CHAPITRE IF
HISTOIRE DES ÉTUDES, DEPLIS LA FORMATION DE L'UNIVERSITÉ JUSQU'A LA FONDATION DU COLLÈGE DE NAVARRE.
Préludes de l'Université.
Un si gi-and nombre de personnes demandait une police et des réglemens qui fussent observés par les maîtres et les diseipks, pour le bon ordre public et paîtictilier, lintérèl de la religion et de l'État , autant que pour celui des études. Car il importait à la tranquillité publique qu'aucun maître ne pût introduire dans renseignement une doctrine fausse ou dangereuse. Les chanceliers de Notre-Dame cl de Sainte-Geneviève, chargés, dans îorigine, par l'évêque et par l'abbé d"y veiller, ont de tout temps conféré la permission d'enseigner, en vertu des pouvoirs et des ordres qu'ils en avaient reçus du souverain ponlife. Le concile imde Latran. tenu sous Alexnîidre 111, ordonna
aux maîtres des écoies d'accorder la licence à tous ceux qui s'en trouveraient dignes. Celte ordonnance est répélée dans une dëcrëlale de ce pape.
Ces maîtres des écoles ne pouvaient être que les scolastiques nommés par le chapitre de la cathédrale, connne premier titulaire de la plus ancienne école épiscopale de théologie, et par l'abbaye de Sainte-Geneviève, comme ayant succédé à l'ancienne école palatine pour les études littéraires et séculières. Ces deux olïiciei's furent nonniiés ensuite chanceliers, parce qu'ils cancellaienl, c'est-à-dire scelluient ou fermaient du sceau scolaslique les lettres ou diplômes d'enseignement. Ils représentaient les deux corps au nom desquels ils agissaient et qui étaient les maîtres des écoles publiques émanées de ces corps. Ils étaient appelés maîtres des écoles, comme réunissant dans leurs personnes et sous leur titre tous les droits du chapitre et de l'abbaye qu'ils représentaient.
Pierre Comeslor était chancelier de l'église de Paris quand il obtint d'Alexandre III le droit d'exiger une modique rétribution péeuniaii-e pour la concession de la licence. Ainsi, la liberté d'ouvrir école, sans autre titre que le mérite, ne subsistait plus depuis le milieu du xn* siècle. Il fallait la demander et l'obtenir du
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chancelier de celle de ces deux églises, Notre- Dame et Sainte-Geneviève, sur le ierriloiie de laquelle on se proposait d'enseigner, sans pouvoir s'élal)lir au delà.
Or, le territoire respectif de chacune de ces églises était, pour Sainte-Geneviève, la Montagne au sonnnel de laquelle elle est assise, et pour Notre-Dame, tout l'espace compris entre les ponts, c'est-à-dire l'îledela Cité dont elle occupe la pointe orientale, (^e qui comprenait l'école intérieure du cloître pour l'instruction des seuls membres et suppôts de l'église de Paris ; et, depuis 1127, le cloître avait une école qui était au Parvis, à gauche en entrant, où l'on avait placé une statue de Pierre, en robe et en manteau, tenant un gros livre sur sa poitrine , et foulant un monstre sous ses pieds. Cette école avait remplacé celle de lévêque, et servait pour les clercs de l'église; mais le chancelier de Notre-Dame prétendait étendre sa juridiction sur tout le territoire de l'évèché. 11 paraît en effet dans les anciens temps avoir été le président de toute l'école de théologie de Paris, et il paraît aussi qu'alors le chancelier de Sainte-Geneviève donnait la licence en toute faculté, car une bulle d'Alexandre IV, adressée àce chancelierdansle siècle suivant, lesuppose en possession et en exejcice de ce droit. De-
puib, il fui reslroini à la maîirise ès-arU, et la i-oriaiion du tloctoi'at en ihéologie, eu droit et médecine, demeura au chancelier de Noire- Dame *. Comme représentaus de l'ancienne école épiscopale de Paris, ce furent, en effet, des chanoines de la cathédrale qui, les premiers, enseignèrent la grammaire, et le grand chantre de cette église est resté en possession de la supériorité sur les petites écoles de celte grande ville. Ils ont aussi enseigné la théologie et le droit, et en ont toujours conservé le privilège. Ils sont les créateurs de l'École de Médecine. Par les soins qu'ils donnaient aux malades dans l' Hôtel-Dieu, élevé par la charité des évêques à côté de l'évêché, l'expérience que ces soins leur donnèrent lieu d'acquérir les mit peu à peu en état de réduire en théorie ce que la pratique leur apprenait: et ils formèrent des élèves qui ouvrirent leur école derrière l'Hôtel-Dieu, en 1454, dans la rue de la Bûcherie. L'ancienne porte de celle école existe encore.
• A la fin «lu xiie siècle, il fut défendu aux religieux d é« tiidier et de pratiquer la médecine.
formation de l'Universîté*
Ni les diplômes des rois , ni les bulles des papes, n'ont érigé formellemenl les écoles de Paris en corps d'Université. Cette compagnie s'est formée d'elle-même par l'association de ses membres, que les mêmes intérêts ontréunis en un seul corps; maison ignore les dates deses ampliations et celles do la création de ses offi- 1200 ciers. Elle n'a commencé à porter le nom d'Université que sous Philippe-Auguste, le premier roi qui ait rendu un diplôme spécial pour elle seule. îl y lait mention du chef de cette compagnie, à laquelle les papes donnaient le lilre de iinivcrsum ou générale sludiumpari' siense, d'où lui est venu le nom d'Université, innocent îîl, pape depuis 1 198 jusqu'en 1216, est le premier qui^ dansune décrélale, aitdonné le titre d Université à l'école de Paris, et Rir gord, historien de Philippe-Auguste, parle de cette école sous ce même nom d'Université.
Le diplôme de Phiîi[)pe-Auguste en faveur de l'Université accorde à son chef le privilège o de ne pouvoir êlre soumis pour aucun forfait à la justice royale. » Ce chef n'élail aucun des chanceliers, puisqu'ils étaient deux, mais le recteur, chef unique, el dès l'an Î249, éli|
dans la seule faculté des arts, partagée dès ce temps en quatre provinces ou nations, selon une bulie du pape Grégoire IX, en 1231. Le recteur les a toujours présidées, ainsi que les trois autres facultés de théologie, de décret et de médecine, mentionnées dans la bulle quasi li'gnum d'Alexandre IV.
Philippe- Auguste ordonna dans son diplôme «que les maîtres et les écoliers de lUniversilé fussent sous la responsabilité des bourgeois de Paris ; que tout agresseur des suppôts de l'Université fût h linstant livré à la justice royale; et que tout membre quelconque de l'Université ne pût jamais être jugé par les tribunaux laïcs; et qu'enfin tous les prévôts de Paris jureraient de faire observer ces privilèges, et de les observer eux-mêmes. »
Les écoles où les maîtres de l'Université enseignaient étaient dans la l'ue du Fouarre, ainsi nommée de la paille ou feurre qu'on étendait par terre, pour que les écoliers pussent s'y asseoir pendant les leçons ; car il leur était défendu par une bulle d'avoir des bancs hors des écoles. Ces écoliers étaient lo2;és chez différens particuliers de la Montagne, avoués par l'Université sous le titre de grands messagers, pour donner rhospltallté dans leurs maisons h ces jeunes gens, suivant un prix rcglé. Les
maîtres qui leiiaieiH des iVolesijOuvaionl aussi avoir des élèves chez eux, mais c'ëlail toujours en trop petit nombre , pour que la foule des écoliers ne fût pas disséminée chez les messagers, non sans inconvénient poni- les mœurs et la discipline. Elles étaient eftéctivement dans le plus extrême désordre, et les faits prouven! que le diplôme de Philippe-Augirste était plutôt une grâce, qui mettait les gens d'écoles à l'abri du juste ressentiment du public qu'ils offensaient , qu'une récompense accordée à leurs mériîes.
Mœurs dos «^coHers.
Avant que Philippe-Augusle eût déclaré les gensdécolesexemptsdelajui'idiction royale, le pape Célesîin Ilï avai! ordonné, par une décrétale de l'an 1 i\)ï. qu'aucun des évêques ni des clercs ne iùî traduil devant les tribunaux séculiers, puisqu'ils avaient leui's juges qui n'avaient rien de commun avec les lois de l'Élat. Ce même pape voulut aussi qu.e les causes pécuniaires des cleicsdeniein-ant à Paris fussent décidées suivant le dioit canon, par les juges ecclésiastiques du lieu, c'est-à-dire l'évêque et ëonofl]cialii('.Or. losisîesécoliersétaient clercs.
et. abiisaiil du privilège de la cléricalure, ils se livraient souvent aux excès les plus condamnables. Un jour, le valet, d'un archidiacre de Liège, qui faisait ses éludes h Paris, ayant été maltraité par un marchand de vin, les écoliers de la nation allemande frappèrent le marchand. Aussitôt, les bourgeois, avec le prévôt des marchands à leur tête, allèrent attaquer l'archidiacre dans sa maison et le tuèrent.
Les mai très de toutes les écoles allèrent prévenir le roi qui les écouta, et il condamna le prévôt et ses complices à une prison perpétuelle, peine bien plus grave que la correction scolastique que les requéi'ans s'offraient de lui infliger. Le roi ne s'en tint pas à cette punition, il rendit h cette occasion l'ordonnance qui a été rapportée, et qui est le premier titre que l'Université ait jamais produit pour prouver son existence en qualité de compagnie autorisée par les rois.
Mais l'expérience montrait chaque jour que ces égards et cette condescendance de l'autorité ne faisaient qu'enhardir une jeunesse tur- Imlenleet assurée de l'impunité. Déjà, en 1 Î59, le pape Alexandre III avait chargé le cardinal de Saint-Chrysogone et les archevêques de Reims et de Sens de faire des réglemeiis pourjes proies do PaviHi jiums c'étah plutôt pqHI'
gratifier les ëtudians, que pour corriger leurs mœurs. En 1205, le pape Innocent lîl, qui aimait l'Université, pour y avoir fait ses études, l'avait autorisée h se donner un syndic pour ses affaires îiligieuses. Elle en avait alors de grandes avec les chanceliers de Téglise de Paris, Jean de Candel et Philippe de Grèves, son successeur, qui voulaient usurper sur elle une autorité supérieure. L'Université, plus soigneuse de maintenir ses droits que de contenir ses écoliers dans Toljservation des lois d'une bonne police, réclama la protection du pape contre les prétentions de ces deux officiers.
I^iscîpline scolastîquc.
Honoré ïîî, en Î215, envoya le cardinal Robert de Courçon en France, pour terminer ces différends. Ce légal dressa un slatut de discipline, le premier qui ait été donné à l'Université. Elle s'en était déjà fait un à elle-même en 1210, par les commissaires qu'elle avait choisis enli'c ses membres, ])0ur régler la décence de l'habillement, l'ordre d(^s leçons et des disputes ou thèses, et Tassitance aux funérailles de ses suppôts.
Ce sîntui avail éiéronllnrippar Tnn^rf'nt îîi;
mais celui de Robert de Courçon entre dans plus de détails et renferme plus d'objets. 11 annule les prétentions du chancelier de Notre- Dame , qui avaient encore élé réprimées une seconde fois par Honoré III, en 1219, et il fixe ses attributions, que Grégoire IX, en 1228, réduisit à la faculté de conférer la licence ; et Alexandre IV, en 1258 e( 1239, renouvela celles du chancelier de Sainte-Geneviève. Dans la réforme, Robert établit que les leçons de théologie se donneront hors des ponts ou de rîîe Notre-Dame, comme dans l'île. Il ordonne que les professeurs des arts , grammaire et philosophie ne seront mis en exercice qu'après avoir subi les examens approuvés par Tévêque et le chancelier de son église. Ils enseigneront Priscien pour la grammaii'e . Âristofe pour la philosophie. Nul ne sera réputé écolier, s'il n'a un maître certain. Les festins sont défendus ; le luxe est prohibé.
Le maître ès-arts enseignant portera une chape * ronde, noire et tombant jusqu'aux talons. Le manteau est permis, mais les souliers h becs recourbés sont interdits. Voilà tout. Rien pour prévenir les indignes abus que les écoliers faisaient de leurs immunités et de
•■ Pe <t>aperé, contenir.
la liberté dont ils jouissaient dans leurs hospices, en insultant les uKeurs et la sûreté publiques.
Le }]iiipe Honoré lli avait déléiidu d'excommunier l'Université eî ses membres, sans une permisvsion expresse du saint-siége; et Innocent IIÏ avait donné pouvoir à l'abl/é de Saint- Victor d'absoudre les écoliers des censures qu'ils encouraient en se battant entre eux ; car, en ce temps, on était exconmiunié pour avoir frap[V:' un clerc. Il fallait donc losdispenser de l'obligation d'aller à Rome se faire relever de l'excommuiùcation qu'ils sattiraient mutuellement dans leurs quereiies et leurs batailles à coups de poing, de pierre ou de bnton. Ces privilèges ne firent (jue multiplier les délits. En 1218, Vofficial de Paris défendit le port d'armes à tout clerc on écolier, sous peine d'excommunication. Son motif était que tout le m.onde se plaignait de la conduite in'.morale des écoliers, qui entraient à main armée chez les bourgeois et y enlevaient les femmes et les filles. Ses plaintes sont attestées par le cardinal Jacques de Vit ry, qui ajoute que, dans une même mai&on , étaient au premier étage des écoles, et en bas des lieux de débauche. Non seulement les mœurs publiques, mais encore \m régleiWMiS de police, éjaieni violés pttrde?^
aiiclacieux qui se croyaient lou( permis, à la iaveur de leurs exemptions.
L'Université s'ëlant donné un sceau en 1 225, le chapitre de Notre-Dame s'y opposa, et le légat, cardinal de Saiiit-Ai)ge, le brisa. Aussitôt les écoliers sarmèrent, et allèrent attaquer le légat dans sa maison, où ils l'aui-aient tué, sans le secouis que le l'oi lui envoya pour le défendre.
Dispersion de l'Université.
Lecardinal ne manqua pas, néanmoins, dans i2io le carnaval de punii' les violences exercées par une bande d'écoliers chez un cabarelier du bourg Saint-Marcel, alors hors des murs. Après avoir bien joué, bien Ini et bien mangé, la querelle commença quand il s'agit de payer, ils battirent le cabarelier et sa femme. Les gens du voisinage vinrent au secours, et battirent à leur tour les écoliers, qui furent obligésdes'enfuir dans la ville. Mais le lendemain, ils revinrent en plus grand nond)re, loicèienl la maison, brisèrent tout, répandirent le vin, eî, courant par les lues, frappèrent et blessèrent plusieurs des personnes qu'ils renconltèrent,
Le doyen de Saint-Marcel porta ses plaintes h révècpie. Cl reluj-cj SO joi^îiii MU Jéu;;H ponp
représenter à l;v leine Bhmche . régente du royaume, les conséquences de l'insubordination des écoliers. Celte princesse ordonna aussitôt au prévôt de Paris de les l'éprimer. Ce magistrat sortit donc à la le te d'une troupe de soldats, et ayant rencontré une troupe d'écoliers qui se divertissaient paisiblement, ilTjt porter aux innocens la peine due aux coupables. Ces soldats se jetèrent sur eux, en blessèrent plusieurs et en tuèrent deux, qui étaient déjeunes gentilsbommes flamands, tandis que c'étaient des Picards qui avaient insulté le cabaretier.
Les maîtres allèrent se plaindre de ce meurtre h la reine et à l'évêque, qui refusèrent de les écouter. Le roi saint Louis et la reine sa mère ne voulaient que la justice et le bon ordre, et ne se souciaient Quère de conserver daus la capitale cette foule de perturbateurs qui se moquaient de l'autorité et des lois. Les écoles furent donc fermées, et les maîtres avec les écoliers se dispersèrent en différentes villes du royaume. Reims, Toulouse, Montpellier, déjà célèbre par son école de médecine, Oi'léans, Angers, reçurent ces émigrans, qui y jelèrent les fondemensde leurs Universités.
^-établissement de l'Unirersité.
L'Université de Paris était perdue, d'autant plus que les dominicains et les IVanciscains s'offraient pour la remplacer, si le pape Grégoire IX n'eût écrit en sa faveur à la reine. Blanche mettait des conditions an retour des réfractaires, qui ne voulaient de leur côté reconnaître d'autre supérieur que le pape. Enfin Grégoire IX réussit à les réintégrer, par plusieui's bulles adressées au roi et à la reine. Il y règle la manière de procéder en cas d'émeute, iî approuA^e la mesure de cesser les leçons, pour avertir l'autorité royale en cas de lésion faite aux privilèges scolastiques. qu'il confirma dans plusieurs bulles suivantes. Tout étant apaisé, et les maîtres craignant de voir leurs places prises par les moines , s'ils lardaient plus long-temps, profitèrent du consentement du roi et de la reine, pour revenir, en se soumettant h l'ordre commun.
j\îais, à leur retour, ils trouvèrent un grand changement. Les religieux mendians , que rUniversité avait admis dans son sein, lour- !i aient ce bienfait contre elle. lis abusaient de F'îmiîié du r^n pom eux, au point de sVn ;.uitr»; îf.er pour on-vrir de? ecolfs. ou ilî^ pns>ei'
gnaieijl sans la licriue de l'Université. Elle en jeUi les hauts cris, mais les moines crièrent encore plus fort, et les écoliers recommencèrent leurs désordres, îlen arrivait tous les jours de nouveaux. Comme en 1251 , le carême de l'an 1 252 les revit aux prises avec les bourgeois, qui en tuèienl un et en blessèrent plusieurs autres. Sur les plaintes de l'Université, deux bourgeois furent pendus, les autres bannis, et les écoliers rentrèrent dans le devoir.
Çuerelles de l'Université avec îos moines.
La querelle des maîtres avec les moijics ne cessa pas si loi. l'Université leur ayant interdit l'enseignement, sous peine de les exclure de son corps, les dominicains, irrilés de celie interdiction prononcée par le recleur. le battirent lui-même, dans une visite qu'il lit chez eux, et le chassèi'ent, lui, ses suppôts et ses bedeaux, el firent au pape un récit infidèle de cette atfaire, par une lettre qu'ils surprirent au connnissaire a[iiosJolique. Ce pape éiait Alexandre IV, qisi aimait les moines, elqui les soutint par sa Isulle quaai liyniim vilœ (comme l'arbre de vie) auquel le pontife compare l'Université, tout en donnai! l gain de cause aux mendiHîiH conire eUt*.
Llrùvorsilé. vlvcnjcnl oll'cust'r' d-aiis son cher. ([iai'L^ea un de ses i)roress<'uis. le lliéologien Guillaume de SaiiiK\mour, de plaider sa cause auprès du pontife. C'élail un homme d'esprit, savant, habile, d'un caractère ferme et inëbi'anlalile. il débuta par un livre qu'il publia . sous le litre des Périls des derniers lemps , où il attaqua les moines mendians. ïls donnaient piise sur eux , car le générai des franciscains avait osé avancei*. dans son Livre éternel, que l Évangile élaii imparfait ..et insuffisant. I.e pape ayant condamné l'/niversité, elle refusa doblempérerà son jugement, et elle fut excommuniée ; mais elle n'en tint aucun compte, et continua d'enseigner comme à l'ordinaire. Les moines trionipliaient cependant , mais Guillame leur tenait tète, ils lui imputèrent des crimes, mais il réfuta leur calomnies, et il fut absous, .\lors ils firent tomber sur le livre la vengeance qu'ils ne pouvaient exercer sur l'auteur, ils le firent condamner par le pape, qui poussa l'animosifé jusqu'à casser la décision des arbitres du concile de i^aris, qui excluaieni les religieux mendians de l'Universilé. il alla même jusqu'à écrire au roi de bannir Guillaume de son royaume; mais saint Louis connaissait trop bien les droits de sa couronne pour se laisser commander par
qui que ce fût. Il laissa Guillaurne en pleine liborté, et s'ahslint (renlror dans des querellés qui lui paraissaient uniquement du ressort de l'Eglise. Alexandre fut donc réduit à exiger par serment, de Guillaume, qui ëlaità Rome, la promesse de ne pas retourner en France. Et cet homme courageux se retira dans son village de Saint-Amour, au comté de Bourgogne, qui alors était distrait de la couronne. Mais, après la mort de ce pape, il retourna à Paris, où il iïit reçu avec applaudissemens. Pendant sa retraite h Saint-Amour, saintThomas, disciple d'Albert -le-Grand *, et saint Ronaventure **, qui l'était d'Alexandre de Haîès,
' ALBEnTUS Ti:tTOMCliS , Fraïeu ALBEKTL'S î>e Co-
LONiA, Albertls Ratisbo:ve\sï3 , Albertus Grotus.
Né , suivant les uns , en 1 l'Ji , el , suivant les autres, en 120.>, à Lanin^en , en Souabe. U était de la famille des comtes de Bollst(edt. U contribua à engager le saint-sicge à permettre d'cxiii;(iucr publiquement les liviesd'Aiislole sur la physique. En 12>i, il fut nommé provincial dos dominicains en Allemagne : c'est alors qu'il alla lesler à Colo^çue. On dit qu'il fit \in automate doué du mouvement et de îa parole, que saint 'J iiomas d'Aquin, son disciple, brisa en le voyant, admettant que ce ne pouvait être que l'œuvre du démon. Il mourut îi Cologne, en 1280, à l'âge de 87 ans. Pierre .famiui, dominicain, a publié un gi'and nombre do ses osivrages, en 1G%1, à Lyon, en 21 vol. in-ful.
"* îNé à Baguarea, en Toscane, en 1221. Son père se nommait Jean de Fidenza. C'est saint François siui , le rencontrant un jour, lui dit : Obnona lentura! Le nom lui en rest.i. A 21 ans. il reçut Ihabii de religieux dos mains du général
furent promus dans l'Universilé, sans empêchement, à la dignilc de docleiu*, dont véritablement ils étaient dignes, et par la sainteté de lem- vie . et par leur profonde science. L'Université avait eu le plus grand tort de la leur refuser; mais la crainte d'être supplantée par de si grands hommes, la rendait aveugle sur leur mérite et sourde à leurs prières. Les moines n'étaient pas les seuls en guerre avec l'Université. De tout temps, l'évêque s était cru lésé par les privilèges de celte compagnie ; il luttait, pour les restreindre, contre le conservateur apostolique de ces privilèges. C'était un des deux prélats protecteurs que les papes avaient permis à celte compagnie de se nommer. 11 excommuniait l'évêque, comme l'évêque l'exconmiuniail, et ceiui-ci s'en étant plaint au pape , le conservateur reçut défense d'excommunier son pasteur.
des franciscains, Haynion. Il termina ses cliitles dans l'Uni- Ycrsitc de Paris, sous Alexandre de îlalés. En tl^X, il fut nommé général de son ordre. C;ob'oire X le nomma évoque d'Albano, avec la dignité de cardinal. U mourut en i2Ti. On cite de lui des commentaires de théologie sur le Maître des Scïiiencts. On a de ses ouvrages deux bonnes édiiions, l'une publiée ù Rome, en loSS, en 8 vol. in-folio, cl une autre, de Venise, en îTrii, de li vol. in-io.
ï'Iauiles contre l«s JltuJi.^.iU.
Le siijcl des plaintes élail que les clereS; \)nv abus (lu privilège de la séeularité, eilaient à leur tribunal, qui était celui du conservateur apostolique, des gens de toutes les provinces; que les éludians frappaient ou tuaient ceux qui refusaient de répondre. Une nouvelle af~ i'aire qu'ils se tirent par leur insolence pensa attirer de nouvelles disgrâces à T Université. Le Pré-aux-Clercs était cette partie de la plaine de Grenelle qui s'étendait depuis les murs de l'abbaye Saint-Germain jusqu'à la rivière , et à la terre anciennement nommée de Laas, où sont maintenant les Invalides et TEcole-Militaire. Ce pré est aujourd'hui occupé par les rues de l'Université, de Gienelle et auties qai leur sont parallèles. Son nom de Pré-aux-Clercs est une preuve qu'il n'appartenait originairement à personne, mais que de tenq)S immémorial il servait aux récréations des clercs éludians qui allaient s'y divertir dans les jom-s de congé. Ils y avaient acquis
Kn 1^.37, les médecins se qualifiaient de docteurs régeus.
En 1272, on lit dans le livre du reclenr que la durt^; du cours de médi;cine est de neuf ans.
Ku 127-4, la Faculté do médecine se mil en pessession d'un Sioau qui lui appailint eu pr(>pre. Ce sceau élail d'arirenl.
uu droit de prescripîioiij et k statut de Robert de Courçon on avait adjugé la propriété à Lmvers!(e.
En 1278, les moines de l'abbaye baissant hors des limites de leur terrain, les écoliers se plaignirent que les nouveaux murs gênaient leur passage, et les maîtres sommèrent les moines de ne pas empiéter sur la possession d'autrui. Les moines, niéprisantcet avis, continuèrent ce qu'ils avaient commencé. Les écoliers alors se mirent ii tout démolir. Tout à coî.ip les moines furieux rorîeiU armés avec leurs valets, chargent les écoliers à grands coups, et en blessent plusieurs si grièvement, que deux en moui'urent.
Dès le lendemain, les écoles furent fermées. Le roi, qui était alors Philippc-le-Kardi, en fut mécontent, car Paris n'était piasen paix, quand toute cette jeunesse n'était pas retenue dans les écoles par les leçons des ma'.îres. 11 avait confirmé, comme saiut Louis et Louis YllI, les privilèges accordés à lUniversité par Philippe-Auguste, mais il n'a])pronvaiî pas la cessation des leçons. Les maîtres les lecommencèrent en rouvrant les écoles, pour lui obéir. ils lui représentèreiit en mtnie lenips qu'un si grand nombre d'écoliers , presque tous étiangers^ sans autres appuis, ni connaist;an-
ces que leurs maîtres, se retireraient chaciio dans leur pairie, s'ils étaient exposés à soufiVir injustement do ]a pari des Iiabilans d'une \iile qu'ils enrichissaient par leur présence. Que les maîtres n'avaient pas d'autre moyen pour informer l' autorité souveraine du mal que l'on faisait à leurs disciples, que de cesser leurs leçons. Le j-oi sentit la justesse de ces raisons, et rendit inui prompte justice. Il condamna l'abbaye à fonder deux chapelles reniées pour le repos de l'àme des deux morts, et à dédommager leurs parens et 1 Université, par des sommes considérables. Le pape, de son côté, punit les moines coupables par l'exil et le jeûne au pain et à l'eau. Le prévôt, par ordre du roi, bannit quelques bourgeois qui avaient pris part a\ ec eux à cette aifaire contre les écoliers. Touché des uiaux que causaient souvent de pareilles avenimes, et à l'occasion de ce même pré, ilaoul d'Aubusson, chanoine d'Evreux et nouuiîé à Tévèché de cette ville , ancien élève de l'Université, voulut prévenir ces contestations, en achetant des religieux de Sainl-Gei-main un espace de îeirain pour le passage des écoliers. Il en lit don h l'Université, alin qu'ils pussent éviter la renconti;e,,deS: gens de l'abbaye. L Universjié le l'^j^dit^ ensuite à Tabbaye. pv.tui' une
rente annuelle de quatorze livres, parisis au profit des pauvres écoliers, et sous la condition expresse de laisser aux éuidians le passage libre et ouvert en tout temps.
Le tribunal du recteur, composé, sous sa présidence, des procureurs des nalions, mentionnés dans la bulle de Grégoire IX, était sans force contre une multitude déjeune gens qui sentaient combien leur existence à Paris était nécessaire h celle de leurs maîtres. Car l'instruction n'était pas gratuite , quoique la rétribution en fût très modique, individuellement, de la part des auditeurs. Leur grand nombre faisait vivre les professeurs. Ces jeunes gens, qui étaient presque tous des hommes faits (en ce temps, dit Vély, on se faisait eloire d'être encore écolier, à un ose où l'on aurait honte aujourd hui de ne pas être docteur), ne se laissaient pas gouverner aisément par ce tribunal. 11 était assez difficile de régler la discipline et les études, en ménageant ceile jeunesse dont la capitale retirait un si grand profit, dans un temps où la police n'avait pas acquis la perfection à laquelle elle est parvenue de nos jours. Cette jeunesse apportait à Pai'is largcnt des provinces et des pays étrangers. Pour montrer à (|uel nombre i«rodigieux ejle peinait n onîer, il suflira do dire
qu'un jour de procession du recteur, h laquelle ies maîtres et îés'élutlians assislaient, la croix, en tôle de i'Universitc marchant sur deux fiies, entrait dans î'eglise de Saint- Bénis, à deux lieues de Paris, j>end;\nt que le recteur attendait, dansVëglise des Mathurins, à Paris , qu'il pût marcher quand ces Ilots d'é- «coliers seraient écoulés.
^oyf-ns sïnpîoyés eosjtre rinsubordinaliois.
l*our contenir ceite foule presque innombrable, F Université n'avait que des moyens iuipuissans, des correciicns corporelles, la prison, le relus des grades qui faisaient monter aux bénéfices.
Cela ne suifisait pas contre l'esprit de vengeance provoqué dans les étudia ns par lenvie et la haine quaîîiraienl au clergé ses richesses et la vie scandaleuse de plusieurs de ses menîbres. Il éiak donc nécessaire d'environner sa fai!)lesse de toute la force de la loi et de l'autorité royale. J'ai lu quelque part que saint Louis, qui aimait mieux prévenir les fautes que d'avoir à les punir, avait fait fermer Je petit Cliûtelet, au bas de la rue du Petit- Pont f pour arrêter les écoliers et les empêcher
de se répandre dans les autres parties de la capitale.
il semlïie que le soin qu'on apportait h rcxert'icc dii culte divin, dans l'Université, aurait dû inspirer à ses élèves plus de retenue et d'amour de l'ordre. Mais ce culte ne consistait presque qu'en pratiques exléiieures.
La morale n'occupait guère des maîtres préoccupés de leurs disputes scoîastiques. Les étud'ans, qui voyaient 'es dignités et les places ecclésiastiques données bien plus à 1 habileté dans une science de mots et de chicane, à l'intrigue, h l'ambition , qu'à la vertu modeste et à la piété sincère, méprisaient les préceptes de la charité et de l'humilité chrétienne, pour s'abandonner au torrent de leurs passions, ne respirant qu'après le temps où ils pourniieut partager le fasie de la prélature, qui ne paraissait au dehors qu'en équipage de chasse ou de guerre. Pour eux, ce culte extérieur n'était pas le culte du cœur, qui, dans leurs prières de bouche et de commande, était bien loin du Seigneur. Aussi leurs mœurs et leur conduite n'en devennient pas meilleures.
Cette disposition d'esprit venait aussi du mode d'enseignement. L'ha!)itude de disputer sur tout rendait tout problématique aux yeux de ces sophistes, ou réduisait tout en question,
même l'obéissanœ civile et l'obéissance religieuse. La scolaslique, en épiloguant sur tout, accoutumait les esprits à ne se soumettre à rien. Il n'en est pas des matières de controverse comme de celles de mathématiques; elles ne portent pas leur évidence avec ellesmêmes; elles offient donc un champ vaste h la dispute j et les esprits qui aiment à divaguer ne connaissent aucune borne.
Une troisième cause de cette insubordination était la certitude deTimpunilé. Dans ces temps de limatisine et de superstition , d'ignorance et de crédulité aveugle , où Ton s'imaginait qu'une excommunication injuste avait réellement quelque elfet, les prétendues exemptions que le cleigé aiïêctait de toute relation aux tribunaux séculiers, passaient pour sacrées et inviolables. Le clergé en abusait, et les professeurs de sciences encore plus. Ceuxci, voyant le profit que la capilale retirait de la fréquentation de leurs écoles, s'en autorisaient pour menacer de les quitter, si on blessait les privilèges qu'ils s'étaient arrogés. Au lieu de se faire respecter par des vertus , ils s'attiraient une aversion universelle par la hauteur inexorable avec laquelle ils exigeaient des réparations à l'infraction de ces privilèges, ?ai mépris du précepte du pardon des injur»^s.
D'un aiiire côté, la faiblesse elle petit nombre des membres du clergé, relativement aux autres ordres de l'état, demandaient qu'il fût prémuni contre eux par l'opinion. Mais leurs mœurs gâtaient tout. Les études seules pouvaient donc lui rendre l'estime publique, si elles l'eussent méritée. Voyons si elles étaient dignes de la considération qu'on avait pour elles, dans l'ignorance générale, à cette époque, où l'espérance de parvenir, bien plus que le désir de connaître la vérité par l'étude, peuplait la capitale de tant de jeunes clercs de toutes sortes de langues , de mœurs , de caractères , d'îlges et de conditions.
SSat des études su SîZIê sièc!e.
Les quatre Facultés des arts , de théologie , de décret et de médecine , mentionnées dans la hvMe quasi lignum, d'Alexandre IV, composaient alors le corps entier de l'Université; mais mon ojjjet n'étant que de considérer ici les éludes dans la Faculté des arts, je me contenterai de répéter que le Livre des Sentences et le décret de Gratien étaient exclusivement le te>;te des leçons dans les doux Facultés de théologie et de droit. Quanta celle de méde-;
cine, îMppocrate et Gaîieuy éUiieml très peu connus. li y avait eu cependant , sous Chariemagne, dans son palai-s, une école de médecine, sous ]e nom de llippocralica iecla. Mais ïes éludes, sous ce prince, élaient en meilleur claî que cinq siècles après iui ; et tes médecins de Paris n'étaient guère que des enipiiiques , prèîres et bénéficiers. la piaparî. Le méd< cin de Philippe-le-Bel était son confesseur et avait été son précepteur, comme Rigord *, historien de Philippe-Auguste, avait été aussi son médecin et moine de Saint-Denis (ont à la fois. Plusieurs décrets de conciles et de papes défendaient pourtant aux religieux Texercice de cette profession et de celle de juriste, pour o])îiger r Université de Paris de se consacrer à la théologie uniquemenl. L'est pour cela que
* ÎUgorilii?; , Rignîhis, né dans !c xii? iÀtcXa dans GoUne ou le Languedoc, éliuîia \\\ médecine, mais eiiibrassa !,î vie nion;.&ii(iiie, en se reîir.-'ht dans î"ahhaye de Sainl-L'enls. Il éciivi! l'hisfoire de Ph'.lippe li, qu'il surnomuia Aiguste. Il nioiirsil à l'abbaye de Sa:nl-ï)(>n'.s, le 27 novcnihic 1207. iî dil qu'on (lotivai! à Paris- loiiles les ressources nécessalics •iua éludes méilie;;!os : t'est ce qiie conilrnie Gilles de Corbcil, médecin de Phiiippe-Augiisle. En temps de Geoffroi, dne de Bretagne, fils de Hi mi If, roi d'Anglelerie, (jni ïnoisrulà Paris, e'esl-à-dire en lî.sû, il y avait à Paris déjà un grand noriîbre de médecins, tsi î270, il y eut une assena blée d;!is l'église de Sainîe-Geii<;viéve-des-Ardens, où est sefiJelieinenJ Ihôpilal d'?* Entons Trouvés, pinir >^iupé«'her
Jean de Salisbourg dit que de son temps on allait à Salerne ou ii Monlpeilier pour étudier ia médecine. Alexandre Ul ayant interdit le droit civil et la médecine aux religieux , Honoré iiî étendit cette inlerdicîion aux ecclésiastiques séculiers; mais il i'allut y déroger, quand on vit que, surtout pour la médecine , l'exécution de ce décret ferait négliger l'étude de cet art, qui demande autant de théorie que de pratique. Pour le droit civil, on allait le chercher à Angers ou à Orléans. Les papes avaient laissé libre, à Paris, l'enseignement du décret de Gratien et des décrélales des papes, surtout depuis (Grégoire IX, qui avait lait faire un nouveau recueil de ces deniières.
En effet , on ne pouvait pas séparer de la ihéologie dogmatique, la théologie pratique et
les fraudes employées ou qui ponrrnient l'être, pour acquérir )a licence ou la inailris(î. Ce décret coiulamne un aspiram à dix livres tournois. A ceUe époque , le doyen de médecine était Pierre de Limoges.
En liTi, un statut, tiré du livre du retleur, qui était lié à la Faculté de médecine, détend à tout jiiif ou juive d'exercer la médecine envers aucune personne fiiisanl profession de la foi callioli(jue. Un autre ordonne aux chirurgiens, aux apolliicaires, aux ht-rboristeâ et. aux étudians de se renfermer dans les limites de leurs fonet-ouà. On voit qu'il en était en 1271 comme en I8i4. Les bacheliers en inédecine , duran! le cours de leur licence, exerçaient la profession sans CinpécJiemeot, qu.oi«|Ut' sans auioris:>tion Icjiitimw.
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la (lisciplhie, qui Foiiiient îois( le droit canonique. Les aiis enseignés h Paris, au xiirsiède, dans la Facullé qui en portait le nom , sont énoncés au nombre de sept, dans un poème de Gauthier de Metz, qui se lisait manuscrit dans ia bibliothèque de Sainte-Geneviève , suivant l'abbé Lebœuf, qui Ta fait imprimer. Défait de l'an îâ4S, en vers rimes et en langue romane ou vieux français, orné de peintures qui re«présentaient les costumes scolastiques de ce temps.
Le premier de ces sept arts était la grammaire. L'étude en était si généralement tombée que Guillaume Lemaire, évêque d'Angers, sous Philippe-le-Bel , se plaignait que ses prêtres et même les moines n'entendissent pas la langue latine. Maurice, archevêque de Rouen, ordonnait à ses doyens ruraux d'expliquer ses lettres latines eu langue vulgaire aux curés. Enfin le général des dominicains gémissait de voir que ses moines eussent plus de soin des bàtiniens que de leurs livres. Il leur reprochait de préserver le Iromage des dents des souris , les pomm^^s et les poires de la pourriture et les habits de la teigne , et de laisser traîner leurs livres dans l'humidité ou la poussière. Cependant, ajoute-t-il , quelque? religieux ayant un jour pré&enJé au roi Loui^
des livres bit^n coiiditioimés, ce piîuce leur dil : // fût mieux valu qu'ils fussent plus gdlés.
Aux deux Prisciens , le graïKl eîTabrégé , pour renseignement de la grammaire laiiiie ^ ia seule que l'on étudiât alors en France , on ajoutait le doclrinale du franciscain Alexandre de Villedieu , en vers léonins, sous saint Louis; le grœcismus d'Ebrard de Béihune, sous Philippe-Auguste 1 l'exposilion sur Priscien , par Albert-le-Grand ; et un traité latin de la manière d'instruire les enfans , composé en 1275 par le dominicain Guillamne de Tournay.
La poésie était sans prosodie ni latinité. Les hymnes de saint Thomas, en 12G8, les meilleures pièces en vers de ce temps, n'ont aucune chaleur ni aucune verve. Comment en aurait-ii été autrement, depuis qu'en 1254, dans un règlement des régens ès-arts, sur l'ordre des leçons et sur les livres qui devaient y être lus, il n'est fait aucune mention de Virgile ni d'Horace? La barbarie du temps les faisait rejeter. Cependant saint Augustin ' n'en
* Né en 354, à Tiipasle, en Afrique, de Patrice o,t ào sainle Monique. Les études qu'il (it à Ca; lliage , en augineii ^âBlÈOn insti'tictioa, détruisirent clioi lui toute moralité. l\
^■iît «m enr.'nt iiatiupi. iv>nim'^ Adéod.U, q'ii mounif jouoe
désapprouve pas la lecture; et Jean de Salisbourg iraitail de cornificiens , par allusiou à ce Cornificius qui se faisait gloire de mépriser Virgile et ses vers, les orgueilleux sophistes qui affectaient de uesîiiner qu'Aristoîe.
C'était encore pis pour la rhéloi'ique. Cicéron n'est pas même nommé dans le léglement dont il vient d'être parlé. On ne la faisait consister que dans des ciUîtions mal amenées de passages d'allégories et de comparaisoDS ridicules. L'éloquence de la chaire avait disparu avec les sermons de saint Bernard *. Cejien-
encore. l\ fut im des apôtres do ]:\ scclo des manichéens. Cartilage, Ilonie et Milan furent Icinoiiis de ses eiiseigncnieiis en philosopliie. Al»j'.n'aîi( !e nian'ciiéisme, il fut bapiisé a Milan, à la ràqtie de 387, à trenlc-deux ans. il fut fait prélre en .S91. En 393, il fut nommé tvèqne, après avoir donné une savante explication du symbole de la foi, dans le concile d Il!ppon(i. I! mourut en 430, à l'âge de soixanleseize ans, cftnsumé par ses travaux et ses dévoùmoiss à lu religioï! qu'il avait embrassée avec tant d'enlhousiasme. On ado lui, connue ouvrajïes les plus importons, un TraHé du libre arbilre et de la Grâce, ses Confessions et sa Cité de Dieu. C'est dans ces ouvrages qu'on peut trouver des documeus complots sur la philo.sophie des yncicns, et surtout celle de Platon,
' Né à Fontaine en Bourîïotfne , dans l'année •iOOi. Fon Père, nomuîé Tescelin, était seigneur. Sa mère était Aletlî de Slonlbar. Passionné pour la solitude, il !il ses j)remicres éludes dans l'école du chapitre de Cliâlillon, et se présenta ensuite, avec de grands avantages, daris l'Universilé de Paris. Lui et trente de ses anus entrèrent d;ins l'abbaye de Citeaux, pour v prendra. Vhflibi! de l'ordre. En Ht5r i» y*?<^ de
dam îe docteur Alain avait compose mie somme de l'art de la prédication, et les dominicains Hnmberi et Guillaume, en leur qualité de frères prêcheurs, avaient fait ini rë[)erîoire de sermons pour toutes les occasions. Tout cela ne put prévaloir sur le mauvais goût du siècle, ]\arce que moins on s'.'iîlache à imiter les Pères, pour ne suivre que les philosophes, plus on s'éloigne de la yéritable éloquence sacrée. Voilà quel éfait îe trivium, comme on parlait alors, c'est-à-dire les trois voies communes et preiuières, qu'il fallait parcourir, ou les îro's connaisj^ances triviales qu'il fallait acquérir avant d'arriver au quadrivium , qui étaient les sciences transcendantes de ce temps-là, ou pour parler plus juste, les quatre arls libéraux : la logique, la géométrie, la musique et Taslronomie.
La logique, qui est l'art de raisonner juste, n'était, dans les écoles d.\i moyen-age, que l'art
\iiigt-cinq nns, il fui nommé abbc de CInirvaux , abbaye siliicc tians la vnVée d'Ahsyhthe, près la rivière d'Aube, dans inic silualion aride el déseite. Ce fut Giiillaiiine de Cliainpeanx, évèqiie de Chàîous, qui le béniî,. En J12S, il assisla au concile di; Troyes, en 11:29 à celiîi de Chàloiis, et en 1I34 à celui de Pise. Le plus reinaniuable de ses écrits est son Traité de la Considvrfilion. La meilleure édition de ses ouvrages à consulter est celle de D. Mabillon , 2 vol. in-fol. ,
d'embrouiller l(?s idées les plus simples par toutes les suhliliîés de lu dialodique, dans laquelle on faisait cousister la rhétorique; car la rhétorique dont je viens de parler n était que l'art de prêcher ou de plaider par un fatras inintelligible de faux raisonnenieiis, et par un mélange encore plus choquant du sacré avec le profane, et de passages qui n'avaient aucun Irait au sujet. Je pourrais répéter ici ce que l'abbé Flcury ' a dit de ces logiciens qui passaient leur vie à élever des dil'ticulîés sur la substance et l'accident, depuis qu'on avait quille la dialectique de saint Augustin pour Aristote, (pi'un médecin avait apporté de Constantinople, en iî67. L'élude de ce philosophe avait donné lieu à tant d'opinions erroiijées, que ses écrits fuient jetés au feu en 12i0. Mais il se releva de ses cendres, et il régna avec un empire si absolu dans les écoles, qu'il ne fallut pas moins que la requête de Boileau au Parnar-se, dans le xvn" siècle, pour le faire déchoir de son houe.
■ Il faisait éûalement loi dans Ja morale. Robert de Courçon, en 1215, avait ordonné de lire publiquement, non seuiement sa dialectique sur laquelle on talquait les queslions de
* Cinqiiii'mo disooiii-s sur i'SJi^l, crc!.
méiapliysiques, mais encore ses lopîques. Il !ie condamnait que sa nîPîaphysiquc et sa physique. Le j>ape Grégoire IX, cependant, adressa une bulle fulminanfe anx ihéologiens de Paris, en 1228. pour les reprendre daUérer la pureté de la foi par le mélange des opinions d'Arislote; et, en t231, il suspendit l'étude de ses livres, jusqu'à ce quils fussent corrigés. Mais le statut de 1598 les donne pour la règle et la matière de toutes les études philosophiques.
L'arithmétique était Fart de calculer par les abaques* ou lab]?tlessurieS([uelleson comptait par des fiches ou des jetons. On a encore les abaques de Boéce *\ de Bède, de Gilbert et de
* Abaque, du grec Aêy.l, tables. Tabies couvertes do poussière , sur lesquelles les anciens Ron:ains irnçaient des figures. Cliez les Grecs, elles éiaient carrées, longues, évidéos; des fils y élaieui tendus, k ces lils ciaieul passées des boules qui servaient à compter.
** Anicius-^lanlius-Torqualus-Severiiuis Bœtius, né à Rome, en no, de parons riches et nobles. Compléta ses études à Aihônes, et, de retour à Home, oblint rinlirue confiance do Théodoric , roi des Oslrogotlis , dont !a puissance alors s'exerçait en Ualie. Trois fois consul, ses fils le furent également vers 322. Plus tard , étant devenu l'objet des soiiprons de ce mcMne Théodoric, il fut arrèîê par ses ordres et mis en prisnn à Pavie, et, six mois après , le 23 ociolui; .jiJ, il péril au m. lieu des tortures les plus atroces. Ou a de lui un ThiUil delà Conscïalion.ini cinq parlics, que l'on croit HU'il a rédige pendant sa captivité. La ineilleure édition de ses œuvres est celle de Bàle, in-fol., i:i70. publiée par ÎI. Loriliiis Glareanus. V.n 171'., une fliftoire de Boi'ce a è|é publié.' psr l'abbé Gcrv:J^e. ^'*^'''
Helhert de Saim-liuberî en Ardennes. Aîaiïiil îiiversel avait iiJOîitréiapplicaîioiî de rariJhmëlique à la geoiiiélrio, à rastronomie et h la iinisiqne. Les ehiriVes arabes, venus d'Espagne avec Gëribeiî , furent adopîës comme pbis connnodes que les chiffres romiiin.'. On les IrouvCj avec la maniëi'e de compter, dans nn niamiscrit latin de la bibliothèque du roi, sous le nnmëi'o 7377. en petits caractères ronds, demi-goihiques. Ces chiffres y sont figurés autrement que ceux de notre arithjnëtique moderne; mais ils en approchent un peu, pour la })lupart. (hi retrouve les chiiïies romains avec Tordre de la numération dans un autre manuscrit latin en demi-oothiaue, sous le nom de Gerberî, n° 6,C20, du wif siècle. Mathieu Paris raconte quun Augiais avait rapporté d'Athènes les chiffres des Grecs, qui étaient leurs lettres, avec leurs valeuis numéiiques. Mais on ne s'en est pas servi, lis étaient Irop difficiles pour le temps. Le traité anonyme de Talgorithme en chiffres arabes, conservé à Sainte-Geneviève, est en l'iauçais, conniie la plupait des autres de ce temps sur cette matière, qu'on regardait plutôt, ainsi que la géométrie, comme des inslrumens darls mécaniques que COU! me des sciences.
L'astronomie n'avait pour objet que le calcul
(h^ la ft'le de Pâques. L'an lÔCî avait été la grande année, c'est- à-dire eelle du double de la période luni-so!aire de 532 ans de Denis-le- Petil, Scythe de nation et abbé h Rome, dans le VI* siècle. Il l'avait composée de 28 cycles de 1 9 ans, renfermant toutes les variations de cette fêle par les relations des deux astres revenant toutes les mêmes au bout de cette période de temps. En renouvelant l'ancien cycle pascal de 95 ou 5 fois 19, qu'il multipliait par 140, il trouvait pour produit le nombre 1 3,300, dont le double est 26,600, qui esl la grande période de la précession des équinoxes comptée à raison d'un degré en 74 ans, ce qui était suffisant pour des astronomes qui n'y regardaient pas alors de si près. Or, le nombre 532, ou 28 fois 19 ans, multiplié par 25, lui donnait aussi le même produit 13,300. Ce qui lui avait fait préférer ce nombre 53*2, cest qu'il le commençait à la première année de lère chrétienne. L'Anglais Holy>vood ou Sacro-Bosco % qui professait l'astronomie à Paris vers le milieu du xni' siècle, et qui fut depuis, enterré
* >'é à Holywood, dans l'Yorkshire, na commenceflient du XIII'' siècle. Il mourut à Paris , en 1256 , (il fui enterré dans le cloître des Malhurins. Il publia , sous le titre de De Sphoprâ mnndi, un abrégé de rA!magesti>de Ploléniée et des romineul aires des Arabes.
dans îe cloître des Mathuiins, où l'on grava une sphère sur sa tombe, s'occupait beaucoup du calcul ecclésiastique, dont il a laissé un traité en latin. Il en avait composé un autre sur la sphère, qui fut l'oracle des astronomes venus après lui, comme les Sentences et le Décret pour la théologie et le droit ; il compta autant de commentateurs qui s'appuyèrent de son noni; pour autoriser leurs rêveries astrologiques.
Lalande dit avec raison que c'est lui qui a prêté à Ptolémée les cieux de verre, auxquels cet astronome n'avait jamais pensé. îlne méritait donc guère l'honneui' que Cicéron dit avoir été fait à Archimède sur son tombeau, près de Syracuse. En géométrie , Hugues Métellus cherchait la quadrature du cercle. Gela suffit pour donner une idée des géomètres de ce siècle. Celle science était peu étudiée et encore moins appliquée. Le cardinal Robert de Courçon, Anglais de nation, mais professeur à Paris, avant sa légation, reconmîandait l'élude des mathématiques dans son statut. Celles qu'on enseignait dans l'Université sont toutes renfermées dans le manuscrit latin 7377, que j'ai déjà cité. La géométrie s'y borne à quel ques petites propositions très simples d'Eu lide, sur les lignes et les triangles. La géo-
métrie était confondue avec T architecture. Tout se faisait par routine, dans cet art comme dans Tarpenlage. On se croyait géomètre, quand on savait mesurer un champ. Nulle théorie de la statique, ni de la dynami que. L'expérience était le seul maître, avec la tradition des moyens mécaniques, et il n'existait ni physique ni chimie. Mais on voulait faire de l'or, et l'histoire de Nicolas Flamel , qui fit un livre de la transmutation des métaux, pour donner le change au public sur son enrichissement subit, suivit de près le temps dont nous parlons. Mais la vérité est qu'il ne s'était enrichi quà piller les juifs et les finances de l'Etat, avec le surintendant Jean de Montaigu. La métallurgie n'était connue que pour la fonte et le mélange des métaux, le monnayage, la fabrication des armes et des instruniens. Mais tous ces arts, qui sont de pratique, n'étaient pas du ressort de l'Université, qui n'enseignait que la théorie des sciences spéculatives. Les arts mécaniques s'apprenaient chez les maîtres de métiers, et l'Université n'en savait pas même assez pour ne donner que des considérations générales que la mauvaise physique d' Aristote ne pouvait lui fournir.
la iiiusiqn 3 n'était que du plain-chant ac-
compagne «le (iisolques inslrimiens à cordes, tels que des harpes et des violons carrés. On y joignait des cai'iiioas de clocliettes , comme on le voit dans un manuscrit de Sainte-Geneviève, au rapport de l'abbé Lebœuf. Un maîtie en figure de prêtre à large tonsure , télé nue ou couverte d'une loque, vêtu dune robe blanche à capuchon bleu, avec une poignée de verges d'osier à la main et relevée pour menacer une troupe d'enfans tenant chacun un livre, nus de la tète à la ceinture : la dernière page le représente fiappant avec un petit marteau sur quatre clochettes de diverses grosseurs placées sur deux rangs parallèles devant lui. Celle musique était en trois parties : la bassetaille, l'ocîave et la double octave. On était parvenu peu à peu à y joindre la tierce et la quinte. C'est ce que Ton tachait dobtenir dans les cloches des églises , et dans les orgues qui venaient d"y être inlroduiu^s.
Tel élaille cours des éludes publiques , celui par lequel on se préparait à l'étude de la théologie. Il n y îivait aucune leçon de langues élrangères , ni d'iiisloire, ni de géographie. Seulement, d(.' grandes peaux de mouton , préparées par les mégissiers et attachées aux murailles dans les écoles, montraient des espères d'arldt's chronologiques grossièi'emenl
tracés. Les uioines écrivaient pourlaiit bien des chroniques remplies de menus faits , bien des légendes et de laux miracles, bien des miroii'S historiaux qui, tous, commençaient à la création ; mais les bons auteurs de l'antiquité étaient oubliés. Quelques uns ont été transcrits sur parchemins par les religieux, dans les monastères. C'est ce qui a fait perdre les manuscrits autographes. Heureux encore que ces parchemins n'aient pas été raclés pour y substituer des sermonaires, quoique pas un seul ancien ne nous soit parvenu entier, après avoir passé par les mains des moines, qui, pourtant;, ont sauvé le peu qui nous en reste ! Parlerai-je de la géographie dans ce siècle de ténèbres, sous le règne de Philippe-le-Bel? On ne connaissait pas même la France, en France même, bien loin de pouvoir la représenter. Bernard Guidonis s'est trompé dans tout ce qu'il a voulu en écrire. On était même plus ignorant alors, en géographie, qu'on ne Tétait du lenq)S de Charlemagne. Car Eginhart rapporte que ce prince, oidonnant dans son testament de vendre leslivresde sa bibliothèque pour en distribuer le prix aux pauvres, vouUit que l'on donnât aux églises de Rome et de Ravenne deux tablettes d'argent sur lesffuelles étaient giavées les représentations de
CoïiStantinopîe ei de Rome, et deux autres, l'une d'or et l'autre d'argent , qui représentaient le monde entier. Le^doniinicain, auteur des Annales deColmar, écrivait en 1265: «J'ai tracé la carte du monde sur douze peaux de parchemin.» Mais ces cartes ne pouvaient ressembler qu'à la table de Peutinger pour l'itinéraire d'Anlonius, sans aucune application, ni même la moindre connaissance des projections de surfaces courbes sur un plan, ni de degrés de longitude et de latitude qui auraient exigé bien d'autres notions géométriques que celles qu'on avait au xïîp siècle.
CeAPITBE îll.
î>STITLTIO>' DES COLLÈGES,
Les mœurs des éludians et l'état des études dans l'Université iiécessilaient une prompte réforme. La réclusion des écoliers parut suffire pour corriger les premiers ; mais il ne fut pas aussi facile de remédier aux fautes de? autres.
C/oiléges qai ont précédé celui de Ifavarre>
Ce n'était pas assez que le péripalélisme eût remplacé, dans les écoles de philosophie, les querelles des réaux et des nominaux *, il fallait encore que les deux sectes des ihomis-
• lîémix. Pliilosophes qui regardaient les élres abstralls comme des èlros ré(;ls.
Nominmtx. Soutenaient que les êtres abstraits ou unii-cj saux n'etaieiU que de simples noms, des termes signifiant seulement les diverses maniores doiit !a logique pouvait en visager les objets.l
tes * et des scotistes vinssent partager les écoles de théologie, el préluder de loin aux scènes des jansénistes etdesnîolinistes du xviii'siècle, sur les mêmes matières de la grâce et du libre arbitre **. Mais ce quil y avait de plus déplorable, c'était que, souvent, des paroles on en venait aux coups.
Les deux ordres des Dominicains et des Franciscains, auxquels appartenaient Thomas d'Aquinet Jean Duns***, surnommé Scot, deuxième du nom el venu des îles Britanniques, comme le j^remier, s'anathématisaient réciproquement, h cause de leur divergence dans ces opinions, où 1" Eglise n'a (outel'ois rien prononcé.
Le scolisle, auréole du xiV siècle, fut réfuté dans le xv' par le thomiste Ca})i'éole. On ne connaît plus guère aujouixllnii ces gens-là :
• Partisans de la dootrinc de saint Thomas , sur la prédestination et la grâce.
** Janseniiis, né en i.j8j, a Acquoi, prés Leerdam, en Hollande, fit ses études à Louvain, où il prit le nom de Janseniiis. l\ mourut de la peste, en visitant ses diocésains, le 6 mai 1638. On a de lui un ouvrage intitulé Au(justinus. publié en 16/îO. C'est aux i);utisai;s de VAugustittus qu'on donna le nom de jansénistes, d'une moralité très sévère, qui ;»ppelaient leurs adversaires HK)///i/.î^e.v.
"' ?\é à Dynstame, dans le Xoitluimberiand. !1 fut cordelier. l\ moiuut à Cologne, le 8 novembre 1308. Il est plus <'OBnu sous le nom de Je;in i^cot, ou celui de Docte, r s-ubtil.
ils ont pourlaut fait bien du bruit dans leur temps. i\lais tout passe. Ce qu'on admire, de nos jours, sera négligé à son tour. N'avonsnous pas vu la chimie [)hlogislîrpio de Slahl remplacée par la chimie pneumatique de Fourcroy ? « Il semble, dit l'abbé Lebœuf, que la naissance des ordres monastiques fut l'époque de l'indifférence qui coannença à s'apercevoir à l'égard de la littérature. » Cette remarque est d'autant plus juste, que nous la trouvons vérifiée par la défense que faisait le fondateur du premier collège de théologie qui ait été établi à Paris, de lire aucun auteur profane.
Cet homme esl Robert Sorbon*. ainsi nom-
* Né, le 9 octobre 1201, au village de Sorbon ou Sorbonne, diocèse de Reims. Saint Louis , dont il fut le chapelain et le confesseur, se plaisait dans sa société intime. En issi , il obtint un canonicat à Cambrai. Le souvenir de sa pauvreté, quand il était écolier, lui fit imaginer une société d'eccléncsliqucs séva- Hers,-qui, viinut en commun et ayant les diosesnécessaires à la vie, ne fussent plus occupés que de l'étude, et enseignassent gratuitement. Telle fut l'origine de la Sorbonne de Paris, qui fut fondée de l4o"2à lio3. En 1271, Robert Sorbon lit l'acquisition d'une maison située près de la Sorbonne, y fondu le collège de Caivi , qui fut aussi appelé Petite Sorbonne C'est sur l'emplacement de celte dernière que le cardinal de .Richelieu, en iG.36, après l'avoir fait démolir, lit élever l'église de la Sorbonne. Ce cardinal avait l'inlentiou de réunir un collège à la Sorbonne ; mais il ne put réaliser son projet. Sa familli', après sa mort, en lOW, rciinil à la Soiboiiiu* le cc.llcge du PleShis.
Sorbon fut nonnnè ci'anoinc de Faiis, en 12-.S. Il mourut le V> aortt 1-27't, en donnaul lous ses biens aux pauvres maifiescludians dans la KacuUé de thè<i|ot;ie de l'aris.
më d'un village de Champagne où il était né, en 1201, de parens pauvres et de la dernière classe du peuple. 11 élait devenu, h force d'éludés et de peines, docteur en théologie, chanoine de Cambrai et chapelain de saint Louis. 11 obtint de la libéralité de ce roi les secours qui l'aidèrent à faire construire une maison destinée à servir de demeure h des ecclésiastiques séculiers, uniquement occupés de l'élude de la religion. Il la dota de plusieurs bourses ou pensions gratuites annuelles, chacune de 5 sols et demi par semaine, ce qui, à raison de 2 francs 90 centimes, valeur du mare d'argent, équivalait à 7 francs d'aujour= d'hui, ou environ 380 francs par an, pour l'entretien de chaque jeune boursier théologien pauvre et hors d'état de subsister par soimême pendant ses études. Cette maison fut bâtie en 1250, dans les rues Coupe-Gueule et des Deux-Portes, vis-à-vis du palais des Thermes. Le fondateui- y ajouta, en 1271, le collège de Calvi pour des jeunes clercs, qu'il y mit sous le gouvernement du fameux Guillaume de Saint-Amour, comme un séminaire pour sa Sorbonne.
A ce collège, remplacé deptiis par Fégli^e actuelle , fut substitué celui du Plessis- Balisson, fondé pp, 1323 par un ecclésias^
tique de ce iioiu , protoiiutaire * apostolique et secrétaire du roi Philippe V, dit le Long. Il était destiné ù l'éducation de quarante pauvres clercs , dans la religion , la grammaire, la philosophie et les sciences naturelles. Les bourses de Calvi y furent transportées ; et la Sorbonne, qui shonorait du titre de pauvre, que son fondateur lui avait donné, demeura habitée seulement par les licenciés et les docteurs qui pouvaient cependant, comme leurs élèves, loger chez eux. de pauvres clercs auxquels la maison fournissait le nécessaire. Les grands hommes qne la Sorbonne a donnés à la rehgion et l'État font l'éloge de celte maison, de son fondateur, de son excellent régime et du bon esprit qui y régna loujouis, à quelques uuages près, qu'il ne faut attribuer qu'aux malheurs des temps. Mais de l'état florissant où elle s'était élevée , dans quel abandon, dans quel dépérissement n'est-elle pas londjée, }>ar suite de l" intolérance philosophique qui a rempli la lin duxvm' siècle de ruines et de calamités?
Celte maison n'était pas la seule, ni la première, qui eût été établie pour y mettre les
* itpiizo(, premier, notariat., notaire, onkior de !.• 'oui ct" Rome, qui leçoit les .tcles des coiislsloire> public?-, elle* ♦AH^^dieen formf . q'iJ^nri il en psf jeqniv.
jeunes clercs à labri de la corruption qui régnait parmi les étudians de l'Université , en subvenant à leurs besoins. En 1187, Robert, comte de Dreux, fils de Louis-le-Gros , avait déjà fondé près du Louvre un collège sous l'invocation de saint Thomas de Cantorbery. ])Oui' de pauvres étudians qui y sei'aient gratuitement nourris et logés sous la surveillance d'un niîiître. A cette maison était attachée une chapelle desservie par des chanoines qui y faisaient l'office pour ces écoliers , et un hôpital pour ceux d'entre eux qui seraient malades.
En 1309, des étudians en médecine sonl admis comme boursiers au collège de Bayeux.
En 1314, dos boursiers en snédecine, nu collège de Laon.
En 1390, des lettres du roi sont adressées au prévôt de Paris et à tous autres justiciers, ou à leurs lieulenans, de ne donner l'aulorisation de pratiquer la médecine qu'après avoir donné des preuves d'une instruction sullisante.
Si l'on en croit un factum , imprimé pour ITuiversité . en l(J89, cité par les lazaristes pour soutenir leurs droits sur le collège des lîons-Enfans, de la rue Saint Victor, le roi Robert, mort en 1031, aurait fondé ce collège. Si ce fait est vrai, ce collège serait le plus ancien de tons ceux de l'Université. Ce qui est certain , c'est qu'il existait déjà une chapelle de Saint-Victor hors de Paris, (puind Guillaume de Champeaux y prit l'habit de chanoine et y bàlit un monastère, sous le règne de Louis-le-(iros, en 1113, pour des chanoines réguliers de saint Augustin. Il se peut que le roi Robert ait fondé cette chapelle, avec une petite école, pour les cnfans des environs. Cette école devint plus célèbre pai' les leçons de riuillauinc de Champeaux, et, quand il fut nommé «véque de Chàlons, elle continua, sous diftérens maîtres, de
Mais eu 1^17 les ciuiuoinos chassèrent les écoliers, qui se réfugièrent dans leur hôpital de Saint-Nicolas du Louvre, dont ils firent leur école; et l'undentreeux, qui fut saint Yves, s'y forma à la science et à la vertu. Ensuite, Saint- Nicolas, étant aussi devenu une collégiale de chanoines, et Saint-Thomas étant tombé de vétusté sur quelques uns des clercs, qu'il écrasa, en 1755, l'un et l'autre furent réunis à Saint-
donner des leçons, ni lit partie, dès l'an iTû. du corps de l'I'niversilé, sons le nom de collège des Bons-Enfans, gouverné par un principal, avec un chapelain et neuf boursiers. Jean Pluyelte. principal de ce collège et curé de Mesnil-Aubry, y fonda des bourses en ii"a, et, en 1627, le principal Guyard, qui était aussi chapelain de ce collège, se démit de ces deux charges en faveur du vénérable Vincent de Paule, fondateur de la congrégation des prêtres de la Mission. Ce père- des pauvres en lit le berceau de celte institution : il y rassembla ses premiers compagnons. Celte société, plus connue depuis sous le nom de lazaristes, à cause du prieuré de Saint-Lazare , que le dernier prieur, M. Lebon , leur céda au faubourg Saint-Laurent, s'y élant iransportée, en fit son chef-lieu. Elle convertit le collège des Bons-Enfans en un séminaire déjeunes clercs, sous le nom de Sainl-Firmin; mais elle eut à en remettre les biens à Tadminisiration des collèges, supprimés par l'èdil de réunion dont je parlerai, en
En perdant sa qualilé de collège, cette maison perdit aussi son nom de Bons-Enfans, que l'on donnait, dans le temps de sa fondation, aux établissemens de charité en faveur des pauvres écoliers. Tels étaient les Bons-Enfans de Saiul-Honoré, dont une rue, prés du Palais-Uoyal , relient encore le nom. Les Bons-Enfans de Sainl-Viclor reçurent de saint Louis soixante livres, qui en fout près de cinq mille d'aujourd'hui, et du comte d'.\lençon, iils de ce roi, quarante sols.
Louis (Ju Louvl(^ ({ui a été démoli avec les resies deSainl-Nicolas, qui subsistaient encore au commencement du xix' siècle.
Il n'était pas possible qu'un établissement situé tiop loin de leur rentre persistât longtemps sans se détruire. Kt l'on vit s'éteindre, pour la même raison, le collège des Bons-Enl'ans, fondé au commencement de ce siècle, dans la rue qui porte encore ce nom , au lieu qui fut occupé depuis par l'église Saint-Honoré ; et l'école deSaint-Germain-FAuxerrois, dont il ne reste plus que le nom de Y école donné à la place et au quai qui Idnt conservé. L'école des Bons-Enfans-Sainl-Iîonoré avait été fondée en 1209, sous le nom d'Hôpital ou d Hospice de pauvres écoliers, par Etienne Bélat, échevin de Paris, et Ada, sa femme, qui avaient contiibué , avec d'autres personnes pieuses, à la fondation de l'église collégiale de Saint-Honoré. Ces deux époux y fondèrent aussi une prébende pour un chanoine qui serait le proviseur de celle école. Saint Louis faisait venir ces Bohs-Enfans pour les oiïices divins dans sa cliapellc, elles aidait de ses aumônes. H leur légua dix livres tournois par son testament, ou environ 2,000 francs d'aujourd'hui. L'école de Saint-Germain-l'Auxerl'ois était l'une de c^'lîes que les grandes églises
lie Paris avaient inslitudes pour les enfans de leur paroisse. El comme celle-ci avait été d'abord à des religieux, leur école s'y était maintenue; mais elle tomba à mesure que celles de la Montagne se multiplièrent. Ces exemples de fondations d asiles en faveur des pauvres écoliers ne restèrent pas sans imitateurs. La nation danoise sétait fait bâtir un hospice qu'elle dota, sur le Mont-Sainte-Geneviève. pour les pauvres élèves qui viendraient du Danemarck étudier à Paris. Ce collège, d'abord placé sous le nom de collège des Daces, entre le collège de Laon , construit après lui, et les Carmes du bas de la Montagne . auxquels il leur céda son emplacement, se transporta ensuite dans une maison de la rue Galande : ce qui le rapprocha de la rue du Fouarre, où depuis se donnaient les leçons publiques de rUniversité.
Le coUéoe des Dix-Huit . ainsi nommé de dix-huit pauvres écoliers qui y étaient entre-* tenus au Parvis Notre-Dame, près la rue qui en a retenu le nom des D"!x-iluit, à condition d'aller jeter de l'eau bénite sur les corps des malades morts à rilotel-Dieu et exposés ii la porte , fut ensuite rente par deux Flamands, pèlerins de Jérusale;n. Il se iranspojta depuis h la l'ue de'< Poirées. on il fut absorbé par la
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nonvellê Soiboniie. Mais t es bourses se conservéïenl , et restèrent h la uoiiiiiialion du doyen du chapitre de Paris.
La prise de Constantinople par les croisés français, en {20 ï^ avait confirmé Baudouin, qui y régna le premier, dans l'espérance, qu'avait eue auparavant le pape Innocent III , de réunir l'église grecque à l'église latine, en faisant instruire à Paris de jeunes Grecs, qui rapporteraient dans leur pays les principes de la théologie romaine. On avait, en conséquence, construit une maison sous le nom de collège de Constantinople, pour ces jeunes étrangers, près de la [«lace Maubert, ainsi nommée de l'évèque Madalbert , de Paris, dans le vui' siècle, au lieu où était situé le collège de la Marche. Ces Giecs vêtaient soumis à une règle et à la clôture. Cette réclusion et l'ignorance des deux langues laline et française les préservèrent, plus que toute antre chose, d'avoir part aux d()l)ats qui continuaient de s'élever souvent entre les écoliers et les bourgeois.
Ces écoliers étaient obligés d'aller chaque jour entendiv les leçons des professeurs de l'Université, dans les quatre écoles de la rue du Fouarre. Cette rue est voisine de l'église de Saint-Julien-le-Pauvre, dans laquelle l'Université Irnail ses assendjlées et procédait aux
élections de son recleur et de ses officiers , parce qu'elle avait été la plus ancienne école après celle du cloître Notre-Dame ; et les écoliers, en y descendant de toutes les parties de la Montagne, ne laissaient pas d'exciter par leur nombre et leur pétulance beaucoup de rumeurs et d'embarras dans toutes les rues où ils passaient. Leurs insultes irritaient les bourgeois ; et dans une de ces émeutes , ceux-ci ayant tué le professeur Simon de Messemi , le roi Philippe-le-Bel condanma les meurtriers à mille livres d'amende, somme énorme en ce temps- là, qui en vaudrait aujourd'hui vingt fois autant , et qui fut employée à la fondation de trois chapelles au Chàtelet , pour le repos de l'àme du défunt.
Les gens sages gémissaient de ces excès. On ne voyait aucun autre moyen de les prévenii', que d'enfermer les écoliers dans des maisons établies à l'instar de la Sorbonne. Guillaume de Saône, chanoine trésorier de l'église de Rouen, avait déjà fondé, en 1268, un collège de boursiers normands, sous le nom du trésorier. 11 ne leur donna pas d'autre supérieur que le plus ancien d'entre eux. Mais leur conduite obligea bientôt d*y suppléer. La fréquentation des autres étudians aux écoles publiques de la rue du Fouarre infectait des mêmes vices ceux
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des collèges îiouvellement institués ; car ces collèges, à l'exception de celui de Sorbonne, n'étaient pas de plein exercice , c'est-à-dire que les professeurs de l'Université n'y lisaient point , mais seulement dans les écoles de la * rue duFouarre.
Le collège d'Harcourl, fondé en 1280, en vertu du testament de Raoul d'Harcourt , de l'illustre maison de ce nom , docteur en décret et chanoine de l'église de Paris , fut construit par les soins de son frère , Robert d'Harcourt, évêque de Coutances , pour quarante pauvres boursiers, douze théologiens et vingt-huit artiens * ; ce qui fit de celle maison lune des quatre sociétés de théologie de l" Université, sous le gouvernement d un proviseur. Les bourses constituées en rentes annuelles sur les biens du fondateur étaient alTectées à la nation normande, et exigeaient des litulaii'es la clôture et la régularité des mœurs.
Cette fondation fut suivie, en 129i, de celle du collège desCliolets, ainsi nommé de son fondateur le cardinal Jean Cholei , de Nolntel, professeur de droit civil et canonique^ et légat du saint siège en France. Ses gens ayant tué
" De artes, artiam, atls. Terme de collège; écolier qui est sorti des huuianilés, et qui étudie en philosophie.
un écolier dans une dispute entre eux et quelques étudians , hors des murs , entre l'abbaye Saint-Germain et Vaugirard , le légat se vit obligé de fonder une chapelle pour y faire prier à l'intention du défunt. Il mourut cette année même , après avoir ordonné que sa succession servît à fonder un collège , en réparation de ce malheur. Sa volonté fut exécutée, et le collège construit dans la rue de Saint- Étienne-des-GrèSj pour des boursiers théologiens et arlienÈ , subsiste encore aujourd'hui , en par lie.
Les grands ordres monastiques , pour préserver leurs religieux étudians à Paris de la contagion des mauvaises mœurs, suivirent Texemple des prélats. Les collèges de Saint-Denis, de Cileaux ou des Bernardins, des Prémontrés, des Triniiaires, de Cluny, furent élevés en différens lieux de la Montagne. Ils eurent chacun leurs professeurs de philosophie et de théologie, comme ceux des dominicains et des franciscains, pris dans leurs ordres, mais gradués et licenciés dans l'Université. Le collège de Cluny existe encore comme une forteresse garnie de louis et d'épaisses nmrailles. Celui de Sainte-Catherine de la Couliure mérite une mention particulière. Il était bàli aux environs de la porte Bandez, au Marais, sur un fond
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donné par Pierre Gibouin, bourgeois de Paris. Saint Louis en fit In fondation pour les chanoines réguliers augusiins du val des écoliers, établi près de Langres, par quatre professeurs de Paris. Les sergens d'arnies, gardes-ducorps de Philippe-Augusîc , (|ui avaient si bien défendu ce roi h la ])aîaille de Bouvines, firent construire l'église, selon l'inscription suivante en gothique :
^ ia pririt' bc^s ôcrgcus ù'armes, iîlûnsieiir 6nint Couis font! a aitc rgUs^ett) mit la prnnih-f pierre. €( fut pinu* la \om >c la victoire qui fut au pontîîcHouuince, fan 1214. Ces 6n*;9fn3 îï'anucs pour le tems ^]ar^Clieut letiit pont et tioiierent que si K^ifu leur îïonuïïit inetoire, ils fcinîieroient mu cglisf ï)e liainte Caî!]erine. €t ainsi fut-il.
Les chanoines réguliers de saint Augustin , de la Coulture-Sainte-Cvalherine, n'étaient pas les frères ermites augustins établis d'abord dans la rue Saint-\ iclor au (Ihardonnet. Ceuxci, moines niendians, voulant se transporter près de la rivière, sin- un terrain que leur cédaient les religieux de Saint-Germain, dans le fauliourg de ce nom , vendirent leur local du Chardoimet au carriioal Jean-le-Moine , qui l'acquit pour y établir un collège de son nom.
Ce cardinal était de Crécy, près d'Abbeville^
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dans le Ponlhieu. Ses parens étaient pauvres et rustiques. 11 fit ses études à Paris, avec beaucoup de soufTrances et de privations , connue tous ceux qui veulent s élever par l'étude au dessus de leur condition. Use rendit très habile dans le droit canonique, et il parvint, par son savoir et son habileté dans les affaires de l'Église, à la dignité de cardinal. Étant légal i303 du sainî-siége en France , il reçut ordre de Boniface VllI de l'aire souscrire une réUactation au roi Philippe-le-Bel, qui avait fait brûler publiquement une buile où ce pape affectait ia supériorité de sa tiare sur les couronnes. Le roi refusa d'acquiescer à cette monstrueuse chimère , et le pape s'oublia jusqu'à l'excommunier. Le cardinal Lemoine, apprenant que les deux prêtres porteui's de la bulle d'excomnumication avaient été arrêtés à Troyes par ordre 'du roi, qui avait fait saisir cette bulle, paitit pour Avignon . où il se retira, sans attendre l'ordre du pape.
Avant son départ, il avait fondé son collège, avec l'agrément du roi, pour plusieurs boursiers théologiens et arliens , auxijueis il défendit d'étudier l'un ou l'autre droit, quoiqu'il dûl lui-même sa iorlune au droit canonique. Mais il ne voulait pas qu'ils y prissent le goût de la chicane. Au Heu de
fonder ses bourses en livv&s parisis, qui varièrent sans cesse pendant le règne de Philippe, il les créa en marcs d'argent, dont le prix se tenait toujours au niveau du prix des denrées, tandis que la livre de compte baissait en raison inverse de la valeur croissante des monnaies. Les célèbres Buchanan *,
• Né en 1505, ;"^ lîilkcrne, en Ecosse. Sa mère étnnl restée veuve, chargée de huit cnfans, et dans une extrême indigence, un de ses oncles l'envoya à Paris, à l'âge de quatorze ans. Il fut professeur à Sainte-Barbe, puis gouverneur du comte de Cassils, qu'il accompagna en Ecosse, où il devint précepteur du comte Murray, lils naturel de Jacques V. En l.'JSa, accusé d'hérésie et jeté en prison, après deux publications finies contre les franciscains, intitulées : Somnium et Franciscamis , dont on donna la traduction en t.j')9, à Sedan, sous le titre de : le Cordelier de Buchanan, Buchanan 8'échappa et alla à Bordeaux, où il était, lors de la peste de 1543. On croit que c'est à cette époque et à Bordeaux qu'il fut quelque temps précepteur de Montaigne. De retour à Paris, en 1347, il alla en Portugal. En i:ij4, il fut nommé précepteur de Timoléon de Cessé, fils du maréchal de Brissac, auquel il avait dédié sa tragédie de Jepthé. Retourné en Ecosse, il fut précepteur de Jacques VI. Il mourut à Edimbourg, le 28 septembre 1,182. Dans ses derniers momcns, il demanda à son domestique combien il lui restait d'argent , et, ayant appris qu'il n'en avait point assez pour subvenir aux frais de son enterrement, il ordonna de le distribuer aux pauvres. Poète et historien célèbre, on a de lui un traité De jure apud Scotos, Edimbourg, IjSO, in-i»; une histoire d'Ecosse, lierum Scoticarinn hi.itoria, où il est assez injuste à l'endroit de Marie Stuart, dominé qu'il était par son attachement pour le comte Murray. La plus estimée des éditions complètes de ses œuvres est <î«^lle donnée par Burmann. de I.PTde. en I72r>. 2 vol. in-i".
Tiinièbe *, Muray, Valable, ont professé dans celle maison. Tune des qualre sociélés de ihcologie de l'Université, et le fameux Nicher, syndic de l'Université et défenseur courageux des immunités gallicanes , a présidé à ce cqllége en qualité de grand-maître, au commencement du xvif siècle. Avant lui, le savant Amyot **. plus célèbre encore par sa
* îS'é en iril2, à Andely , en Normandie, d'une famille noble, mais peu aisée. Il fit ses éludes à Paris, puis devint professeur d'humanités, à Toulouse. En 1547, il fut appelé à Paris, pour remplacer Toussain au collège Royal. En l.joS, il eut la direction de l'imprimerie royale, pour l'impression des auteurs grecs. Il mourut le 12 juin 1565, à l'âge de cinquantetrois ans. Il fut l'ami de Montaigne, du chancelier de l'Hôpital et de Christophe de Thou, premier président du parlement de Paris.
** Jacques Amyot, né à Mclun, le 30 octobre 1513, d'un mercier malheureux. Après avoir reçu une instruction très élémentaire, il partit pour Paris, avec seize sous dans sa bourse. Il recevait toutes les semaines à Paris, par des bateliers de Melun, un pain que lui envoyait sa mère, Mnrgueriie-des-Amours. Il étudia le droit civil à Bourges, où il fut nommé professeur de grec. Il alla en Italie avec l'ainbassadciir de Venise, :5IorviIliers. Il fut chargé, par Odet de Selvcs et le cardinal de Tournon, de présenter au concile de Trente une protestation contre les prétentions de la cour de Rome et la puissance universelle illimitée du pape. Le roi Henri II, lors de son voyage pour aller visiter Marguerite de Valois, dans son du.ché de Berri , s'étant arrêté dans un château où S'était réfugié .*myot, le chancelier de l'Hôpital ayant été, en celte circonstance, à même d'apprécier la vaste érudition de ce savant helléniste, Amyot fut nommé précepteur des fils du roi, qui furent François II, Charles IX, Henri IIÏ et Fran-
belle Iraduclion des Hommes illustres dePhilarque, que par les dij^nilés dabbé de Saint- ('orneille et de Bellozane, d'évèque, de coiuniandeur et de grand-aiimùnier de France, qu'il recul de la munificence des rois François V', Henri II, Charles IX el Henri lïl, dont il fut le précepteur, avait fait ses études au collège du cardinal Lenioine, en qualité de boursier. Pauvre enfant, fds dun petit mercier
çois, duc d'Anjou, qui rappelèrent toujours leur maître. Charles IX le nomma, dès le lendemain de son avènement, grandaumônier, conseiller d'état et conservateur de l'Université de Paris.
Amyot, comme rnôpital, échappa au massacre de la Saint- Barthélemy; car, de même que Charles IX avait envoyé au chancelier l'Hôpital une garde de sûreté à sa campagne de Vignay, près d'Élampes, Amyot, qui dans ce moment était à Auxerre, fut également prévenu. Aussi ne reparut-il phis à la cour que du temps de Henri III, et encore obligé qu'il était, en sa qualité d'aumônier. On sait que Henri ÎII institua l'ordre du Saint-Esprit : ce fut entre les mains d'Amyot, dans l'église dcsGrands-.Vugusiins, que le roi, en qualité de grandmaître de cet ordre, prêta serment. Amyot, en sa qualité de grand-aumônier, fut nommé membre de cet ordre, avec la clause que tout grand-aumônier de France en serait membre, sans qu'il fût nécessaire à lui de donner des titres de noblesse. Eu IST"), il engagea Henri III à former une bibliothèque d'ouvrages latins et grecs. Il mourut le lU février 1593. Il fit la traduction de Theagène et Chariclce, publia les Hommes illustres de Plutarque , qu'il dédia à François l". A la sollicitation de la duchesse de Savoie, il composa les vies d'E|)aminondas et de Scipion , qui manquaient aux a-uvrcs de Plutarque; lit la traduction de Daphnis et fhloé, de Longus, celle de sept livres de Diodore de Sicile, et de plusieurs tragédies grecques.
de Melun, qui l'avait donné à un bon religieux, à qui ce prélat dut, et la bourse qu'il obtint dans le collège, et la brillante fortune qu'il fit ensuite par son travail et son mérite ; il s'éleva ainsi à l'bonneur de parler en qualité d'orateur du roi au concile de Trente, où ce prince l'avait envoyé en qualité de son ambassadeur.
Le savant et modesle Haûy a professé dans ce collège, avant que de répandre la lumière sur la minéralogie, dans des établissemens plus éclatans, dont il soutint la réputation avec le même talent qu'il avait développé dans cette humble, mais utile école.
Tons ces estimables personnages ont dû en diflerens temps leur éducation ou leur profession à la fondation du cadinal Lemoine, qui, étant mort en 1313, fut enterré dans la chapelle de son collège, ('hacune de ces maisons, fondées pour l'éducation des jeunes clercs, était pourvue d'un oratoire pour les exercices spirituels du culte, auxquels on les formait, comme h l'élude de la religion et des lettres.
Quoique Philippe-le -Bel eût h se plaindre du pontife, il ne conçut aucun ressentiment contre le légat qui avait si heureusement ménagé les esprits, qu'il n'avait déplu ni à l'une ni à l'autre puissance. Ce cardinal, ne voulant
ofï'enser ni le roi. son souverain, ni le pape, son bienfaiteur, enl la sagesse de se retirer pour ne pas exécuter l'ordre du pontife, quand il vil qu'il ne lui était plus possible de les réconcilier. L'auteur de cette bistoire devait ce témoignage à la mémoire du fondateur du collège, où une bourse, créée par le cardinal de Loiu\iine, a été conférée dans le temps par le vénérable cardin.al, archevêque de Paris, ïalleyrand de Périgoi-d, au savant abbé Halma son oncle. 11 se plaît à consigner ici le témoignage de sa reconnaissance pour les trois prélats qui ont ainsi indisîinctemenl concouru à son instruction, et l'expression de la justice qu'il rend à la douceur de l'éducation que la jeunesse recevait dans cette maison.
Le cardinal Lcmoine fonda aussi, en 13!)3, dans la chapelle du collège des Cholels, dédiée à sainte Cécile, quaire chapelains, deux du diocèse de Beauvtiis et deux d'Amiens, avec charge de dire tous les jours deux messes dans la chapelle de saint Symphoricn, située Yis-à-\isla porte du collège. Celte chapelle appartenait à l'abbaye Sainte-Geneviève, et s'appelait anciennement Saint-Symuhorien-aux-Vignes , à cause des vignobles de tous ces lieux, en ces temps-là. Une autre fondation du cardinal Lcmoine est celle des Confrères de la passion, les premiers acteurs de Paris. Ils représentèrent d'abord des sujets de dévotion, tirés de l'Ecriture sainte. Ce pieux cardinal les avait aidés de son argent à s'établir, depuis qu'ils avaient commencé à jouer dans l'hôtel de Bourgogne. Ils allaient tous les ans, le jour de saint Jean, assister, dans la chapelle du collège, aux offieos que l'on rèlèbrait rn
PhiIippe-le-Bel. si plein d'égards pour l'Uni-
yersiîé et de zèle pour la prospérité des études,
qu'il favorisa le cardinal dans l'exéculionde
son projet, était bien éloigné de s'opposer à
l'honneur du fondateur. Un des boursiers, vêtu en cardinal, le représentait. C'était une vraie momerie, ineligne du lieu. Cette coutume fut abolie dans des temps plus éclairés , qui firent également disparaître la fête des fous, qui déshonorait et la religion et ses ministres. Les acteurs, dès lors, cessèrent d'aller au collège du cardinal, qu'ils oublièrent enfin totalement, comme on les y oublia.
Mais il est toujours bien remarquable que l'art scénique , qui est un moyen d'inslruclion, quand il n'en est pas un de dépravation, ait reçu ses premiers encouragemens d'un ecclésiastique vénérable et de mœurs exemplaires, qui a été l'un des premiers fondateurs des établissemens chargés d'élever des ecclésiastiques dans la science et la piété, loin du monde et de ses illusions.
En 1311, Philippe-le-Bel ordonna, par un édit perpétuel, que nul homme ou femme ne pourra exercer la chirurgie dans la ville et vicomte de Paris , qu'il n'ait obtenu de Jean Pitard, chirurgien du roi au Châtelet, ou de ses successeurs, la licence ou permission d'opérer, licmtiam operamJi, et n'eût prêté serment entre les mains du prévôt de Paris.
Cet édit présente trois observations importantes par rapport aux prétentions que les chirurgiens ont élevées dans la suite :
lo La licence qu'ils pouvaient obtenir était la licence d'opérer, et non celle d'enssiV/ner.
âo L'édit n'indique point qu'ils appartenaient à ITniversité, et ils ne pouvaient lui appartenir que comme cliens, et on donnait le nom de cliens de l'Université aux libraires, aux relieurs, aux copistes, aux parcheminiers et aux enlumineurs.
Ils étaient astreints à prêter serment au préyôt de Pari^. ■"0 qui les confondait avec les arts ef métiers.
]a fondalion d'une maison doslinée à élendrc les moyens d" instruction, lui qui mandait au comte de Boulogne, j)endant la guerre de Flandre, en 1303, de laisser passer librement les écoliers flamands de Paris avec leurs bagages et leurs provisions, eux et les messagei-s de l'Université, et qui chargeait, en 1304, le bailli d'Amiens de rexéculion de cet ordre. C'était un spectacle adniirable que de voir ces messagers, couverts du hoqueton de l'Université, parcourir toutes les contrées de la France et de 1 Eui'opi*, en paix ou en guei're, sans avoir rien à ledouter ni à souffrir des pays qu'ils traversaient, apportant à Paris l'argent que les parens des écoliers leur confiaient avec des lettres pour leurs eiifans, les accompagnant dans leur voyage ou leur retour, et chargés, en ces occasions, de la correspondance des autres particuliers; jeter ainsi les fondemens de rétablissement des postes et des messagei'ies, et lier toutes les |)arties de la chrétienté par cette circulation de rapports utiles et paisibles. Maîhem' h qui eut osé porlei- sur eux une main sacriléue! Foules les foudres (îe J'ï^lglise, les armes d<' tous les princes chrétiens l'auraient bientôt puni ue son audace, pane que toute l'Europe était intéressée à maintenir cette sécurité, aussi honorable pour la pro-
fession des lettres t|u'elle a été l)ienfaisante sous le rapport de rhumanilé. C'était cette inviolabilité que Philippe-le-Bel ordonnait au comte de Boulogne de respecter. « Nous croyons, dit-il dans son diplôme de Tan 1312, qu'on doit de grands égards aux travaux, à la disette et aux périls des étudians, venant des pays les plus éloignés pour satisfaire leur soif ardente de la science, et la puisant ici à la source des eaux vives, d'où ils la font ensuite couler dans toutes les parties du monde. En sorte que, par eux, la lumière de la foi, la doctrine de l'Église et les traditions des Pères brillent d'une nouvelle splendeur dans tout l'univers. »
Ainsi pensait ce roi, qui, non content de regarder comme un des plus beaux fleurons de sa couronne la sécurité dont jouissaient les sciences et les lettres, sous sa protection dans sa capitale, dans tout son royaume et jusque dans les pays étrangers, contribuait encore à leur progrès et h leur propagation, en participant, avec la reine son épouse, à la fondation du collège dont je vais parler, après avoir donné les localités de la Montagne, où il le fit construire.
Description de la montagne Saiute-Geueviève.
Philippe-Auguste venait de faire bâtir la tour du Louvre, déjà construit par Louis-le- 2^ Gros, lorsque, prêt à partir pour le Levant, en 1189, il désira que sa capitale se mît en état de défense par une bonne enceinte de murs. De retour en 1201, il reprit ce projet, qui ne fut entièrement exécuté qu'en 1211.
Avant celte construction, la partie septentrionale de Paris, depuis la rivière, avait déjà été fermée d'une muraille qui était la seconde enceinte de ce coté. Mais la partie méridionale était ouverte, quand le corps de sainte Geneviève y fut inhumé dans l'église des apôtres, qui en a reçu le nom. Celle église et son abbaye furent laissées hors du premier mur, dans lequel on enferma celle partie de la ville, sous les rois successeurs de Glovis. « Ge mur, dit » l'abbé Lebœuf, ne passait pas au delà des » rues des Garnies, Saint-ives, du Foin, et » aboutissait à la rivière, au bas de la rue de la ») Harpe. Il fut ensuite déiiuit piu- les ÎSor- » maiids, à l'approche desquels les habitans )) avaient pris la fuite. Ils revinrent quand le » danger fut passé, et se mirent à rebâtir leurs » maisons et à cultiver de nouveau leurs vignes
y et leurs jardins. Mais toute cette partie de- -» meura sans clôture. »
Cependant, depuis que les Normands avaient cessé leurs ravages, des rues s'étaient formées entre les habitations, depuis le Pelit-Pont jusqu'au sommet de la montagne. La principale passait devant Fabbaye Sainte-Geneviève, et servait de route pour aller à Orléans. Les autres étaient des chemins vicinaux, qui aboutissaient au palais des Thermes, à Saint-Germain-des-Prés, à Saint-Victor, à Saint-Marcel, et aux bourgs qui s'étaient formés autour.
A mesure que l'on s'éloignait de la rive gauche de la Seine en s'avançant sur la montagne, on rencontrait le clos Mauvoisin, où se trouvaient les rues de la Bûcherie et Galande, ainsi nommée de la famille des Garlande *, fondue dans celle des Maily ou Montmorency, qui avait sa maison dans cette rue; ii droite, les églises de St.rSéverin et de la Trinité, ou Saint- Benoît, par oà on allait des Thermes au palais de Vauvert, bàlipar le roi Robei"t,au lieuquifut ensuite donné par saint Louis aux chartreux.
La pente de la moîiiague était occupée par les clos des Bourgeois, .du Boi, et celui des
• Originaire de Brie, dans le xie siècle. CeUe famille lournit à Louis VI, dit le Gros, doux luinislrcs : Auseau et Etienne de Garlande.
Mureaux, qui aboutissait à ^'olre-DameKÎes- Chaiiips, ancien couvent dont il ne reste plus qu'une chapelle.
A gauche, depuis Tëglisede Saint-Julien-le- Pauvre, on ti-ouvail les églises de Saint-Jeande-Lalran, el de Saint-Hilaire ^ au clos Bruneau qui allait jusquà la Bièvre. Cette petite rivière parcourait alors toute la longueur de la rue actuelle de Saint-Yictor, et se jetait dans la Seine par la rue qui en a retenu le nom de rue de Bicvre. Son lit était alors entre le clos des Chardonnets , ainsi nommé des chardons qui y croissaient, et le clos Moufletard, laissant à gauche Saint-Victor, les terres de Copeaux et d'Alés, et à droite Saint-Marcel, au ponceau, sous lequel elle passait, ayant Saint- Médard à sa rive gauche. Le clos Bruneau se terminait vers le haut de la montagne parle clos rÉvèque, qui allait jusqu'au teirain del'abbaye Sainte-Geneviève, au sommet, avec son bourg, en avant duquel, sur le chemin d'Orléans, se voyait l'église deSaint-Ëtienne-des-Grès, et à côté, une chapelle de Sl-Symphorien , devant la porte du collège subséquent des Cholels. La nouvelle muraille , construite sous Philippe- Auguste, commençait au pont actuel de la Tournelle, montait le long de la rue desFossés- Saint - Victor, passait derrière l'enclos de
Saiiite-Geneviève, jusqu'à la porte Saint-Jacques, d'où elle se continuait en descendant derrière les dominicains et les franciscains, ou cordeliers, et descendait par la porte Saint- Germain à celle de Bussy et à celle de Nesle, où elle se terminait à la tour de ce nom, près de la rivière, où est aujourd'hui l'hôtel des Monnaies.
Cette enceinte contenait donc la rue Saint- Victoi', d'où on avait déjà détourné le cours de la Bièvre: la rue de laMontaone-Sainte-Geneviève , l'abbaye de ce nom, les monastères des dominicains et des franciscains ; mais non l'abbaye Saint-Victor, ni l'abbaye Saint-Germain, qui restèrent hors de ce nouveau mur. Par conséquent, les collèges déjà fondés des Danois et de Consîantinople, dans la rue de la Montagne, vis-à-vis l'un de l'autre , de Saint- Victor et du cardinal Lemoine auChardonnet, de Saint-Julien et de Sorbonne, se trouvaient compris dans celle enceinte, sous le règne de Philippe-le-Bel.
Philippe-Auguste ne s'était pas contenté de pourvoir à la défense et à la sûreté de la ville. Il en rendit encore les communications intérieures plus commodes, en faisant paver les rues. Les places vides de cette nouvelle clôture se remplirent peu à peu sous les rois ses
successeurs. Mais le quartier de Sainte-Geneviève, désormais à l'abri des dangers du dehors, fut le premier dont tout l'espace fut en peu de temps occupé par les hospices scolasliques et les collèges, sur cette partie du mont qui devint ainsi le quartier des écoles.