
Le programme des li-avaux de l'école , dressé par un règlement du conseil de perfectionnement dans sa session de 1816 h 1817, pom* la deuxième division ou première année du cours, prescrit Ions les quinze jours une récapitulation des leçons précédentes, avec interrogations. L'analyse et la mécanique, la géométrie descriplive, lanalysc appliquée à la géométrie, la physique et la chimie , la topographie , le dessin de la figure et du paysage, la grammaire et les belles-lettres, furent toujours les matières des leçons. Ce plan d'études étant à peu près le même que celui de la première année du cours précédent, il suffira , pour donner un aperçu du cours complet, de lire ua extrait du programme d'enseignement pour la première division ou seconde année du cours de 1817 à 1818.
Rapportons ici un passage du discours de M. le président du conseil supérieur de l'é- 1817 cole, lors de la rentrée des études, le 1" décembre 1817.
« La conduite des jeunes gens arrivés en » 1816 nous répond de celle des jeunes gens » qui arrivent en 1817. Elle nous répond , et » cette certitude nous est chère, que, dans un
» an , nous aurons le même langage à tenir, » la même salisfaction à exprimer. »
A cette époque, rëvéque de Troyes leur dit : « Le litre de savant ne vous fera pas dé- » daigner celui de clirélien , et vous ne rou- » girez pas de vous soumettre à une morale » religieuse que pratiquaient vos pères , les » Bayard elles Turenne , dogmes que Descar- » les a démontrés et que Newton a crus. »
Etat de TZIcoIe en 181S.
Suivons un jeune homme dans le cours de tsis ces travaux si variés, dont les plus pénibles étaient habilement tempérés par le mélange des plus faciles et des plus agréables. Nous le verrons sondant par le secours de lanalyse les profondeurs les plus cachées de la géométrie, etc., les exposant aux yeux par des descriptions linéaires qui en sont des images fidèles, mais intelligibles aux personnes seules qui savent en démêler les expressions dans ces images compliquées. Nous le verrons étudiant les opérations de la nature dans les mystères de la chimie, pénétrer par elle ce que la physique a de plus secret ; découvrant par
le calcul les lois invariables de la mécanique, il en fait l'application aux besoins des boinmes , et il s'en sert même pour expliquer le système et l'ordre de l'univers. Nous le verrons enfin ramenant ses yeux vers la terre , en examiner les richesses et les productions pour les faire servir aux arts de la paix et de la guerre.
Des hommes que leur état oblige de se conduire, dans leurs travaux, par les représentations des objets sur lesquels ils opèrent, doivent être exercés avec tant de soin dans l'art de figurer les corps sous toutes leurs faces et leurs dimensions, qu'il devienne leur écriture propre et habituelle. Deux sortes de dessin sont donc nécessaires à l'ingénieur : l'un orné des jeux de l'ombre et de la lumière, l'autre offrant les proportions exactes des grandeurs ; lun montrant les formes sous les traits de l'illusion optique , l'autre corrigeant les erreurs de la vue par des lignes que déterminent l'étendue dans toute la rigueur mathématique.
Pour accoutumer les élèves h cette double expression imitative , l'une par le figuré et l'autre par le plan, des mains habiles ont réuni leurs crayons au compas d'Uranie. Rassenii)]és dans un vaste local qui n'exposait à
leurs regards que des modèles propres à exciter leur imagination ou h rcnrichir, ils puisaient surtout dans les formes humaines les plus parfaites, l'idée du beau, comme ils prenaient celle du vrai dans l'étude des sciences exactes.
Leurs momens de loisir même n'étaient pas perdus pour leur instruction. Partout , dans l'enceinte de l'école , ils rencontraient la nature et les arts qui l'embellissent. D'un côté , une précieuse collection de productions minérales; de l'autre, des modèles de machines, de sculpture et d'architecture. Ici , un riche cabinet de physique s'ouvrait à leur impatiente curiosité; là, une bibliothèque nombreuse leur présentait les auteurs qu'ils voulaient consulter ou étudier. Enfin, un jardin de botanique leur offrait, avec le répertoire de minéralogie, la connaissance des matières qu'il leur importe de voir classées dans un ordre didactique , soit pour les analyser par la chimie, soit pour les mettre en œuvre suivant leurs propriétés.
Persuadée que la meilleure instruction consiste dans une heureuse combinaison de la pratique avec la théorie des travaux dont elle occupait ses élèves, l'école joignit aux démonstrations de ses professeurs l'exécution
réelle par la main, en sorte que l'instruction fut plutôt le fruit de l'action que du discours.
Cette école de sciences exactes et physiques donna ainsi à ses élèves les leçons générales sans lesquelles chaque école d'application n'aurait été elle-même qu'une école de préparation. Car les arts qui sont fondés sur la science du calcul , sont liés par des rapports qu'il faut d'abord étudier dans leur ensemble, pour exercer ensuite avec plus de succès celui auquel on s'attachera de préférence. Ce sont ces rapports préliminaires que l'école Polytechnique fit connaître , en réservant aux écoles spéciales les opérations de détail qui sont de leur ressort.
Mais à quoi bon , dira-t-on , tout cet a}>pareil de chimie , si dispendieux et si multiplié, dans une école préparatoire. Qui osera nier que la connaissance de la chimie ne soit nécessaire à l'officier d'artillerie , puisque la poudre à canon est une composition chimique; h l'ingénieur des mines , puisque la métallurgie est une des branches de la chimie ; à l'iugénieur constructeur, puisque la solidité et la durée de ses constructions dépendent de la nature des substances qu'il emploie et des matières sur lesquelles il travaille? On vit, en effet, à celle époque combien les connaissances
chimiques sts-rvirenl à riugénieur Wiebekîngj pour expliquer la dissolution et la précipitation des diverses matières qu'entraînent les eaux courantes dans les terrains qu'elles parcourent, tout en les déposant sur leur lit, dont elles élèvent sans cesse le fond dans les parties basses, aux dépens des parties supérieures d'où elles découlent. Pourquoi avonsnous si peu de descriptions exactes du sol , je ne dis pas des pays éloignés , mais de celui même que nous habitons?
C'est que , content de se borner à la surface ou incapable de pénétrer plus avant , on ne décrit que ce que tout le monde peut également voir, la forme extérieure des objets, et non leurs qualités intrinsèques. Mais qu'un ingénieur, formé à l'école Polytechnique , se trouve dans un lieu qui lui soit même inconnu, il en déterminera d'abord la position relative sur le globe , il en tracera le plan et les aspects , il en relèvera les côtes , il en marquera legissement et les limites. Il en dessinera les sites pittoresques ou utiles à quelque établissement. Il représentera le cours des rivières , la direction des montagnes, et tous les accidens de la surface. H mesurera la hauteur des montagnes les plus élevées , il sondera la profondeur des nîers environnantes , il étudiera
le climat et !a température, il décrira la nature du sol, ses productions, ses animaux, ses liabitans, leurs mœurs, leurs relations avec leurs voisins , leurs monumens , leurs antiquités. Rien n'échappera à son œil observateur. Sa main exercée représentera tout avec fidélité ; son esprit , nourri de connaissances si variées, apercevra tout ce qui mérite d'êlre étudié , saisira tout avec sagacité , appréciera tout avec justesse ; et le compte qu'il en rendra nous instruira mieux que tout ce qu'en ont dit les voyageurs, toujours moins en état que lui d'en juger, par le défaut des moyens qu'il réunit.
Les régiemens ne purent s'opposer h ce que quelques élèves préférèrent se renfermer dans des occupations privées , aux avantages de remplir des fonctions publiques auxquelles leurs travaux dans l'école les rendaient propres. Mais ils n'en méritèrent pas moins de la patrie : l'instruction quïls reçurent , soit qu'ils s'attachassenl aux services puldics , ou qu'ils préférassent des travaux particuliers, ne fut jamais perdue. , ., .^^
Les lumières qu'iis l'épaiidirent dans les pi'ofessious dont ils dirigèrent les travaux rendirent les artisans plus instruits par leurs «conversations avec ces savuns, et ceux-ci plus
familiers avec les procédés usuels par la fréquentation des artisans. Ce rapprochement , comme le contact électnqne qui transmet la commotion à des distances infinies, enflamma tous les esprits de ce feu vivifiant qui animera toujours la science réduite en art par l'action de la main exécutant les plus hautes conceptions de la pensée.
A la conservation de l'école Polytechnique est donc attaché le maintien des sciences et des arts dans cet état de splendeur auquel elle a tant de part. Car, en 1818, à peine comptaitelle quatre lustres depuis sa naissance, et déjà^ par la voie de son journal qui était devenu le réofulateur des éludes dans les écoles du même genre , établies chez les nations étrangères , elle remplissait le monde savant de nouvelles recherches et de nouvelles théories , qui firent le sujet de leurs études et de leur imitation. Ses élèves remplirent avec honneur les fonctions publiques que le gouvernement confia à leur mérite éprouvé et reconnu ; et en réunissant les deux qualités que les hommes de génie ont si souvent regretté de voir presque toujours séparées, la théorie et la pratique, ils portèrent dans les travaux qu'ils furent appelés h diriger, la connaissance de la nature
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des Hiatériaux avec l'ordre et le goût qui sont le fruil d'une étude raisonnée.
C'est peu que ce tableau des services que rend à l'État l'ingénieur instruit par une théorie savante , fortifiée par une pratique sûre et exercée. Il faut, pour convaincre par le fait même , montrer le triomphe de l'art sur la nature dont il réprime les écarts. Il suffit pour cela de présenter la Hollande opposant aux flots de la mer qui menacent sans cesse de l'engloutir, les digues que ses ingénieurs ont construites le long de ses bornes. C'est une terre sauvée des eaux par les seuls moyens que l'art leur a fournis ; et leurs canaux, qu'ils ont ouvert à leur 'surabondance, en ont fait un vaste jardin qu'elles fertilisent, bien loin de le submerger. Quand, en 1809, elle vit ses digues détruites, ses canaux rompus, les eaux débordées dans les plaines , et les glaces de l'Océan écrasant le long de ses bords les habitations avec les hommes et les animaux , l'art de l'ingénieur répara tout , et mit un frein à la fureur des flots. Il a repoussé l'Océan dans son lit, il lui a posé des bornes. Soliman disait que pour éviter tant de dépenses pour conserver ce pays , et tant de sang répandu pour le défendre , il enverrait ses pionniers pour le jeter dans la mer. Mais l'art, plus puissant
que touîe la puissance oltonjane . a su conserver ce qu'elle n'aurait pu que détruire. Les marais Pontins desséchés, le Pô resserré dans son lit, les rivages mis à l'abri des inondations annuelles , les belles routes percées à travers des montagnes que la nature , dit Pasquier, a mises entre nous et l'ïlalie pour nous en séparer, cette barrière qu'on ne pouvait franchir qu'avec des peines et des pertes infinies, aujourd'hui ouverte , sont autant de miracles de l'art dus aux plans de lingénieur Prony. Pourquoi ce fameux canal que Charlemagne voulait ouvrir entre le Danube et le Rhin, pour faire communiquer la mer du levant avec celle du couchant , n*a-t-il pas été exécuté ? C'est qu'il ne se trouva pas de son temps d'ingénieur capable d'une si belle entreprise.
Cette jonction des deux mers, que Charîemagne n'avait pu opérer, Louis XIV l'effectiia mille ans après lui , sous la direction de l'ingénieur Riquel et de ses fds, dignes héritiers de ses talens. Ce canal , aussi hardi qu'il est utile à la navigation intérieure, est un des [Ans beaux monumens de ce règne si fécond en prodiges , et de la puissance de l'art sur la nature.
Telles furent les phases d'une institution où
seront toujours élaborées les créations du génie de r homme, génie qui ne met aucune limite à ses recherches , à ses expériences et à ses investigations. La vapeur, le vide , l'air comprimé , les gaz solidifiés , les chemins de fer, sont autant de puissances nouvelles dont l'homme s'est emparé pour ses besoins. Toutes ces ressources , que lui ont fournies les sciences physiques , rapprocheront les distan* ces et multiplieront les instans, pour les générations futures.