SECONDE PARTIE
FONDATION i>l COLLÈGE ROYAL »E NAVARRE.
Philippe-le-Bel ' vainqueur des Flamands à i304 Mons en Puelie, était rentré en triomphe à Paris. Il venait d'acquitter un vœu qu'il avait formé, pendant la bataille, de consacrer à Dieu le témoignags de sa reconnaissance ; et il fit ériger dans la cathédrale une statue équestre qui 1ère présentait armé, devant la chapelle de Notre-Dame.
La reine son épouse , Jeanne de Navarre , voulut également signaler sa joie d'un événement si gloiieux , par un acte de bienfaisance qui perpétuât à jamais les effets de sa charité. Elle fonda, pour soixante-dix étudianspauvres, le collège qui porta le nom de son royaume.
' Philippe-le-Bel, 1307, détend au prévôt de Paris de mettre à U laill les libraires de rUoiversité.
^ un —
Eile le l'ioîa ilchenienî pour îes enlreienir pendant ieurs éludes, et \oulul qu i! lût uniquement destiné à les Ibrnier dans les bonnes lettres et la religion.
Jeanne^ reinedeNavarre, comtesse de Champagne et de Brie, était (ille unique de Henri V% roi de Navarre , comte de Champagne et de Brie , et de Blanche d'Artois , petite-rdie de Robert d'Artois, frère de saint Louis. Parvenue à la couronne de Navarre en 1274, après la mort du roi son père, elle l'ut amenée en France par sa mère qui l'y éleva à la cour du roi Philip[)e-le-Hai'di , llls et successeur de saint i28i Louis. En 1284, Jeanne épousa Philippe IV, surnommé le Bel, (ils de Philippe- le-Hardi , et ce derniej" roi élanl niort lamiée suivante , Jeanne en devenant i-eine de France par son mariage, partagea aussi avec le roi son époux le litre et le royaume de Navarre. « Celte prin- » cesse, dit Vély, sut par ses soins, accompa- » gnés d'une rare [)rudenee , chasser TAra- » gonaiset le Castillan de !a Navarre, où elle » maintint heureusement la paix, tant par la » sagesse des gouverneurs qu'elle lui donna, » que par la beauté des réglemens qu'elle y » établit. Les Navarrais respectèrent en elle j) jusqu'à la sévérité que lui inspirait le zèle de )j la justice ; parce qu'elle savait la tempérer
» par une douceur salutaire. » Mézeray avait déjà dit que la concorde et l'amitié durèrent entre elle et le roi, aussi long-temps que leur vie, et que le roi lui laissa l'entière jouissance de la Navarre et de la Champagne. Bien qu'elle n'allât point dans son royaume, on eût dit qu'elle tenait tout le monde enchaîné par les yeux, par les oreilles et par les cœurs , étant également belle, éloquente et généreuse. Toutes ses actions ne tendaient qu'à la gloire et à s'acquérir un illustre souw3nir dans la postérité.
Ce fut pour s'assurer cette inunortalilé qu'elle fit bâtir dans la Navarre la viîie de Carres, appelée en langage du pays Puenie de la Rcyna, pont de la reine.
Elle portait le penchant à la magnificence jusqu'à la jalousie. Après la défaite de Guy, comte de Flandre, en 1299, Philippe-le-Bel alla à Bruges avec la reine. Il y fut reçu si pompeusement, que la reine, étonnée de la richesse des habits des bourgeoises de cette ville, ne put sempêcherde dire ; « Je croyais être la seule reine à Bruges, mais voilà que j'y en vois autant que de femmes. » Cette ville attribua au mécontentement de la reine la dureté avec laquelle ses habitans furent traités par le roi. Mais ils devaient plutôt
l'attribuer à leur révolte conlre leur souverain, et il écoutait bien plus, en les punissant par de fortes amendes , le besoin d'argent où la guerre le mettait, que la colère prétendue de la reine.
Mézeray ajoute que non seulement elle tenait la première place dans le conseil du roi et dans le maniement des affaires , mais encore qu'elle présidait à la conduite des armées; car, quand le roi allait en Flandre, elle menait des troupes sur la frontière de Champagne. «Et j'ai lu, dit-il encore, que marchant à leur tête, elle contraignit Henri, comte de Bar, a venir s'humilier devant elle, et l'emmena prisonnier en 1297.» Aussi le roi aA^ait tant de confiance dans la force de son esprit et de son courage, qu'étant tombé malade, il ordonna qu'elle fût régente de France, s'il venait à mourir. Mais il guérit, et cette ordonnance ne servit qu'à montrer l'estime qu'il avait pour elle.
Nonobstant de si éminentes qualités, le mensonge et la malignité cherchèrent à noircir la réputation de cette grande reine, après sa mort. Mais la calomnie attaque la vertu la plus pure, comme l'envie s'attache au mérite le plus éclatant. Certes, si les bruits injurieux h sa mémoire eussent été fondés, le roi, qui ne lui permit jamais d'aller en Navarre, l'aurait bien em«
pêchée de donner lieu à mal parler d'elle. Maisla jalousie contre la riche fondation qu'elle avait faite en faveur de tant d'écoliers a excité la bile de ceux qui ne purent y avoir part. Il est une autre preuve plus évidente encore de l'irréprochable vertu de la reine Jeanne. C'est sa charité inépuisable envers les pauvres. Je ne parle ni des grands biens qu'elle donna aux chartreux, aux dominicains , aux cordeliers ; ni de l'abbaye de la Barre qu'elle bâtit et dota, au faubourg de Château-Thierry, pour des femmes , ni des récompenses qu'elle distribuait généreusement aux gens de lettres, ni de ses legs à ses serviteurs. Je parle de l'hôpital qu'elle fit construire à Château -Thierry pour les pauvres, auxquels elle destina les rentes qu'elle affecta à cet établissement par son testament. Cette reine bienfaisante couronna ses aumônes parla fondation du collège, qu'elle consacra tout à la fois à la religion, h la science et aux mœurs. Elle voyait avec douleur les désordres auxquels s'abandonnait, faute d'être retenue , une jeunesse destinée au service des autels. Elle voulait depuis longtemps y porter remède. Enfin, se sentant ma-^ lade au château de Vincennes, elle exécuta ce dessein par un acte dont les principales dispositions sont : que son palais de Navarre , si-
tué au carrefour de Bussy, près de la porte Saint-Germain, aujourdhui démoli, sera con- \erti , après sa mort, en un collège auquel elle lègue deux mille livres de renie annuelle et perpétuelle en fonds de terre, qu'elle veut que l'on acquière à cet effet du produit de la vente d'une partie de ses biens. Elle consacre cette fondation h l'éducation de vingt pauvres écoliers en grannnaire, trente en philosophie et vingt en théologie. Elle fixe à chaque grammairien quatre sols parisis par semaine, à chaque artien six sols , et au théologien huit. Chacune de ces trois classes sera instruite par un maître ou professeur qui jouira d'une bourse double de celle d'un de ces écoliers pour ses émolumens. Chacune logée , mangeant et dormant dans un bâtiment particulier avec son maître i-especlif, sans comnninication entre elles trois, mais les individus de chacune vivant ensemble en commun. Le maître des théologiens est le grand-maître du collège, supérieur de tous les autres, élu par le doyen et les docteurs en théologie de Paris, à la" pluralité des voix ; il administre les biens de la maison et rend compte tous les ans à la Faculté de théologie. 11 a son logement à part et distingué de tous les autres, et il est tenu d'y résider continuellement. Il peut se fiiire sup-
pléer dans renseigiieiuent par de bons répétiteurs, qu'il choisira. Enfin, elle commande que tout le collège assiste, les dimanches et les fêtes, aux offices divins, qui seront célébrés dans la chapelle de la maison par les prêtres et les chapelains qu'elle y institue et y fixe h demeure par les grandes et petites bourses qu'elle assigne aux uns et aux autres, pour leur entrelien.
Par un codicille confirmatif de cette fondation consignée dans son testament , elle donna pouvoir h ses exécuteurs testamentaires d'y faire tous les changemens quils jugeraient nécessaires, « Ordonnance vraiment saincte et » digne d'une si grande et si pieuse reine , dit ^) Pasquier, laquelle établit dans ce collège trois » collèges et trois intendans ou maîtres, l'un » pour l'institution de la grammaire , poésie, » histoire et belles -lettres humaines; l'autre , » pour la philosophie; et le troisième, pre- » mier de tous, pour la théologie, et tous trois" » en général , pour la conduite des mœurs. »
La reine voulut aussi que les épargnes qui seraient faites sur la consommation annuelle, servissent h acheter des livres pour l'usage de la maison. Cette prévoyance procura, avec le temps, au collège une bil)liollièque do manuscrits, qui fut la seule chose épargnée par
les j:>e)is de guerre, maîtres du collège dans le siècle suivant.
Ainsi fut fondé ce collège , qui porta aussi le nom de Champagne , mais ne garda ensuite que celui de Navarre. Mézeray l'appelle le berceau de la noblesse française et f honneur de f Université de Paris. 11 devint, en effet, l'académie des jeunes seigneurs et des princes , au rapport de T avocat-général Pasquier, et le dépositaire du trésoi" et des archives de VUniversilé, qui en choisit aussi l'église pour ses sermons généraux et pour les cérémonies religieuses.
Le roi Philippe-le-Bel et le prince Louis, son fds aîné, ratifièrent le même jour cette fondation par l'apposition de leurs sceaux au testament de la reine, en signe de l'engagement qu'ils prenaient avec serment d'en procurer l'exécution. S'il est vrai, comme Launoy le dit, que Paul-Emile , qui dans le xvi' siècle Vêtait retiré au collège de Navarre pour y composer son histoire de France, ait écrit qu'il fut fondé en 1286. dès la treizième année du mariage de la reine , c'est que cotte princesse avait dès lors résolu le projet de cette utile institution, qui ne put se réaliser avant sa mort. Elle était malade, quand l'acte en fut dressé. Elle mourut le 2 avril de la même année 1304.
au château de Viiicennes, âgée de 33 ans et 4 mois. Son corps fut transporté à Paris, et dépiosé au milieu du chœur de l'église des Cordeliers, vis-à-vis l'École actuelle de médecine. Son cœur fut porté aux religieuses de l'abbaye de la Barre. Les religieux de Saint-Denis réclamèrent pour le droit, ou la possession, où ils étaient de recevoir les dépouilles mortelles des rois et des reines décédés. Mais on leur opposa la volonté de la rein^e. Si l'on eût porté son corps à Saint-Denis, il n'aurait pas été la proie de l'incendie qui consuma l'église des Cordeliersen 1380.
Jean de Saint-Victor raconte qu'un certain ermite ayant accusé l'évéque de Troyes , Guiscard, d'avoir fait mourir la reine par des enchantemens et des maléfices, Enguerrand de Marigny, surintendant des finances et toutpuissant auprès du roi , à qui il donnait des conseils qui ont fait le malheur de ce règne , et ont amené ceux des règnes suivans, avait suscité cette querelle contre l'évéque qui l'avait blâmé. Le prélat fut obligé de quitter son évèché, mais le pape lui en donna un autre. Cette accusation , h laquelle la crédulité et l'ignorance du siècle donnaient quelque importance, n'eut pas d'autre suite. Jean Tixier ou Textor, seigneur de Ravisy. en Bourgogne, professeur
au collège de Navarre el reciour de lllniversité eu 1500, a l'ait l'éloge de la reine Jeanne dans sonViwe des Femmes illustj'es , où il dit qu'il serait aussi injuste que condamnable de ne pas donner à cette reine les louanges qu'elle mérite, pour le bien quelle a fait à toute la France par la fondation de son collège.
L'éloge de cette princesse était gravé en vers latins sur une pierre du mur à droite, en entrant dans la chapelle de ce collège. Elle était belle de figure , grave de maintien . prudente, sage, ferme, chaste et j)ieuse ; généreuse envers les pauvres et les gens de lettres , illustre par le collège qu'elle a établi pour y lîiire fleurir les trois genres d'études. « Arrivé h Paris , » disait le docteur Boussard % lorsque je n'a- » vais encore que dix-sept ans, je fus préservé » de la corruption de cette Babylonc par le » séjour que je lis dans ce collège de Navaire, » où la Providence me conduisit conmie par » la main, pour me sauver des dangers. »
Le savant jurisconsulte Guy Cocquille , écrivain exact et judicieux, selon Piganiol, dit
* >é en li39, au Mans. Fui reclcur de l'Univeisilc on 1487, el chancelier de l'Eglise de Paris. En 1511, l'Université renvoy;i comme député au concile de Pise, transféré à ftlilan. Il mourut en is-i-i. Parmi ses ouvrages, on doit citer celui intitulé : De contincnlia Saccrdolum, l.jOo, in-i", OÙ i! se décide en faveur du mariage des prêtres.
~= lii ^
que le roiéîait le premier hùursier de ce collège ; mais que sa bourse était eniployëe aux besoins de la maison et des écoliers. Comme dans les chapitres royaux, la première prébende, qui appartenait au roi, se distribuait en aumônes.
Chacun des autres collèges était destiné à quelqu'une des nations dont TL niversité était composée : le collège dllarcourt, à la nation de Noi-mandie : celui du Cardinal , à la nation de Picardie. Mais Jeanne de Navarie, en fondant le sien , n'en a exclu aucun Français. Reine de France, elle n'a voulu faire aucune distinction, après sa mort connue pendant sa vie. Elle a régné après avoir vécu, par le bien qu'elle a fait, pendant cinq siècles entiers, à tous ceux qu'elle alimenta dans la maison qu'elle leur a ouverte ; elle y règne encore par le souvenir des services qu'elle a rendus ^i l'instruction publique. #
Bistoire du Collège de STavarre dans le XÏV<? siècle.
Phi!ippe-Ie-Bel, ayant gardé le fopds des deux mille livres de rente à prendre sur les biens de la reine, assigna sur les recettes de Champagne et de Brie le montant de cette rente, au lieu de la constituer en immeubles achetés
dans le voisinage de Paris, suivaui l'intention de la reine. Les exécuteurs testamentaires, réduits à deux, qui étaient frères Gilles de Pontoise, abbé de Saint-Denis, et Simon Feslu, évèque de Meaux, autorisés par Guy de Cbâ- ^ tillon, comte de Saint-Pol, chargé, avec eux, de l'exécution du testament, commencèrent par vendre le palais de la reine, contre sa volonté, qui était qu'on en fît le collège même qu'elle fondait. Ils en employèrent le produit à bâtir dans un terrain situé sur le penchant de la montagne, au dessus du collège des Grecs. Launoy nie que cette place leur ait été vendue par les frères mineurs franciscains, dits cordeliers, qui avaient reçu dans le chœur de leur église le corps de la reine défunte ; mais les pères Dubreul , Félibien et Durand montrent que ces moines étaient à Paris depuis 1216, logés en diverses maisons, et qu'en 1230 ils obtinrent de l'abbaye Saint-Germain le lieu où ils bâtirent leur grand couvent, visà-vis de la nouvelle Ecole de médecine et de l'église du collège de Prémoutré, aujourd'hui changée en boutiques. Pour lecoimaîlre l'hoiineur qu'on leur faisait de choisir leur église pour le lieu de la sépulture de la reine, ils cédèrent volontiers le terrain qu'ils avaient occupé en arrivant à l^ai'is, et les exécuteurs
testamentaires coiumencèreiit à y faire bâtir. Les fondemens de la chapelle, tcllequ'elle existe encore aujourd'hui, furent jetés en 1309, suivant une inscription gravée à côté de la grande porte d'entrée, où on lit que « le samedi, 12 avril de cette année, dimanche de Quasimodo, pour satisfaire au désir de la reine, fut posée la première pierre de celle église, en présence de Milon, chancelier de l'Université, de Guillaume de Ferrières, officiai de Meaux, de Raoul de Presles *, clerc du roi, et de maître Pierre du Val, qui en fut l'architecte. » Aux deux côtés de cette porte étaient deux statues de pierre et dorées, l'une de Philippe-le-Bel, et l'autre de la reine , avec des inscriptions latines qui les nonnnaient fondateurs de la maison; et au dessus une statue de saint Louis, sous Finvocation de qui cette église fut consacrée en 1473.
Tous les bàlimens ne purent être terminés avant l'année 1313. Alors les exécuteurs testamentaires, usant du pouvoir qui leur avait été
* Fils naturel de Raoul 1er et de Marie Desportes. Se livra au barreau. Fut chart^é par Charles V de traduire la Cité de Dieu, de saint Augustin, avec une pension de -400, puis de uOO livres d'or. En 1373, il l'ut nommé maître des ret{uèles, avec des lettres de légitimation. Il mourut le 10 novembre 1383, à l'âge de soi.vante-sepl ans. Son ouvrage principal est celle traduction de la Cité du Dieu, imprimée à Paris eu 1j31, '2 vol. ia-fol.
tlonnô par la fonrlatrice. ajoiilèrenl plusieurs irglemens de police iniéricure à ceux de la i'ondalion, pour oidonner, avec les pratiques religieuses, le plan des éludes, la frugalité des repas, la siinplicil('' des habits, qui élaient une espèce de soutane courte, une loque et des chaussuies grossières. Ces réglemeus embrassaient aussi 1 adniinistralion des biens, l'emploi des revenus et la nomination du grandmaître. Le premier l'ut le docteur Alain Gonlier, et celle des boui'siers dont je me dispense de rapporter les noms.
En 1317, les exécuteurs testamentaires prièrent le pape Jean XXII, (jui résidait i\ Avignon, d'approuver, par une bulle spéciale, tout ce qu'ils avaient fait pour le bien de cet établissement. Cette bulle leur fut aussitôt expédiée. Et, en 1321 \ le roi Philippe-le-Long confirma
* En 13:23, il était (léfencUi au libraire daliéner aucun exemplaire sans en avoir donné avis ù l'Université assemblée, (;e qui prouve d'une part l'autorité de cette dernière, et de l'autre la rareté des livres. Pour appuyer celte mesure, il est dit, dans i\n ré;,'lement, qu'il soit pris des mesures pour ne point empêcher le ^ain du libraire, et faire en sorte que r Université ne s;oit point privée de l'usage d'un exemplaire qui peut liiiélrfrutile. De simples particuliers pouvaient bien vendre des livres ; mais ils ne pouvaient en vendre aucun dépassant la valeur de 10 sols: ils étaient réduits à la condition d'étaleurs sans boutique et sans siège.
L'usage du papier de chilTons était connu en Europe avant
eî expliqua par un édit particulier tous les articles de la fondation, en ordonnant qu'il y aurait dorénavant un proviseur qui veillerait à l'administration du temporel, sous la révision de la chambre des comptes. Les registres du collège portaient qu'en conséquence de cette ordonnance, la cour s'y étant une fois transportée poiu' l'audition des comptes, la dépense, pour trois journées qu'elle y passa, monta à irenle-deux livres tournois, sans le pain, le vin et la viande. Puisque les trois classes d'étudians, dans ce collège, ne devaient avoir aucune communication entre elles, mais être logées chacune à part dans son bâtiment propre, nous devons nous représenter ce collège composé de trois corps de logis, tous isolés et accompagnés chacun d'une cour, outre la chapelle, savoir : un qui n'existe plus, vers la rue Sainte-Geneviève, un autre qui existe encore et qui sert aujourd'hui de lingerie, et un troisième au fond, remplacé par le grand bâtiment neuf.
le milieu du xive siècle. Prideaux dit avoir vu uiii enregistrement de quelques actes, fait sur du papieii, i'an 1320» Bernard de Monifaucon allosle que, quelques recherches qu'il ait pu faire, il n'avait jamais vu ni livre, m feuille de papier, tel que nous remployons aujourd'hui., qui ne fût écrit depuis saint Louis. Ainsi , la date de l'invention du papier est de 1270, année de la mort de saint Louis, à \?<W.
Le collège , désormais fortifié par le concours des deux puissances qui s'accordaient à le soutenir, semblait n'avoir plus rien à désirer pour sa future prospérité. Mais après la mort des deux exécuteurs testamentaires, leurs successeurs dans révéclié de Meaux et dans l'abbaye de Saint-Denis voulurent continuer de gouverner le collège de Navarre. D'autres personnes intéressées voulurent circonscrire l'éligibilité du supérieur des trois classes de boursiers à la Champagne et à la Brie. Les nations picarde et normande s'inscrivirent contre celte prétention. Le Parlement, en 1 331 , ôla le gouvernement du collège à Févêque de Mcaux, qui était alors le dominicain Durand, et le donna à l'archevêque de Sens, assisté de l'abbé de Saint-Denis. 11 ordonna que les nominations faites jusque alors fussent vahdes, mais qu'à l'avenir les conditions posées par la fondatrice fussent religieusement observées , et que toutes personnes seraient éligibles à toutes les places, de quelque nation qu'elles fussent. Enfin, ces deux supérieurs étant encore en trop grand nombre pour saccorder, le roi Philippe YI, de Valois, les réduisit, en 1342, à un seul, qui fut son confesseur, avec nouvelle injonction de se conformer aux statuts de la fondation. Pour obéir à cette volonté,
Nicolas Oresme , grand-maître du collège de Navarre depuis l'an 1356, quitta cette fonction en 1 361, et eut pour successeur le docteur Frerou, parce que étant devenu doyen du chapitre de Rouen , il ne pouvait plus faire sa résidence dans ce collège. Sur ces entrefaites, en 1373, l'église du collège, construite depuis long-temps, fut dédiée, le dimanche 16 octobre, par Pierre de Villars, évêque de Nevers, sous l'invocation de la sainte Vierge et de saint Louis, en présence de l'évèque de Nantes et de Paris, d'un maître des comptes, Hugues de la Roche, du grand-maître Feron, des principaux, des philosophes et des grammairiens Croney et Guerin.
Si l'on eût pu faire une exception à l'obligation de la résidence , c'eût été sans doute en faveiu' d'Oresme *, qui avait été précepteur du prince Charles , fils aîné du roi Jean , pre-
* Né à Caen. Docteur en théologie de la Faculté de Paris, archidiacre de Baveux, doyen du chapitre de Rouen, trésorier de la Sainle-Chapelle de Paris. En 13(J0, le roi Jean le nomma précepteur de son lils. En 1377, il fut nommé par son élève, devenu roi (Charles V), évêque de Lisieux. U mourut le II juillet 138-2.
En iS^iG, on trouve le premier vestige d'affinité entre les chirurgiens de l'Université. A celle épociue, la guerre venait de se rallumer entre la France et rAngieierre, et, sur la retiuéle des hourgeois, PUniversité, le S juillet, consentit à ce que les chirurgiens avec les diens de 1 Université prissent les
— lis —
«lier dauphin de France. Il traduisit en français, pour ce prince, plusieurs livres d'Aristote etdePlutarque. Il ëiait savant, et ses ouvrages sont cslimés. Ils furent déposés dans la bibliothèque que ce prince forma, quand il régna sous le nom de Charles V. Oresme était son confident. Il fut nomme à l'évêché de Lisieux, en 1377, par le roi, qui l'honora de deux anneaux enrichis de pierreries, et l'envoya à St-Denis recevoir et complimenter, de sa part, l'empereur Charles IV d'Allemagne. Oresme avait fortement harangué le pape Urbain V, à Avignon, sur les déréglemens de son clergé. Il avait composé un autre discours contre l'allération des monnaies. Il mourut en 1382 ',
armes, d'après les ordres du recteur, pour garder la ville de Paris.
En 1370, les chirurgiens obUnrenl du roi Charles V l'exemption du guet et de la garde de la porte de la ville.
En 1390, les chirurgiens demandèrent à l'Université d'être protégés par elle contre les charlatans qui exerçaient sans autorisation la chirurgie. Voici comment commençait leur supplique : Recteur, et vous tous nos très exccUens seigneurs et maîtres, nous qui sommes vos humbles écoliers et disciples, venons i^ous supplier, le plus humblement qu'il nous est possible....
1/ Université consentit à se joindre à eux dans la cause qu'ils poursuivaient , mais sous la condition (ju'iis seraient réputés vrais écoliers, et non autrement: Vt vert scholares, et non aliàs. On voit par là que les chirurgiens, à cctlo époque, ne faisaient point partie de l'Univeisité.
* En 1383, le rccieur donnait dos lettres d'enlumineur;
et fut enterré dans sa cathédrale. Le plus bel éloge qu'on puisse faire de lui, c'est de dire que le roi Charles-le-Sage fut son élève. Son discours au pape Urbain V prouve qu'on n'avait nulle idée de lart oratoire; aussi n'est-il fait aucune mention de rhétorique dans la troisième réforme de l'Université, opérée en 1366, sous l'autorité d'Urbain Y, par les cardinaux de Saint-Marc et Gilles Aicelin de Monlaigu, l'un des fondateurs du collège de ce nom. il n'y est parlé dans un certain détail que des éludes théologiques; le reste y est traité assez légèrement. En grammaire, Alexandrede Villedieu, après lequel vint Despaulère*; en philosophie, la logique et la physique d'Aristote, non dans les livres de ce philosophe, dont on n'entendait point la langue, mais dans les visions de ses commentateurs, qui, ne l'entendant pas davantage, substituaient leurs inepties à ses pensées. La théologie y est traitée fort au long; elle exigeait seize ou dix-sept ans d'études
mais celte profession tomba depuis qu'on n'écrivit plus sur le parcliemin. Dés 1339, ces enlumineurs faisaient partie de l'Université.
* Né vers l'an 1460, à N'inove, dans le Brahant. Grammairien. 11 mourut à soixante ans. On iroiive dans les Letires de Gui- Patin cette épifaplic qu'il lui destine :
Grartimaticain schit , multos doctvilqiteper annos, Declinare tamen non potuit tumulvni.
pour deux livres seulement, le Décret et les Sentences. On ne doit pas s'étonner que le collège de Navarre, faisant partie de l'Université, et obligé de suivre le plan des études publiques, infectât ses élèves du mauvais goût qui était comme une contagion répandue dans toute l'enceinte du pays latin. C'est au peu de cas que l'on faisait des bumanités, et à l'oubli des bons auteurs de l'antiquité, qu'il faut attribuer cette superfluité de citations, le plus souvent sans ordre et sans justesse, et cette barbarie de style qui régnent dans les écrits latins de cette époque. La cause n'en est pas difficile à trouver. La littérature seule n'aurait mené à rien, la théologie menait aux dignités et aux bénéfices ecclésiastiques : on croyait donc ne pouvoir lui sacrifier trop de temps, même aux dépens des études préliminaires, ni s'y rendre trop habile par la scolastique. Mais en vain cette troisième réforme, voyant les bons effets de l'institution des collèges, et en particulier de celui de Navarre pour les mœurs des écoliers qu'on y élevait, s'efforça-t-elle dç corriger celles des écohers externes; il fallut que le prévôt de Paris, Hugues Aubriot , ne pouvant lien faire de plus pour les réprimer, défendît qu'on leur vendît aucunes armes quelconques. Après Oresme, mais non inimédiatement
après lui, Pierre d'Ailly % né à Compiègne, en 1350, de païens pauvres, qui lui donnèrent cependant une bonne éducation , devint successivement boursier du collège de Navarre, ensuite grand-maître de ce collège, en 1384, quand il eut reçu le titre de docteur en Sorbonne, et enfin chancelier de l'Université. Sa fortune ne se borna pas à ces honneurs scolastiques. Confesseur et aumônier du roi Charles VI, puis èvêque du Puy et de Cambrai , il fut élevé à la dignité de cardinal^ et se distingua dans les conciles de Pise et de Constance par son zèle pour la réforme de l'Église, sur laquelle il écrivit un traité. Il travailla aussi pour la réforme du calendrier, car il était astronome, autant qu'on pouvait l'être en ne lisant que Sacro-Bosco, qu'il commenta
* Surnommé V Aigle des docteurs de la France, elle Marteau des hérétiques. Né à Compiègne, en 1330. En 1380, il fut reçu docteur. Il alla plaider, devant le pape Clément VII, la cause de l'Université de Paris , contre Jean de Monteson. Ses succès, en cette circonstance, lui valurent le litre de chancelier de l'Université , d'aumônier et de confesseur de Charles V. Il fut élevé au cardinalat par Jean XXIII , et fut envoyé en Allemagne comme légat. Il mourut en 1420 , laissant ses livres et ses manuscrits au collège de Navarre. Dans son traité de la Réforme de l'Eglise, il s'élève contre le faste des prélats. On a aussi de lui Concordia astronomiœ cum theologicâ, et concordantia astronomiœ cum historiâ;\ienne, 1490. On voit, par cet ouvrage, qu'il croyait à l'astrologie judiciaire.
et dont il adopta même les idées astrologiques. iMais son objet principal, en astronomie, était le calcul ecclésiastique de la fêle de Pâques. Le cardinal d'Ailly n'avait pas reçu d'autres connaissances astronomiques plus étendues, lorsqu'il était boursier et grand-maître de Navarre, comme on peut le voir par son commentaire sur la sphère, il mourut légat du pape à Avignon, en 1425, laissant deux disciples, Gerson * et Clémengis, dont la gloire a
• Jean Chaiiier de Gcrson, surnommé le docteur très chrétien, né le 14 décembre 1363, à Rhétel , dans les Ardennes. I! poursuivit de ses rigueurs Jean Peilt, apologiste de l'attentat commis contre le duc d'Orléans. Il combattit les progrés que faisait l'astrologie, en publiant son livre de Astrologià reformata. Pendant son exil en Allemagne , il composa plusieurs ouvrages. On en a liouvé à l'abbaye de Mœlk plusieurs copies, et surtout un traité de Consolations theologiœ, OÙ se vit pour la première fois Vlmitalion de Jésus-Christ, dans \m recueil de 1421. Cet homme célèbre poussa l'humilitc jusqu'à faire le caléchismc des enf;ins qu'il rassemblait à Saint-Paul, et dont il n'exigea jamais d'aulre salaire qnc la prière suivante : « Seigneur, ayez pitié de votre pauvre serviteur Gerson! » Il mourut le I2juillet 1429, à l'âge de soixantesix ans. On fit graver sur sa tombe ces mots qu'il avait toujours à la bouche: «Faites pénitence, et croyez à l'Evangile. » Il légua ses livres et ses manuscrits aux chartreux d'Avignon.
Si la cour de Rome ne l'a point canonisé, c'est parce que ses écrits ont toujours appuyé les libertés de l'Eglise de France. La doctrine de Gerson , sur l'autorité de l'Eglise, acceptée par l'Université de Paris, devint aussi celle de Cologne , de Vienne , de Ci acovie , de Bologne , de Louvain même; adoptée en Allemagne par le cardinal de Cusa; en Bspagne, par Alphonse Testât ; en Italie, par Nicolas de Ca*
sinon surpassé, au moins égale la sienne, quoique avec un sort bien dilï'érenl du côté de la fortune.
A Pierre d'Ailly* avait succédé dans la chancellerie de rUniversité , Jean Chariier, dui^' village de Gerson, dans le diocèse de Reims. Boursier de Navarre et docteur de Sorbonne , ni sa grande réputation de savoir, ni la paix qu'il rendit à l'Église dans les conciles de Pise et de Constance, où il était député du roi et de l'Université, pour terminer le grand schisme d'Occident, ne le tirèrent de l'indigence. Il passa le reste de sa vie, dans la retraite et l'instruction de la jeunesse, h Lyon, oii il s'était réfugié en 1407, pour éviter la colère du duc de Bourgogne, dont il avait désapprouvé l'apologie par le docteur Petit , à l'occasion du meurtre du duc d'Orléans. La cour
tane ; et en Flandre, par Adrien Florent, précepteur de Charles-Qwint, depuis pape, sous le nom d'Adrien VI.
La plus complète des éditions de ses œuvres est celle qui fut puWiée par le docteur Dupin, à Amsterdam, sous la rubrique d'Anvers, eu 1703; :i vol. in-fol.
* Pierre Scliœffer, qui apporta à rimprimerie son dernier degré de perfection, par l'invention de la fonte des caractères, étudiait, en 1419, dans l'Université de Paris.
** En 1415, les fabricans et marchands de papier, tourmentés par les fermiers des impositions, implorèrent la protectitm de l'Université, en qualité de suppôts de cette société. Ku lavenr Cl pour l'utilité de l'Université, on établit des moulins à papier à Essonc et à Xroyes,
romaine, dont il avait censuré les abus et demandé la réforme, laissa languir dans le 1129 besoin et mourir dans l'obscurité cet homme modeste et savant, qui était la lumière de l'Église. Il avait montré le même [zèle pour les intérêts de l'Université que pour ceux de la justice et de la vérité, h l'occasion d'une insulte faite aux écoliers, dans le mois de juillet
La procession de l'Université se rendait h Sainte - Catherine-de-la - Coulture , lorsque , passant dans la rue Saint-Antoine , elle fut assaillie par les écuyers et les valets du seigneur de Savoisy, dont l'hôtel était en ce lieu. Ils foulèrent les écoliers aux pieds de leurs chevaux. Ces jeunes gens les ayant repoussés à coups de pierres , les agresseurs se sauvèrent dans l'hôtel d'où ils sortaient. Mais ils reparurent bientôt en plus grand nombre, tous armés, coururent à l'église, y entrèrent en tumulte , et se jetèrent sur les écoliers pendant la messe; ils brisèrent tout, mirent les écoliers et les célébrans en fuite, et furent avoués publiquement de leur maître. Savoisy était chambellan du roi ; riche et puissant , il méprisait souverainement cette troupe de clei'cs sans défense et sans appui. Mais, dès le lendemain, l'Université porta plainte contre lui au Parle-
ment, par l'organe de Gerson. L'orateur exposa que la fille des rois, blessée dans ses enfans, se serait adressée à son père, s'il n'eût pas été malade : mais qu'à son défaut, elle avait recours au Parlement, dépositaire et interprète de la justice royale. Après la guérisondu roi, le Parlement l'ayant consulté, le premier président déclara, par l'autorité royale, en plein conseil, que f hôtel de Savoisy serait démoli, le seigneur condamné à cent livres de rente pour la fondation de cinq chapelles , à mille livres d'amende envers les écoliers blessés, et à pareille somme envers l'Université. Encore n'en fut-il quitte h si bon marché que parce qu'il était clerc lui-même, ayant été écolier dans sa jeunesse. Trois de ses serviteurs coupables, qu'on put saisir, furent condamnés à faire amende honorable devant Sainte-Geneviève, Saint-Séverin et Sainte- Catherine, fouettés publiquement par la main du bourreau, et bannis. L'hôtel de Savoisy ne fut rebâti que cent douze ans après , et encore avec la permission de l'Université, qui y fit graver sur une pierre cette permission, le jugement et la sentence.
Gerson, à qui l'Université dut la gloire d'avoir ramené la paix et l'unité dans l'Église, par la soustraction d'obédience et le succès
qu'elle eut dans l'aflaire qui vient d'élre rapporlée, n'eut aucune part dans une autre cause où l'Université, en 1 i07, Corça injustement le prévôt des marchands, Jean de Tignouville, à détacher du gibet et à faire enterrer deux écoliers, malfaiteurs et assassins, qu'il avait fait pendre. Le clergé se comporta mal en cette occasion, où [il insulta la maison du prévôt. Mais tout était en désordre alors en France, dont deux princes se disaient rois. Jean de Courtecuisse*, coudiscîple deGerson au collège de Navarre , et son collègue, avec d'Ailiy et Deschamps , grand-maltre de Navarre, dans l'ambassade pour la soustraction d'obédience, aux trois papes compélileurs, l'imita également dans sa fidélité pour le roi; dont il était l'aumônier; car Gerson, qui ne voulait pas reconnaître le roi d'Angleterre pour roi de France, demeurant retiré à Lyon , le doc leur Courtecuisse, qui avait connue lui fait l'éloge du duc d'Orléans, ayant été noainié évèque de Paris, en 1420, et ne voulant pas non plus se soumettre à un souverain éliangcj', se retira h Genève, dont il fut élu évèque en 1422, et où il mourut quelques années après. Un autre
* Député de l'Université au concile de Paris, en 1395. C'est lui qui prononra l'oraisou funèbre de Louis, duc d'Orléans.
contemporain de Gerson au collège de Navarre fut Nicolas de Clémengis, du village de Clémengis en Champagne, recteur de TUniversité, puis secrétaire du pape Benoît XIII, et opposé d'abord à la soustraction d'obédience. Il se défendit d'avoir préparé la bulle d'excommunication de ce pontife contre Charles VI, son roi, et ce prince lui rendit ses bonnes grrices. Nommé proviseur du collège de Navarre, où il avait fait ses études, il y mourut en 1430', après avoir écrit 'sur la corruption de l'Église, qui à cette époque était l'objet des plaintes des plus honnêtes gens. L'État n'était pas en meilleur ordre, car c'est une chose remarquable daus l'histoire, que les troubles religieux sont toujours accompagnés des maux politiques. Clémengis était le meilleur humaniste de son temps. Il avait autant de douceur et de bonté dans le caractère que d'agrément et de pureté dans le style. Avec
* Le 13 décembre li36, l'Universilé étant assemblée aux Mathuriiis, Jean de Soiilfour, niailre-és-arls et en chirurgie, se présenta, et demanda, tant en son nom qu'au nom de ses confrères, que l'Universilé \oulùt bien les reconnaître pour ses écoliers, et les admettre, en cette qualité, à la participation de ses privilèges, franchises et immunités. L'Université accueillit leur demande, à la condition qu'ils fréquentassent les leçons des docteurs régens ; cependant ils ne firent point partie de l'Université.
158 — quel amour de la paix et du bien public ne prie-l-il pas Raoul de la Porte et Renaud des Fontaines, qui se disputaient la place de vacante de grand-maître, de faire à la religion le sacrifice de leur ambition? Mais Raoul l'emporta sur Renaud, et celui-ci en fut dédommagé par l'évèché de Soissons.
' Le collège, ainsi que toute l'Université, la capitale même, et toute la France, était dans des eirconstances bien difficiles, par suite de la division des deux puissantes maisons de Rourgogne et d'Orléans. Le grand-maître, Raoul, tenait pour le parti d'Orléans. Les Rourafuisjnons lo cbassèrent, lui et ses boursiers, de son collège, s'y établirent, y vécurent a discrétion, pillèrent tout, après avoir tué ou blessé tous ceux qui ne purent éviter leur fureur. Le proviseur Gérard Machet *, élève du collège et confesseur du roi Charles VU, dont il avait été précepteur, suivit ce prince, obligé de fuir loin de sa capitale où dominait un roi étranger. Les collèges furent désertés, les re-
* Le 1er mars 1416, Sigisniond étont venu à Taris, l'Universilé alla le saluer, et ce fui C.érard Maciiel, docteur en Uicologie, qui le liarangua.
En 141", une des cinq cLiapelles de la fondation de Savoisy vint à vaquer, par la mort de Pierre de Troyes, médecin. La Tacullé de médecine prétendait qu'elle avait le droit de pourvoir à cette nominalion.
venus en furent mal administrés. Lesbâtimens tombaient enruine, les places ou bourses se perpétuaient sur les mêmes tètes, contre la teneur des statuts , ou passaient même en des mains totalement étrangères aux lettres et à l'étude. Des gens de pratique prenaient les titres de maîtres et d'écoliers, pour en envahir les droits. L'Université résolut, en 1421, d'y apporter quelque remède, et ordonna une visite des collèges ; mais de si grands maux ne pouvaient être guéris que par la présence du roi . Ce prince étant rentré à Paris en 1 437, pendant que le docteur Evrard était grand-maître du collège de Navarre, Macliet exhorta le roi à rétablir cet établissement qui avait d'autant plus souffert, qu'étant une maison royale, il avait été plus suspecté d'attachement à la cause du roi. Le docteur Machet étant mort en 1430, le roi nomma son aumônier, Jean Dauce, proviseur du collège de Navarre, et, par le conseil de ce docteur, il chargea Richard, évèque de Coutances, et Éîie de Tourrete, président du Parlement, de travailler à la réforme de ce collège. Ils la commencèrent en 1458, avec le grandmaître Guillaume de Chàleau-Fort, qui avait succédé à Pierre de Vaucelles. Il fut résolu que le collège pourrait recevoir des pensionnaires, des écoliers externes et des proies-
seni'S exclusivement atlachés à cette maison.
Il y avait déjà plusieurs années que la disette extrême où le collège se trouvait , par la privation de ses revenus, l'avait obligé d'admettre avec ses boursiers d'autres (tôliers, qui vivaient avec eux du produit des pensions que payaient ces jeunes gens, adoptés au nombre desenfansde la maison. Denis de Montmorency y étudiait la philosophie, en 1428. IjCS familles des d'Étanq)es, Quélain, Séquart, l^aunoy, Hue, d" Ambroise, Valençayy faisaient élever leurs, enfans, et l'on y vit successivement François de Rohan, fils du maréchal de Gien, et Pierre de Villars, qui furent ensuile archevêque de Lyon, Joyeuse de Grand-Pré, Caraccioli, prince de Melphe, et d'autres, tant étrangers que nationaux, en très grand nombre.
Maître Hue, qui était alors principal ou supérieur des grammairiens de Navarre, nayant pas assez de place pour loger tous ses pensionnaires dans les dortoirs communs des boursiers et dans les salles d'études et de leçons, prit à loyer quelques maisons voisines, où il les distribua; et il leur ouvrit une entrée dans le collège par une porte qui n'était pas celle du public. La discipline en souffrit, et Chàleau- Fort s'en plaignit au roi. Pour que les uns et
les autreSj boursiers et pensionnaires, fussent également assujëtis à la clùlure, il lui fut permis d'avoir dans sa maison ses professeurs à demeure, avec ses maîtres et ses sous-maîtres, qui dispensèrent tousses écoliers, indistinctement, d'en sortir chaque jour pour aller entendre les leçons de la rue du Fouarre.
Louis XI, qui avait fait clouer tous les livres des nominaux dans la bibliothèque du collège de Navarre, pour empêcher qu'on ne les lût, et qui les fit ensuite déclouer, acheva la réforme commencée dans ce collège par ordre de son père, en même temps que celle de TUniversité entière , entreprise et terminée de concert avec les commissaires du roi , par le cardinal d'Eslouteville *, légat en France, en 14S1. Louis XI étant poussé à celle du collège par son précepteur Jean Major **, Écossais de na-
' Fils de Jean II, seigneur d'Estouteville, et de Marguerite d'Harcourt, d'une famille des plus distinguées de Normandie. Nicolas V lui donna l'archevéclié de Roi, et, en 1437, Eugène IV lui conféra la pourpre romaine. Il mourut à Rome, le 22 décembre li83, âgé de quatre-vingts ans. Voyez Recueil des titres de la maison d'Estouteville , Paris, 1741, in-4o.
"' Né à Haddington, en Ecosse, dans le comté de Lothian Il fit SCS éludes au collège de Sainte-Barbe et à celui de Montaigu. M mourut on Ecosse, en l.-ioO, à (lualre-vingt-deux ans. On a de lui un Commentaire sur le maître des Sentences; un Commentaire s^ir les Evangiles, mêlé de controverses contre les hérétiques, Paris, \:'>-2'J, in-fol. ; une Exposition littérale
lion, mais élève de Navarre. Gérard Machet , devenu évêque de Caslres, Tavait exhorté au rétablissement de la maison où ils avaient reçu leur éducation. Lemaire ou Major s'en souvint, quand il fut confesseur du roi. Le cardinal Balue % qui avait reçu en 1464 la commission de nommer aux bourses vacantes du collège de Navarre, ayant été mis en prison par ordre du roi, Jean Yaucelle , évêque d'Avranclies, fut nommé par ce prince proviseur à sa place. La paix ayant été signée avec les Anglais en 1469,
sur saint Mathieu , Paris, lolS; Historia Majoris-Britanniœ et Scoliœ, qui finit au maringe de Uenri VIÏI avec Catherine d'Aragon, Paris, 1521, in-fol.; plusieurs Traités ds Philosophie, Lyon , 1514; Le grand Miroir des exemples, Douai , 1603. * Le cardinal Balue (Jean) , évêque d'Évreux et d'Angers, né, en 1421, à Poitiers ou à Verdun, d'un tailleur, d'un cordonnier ou d'un meunier. Les biographes ne sont pas d'accord sur ce point. Il dut sa fortune à un nioine d'un ordre mendiant, qui, le prenant pour domestique, lui donna quelques notions de latin. Il entra au service de Juvénal des Ursins, évoque de Poitiers, dont il fut nommé exécuteur testamentaire. C'est de cette époque que date sa fortune. C'est Charles de Melun qui le présenta à Louis XL Ea 1466, il fut fait cardinal. C'est lui qui donna à Louis XI le conseil pernicieux d'aller à Péronne. Son crédit fut perdu à dater de l'époque où Louis XI , ayant intercepté des lettres, fut convaincu que le cardinal lîalue conspirait avec ses ennemis, et le fit mettre en prison (1469) à la Bastille, dans une des cages de fer, de huit pieds carrés, (lu'il avait imaginées lui-même. Il fut, pendant douze ans, privé de la liberté, après lesquels Julien de la llovèze, neveu et légat du pape Sixte IV, obtint de Louis XI, dans un bon moment de santé, son élargissement.
le roi u'eut plus de sujet de vouloir forcer les écoliers de l'Université à prendre les armes , comme il avait tenté de les y obliger, pour la guerre du bien public , en 1464; mais l'Université n'y voulut pas consentir, et ce roi si absolu y renonça. Peut-èlre se fondait-il sur ce qu'à la mort de Charles VI , la cour n'ayant pas assez de monde pour ses obsèques , le recteur avait offert vingt mille écoliers pour accompagner le corps à Saint-Denis. Quoi qu'il en soit, Louis XI , connue pour donner à lUniversité une occasion de faire excuser son refus, lui commanda de recevoir honorablement la reine d'Angleterre Marguerite d'Anjou *, qui lui avait promis de lui faire rendre Calais, et venait le voir à Paris. L'Université obéit , et attendit cette princesse près de la porte Saint Jacques, avec le recteur à sa tête **. Elle com-
* Née en 14:2'), de Tîene , dit le Bon , roi titulaire de Sicile, et d'Isabelle de Lorraine, nièce de Marie d'Anjou, femme de Charles VII. Elle fut la femme de Henri VI, roi d'Angleterre, qui fut poignardé sous ses yeux, dans la Tour de Londres, où elle-même était prisonnière. Louis XI, par le traité d'Amiens, la racheta à l'Angleterre, pour la somme de cinquante mille écus. Elle mourut en France, en 1482. Voltaire dit que ce fut « la reine, l'épouse et la mère la plus malheureuse de l'Europe. »
** Le témoignage du docteur Hue est remarquable, en ce qu'il rapporte que le roi Louis XI , ayant invité l'Université a faire cet honneur à la reine d'Angleterre, celte compagnie attendit la reine dans la rue Saint-Éiienne-des-Grès, la pre-
pîimenta ïa roino pai' l'organe du grand-maîlré <]e Navarre, Guillaume de Chàteau-Fort , et cette princesse l'en remercia moult gracieuseîîient. comme le rapporte maître Hue dans son livre des Procureurs de la nation de France, charge qu'il remplissait alors.
iiiière , dit-il , après la porte , en entrant dans Paris. Ce qui lait voir: i'> que celte reine entra par la porte Sninl-Jacqiies; '■20 que ceîte porte était située au lieu qu'on appelle encore de ce nom, entre la rue Hyacinthe et la rue de l'Estrapade; 3» que ces rues étaient hors des murs qui descendaient le long de la rue nommée encore aujourd'hui rue des Fossés- Monsieur-le-Prince, à cause de l'ancien hôtel de Coudé, sur. l'emplacement actuel de l'Odéon. En effet, l'historien de Paiis raconte qu'mi tumulte s'élunl élevé, en liOl, dans le couvent des cordeliers, où ceux de ces religieux qui étaient étrangers voulaient tuer ceux qui étaient français, on saisit, dans les fossés de la ville, plusieurs des premiers qui y sautaient par dessus les murs. Ainsi , ces murs passaient près l'École actuelle de médecine, dans la rue du Paon, venant de Sainte-Geneviève, qu'ils enfermaient, depuis la rue des Fossés-Saint-Victor, après avoir passé derrière le collège du cardinal Lemoine. En 1780 , les boursiers délibérèrent d'y faire bàlir, avec les épargnes de leurs bourses, pour leurs successeurs à venir, un corps de logis qu'on assit sur les fondemcns de l'ancien mur de Paris. Par conséquent , d'une part, le collège de Navarre fut construit dans l'intérieur de ce mur, et, d'autre part, l'iiôlel de Navarre, situé au bout de la rue Sainl-André-des-Arts, près le carrefour de Fiussy, était aussi dans l'enceinte , auprès de la porte Dauphine , abattue en 1U73, suivant ujie inscription qu'on lit au pignon d'une maison de la rue Dauphine. Le mur commençait à h» rivière en deçà du ruisseau de la Biévre, dont on avait délourné l'embouchure pour la faire tomber plus haut, dans la Seine, par derrière la rue de Lourcine , ou Locus cinerum, dit Lt'bœuf, à cause des poteries qu'on y Liisait, cl nonVOursine.
Le coiiëge de Navarre, devenu le premier de l'Uni vers! lé qui ail réuni l'instruclion à i'éducalion dans son enceinte, montra, par son exemple, toul le bien qu'on pouvait retirer de celte nouvelle instruction. Le succès en l'ut si heureux et si évident, que peu :i peu elle s'étendit aux autres collèges , et qu'enfin les écoles de la me du Fouarre cessèrent d'être fréquentées , parce que les meilleurs professeurs de l'Université s'attachèrent à quelques uns des collèges , dont on compta , sous Louis XI , jusqu'à dix-huit en plein exercice.
Les mœurs et les études y gagnèrent également. Le public n'eut |>lus à craindre ces bandes d'écoliers furibonds» qui portaient le trouble partout, dans leurs fêtes et leurs divertissemens. C'était surtout aux deux jours du lendit d'été et du lendit d'hiver, dans lesquels les écoliers payaient les maîtres et allaient à Saint-Denis acheter leur parchemin, à la foire qu'on n'ouvrait qu'avec la permission et en présence du recteur, qui y prélevait un droit.
La réforme statua que dorénavant les professeurs seraient payés, chaque mois, sans éclat et sans bruit. Les pauvres étaient exempls de cette rélribution amuielle, qui iie montait qu à cinq ou six écus par tète. Les }^roc^t■^^i<>us du
lendit furent abolies; et l'usage du parchemin devenant moins nécessaire à mesure que celui du papier, introduit et fabriqué en France depuis l'an 1355, s'étendait, les écoliers purent se procurer l'un et l'autre en tout temps à Paris, sans courir h Saint-Denis, en processions plus scandaleuses qu'édifiantes. Après la mort de Louis XI, en 1483, le royaume étant en paix , l'Université, qui , sous le rectorat de Louisde Yilliers de l'Isle-Adam, avait donné sa garantie pour le mariage du dauphin avec l'archiduchesse Marguerite d'Autriche, s'étant assemblée, en 1484, pour entendre les plaintes du duc d'Orléans concernant l'administration de l'État, le grand-maître du collège de Navarre , Jean Raulin , fut chargé par la compagnie de porter le mémoire du prince au roi , et de recevoir les 'ordres de Sa Majesté. Raulin * exécuta cette commission d'une manière si satisfaisante pour la cour, que la régente Anne de France**, sœur du roi, fut très
* Né à Toul, en 1443. Fut reçu docteur en théologie, en 479. 11 se retira dans l'abbaye de Clnny. 11 mourut à Paris,
le 6 février 1514. On a une édition générale de ses œuvres, publiées à Anvers, en 1G12, G vol. in-i», où l'on trouve le^ germe de la fable des Animaux malades de la paie.
• Fille aînée de Louis XI et de Charlotte de Savoie, femme de Pierre II, seigneur de lîeaujen, duc de Bourbon, fut choisie par Louis XI pour être régente, pendant la jeunesse de Charles viil. Elle mourut au château de Ghantelle, en 1522, à V^çf. de soixante ans.
contente , dit Crevier. de 1 attachement que l'Université témoignait à son roi.
Ce prince, continuant au collège de Navarre la même affection que les rois ses prédécesseurs lui avaient montrée, lui fit présent d'une somme de 2,400 livres, pour achever le bâtiment de la bibliothèque, que le grand-maître Jean Raulin avait commencé , et pour achetex' les livres qui manquaient encore à ceux qu'on avait déjà acquis. Ce bâtiment, qui fut depuis converti en salles d'exercices publics , reçut les livres dans le comble, qui, à cause de la pente du toit , ne permit de les placer qu'autour d'une charpente établie dans la longueur, sur la ligne du milieu delà salle.
L'année suivante, en 1485, le roi Chaî-
En l4û2-69-72, on remarque qu'il se faisait beaucoup de fraude de la part des parcheminiers, et que l'Université avait sur eux plein pouvoir de correction et de réforme, d'institution et de destitution.
Le produit du droit sur le parchemin vendu était affecté au recteur, dont il faisait le seul revenu fixe. Chaque botte de parchemin hii valait IG deniers parisis, ou 22 deniers tournois. Tout parchemin ([ui n'avait pas la marque du recteur était saisissablc à son profit.
Le premier de tous les livres imprimés qui porte une date certaine est le Psoauticr, in-folio, de Maycnce, donné en li.j", par Jean Fust et Pierre Scliœffer, dont il existe un exemplaire dans \\ bibliothèque impériale, à Vienne.
Deux docteurs en théologie et anciens recteurs, Guillaume Fichet et Jean de la Pierre , furent les premiers qui introduisirent limprimerie en France, en 1470.
les VïII, assistant à une thèse de doctorat de Pierre d'Ouville, accepta deux bonnets de docîcnr, run rouge et l'autre violet. Conférant lui-niènie une l)Oursc et le degré de docteur en 1491 et 1498, il reçut encore du grandmaître Louis Pinelle, qui le harangua en latin, alors la langue de l'école comme celle de l'Église , les mêmes marques d'honneur.
En 1137, le baccalauréat en médecine n'était point compté pour un degré dans l'Université. Guillaume de Longueil, doyen de la Faculté île médecine, demanda à l'Université, assemblée le 6 avril, la rectification de cet usage, et l'obtint.
En 1447. un médecin s'étant pourvu au Chàtelet contre un décret de la Facullc, fut obligé, pour renirer en grâce dans sa comp;)gnie, de renoncer au bénéfice do la sentence qu'il avait obtenue.
Le 22 février 1448, la Faculté de médecine, pour éviter ces inconvéniens, déclara que tout maître, bachelier ou écolier (pii porterait hors de la Faculté ou de l'Université les contestations qui pourraient y naîtie, serait privé de tous ses droits académiques, sans qu'il fût besoin d'une nouvelle délibération.
En 1447, un médecin, nommé Mauregard, s'était marié à une femme veuve , en demandant à la Faculté de le reconnaître pour régent. Mauregard était alors censé bigame. On délibéra, et on arrêta qu'il serait regardé comme régent d'honneur ; mais on ne jugea point à propos de l'admettre à aucune fonction dans la Faculté.
Avant 1472 , la Faculté de médecine s'assemblait sous le porche de l'église de Notre-Dame, aux Mathurins ou à Saint- Yves; mais, à dater de cette époque, Guillaume Basin. doyen de la Faculté, fait construire des écoles rue de la Bûcherie.
En l'iOe, la Faculté de médecine passe un contrat avec les barbiers pratiquant la chirurgie, par lequel elle leur promet aide, protection et enseignement, à condition qu'ils deîneureront soumis et se liendroni dans sa dépendance.
Histoire du Collège de Navarrei dans le XlTIe siècle.
La langue latine étanl celle de l'IIniversilë , 1500 les slatuts du collège imposaient aux écoliers l'obligation de ne parler que latin. Maislascolastique y avait introduit une langue bien différente de celle de Cicéron. Ceite barbarie retardait la perfection de la langue française , et les étudians ne sachant bien ni l'une ni l'autre, les savans de profession ne s'exprimaient que dans une langue qui était morle partout ailleurs que sur la Montagne et dans rÉglise.
Quant à la langue grecque, l'étude en était totalement négligée avant le milieu du siècle précédent. Mais, depuis la prise de Conslantinople, en 1453, par les Turcs, les savans grecs apportèrent en Italie et en France la connaissance de leur littérature. Le concile de Vienne et la nation de France , dans lUniversité, avaient bien ordonné rétablissement de quelques professeurs de langue grecque, et Emmanuel Chrysoloras, agréé par le recteur, avait commencé cet enseignement; n)ais il était peu suivi, parce qu'il ne menait h rien, car on ne se proposait pas de requérir des bénéfices ecclésiastiques en Grèce,
OÙ les Turcs élnient i)eu disposés à en accorder *.
Mais Raymond Lulle, dans des vues plus désintéressées, poussé par son zèle pour la conversion des infidèles , avait profité de la fondation du collège de Navarre pour engager Pliilippe-le-Bel à y créer des chaires de grec, d'hébreu , d'arabe et d'autres langues orienlales , qui auraient servi à former des missionnaires pour le Levant.
L'Université n'avait pas attendu jusque-là sans prendre des mesures pour l'enseignement de l'hébreu et de l'arabe , mais elles avaient encore moins réussi que pour le grec. Et toutefois les savans et les gens de bon sens regrettaient que toutes ces tentatives n'eussent pas eu plus de succès.
Parmi ces hommes qui aimaient la science pour son utilité, Guillaume Budé *% maître des
* En mis, la ville de Paris ayant fait à Louis XII un octroi (le trente mille livres tournois, les prévôts des marchands et éclievins, chargés de la répartition de cette taxe, voulurent y comprendre les médecins, ce qui, à cette époque, était une nouveauté sans exemple , eu égard aux privilèges de l'Université, dont les médecins ont toujours l'ait partie. L'Université intervint, et ils obtinrent une lettre du roi aux magistrats de la ville, pour arrêter les prétentions de ces messieurs du fisc.
** Connu sous le nom latin de Buda-us. Né à Paris, en 1467, mort le 23 août loiO. Il fit ses études à Paris et a Orléans.
requêtes, Etienne Poncher, évéque de Paris, Guillaume Petit et Guillaume Cop *, Tun confesseur et l'autre médecin du roi François V% qui aimait à s'entretenir avec eux, pendant ses repas , de sciences et de belles-lettres , firent connaître à ce prince le triste état où elles étaient tombées. Ils les lui représentèrent déchues même de ce qu'elles étaient sous le règne de Charlemagne **.
Le roi en fut touché, et leur demanda le moyen de les relever. Ils lui apprirent qu'un savant natif d'Arlon au Luxembourg , nommé
Il ne se livra sérieusement à l'élude qu'à vingt-quatre an«. Il étudia les mathématiques sous Tanneguy-Lefévre , et le grec sous un parent du fameux Lascaris. Tout, hors l'étude, lui importait peu. Son domestique, venant lui dire que sa maison brûlait, il lui dit : « Tu sais bien que je ne m'occupe pas de ménage, adresse-toi à ma femme. » Il fut envoyé à Rome par Louis XII , pour y défendre les intérêts de la France. C'est à son instigation que François ler voulut fonder e collège de France. Ses oeuvres ont été imprimées à Bàle, en io57, i vol. in-fol.
* Né à Bàle. Fut disciple et l'ami de Lascaris et d'Erasme. Fut reçu docteur en médecine en 1493, et fut médecin de Louis XII et de François 1er. n traduisit les oeuvres des médecins les plus distingués de la Grçce. Il mourut le 2 décembre 1532.
"' En lolj , les prévôts des marchands revinrent à la charge, à l'occasion d'une levée de deniers qui se faisait à Paris , pour aider François I^r à reconquérir le duché de Milan. Mais l'Université prit encore la défense des médecins, comme devant jouir des privilèges de l'Université dont Us faisaient partie.
1517- Buxleidcn , mon depuis pou à Bordeaux , avait fondé à Louvain un collège poui* les li'ois langues hébraïque, grecque el laline; eO qu'un semblable établissement à Paris suppléerait h ce qui mancpiait, à cet égard, dans l'Université.
Le roi embrassa ce projet avec ardeur; mais il ne put l'exécuter qu'en 1530, quand il fut de retour de sa captivité, pendant laquelle le grand-maître de Navîure, le docteur Lasseré, avait élé appelé, en 1525, au conseil de la reine-mère, régente, pour aviser aux moyens de délivi'er le roi.
La paix de Cambrai donna plus de loisir à ce prince de se livi'er h sa générosité el à son goût pour les lellres. P. du Chatel **, honmic
* François î" avait donné, au mois tle décembie 1516, (les lettres d'cicclion d'une univcrsiîc à AngoulcnK? Sa mère, duchesse d'AnjïOuIèuie , proléi^eait cet élablissemenl. 31ais la vérilication dos Ici très éprouva tant de dinicuUés , que le projet ne put léiissir. Plus de cent ans après, les .jésuites entreprirent de le faire revivre, et ils échouèrent pareillement. C'est un fait peu connu, dont on peut trouver toutes les pièces rassemblées dans une petite collection imprimée à Paris, en 1620, par le Mandemtnl de M. ï.E iiECTEtîi.
" Du Chalel ou Casteilan , Castcdlanus (Pierre). Erasme l'avait chargé de corriger les éditions grecques qu'il publiait à Bàle. L'évèque du Rellay le présenta ii François 1'^, qu'il entretenait pendant ses repas. Le roi disait de lui : C'est le ieul hommi dont je n'aie pas épuise la science en deux ans. En 1539. il fui nouuué évéque de Tulle; en l^ii, au siège de
instruit , et qui , ayant beaucoup voyagé, le divertissait par ses récits, l'excitait à remplir le vœu des savaus par cet établissement , qui ranimerait les bonnes éludes. Le roi avait déjà fait écrire par Budé au célèbre Erasme *, pour
Màcon. En 1546, il fit d'inutiles et courogeux efforts pour sauver Etienne Dolel du bûcher. Entendant le chancelier Poyet dire a François l" que les biens de ses sujets lui appartenaient , il s'écria : » Porte: aux Caligula et aux Néro7i ces maximes tyrantiiqus, et , si vous ne vous respectez pas vous-même, respecte: un roi ami de l'humanité, qui sait que le premier de ses devoirs est d'en conserver les droits. • François (er deniaridait un jour à du Ciiatel s'il était noble; celui-ci répondit: « Sire, Noé, dans l arclie, avait trois fils; je ne vous dirai pas précisément duquel je suis descendu. » C'est lui qui, à Notre- Dame et à Paris, prononça l'oraison funèbre de François le'. Il fut nonnué, par Henri II, évè(iue d'Orléans, en loSl ; il y mourut en \Tij-2.
* Né le 28 octobre liG", à Rotterdam. Il existait autrefois, à Delft, un crucifix qu'il avait peint, et au dessous duquel il avait mis celte inscription : « Ne méprisez pas ce tableau, Erasme l'a peint lorsqu'il était dans sa retraite de Stein. » Il fui boursier au collège de Montaign , dont la nourriture était si mauvaise, qu'il s'en ressentit toute sa vie. Il en sortit et donna des leçons à un gentilhomme anglais, nommé Monijoye, qui, plus lard, le combla de ses bontés. En 1309, il lit un voyage en Angleterre, où, s'étant présenté chez Thomas Morus sans donner son nom, le futur grand-chancelier d'Angleterre fut tellement charmé de sa conversation , qu'il lui dit : « Ou vous êtes un démon, ou vous êtes Erasme? » Il fut conseiller de Charles d'Autriche, souverain des Pays-Bas, depuis empereur, sous. le nom de Charles-Quint. François I^ avait tout fait pour le placer à la tête du collège de France. Erasme conserva toujours une grande vénération pour ce prince, en faveur duquel il usa de tonte son influence, après la bataille de Pavie, en engageant Charles Quint, son maître,
l'inviter, de sa part , à venir se charger de la direction du collège qu'il se proposait de fonder. Mais Erasme s'en élait excusé sur son âge et sur ce qu'il devait à Charles-Quint, son souverain et son bienfaiteur. 11 ajoutait qu'il se réjouissait de voir rappeler avec honneur dans Paris les muses si long-temps bannies de ses collèges, et qu'il faisait des vœux pour que ce retour pût enfin en chasser la barbarie, anéantir les frivoles arguties des écoles, et faire disparaître les mauvaises méthodes qui avaient jusque-là retardé les progrès des belles connaissances.
A peine le bruit de ce projet se fut-il ré-
à être généreux. Sa coinplexion délicate lui avait fait obtenir du pape une dispense pour faire gras les jours maigres, parce que, disait-il, il avait Vàme chrélienne et l'estomac luthérien .
L'Allemagne l;ii doit sa civilisation première. On a une édition complète de ses oeuvres, publiées en 1703, il vol. in-fol. Le second volume comprend les Adages, où se trouve une immense érudition qu'on ne saurait trop cultiver. Dans le quatrième est l'Eloge de la Folie. Le pape Léon X s'en était tellement amusé, qu'il dit : « Notre Erasme a aussi un coin (le folie. ^
On a une traduclion d'Erasme, par (lUeudeville, Paris, l'.'il , in-4". L'Histoire de la vie d'Erasme et de ses ouvrages a été publiée, en ITo", par Burigny, -2 vol in-12. Bàle fut la ville où il résida le plus long-temps : on y trouve encore, dans le musée de curiosités, son anneau , son épée , son cachet, son couteau, son poinçon, son testament el son portrait du célèbre Holbeia.
pandii; que les professeurs de l'Université, ceux de grammaire surtout , objectèrent leurs privilèges . et la désertion que ne manquerait pas de causer , dans leurs écoles , l'enseignement gratuit du nouveau collège. Les philosophes réclamèrent Aristote, dont ils se préparèrent à défendre le terrain. Les théologiens taxèrent d'hérésies les nouvelles chaires de grec et d'hébreu , parce que les prétendus réformateurs de la religion étaient la plupart très versés dans ces deux langues.
Le roi , qui venait de signer la paix avec les autres princes de l'Europe, ne voulut pas s'attirer une nouvelle guerre de la part dun corps aussi remuant et aussi récalcitrant que son Université. Ne voulant pourtant pas céder à ces clameurs insensées, il sabstint de créer des chaires latines. Mais il établit d'abord les^^ deux chaires grecque et hébraïque, auxquelles il appela les docteurs Danes ', du col-
* Pierre Danes, né a P;iris, en r»9T, d'une tainille tlisiingiiée. En 1330, François i^^ le nomma professeur en langue grecque, an colltjge de Franc e. En 1.V43, il t'i'.t du nombre des juges qui condamnèrent Hamus. Deux années après, il fut envoyé, en qualité d'ambassadeur, au concile de Trente. Henri II, fds et successeur de François 1er, le chargea de l'éducation de son Gis, qui devint François II. Il mourut à Paris, le 23 avril i.'iTT, et fut inlinmé à Saint-Gerinain-des- Prés.
ïége de Navarre, et Valable % de celui du cardinal Leinoiiie; eiisuile les chaires de philosophie, el quatre ans après celle d'éloquence, nonobstant h^s oj)positions de l'Université, furent ajoutées aux deux premières. Il envoya dans rOrient, pour en rapporter des manuscrits, le fameux Postel, qui, de pauvre enfant, valet de collège , était devenu le plus savant homme de l'Europe dans les langues. C'est ce Postel que Charles IX fit venir ensuite pour lui expliquer des lettres que le roi d'Ormus lui avait écrites , et qui lui dit : « Sire, je peux aller de Paris à Pékin sans interprète. » Ce changement était amené par la nature des choses. Assez long-temps les écoles n'avaient retenti que de mots. Les esprits demandaient une nourriture plus solide. Une ceriaine fermentation agitait toutes les têtes. Deux hommes avaient donné le signal de la révolte contre l'Église : Luther ** en Allemagne, et Calvin en
* Né à Gainache, près d'Amiens. François I<?r le nomma professeur cl "hébreu au (Collège de France. 11 fut le restaurateur de la langue hébrauiue en France. On a la Bible nommée de Valable. Il mourut le IG mars I5i7.
•* Né le 10 novembre 1484, à Eisleben, comté de Mansfeld, en Saxe. Son père Iravaillait aux mines. Il fut tellement malheureux dans son j(!unc âge, qu'il allait mendier son [mu dans les rues, chantant des cantiques pour exciter la générosité publique. En j:;o:i, il reçut, à l'Université d'Erfurt, le degré de maîlre en philosophie. C'est après avoir été témoin
-» ITT -^
France, en déclamant contre les vices du clergé, allaquaient aussi les fondemens de la religion. Ils s'appuyaient sur les textes originaux de rÈcriture et des Pères ; il fallait les combattre avec les mêmes armes , il fallait étudier ces mêmes langues. Cette étude, en faisant renaître le bon goût , donnait une intelligence plus parfaite du texte sacré, et faisait éviter les deux extrêmes : les erreurs de la réforme, et les opinions ultratnontaines. Cal-
de la mort d'un ami, lue à ses côtés par la foudre , qu'il se retira ciiez les Augustins d'Erfurl , bien qu'il se fût, dans le principe, adonné au barreau. C'est en irilG qu'il commença à faire entrevoir, dans des thèses publiques , les germes de ses nouveaux dogmes. Le 13 juin 1o:2j, il épousa Catherine Bora ou Bohren, jeune et belle religieuse, dans le couvent de Himplsch, près de Grimma. Le 18 février io46, il mourut d'apoplexie, à Eisleben. Il fut enterré dans l'église du château de Wiltembourg. La maison où Luther est né ayant été détruite en 1G89, par un incendie, a été reconstruite et destinée à faire une école de pauvres. En 1748, on y voyait encore plusieurs ustensiles dont il s'est servi, et quelques uns de ses manuscrits. On conserve, dans des villes d'Allemagne, quelques objets de son usage : son lit , sa table , son encrier et son grand verre à boire. On a la notice très détaillée de ses ouvrages à la fin du Commsntarhis hlstoricus et apologeticus de lutheranismo , par Seckendorf, Leipzig, 1692, ainsi que dans le Dictionnaire deRotermund. On peut prendre des notions sur le caractère et les habitudes de Luther, par la lecture d'un ouvrage publié à Francfort, en l.";7l, parRebcn- Stock, intitulé : Colloquia, méditât iones, consolationes , consiliajudicia, scntenticp, narrationes, responsa, facetiœ D. Murt. Lutheri pice et sanctœ inemoriœ in mensùprandii, et cœnœ et in peregrinationibus observala et fidcHwr trauxcripla.
vin * avait dédié au roi son livre de l'institulîon chrétienne. Le docteur Picart de Navarre le réfuta publiquement. Le roi , voulant étouffer
• Né le 10 juillet 1509, d'un tonnelier de Noyon. A peine avait-il douze ans , qu'il obtint un bénéfice simple dans sa \ille natale, et, à seize ans, il fut curé deMorieville. Il fit, à Paris, connaissance avec Pierre-Robert Olivetan, de Noyon également, qui lui communiqua les premières notions de la religion luthérienne. Il alla à Orléans et à Bourges, pour y étudier le droit, après ses études en théologie, sous Pierre de l'Esloile. En 1.j32, il publia, à Paris, un Commentaire latin sur les deux Livres de Séiîcque De Clemenlià, qu'il intilula : Johannis Calvini Commentarius. C'est à dater de cette époque qu'il se nomma Calvin, car le nom de son père était Cauvin (Jean). En 1539, il épousa, à Strasbourg, une veuve, nommée Ideletle de Burie, dont il eut un fils qui mourut fort jeune. Il était d'une faible con.siilution , avait presque continuellement la migraine et la fièvre quarte, auxquelles s'ajoutèrent des accès de goutte et des douleurs atroces causées par la gravelle. Il était sobre et modeste dans ses habitudes. Son revenu n'a jamais dépassé 1 jO francs en argent, quinze quintaux de blé et deux tonneaux de vin. Il mourut à Genève, à l'âge do cinquante-cinq ans, le 27 mai lo6i. Il publia, en loiO, son Traité da In Cène, dans lequel il nie « que le corps de Jésus-Christ , qui est au ciel , pût être substantiellement présent sur la terre, comme le disaient les partisans de Luther et du sens littéral ; mais il n'en soutint pas moins que, dans la Cène, l'homme est nourri de la propre substance de Jésus-Christ, qui, du haut du ciel, nous y fait participer, à peu près comme le soleil, malgré sa distance prodigieuse, nous communique, quand il nous éclaire, la substance même de ses rayons. Ainsi, selon lui, la Cène n'était pas une simple figure, destinée à conserver le souvenir de la Cène de Jésus-Christ, mais une Cène réelle, où Jésus-Christ se donne vcritahlement à nous. «Calvin était parvenu à acquérir une puissance sans bornes à Genève, où sa
ia nouvelle doctrine , fit enfermer le docteur pour avoir écrit imprudemment; mais, mieux informé de son intention , il le fit remettre en
police était d'une rigueur extrême, et qui tenait de l'inquisilion. On dit que c'est à cette sévérité qu'on doit rapporter l'austérité des mœurs des Genevois. Cela se peut ; mais on a le droit de reprocher à Calvin la mort de l'Espagnol Michel Servet, qui , en 1333, fut arrêté par ses ordres, à Genève, et brûlé vif, pour avoir attaqué le mystère de la Trinité , dans un ouvrage qui n'avait été composé ni publié à Genève, et oùilpubllaitruniiédeDieuetduVerbe, cequiétait en tout opposé aux idées de Calvin. Sa haine contre Michel Servet était telle, qu'il écrivait à Farci et à Yitet « que si cet hérétique venait à Genève, il ferait en sorte qu'il y perdît la vie. «Calvin , rapportant que Servet demandait son appui et sa protection , il dit : « Sed nolo fidem meam interponere , nam si venerit , molo vaîeat mea auctoritas , vivum exire niinquàm pati'ar.» S'étant réfugié à Genève, après avoir erré long-temps, Calvin le fit chercher, arrêter et jeter en prison. Michel Servot fut brûlé vif, le 27 octobre 1533, 1» pour avoir écrit dans son Plolémée que c'était à tort et par vanterie que la Bible célèbre la fertilité de Chanaan, tandis qu'elle était inculte et stérile; 2o pour avoir appelé un dieu en trois personnes un cerbère, un monstre à trois têtes; 3" pour avoir écrit que Dieu était tout, et tout était Dieu. Un magistrat fut cassé et privé de sa liberté pendant deux mois, parce que « sa vie était déréglée, et qu'il était lié avec des ennemis de Calvin. Gruet fut décapité le 26 juillet 1547, pour avoir écrit des lettres impics, des vers libertins, et avoir cherché à renverser les ordonnances ecclésiastiques; pour avoir soutenu que les lois divines et humaines étaient l'ouvrage du caprice; pour avoir soutenu que la paillardise n'était point criminelle, lorsque les deux parties étaient consentantes; pour avoir mal parlé des ministres et des réformateurs, et surtout de M. Calvin, contre lequel il a cherché à irriter la cour de France !|» L'édition la plus recheichée de ses œuvres est celle d'Aonsterdara, I6t>7.
liberté. D'un autre côte, le cardinal Cajelan % pour soutenir le pape contre les hérétiques, ayant publié un livre où il élevait l'autorité pontificale au dessus do celle de l'Eglise universelle **, le docleur Aliuain ***, de Navarre . également, le condjaltit par les mêmes raisons que Gerson avait employées en pareil cas. Mais il ne fut pas emprisoinié pour celle réfutation, car c'était le roi Louis Xll kii-mème qui avait adressé ce livre, avec ordre d'en faire la critique et la censure. Ce nest pas que ce prince fût satisfait de l'Université, qui s'était opposée vainement h la défense qu'on lui avait faite de cesser ses leçons; mais il était encore plus mécontent du pape, contre qui il voulait rétablir la pragmatique sanction ***% établie
* Ainsi nommé , du nom de Cajela, endroit où il est né. Son nom était Thomas da Vio. \\ est né en 14G9. U fut reçu docteur en iWi, professeur de philosophie à Rome, puisa Paris. Il fut nommé général des dominicains en loOS, et cardinal, par le pape Léon X, en l;»17. Légat auprès de Charlesguint, il eut, à Augsbourg, trois conférences avec le fameux Luther. Il publia des coumienlaires sur Aristole, et la Somme de théologie de saint Thomas d'Aquiii On a de lui un Coiutnentaire sur les saintes Ecritures, imprimé à Lyon , cn 163f).
** Traité sur la comparaison de V autorité du pape et de celle des conciles.
"* Né à Sens, docteur en théologie à Paris, en 1512, mourut en L'ila. L'édition de ses ouvrages a été publiée à Paris, eu I.ni7, in-fol.
**** Ordonnance de Charles VU, en 14S8, pour recevoir ou luodifier quelques décrets du concile de Bàle. Le concordai
par Charles VU, révoquée par Louis XI, et abolie par le concordai de François 1", pour la supériorité du concile sur le pape, l'abolition des annales qui faisaient passer largent de France à Rome, la liberté des élections aux bénéfices , et la correction des évêques par leurs métropolitains, sans le concours deRome. Mais, dans Ibérésie naissante, les raisonnemens des docteurs étaient insuiïisans contre des erreurs soutenues de la puissance du siècle. L'autorité seule de l'Eglise pouvait en arrêter les progrès, et le concile de Trente fut assemblé *.
François V' mourut avant d'avoir pu éta- isis'
blir, comme il le voulait, son collège des trois
fait à Bologne , en iol6 , entre le pape Léon X et le roi François I", révoqua la pragmatique sanction. npv.y;j.ot.Tt/.oi , actif, qui concerne les affaires; racine : Tr^oaTsw, je fais.
• Jîn 1343, le roi déclara que son intention était que les chirurgiens, mariés ou non mariés, jouissent de tels et semblables privilèges dont les écoliers, docteurs, régens, et autres gradués et suppôts de l'Universllé , avaient coutume de jouir, et conséqucmment de l'exemption de toute taxe et im" position publi(iue.
Une maladie contagieuse régna dans Paris, et y fit un grand ravage durant les années 1344 et 1343. Elle agissait encore dans toute sa force le 17 juillet de celle dernière année, jour auquel le Parlement rendit anct pour enjoindre à la Faculté de médecine de choisir six docicnrs de son corps, qui se dévouassent uniquement à la cure des pestiférés. r>e semblables ordres furent donnés aux bajbiers et chirurgiens.
•* Le pape Paul lil , en 1340, approuva rinstiluliou des je-
langues, dans l'hôtel de Nesle, au lieu où depuis a été bâti le collège des Qualre-Nations. Il avait fait construire, en 1536, le grand portail du collège de Navarre, sur la rue. Il y fit placer, dans trois niches , les statues de Philippe-le-Bel et de la reine Jeanne, et au dessus, celle de la Vierge ; toutes accompagnées d'inscriptions latines. Elles ont été renversées et détruites dans la révolution de la fin du xviii' siècle. Les frontons triangulaires qui termiminaient ce portail avaient été abattus auparavant. Le collège n'avait d'abord été fermé que par une simple muraille, où l'on avait ouvert une entrée. Jean d'Orléans, frère du duc de Longueville et archevêque de Toulouse, Louis de Bourbon, cardinal et évèque de Laon , et ses frères, qui avaient étudié dans ce collège, le soutenaient alors par leur libéralité. Guillaume Legros, doyen du chapitre deRouen, qui se souvenait d'y avoir beaucoup souffert de la rigueur du froid pendant ses études, avait donné, en 1515, au collège, les îles boisées de la Seine qiii lui appartenaient , avec
suites. Dans le principe de ceUe institution, tous les membres fuient maîtres cs-aris dans l'Université de Paris.
Pasquier et Brouet furent envoyés à Paris par Ignace. Ils se logèrent au collège des Lombards et ensuite à l'hôtel de Clermont; dans la rue de la Happe.
ordre d'y faire chaque année des coupes, pour chauffer les boursiers une demi-heure après chaque repas , depuis la Toussaint jusqu'à Pâques.
Douceur bien précieuse dans une maison qui ressemblait à un désert par les grands espaces qui séparaient ses bàlimens , par l'irrégularité de son site, sur une montagne exposée à tous les vents, outre que la vie scoîastique était alors si rigide, que les leçons publiques commençaient avant cinq heures du matin en toutes saisons.
Les princes de Lorraine, qui avaient été élevés dans cette maison^ avec ceux de Bourbon et d'Orléans, avaient suivi cette règle sévère. Le cardinal Charles de Lorraine, entre autres, y avait connu Claude d'Espence, et avait conseillé au roi Henri il, successeur de François I"'^ de l'envoyer avec le marquis de
En 1330, le pape Jules HI , successeur de Paul III, donna aux jésuites le pouvoir de confcrer àleurs disciples les degrés de bachelier, licencié et docteur, transformant ainsi chacun de leurs collèges en Université. Ils obtiennent des lettrespatentes adressées, dans le mois de janvier 133I, au Parlement. Mais celui-ci s'opposa à leur enregistrement, s'appuyant, dans les conclusions, sur ce que le dessein de cette société étant d'aller travailler à la conversion des infidèles, ils n'avaient nullement besoin, pour cette œuvre, de s'établir en France.
Diirfé et Michel de rHô|)ilal % au concile qui se tenait alors à Bologne. Ils (levaient y empêcher toute entreprise contraire à l'aulorilé du roi, et se plaindre que les annates ** emportassent à Rome tout l'argent de la France. L'année précédente, Pierre Danès, du collège de iSavarre, précepteur de François II, premier lecteur du roi en grec au collège de France, et lun des docteurs français envoyés à ce concile, ayant entendu l'évêque d'Orviette dire, après un discours de lévêque de Verdun, sur les abus de la cour de Rome, Gallus can-
* Né à Aigiieperse, en Auvergne, en 150", de Jean de l'Hôpital, médecin du connétable de Bourbon. Il épousa la lille de Jean Morin, trop fameux dans le martyrologe des protestans. Mort à son cbàtcau de Vignay, prés d'Étampes, le 13 mars 157:?. Bien qu'il eût été chef et surintendant des finances du roi en la Chambre des comptes , il était sans fortune, puisqu'on rapporte qu'il demanda au roi des alimens pour lui et une dot pour sa fdle unique. Au rapport de Brantôme, sa vaisselle se composait d'une salière d'argent. C'est lui qui (it nommer Cujas à l'École de droit de Bourges.
'•* hiipôt que le pape avait mis sur les prébendes, dont il donnait l'investiture. Ce droit fut enlevé au\ papes par le concile de Bâle , et rendu par les Concordata gcrmanica. Jean XXII les introduisit en France, en 1320. Clément VII n'en exigea que la moitié, et, en 138j, Charles VI les abolit complètement. Cette abolition fut mentionnée par saint Louis par l'article 5 de la pragmatique -sanction et un arrêt du Parlement du il septembre liOti. En iri62, elles furent rétablies, et ce ne fut que par les lois des il août et 21 septembre 1789 que cet impôt papal fut complètement détruit en France,
mt, lY'pondit aiissiiôi : Ulinam ad illum gallicinium Petrus resipisceret!
Le cardinal de Lorraine étant allé à ce concile, en 1555 *, avec le même Claude d'Es-
* Eii août 1534, Pierre Séguier présenta de nouvelles lettrespatentes du roi qui furent renvoyées à l'évêque de Paris et à la Faculté de théologie i pour, parties ouyes, estre ordonné » ce que de raison. » Eustache du Bellai, archevêque de Paris, conclut entre autres choses, que le nom de Compagnie do Jésus est arrogant; qu'ils s'attribuent à eux seuls ce qui convient à l'Église universelle, « et semble, ajoute ce prélat, y qu'ils se veulent dire seuls faire et constituer l'Église, » et que d'ailleurs , puisque leur destination propre et spéciale étant d'aller prêcher les infidèles, ils n'avaient qu'à aller s'établir dans les pays où Jésus-Christ n'est pas connu.
La Faculté de théologie s'assembla quatre lois, pour juger scrupuleusement tous les arlicles des bulles des papes Paul III et Jules III , et elle conclut : « Que cette nouvelle « société, qui s'attribue comme un titre spécial la dénomina- » tion insolite de Compagnie de Jésus; qui admet ('), avec i» une si pleine liberté et sans aucun choix, des sujets de toute » espèce, criminels, illégitimes, infâmes; qui ne se distingue «des ecclésiastiques séculiers par aucune différence, soit » pour l'habillement et la tonsure, soit pour l'usage de réciter » en parliculier, ou de chanter, dans les temples, en commun, » les Heures canonicales, soit pour les observances du cloître » et du silence, de la distinction des nourritures et des jours, » de la pratique des jeiines et des autres lois et cérémonies » par lesquelles se distinguent et se conservent les ordres » religieux ; qui est comblée d'une si grande multitude et
(') La bulle de Paul III , en lôiO , permet au général de la Société des jésuites, ou à ses représcntaus, d'absoudre de toute censure, interdit , excommunication, et d'affrancliir de toute peine piononcée par le juge ecciésiasti(|ue ou séculier, quiconque ,-i' présentera pour être admis dans la Compap;nie ; et elle veut aussi (pie ceux que le vice de la naissance exclurait des Ordres, puissent les recevoir, s'ils ^ont dtfvenub iuembri:s de la Soeicie,
pence, docteur de la maison de Navarre et recteur de r Université , pour gouverner l'Église à son gré, en revint après n'y avoir fait briller que son esprit, pour gouverner la France, sous les règnes faibles de François II et de Charles IX. Il ne contribua que trop à la fameuse nuit de la saint Barthélémy, où le fameux Ramus, l'un des meilleurs personnages de l'Université, fut sacrifié à la vengeance et à
" diversité de privilèges, induits et immunités, surtout par » rapport à l'administration des sacremens de pénitence et » d'eucharistie, sans distinction des lieux et des personnes, » et encore par rapport aux fonctions de prêcher, de lire et » d'enseigner, au préjudice des Ordinaires et de l'ordre bié- » rarchique, des autres ordres religieux, et même des princes »> et seigneurs temporels, contre les privilèges des Univer- ' sites, et à la grande foule du peuple. Une telle Société nous ï parait blesser l'honneur de l'état monastique : elle énerve » le pieux et nécessaire exercice des vertus, des abstinences, » des cérémonies et de l'austérité ; elle donne même l'occa- » sion et facilité de quitter en toute liberté, par une sorte » d'apostasie, les autres sociétés religieuses; elle soustrait 1 aux Ordinaires, l'obéissance et la soumission qui leur sont » dues ; elle prive de leurs droits les seigneurs ecciésias- » tiques et temporels; elle introduit le désordre dans l'une et
* l'autre police; elle engendre des plaintes parmi le peuple, » des procès, des dissensions, des querelles, des jalousies, ' des rébellions, des schismes de différentes espèces. Ainsi, » après avoir mûrement pesé ces considérations et plusieurs » autres, il nous paraît que cette Société est Oangereuse en » ce qui concerne la foi , propre à troubler la paix de l'Église, ï propre à ruiner l'ordre monastique , en un mot , plus capable
• de détruire que d'édifier. ^ A la suite de cette déclaration, les jésuites restèrent, pendant cinq ou six années, dans l'obscurité la plus absolue.
l'envie de ses ennemis. Ramiis *, pendant ses études au collège de Navarre, était si pauvre, qu'il fut obligé, pour vivre, d'y servir en qualité de domestique des pensionnaires. Mais l'amour de Tétude le fit triompher de tous les obstacles que la fortune opposait h son avancement. Il devint professeur de philosophie et principal du collège de Prestes, fondé en 1313 par Raoul de Presles **, clerc ou chapelain du roi Philippe -le -Bel, qui l'autorisa. Ramus porta les premiers coups à l'empire qu'Aristote avait usurpé dans les écoles. Le succès éclatant qui couronna les thèses qu'il soutint en
• Plus connu sous le nom de Pieure la Ramée , né en 1515 à CulUe, village du Verniandois. l\ garda les troupeaux dans sa jeunesse, et s'enfuit, à l'âge de liuit ans, pour venir à Paris. C'est en qualité de domestique qu'il fut admis au collège de Navarre. Un arrêt du Parlement lui ayant interdit d'enseigner publiquement, parce qu'il critiquait Arislote, il employa ses loisirs à publier une édition d'Euclide, en 1544. En 1551, il fui nommé professeur de philosophie et d'éloquence au collège de France. En 1562, il présenta à Charles IX un plan pour la réforme de l'Université. U fut égorgé le jour de la Saint-Barthélemy, dans le collège de Presles, après avoir donné le prix de sa rançon à ses assassins.
" Avocat du xive siècle. Il déposa au procès des Templiers, en 1309. Louis-le-Hutin le fit emprisonner, comme complice de rierre de Latilly, chancelier de France, dans l'empoisonnement de Philippe-le-Bel. Son innocence reconnue, il fut nommé conseiller au Parlement, en 1319. Il mourut en !33i. En 1313 , il fonda le collège qui porta son nom jusqu'à la fin du xviiie siècle.
public conlre les dci'enseurs de ce philosophe, excita contre lui la tourbe entière des scolasliques. Il a fait inie révolution dans les études, en y renforçant l'enseignement des mathématiques qu'il substitua à celui d'Aristote. Aussi fut-il en butte à des persécutions qui finirent par le faire interdire. Mais le roi Henri II le nomma professeur royal de mathématiques et de philosophie au collège de France. Ses ennemis l'ayant forcé de s'exiler, les scolastiques calvinistes de Genève ne l'accueillirent pas mieux que les scolastiques catholiques de Paris. De retour dans cette dernière ville, il tomba enfin sous les coups des ligueurs.
Bien différent de ces énergumènes , Jean Hennuyer*, de la maison de Navarre, qui avait été précepteur de Henri H et d'Antoine do Bourbon, père de Henri IV, étant évèque de Lisieux, rassembla, dit-on, tous les profestans de cette ville dans sa cathédrale, pour les sauver du massacre. Le lieutenant du roi lui ayant communiqué les ordres quil avait i-eçus, de
* i\é à Saitit-Quonliii, en 1407. Il fu( directeur de Diane de Poitiers el de Caiiieriiie de Médicis ; premier aiimùnier de franeois II, de Cliaries IX el de Henri lll, jusqu'en lo'.'i. Ce fut lui qui sauva les protestans de son diocèse du massacre de la Saint-Barlhelcniy. i> après d'autres historiens, ce serait Gui du Longchamp de Tuinichon qui était gouverneur pour le roi. Hennuyer mourut à Lisieu.x, le 12 mars Î578.
les faire égorger : u Non, lui répondit ce » pasleur, je n'y consentirai jamais ; je suis le » pasteur de l'église de Lisieux, et ceux que » vous voulez égorger sont mes ouailles. » Le lieutenant informa Charles IX de ce refus ; et le roi en fut si satisfait, qu'il révoqua l'ordre. Ce qui prouve que ce prince aurait agi tout aulremenl, s'il eût été mieux conseillé.
En effet , ce roi avait été élevé par Guillaume Ruzé, son })récepteur après le savant Amyot, et docteur de la maison de Navarre. Charles, étant roi, alla un jour faire visite à son frère, le duc d'Anjou, depuis roi sous le nom de Henri îll, qui y était élevé avec Henri de Bouibon, prince de Béarn, qui succéda à ce prince sous le nom de Henri IV, et Henri, prince de Lorraine, qui ne se fit que trop connaîti'e dans la suite sous le nom de duc de Guise.
L'historien Mathieu , leur contemporain, rapporte « que Henri IV, à l'issue de son en- » fance, fut amené k la cour de France. Le » bois de Vincennes fut sa première académie ; » et de là il fut mis au collège de Navarre, où » il eut pour compagnons le duc d'Anjou , qui » fut son roi, et le duc de Guise qui le voulut » estro. »
Peréfixe * dit « que la mère de Henri IV, ré- » tournant en Béarn, le laissa auprès du roi , » sous la conduite d'un sage précepteur, nom- » mé la Gaucherie , lequel lui donna quelque » teinture des lettres, non par les règles de la » grammaire, mais par les discours et par les » entretiens. Pour cet efl'et, il lui apprit par cœur » plusieurs belles sentences, comme celle-ci :
» Ou vaincre avec justice, ou mourir avec gloire.
» Et cette autre :
» Les j)rinces sur leur peuple ont autorité grande ,
» Mais Dieu plus fortement dessus les rois commande. »
Ce fut au collège de Navarre que Henri iV se forma assez aux études scolastiques pour traduire les Commentaires de César, dont la lecture faisait ses délices. Casauhon, son bibliothécaire, en parle dans la préface de son édition de Polyhe, qu'il a dédiée h ce grand roi, auquel il dit :« N'avez- vous pas, dans votre enfance, » traduit les Commentaires de César en fran- » çais? Oui, j'ai parcouru avec admiration le » manuscrit de cette Iraduction, exécuté de
* Historien de Homi !V, n(\ en IGO.j. lils du maître d'iiôlel du cardinal de Richelieu, fil ses études à Poitiers, et vint les terminer à Taris. En i6ii, il fut nommé précepteur de Louis XIV. En IG.jl, il fut choisi, par l'Académie fiançaise, pour succéder à Balzac, et, eu 1662, il fut nommé archevêque de Paris et proviseurdeSorhonne.il mourut lt'r>i décenihre 1C70, à l'Age de soixante-cinq ans.
» votre main, avec autant d'exaclilude que de » clarté. » Cet ouvrage d'un roi, digne interprète du plus grand génie de l'ancienne Rome, est malheureusement perdu, sans qu'il nous reste le moindre espoir de pouvoir le recouvrer, depuis que le cabinet du roi, où il avait été transporté de la Bibliothèque royale, sous Louis XIII, a été détruit en 1793.
La reine^ mère de Henri IV, l'amena à Paris, à l'âge de huit ans. Peréfixe rapporte qu'elle l'en retira en 1566, à douze ans par conséquent, puisqu'il était né en 1553. Elle le ramena à Pau , où elle le confia aux soins de Florent Chrétien % qui l'éleva dans le calvinisme. Ce savant et les autres instituteurs qu'elle lui donna l'instruisirent dans l'histoire et la politique. Henri lisait surtout avec plaisir Plutarque, dans la naïve traduction dAmyot, César, en latin, el Montluc.
La Gaucherie , son premier gouverneur , était mort, mais ses leçons vivaient dans le cœur du jeune prince, qui se plaisait à répétei' ce beau vers de Virgile :
Parccre sithjt'ctu; c( debcllare supcrbo;.
" >c à Orléans, le f2t) janvier 1541. Fils de Clirélien ;Gnillamue), médecin dans le xvie siècle. \\ tïii précepteur de Henri IV, qui ne l'aima jamais. Il écrivit contre Pihrac. apo-
U avait pris pour emblème un Hercule, symbole des grands travaux , avec la devise invia virluii, nulla est via. La lecture de Plutarque décèle qu'il avait étudié la langue grecque; car r histoire raconte que, dans un jeu d'esprit, chez la reine Catherine de Médicis, où l'on se donnait des devises à deviner, il écrivit vi vwâv, -n «z90«vïiv ; et que cette reine s'étant fait expliquer ces mots , trouva mauvais qu'on lui inspirât des maximes d'opiniâtreté.
Quand ce prince, devenu roi de France . en 1589, fut entré dans Paris, en 1594, il reçut les hommages de l'Université , par l'organe du recteur Jacques d'Amboise, son médecin. Le ligueur Guillaume Rose , évèque de Senlis, avait entraîné dans les fureuis de la Ligue l'Université, dont il était recteur, et le collège de Navarre, dont il était grand-maître. Il disputait à Adrien d'Andioise la grande-maîtrise de ce collège; il fut condamné par sentence du Parlement à faire amende honorable au roi; Adrien demeura grand-maître. Ces deux frères, élevés dans ce collège, étaient fils de Jean d'Amboise, (|ui avait été chirurgien des rois François 1", Henri II, Charles IX et Henri 111. Il avait encore un autre fils, François d'Amboise , que
logisle de la Sainl-Baiiliclcniy. U mourut de la pierre, à Vendôme, le 3 octobre 1500, à l'âge de soixante-six ans.
Charles ÎX lit élever aussi au collège de Navarre. François s'attacha au roi Henri IIÏ, qu'il suivit en Pologne, dont il fit la description. Revenu en France avec ce prince, qui le fit maître des requêtes et conseiller d'État, il se livra à la culture des lettres, et composa plusieurs pièces de théâtre, entr autres les Napolitains, comédie que Ion dit être très facétieuse. Henri IV, que son amour pour les lettres portait à élever ceux qui s'y distinguaient aux dignités de l'église, de la magistrature et de la diplomatie, ne récompensa pas moins généreusement les services de cette honnête famille. H nomma Adrien d'Amboise évèque deTréguiër. Il nomma également à l'évêché de ïroyes René Renoît , son confesseur et professeur de théologie au collège de Navarre , qui avait composé, pour la défense de ce prince, l'apologie catholique, dans laquelle il prouvait que la profession de la religion protestante n'était pas une raison légitime d'exclure de la couronne de France le prince qui en était l'héritier. Exemple frappant de 1" influence que peut avoir la religion sur la politique, et oij l'on ne saurait trop admirer le courage d'un savant théologien qui, dans un temps où l'on abusait de ce qu'il y avait de plus sacré, n'a pas craint de s'exposer à toute la rage de ses ennemis,
pour soutenir les iiîtérêls et la personne de Henri IV.
En même temps que Henri récompensait les services rendus à l'Élat , il attirait en France les étrangers savans, qu'il destinait h relever son Université de Paris. Il écrivit à Casaubon *, alors recteur et professeur à l'Université de Montpellier, la lettre suivante :
« Monsieur de Càsauboiv ,
» Ayant délibéré de remettre sus l'Univer- » site de Paris, et d'y attirer pour cest effet le » plus de savans personnages qu'il me sera » possible , sachant le bruit que vous avez » d'estre aujourd'hui des premiers de ce nom- » bre , je me suis résolu de me servir de vous
* Né le 18 février loo9 , à Genève , où sa famille , qui était du Daiipljiiié , s'était réfugiée. Tsaac de Casaubon fut un des hommes les plus savans, les plus érurtits depuis la renaissance. A neuf ans, il parlait parfailemenl latin. Il devint professeur de grec et de belles-lettres à Montpellier, d'où il fut appelé à Paris par Henri IV, dont il devint le bibliothécaire. Après la mort du roi , il suivit en Angleterre le chevalier "^'ollon, ambassadeur extraordinaire de Jacques ler. Il avait épousé, à GenèvGv la fdle de Henri Etienne. Il mourut le ler juillet 1G14, et fut enterré à Westminster, laissant un fils, Marie Casaubon, né à Genève le 14 août do99, et mort le 14 juillet 1G71. Savant traducteur et critique, i! api'.blié des travau.x d'une rare érudition surAristote, les, Stratagèmes de Polyen , Théophraste , Athénée, Théocrite, Strabon, Polybe, etc.
» pour la profession des bonnes lettres en » ladite Université , et vous ay à cette fin or- » donné tel appointement que je m'assure que » vous TOUS en contenterez. Pourtant vous ne » faudrez, incontinent la présente reçue, de r> vous préparer à vous acheminer par deçà, » pour vous y rendre le plutost que vous pour- » rez commodément faire. Et afin que l'obli- » galion que vous avez d'enseigner en ma ville » de Montpellier ne vous puisse retenir ou » retarder, j'escris présentement aux consuls » d'icelîe qu'ils ayent à vous en tenir quitte » et deschargé , et à vous assister de ce qu'ils » pourront en voslre voyage, pour les frais » duquel jay donné l'ordre que vous enten- » drez par les lettres du sieur de Calignon, )) conseiller en mon conseil d'État : sur lequel » me remettant, je ne vous en diray ici davan- » tage. Sur ce, je prie Dieu, monsieur de Ca- » saubon , qu'il vous ayt en sa saincte garde. « Escrit à Paris, ce ni* jour de janvier
» CI3IDXCIX. »
Henri IV avait écrit de même à Scaliger; mais celui-ci ayant prévenu (^asaubon des désagrémens qu'il éprouverait de la part des professeurs de Paris , Casaubon , qui en avait déjà reçu des marques de hauteur et de dédain
à son premier voyage , ne se hâtait pas de s'y rendre. Cependant, vaincu^ à la fin, parla lettre obligeante dn roi, il se mit en chemin. Mais la religion calviniste, dans laquelle Casaubon demeura constamment, Tayant empêché de })roresscr au collège de France , où Henri voulait le placer, ce roi lui donna la charge de gardien de sa bibliothèque , dont le célèbre de Thon était grand-maître. Casaubon, excédé des chagrins qu'il éprouvait de la part (les trésoriers , le roi lui reprocha de l'avoir voulu quitter, lui disant « quil ne trouverait » jamais un si bon maître et qui l'aimât ^> comme lui, qu'il voulait qu'il fust en sa li- » braille, que celui qu'il avait [Gosselin") ne » pouvait plus vivre qu'un an ; » il se plaint surtout beaucoup, dans sa lettre 189, à Joseph Scaliger, de l'orgueil pédanlesque d'un certain Théodore Marcel, professeur royal d'éloquence au collège de France. Henri IV avait d'abord eu le projet de donner la garde de sa bibliothèque au savant Juste Lipse ', suivant l'avis
* (Jean.) Né an commencemeni du xvie siècle, à Vire, en Normandie. Conservateur de la bibliothèque du roi. Il fut trouvé brûlé et sans vie , dans son fauteuil . en novembre 1604; il avait près de cent ans.
"* Philologue eKsavani polygraphe. Né le 18 octobre ir>t7, à Isque, entre Bruxelles et Louvain. A dix-neuf ans, il publia ses Varianim (ectiomim libri III, en l.'>09. Il mourut le
du P. Cotlon % jésuite, son confesseur, qui avait beaucoup de crédit auprès de lui.
Après la mort d'Henri IV, Casaubon se retira en Angleterre auprès du roi Jacques, pour qui il fit son livre contre l'histoire ecclésiastique de Baronius **. Puis il mourut de la pierre à Londres, en 1614; étant né à Genève en 1559, il vécut cinquante-cinq ans. Il fut enterré dans réglise de Westminster.
L'historien Jacques-Auguste de Thou, en faisant connaître Casaubon au roi, le lui fit préférer. C'est ce que nous apprenons par le passage suivant de la préface oii il dédie sa
24 mars 1606. Rubens a fait son portrait, dans son tableau des quatre pliilosophes. Derrière lui sont représentées des tulipes, que ce grand artiste savait être agréables à Lipse.
* Né en 1,"64 , à Néronde, en Forez. Jésuite qui vécut dans l'intimité de Henri IV, dont il devint le confesseur; ce qui fit dire, relativement à la vie un peu aventureuse de Henri, qu'il avait du coton dans les oreilles. C'est lui qui porta le cœur de Henri au collège des jésuites de la Flèche, auquel ce prince l'avait légué. H fut un des précepteurs deLouisXIIl, et mourut à Paris, le 19 mars 1626.
** Baronius ou Baronio (César). Né dans le pays de Naples, à Sora, le 30 octobre l.">">9. En 1593 , nommé supérieur de la congrégation de VOratoire, confesseur du pape, protonotalre apostolique, bibliothécaire du Vatican et cardinal ; dignités qui lui valurent la publication de ses Anndes religieuses, renfermant tous Icsfails possibles, relatifs à l'histoire de lÉgllsc, depuis i:i80 jusqu'au jour de sa mort, le .so juillet 1614. Le but réel de cette publication était de réfuter les» Centurief da MagUeboxirf/.
grande histoire à Henri IV : Sed est quôd antè omnia tibi gratulcmur oh musas sedibiis suis, nndèmarlis rabies easpcpulerat^ restitutas,et inslauralam tiiis auspiciis parisiensem acadeiniam, cui et insigne ornamentiim addidisti, evocato Isaaco Casaubono, altero hnjus sœculi himine, eique commissa bibliothecœ tuœ verè regiœ cuslodia, « Nous devons avant toutes » choses vous remercier d'avoir ramené les » muses dans leurs demeures , d'où la fureur » des guerres les avaient chassées , et d'avoir » rétabli l'Université de Paris, que vous avez » encore illustrée en y faisant entrer Isaac Ca- » saubon, l'un des hommes les plus éclairés » dé ce siècle^ et à qui vous avez confié la garde » de votre bibliothèque vraiment royale. » De laquelle de Thou lui-même était grand-maître. J. A. de Thou fut d'abord élevé au collège de Bourgogne , sous Monantheuil *, professeur royal de mathématiques au collège de France et médecin , qui lui enseigna l'arithmétique et
* Henri de Monanlheuil , né à Reims , en 1536 , d'une famille noble. Après avoir fait ses humanités, il vint à Paris étudier les matliématiqucs , la médecine et la philosophie , sous Ramus. Il fut régent de la Faculté de médecine et professeur de mathématiiiues au collège Royal. Aniyot le fit rayer du tableau des professeurs, comme ne devant pas cumuler deux emplois. Il fut constamment attaché à Henri IV. Il mourut subitement, en 1608, à soixante-dix ans. Il forma le savant Pierre de Laraoignon et rhistorien de Thou.
la gëomëlrie. Il disait depuis «qu'il avait remarqué, dès ce lemps-là, la faute et l'imprudence des pareils, d'abandonner l'éducation de leurs enfans avec trop de confiance à des maîtres qui en étaient quelquefois peu dignes ; qu'il vaudrait mieux les faire surveiller par des personnes sûres, qui leur fissent employer leur temps utilement, et qu'il serait plus attentif à l'éducation de ses enfans qu'on n'avait été à la sienne ; qu'enfin il n'approuvait pas la précipitation des pères qui font étudier leurs enfans h peine âgés de cinq ans. Quintilien en était un exemple qui devrait cependant détourner de vouloir faire de petits savans imberbes, puisque son fils était mort à force d'étude , dans un âge trop faible pour en pouvoir supporter l'excès. » Il se plaint amèrement de cette perte, dans les livres qu'il nous a laissés sur l'art de féloquencc. N'avons-nous pas vu cet exemple se répe'ter dans les jeunes Hennequin et Baratier *, victimes d'un travail au dessus de leurs
' IVé le 19 janvier 1721 , à Schwabach, dans le margraviat (i'Anspacb. Il écrivait à trois ans; à quatre ans parlait latin, Irancais et allemand de la manière suivante : fraiiçais avec sa mère , latin avec son père et allemand avec sa servante. A sept ans, il connaissait le grec et l'hébreu. Il s'occupa de mathématiques , d'astronomie et d'archéologie. On a de lui plusieurs ouvrages importans, dont on trouve le catalogue a la lin de la vie de ce jeune homme, faite par Formey,
forces ; le fameux Pic de la Mirandole *, prodige de mémoire plutôt que de génie , qui , semblable à ces fruits précoces mûris avant le temps, ne tint pas ce qu'il promettait d'abord, et sévit survivre à sa réputation.
Le collège de Bourgogne, où de Thou commença ses études, était situé sur l'emplacement occupé actuellement par la nouvelle École de médecine , qui a donné son nom à la rue, nommée auparavant des Cordeliers, à cause du couvent de ces religieux , bâti vis-àvis. La salle de leur chapitre existe encore avec leur cloître, où l'École a établi son école pratique et un jardin de botanique.
Jeanne de Bourgogne , reine de France , épouse du roi Philippe Y, dit le Long, second fils lie Philippe-le-Bel, régna, après. Louis Hutin, le fds aîné de cette reine, fille d'Othon, comte de Bourgogne et de Mahaud, comtesse d'Artois, ayant, à l'exemple de la reine Jeanne de Navarre, sa belle-mère, donné son hôtel
Utrecht, 1741. Il mourut le 5 septembre 1740, à l'âge de dixneuf ans.
* Né le 24 février 1463. A dix ans , il était placé au premier rang des orateurs et des poètes. Il n'oubliait rien de ce qu'il lisait ou entendait lire. En 1486, il se rendit à Rome, sous le ponlilicat d'Innocent VIII, et, pour démontrer l'étendue de ses connaissances, il publia une liste de propositions, intitulée : De omni rt scibili. Il mourut à Florence, le 17 novembre 1494, jour où Charles VIII y faisait son entrée
de IS'esle (situé où est aujourd'hui l'Hôtel de la Monnaie) , pour la fondation d'un collège, cette circonstance, qui lui fut commune, ainsi que le nom, avec la reine sa belle-mère, fut cause que Ton confondit celle-ci avec elle. La fondation du collège de Bourgogne se fit des deniers de la vente de l'hôtel de Nesle, en i 33 1 , après la mort de la fondatrice, dècèdèe en 1329, comme le collège de Navarre avait ètè bàli après la mort de sa fondatrice, du produit de la vente de l'hôtel de Navarre.
Ce que des auteurs mal informés ont dit de la trop grande faveur de Buridan auprès de la reine Jeanne ne peut s'appliquer à la reine Jeanne de Navarre ; car cette princesse étant morte en 1 304, elle ne put pas connaître Buridan *, qui n'eut de réputation que long-temps après, puisqu'il ne fut député qu'en 1345 par rUniversité au roi Philippe de Valois, pour lui demander une exemption des gabelles étabhes par ce roi, qu'Edouard lll appelait, pour cette raison, Philippe-le-Salique, par allusion à la loi qui excluait Edouard du trône, auquel elle appelait Philippe. Buridan vivait encore en 1358, puisqu'il donna alors une maison,
* \é à Béthiine, en Arlois. Sa répulalioii fui à son apogct; de 1348 à 13 j8. (ConsiiUez à ce sujet Gagnini , Compendium, \\\) vu , fol JàO, édit, dé lo07.)
qu'il possédait dans Paris, à la nation de Picardie, dont il était membre. Supposons qu'il eût alors soixante ans, il n'était donc âgé que de deux ans quand la reine Jeanne mourut. Supposons-lui en soixante-dix, il n'aurait ^i que douze ans à la mort de cette reine. Il est donc impossible qu'elle l'ait connu, et, par conséquent, ce qu'on a dit de l'une de ces reines, à cette époque de notre histoire, ne peut tomber sur la reine Jeanne de Navarre; car l'hôtel de Navarre, par les fenêtres duquel on disait que les écoliers étaient jetés dans la Seine, était situé au carrefour actuel de Bussy, et non au bord de cette rivière. Cette calomnie n'est pas plus fondée à l'égard de la reine Jeanne de Bourgogne *, quoique son hôtel de Nesie fût proche de la rivière; car l'innocence de cette princesse fut reconnue par le roi Philippe V, son mari, qui eut pour elle tous les égards dus h la vertu. Ces deux reines n'ayant pas laissé de fils héritiers de la couronne,elle passa, après Charles-le-Bel , leur beau-frère , qui mourut également sans laisser d'enfans mâles, à Philippe de Valois , vers qui Buridan fut député par l'Université, en 13î5.
L'âne de ce fameux recteur a fait trop de ■ ■ — < '
• Femme de Philippe4e-Long , morte en 1329.
bruit dans l'école, pour que nous n'en parlions pas ici, ne fût-ce que pour donner un exemple de la trivialité des comparaisons dont se servaient les professeurs de ce temps, pour faire entendre leurs leçons sur Aristote. Il s'agissait du libre arbitre : ce subtil philosophe supposait un âne à égales distances entre deux mesures d'avoine, qui l'attiraient également ; et il demandait : que fera cet àne? Si on lui répondait : Il demeurera immobile; donc, répliquait Buridan, il mourra de faim, ayant de quoi manger, ce qui n'est pas naturel. Si on lui répondait : Cet àne ne sera pas assez bète pour se laisser mourir de faim, pouvant manger; donc, disait Buridan, il a le libre arbitre pour se déterminer entre deux raisons également déterminantes. Buridan en concluait que nous avons le pouvoir de faire un choix libre, même contre l'impulsion qui nous porte à faire un choix contraire.
La supposition de son ane, quelque ridicule qu'elle fût, était regardée comme un beau moyen d'explication , quand on la comparait aux questions absurdes qu'on élevait alors dans les écoles. On y discutait gravement si le porc qu'on menait vendre au marché y était traîné par la corde à laquelle il était attaché, ou par la main de l'homme qui tenait la corde?
On demandait si la noinrilurc d'un moine, qui avait renoncé aux biens de ce monde, lui appartenait quand il l'avait prise, ou à son ordre? Si cet ordre, qui avait également renoncé aux biens temporels, possédait ceux dont il jouissait, ou si c'était le pape, son protecteur? Les bons esprits , révoltés de ces questions oiseuses , désiraient une réforme dans les études , mais elle ne pouvait se faire que par celle du corps enseignant.
Le 13 octobre l5o8 , les gens du roi représentèrent à la chambre des vacations qu'il régnait entre les médecins de Paris «ne telle aniniosité , un tel esprit de contention et de jalousie, qu'il suffirait qiie l'un prit un parti dans la cure d'une maladie, pour déterminer son coni'rére à embrasser l'avis diamétraleniCEit opposé ; q(ie chacun avait sa cabale et voulait consulter qui lui convenait, et non se couronner au choix du malade.
Le 30 mars IMGI , Charles IX expédia des lettres particulières que la Faculté de médecine avait obtenues , pour assurer à tous les docteurs la jouiss;\ncc des privilèges académiques.
Le 2 janvier l.ses, Michel Aubourg, recteur, représenta à l'Université qu'il était nécessaire de demander à tous ses membres compte de leur foi, afin que les membres qui se seraient laissé séduire par des principes anli-reîigieux fussent rappelés au vrai culte ou punis. La T'acullé de médecine s'y opposa en ce (jui la regardait , pensant ijuc son doyen lui suffisait, et qu'elle ne devait point souffrir (jue les théologiens se mêlassent des affaires des médecius.
Le 12 septembre lj9i, la Faculté de médecine obtint un arrêt de la chambre des vacations, contre ceux qui eiitreprenaient. sans être approuves par elle, d'exercer la profession «ic médecin
Histoire du Collège de STavarret pendant le XVIXa siècle.
Cette réforme commença enfin sons le règne teoo' de Henri, et c'est un des plus grands bienfaits de ce prince. L'Université avait été infectée du venin de la Ligue, connue, du temps des Bourguignons, elle avait été obligée de plier sous la domination anglaise. iMais, de même que les Bourguignons avaient ravagé le collège de Navai-re pour le punir de son dévoûment au roi, le docteur Peschant, de la même maison, pendant les fureurs delà Ligue, aima mieux s'expatrier que de signer le décret des docteui-s contre Henri IV, Ce prince, rentré dans la capitale en 1594, reconnut l'attachement du collège de France à sa cause. La Ligue l'avait dissipé, en faisant des écuries de ses bàtimens. Henri reçut les professeurs avec bonté , les rétablit et leur fit payer les arrérages de leurs pensions. « Je veux , dit-il , qu'on retranche )) tous les jours un plat de ma table , et que » mes lecteurs soient payés. » U se proposait de faire reconstruire ce collège. H ne vécut
' Dans le xv^ii^ siècle, les jésuites, malgré toute la résistance de l'Université, achetèrent, des deniers du tresor royal, le collège du Mans, qui avait été fondé, en l.'îse, par le cardinal l'iiilippe de Luxembourg, èvêque du Mans.
pas assez long-temps ; mais son fils, Louis XIII. exécuta ce projet. Henri lY y nomma, en 1596, Victor Cayel, un de ses sous-précepteurs, auteur des Chronologies novenaire et septénaire, et de la société de Navarre, professeur d'hébreu au collège de France. Écoutant plus sa clémence que sa justice, il avait pardonné à l'Université les égaremens où l'avaient entraînée quelques uns de ses membres, qu'il se contenta de bannir; mais il restait dans ce corps un levain de discorde et de rébellion toujours prêt à fermenter. Il fallait épurer les maximes et l'esprit de cette masse composée d'éiémens si divers. « Ce séminaire, dit Pasquier, au- » quel étaient nourris et élevés, et duquel on i» prenait ceux qui puis après servent en la » maison de Dieu , sont appelés aux gouver- » nemens , magistratures et autres charges » publiques, » avait besoin dune réforme qui fût la règle de sa conduite à lavenir. Ni les réformes des cardinaux de Cour-çon etd'hlslouteville *, ni celle que llhiiversilé avait
* Le cardinal d'EstouleYiHo a abrogé l'ancien staliil qui excluait de la régence en médecine les honiiyes mariés. C'est lui qui arrêta que deux années de régence dans la Faculté des arts (physique) seraient comptées pour une année d'étude en médecine. Une nouvelle thèse lut soutenue sous le nom de thèse cardinale, mais suns augmenter les frais de réception, ce qui fut une condition expresse du cardinal.
opérée elle-même par ordre de Henri II, irrilé des déportemens des écoliers, et menaçant de les chasser, s'ils ne se soumettaient, n'avaient produit aucun effet durable. Par cette der-
En 1561 , le io septembre, une assemblée de prélats conclut ainsi qu'il suit : « L'assemblée a receu et reçoit, a
» approuvé et approuve ladite Société et Compagnie, par forme » de société et collège, et non de religion nouvellement ins- » liluée, à la charge qu'ils seront tenus prendre autre litre » que de Société de Jésus ou Jésuites, et que sur icelle » dite société ou collège l'évéque diocésain aura toute super- » intendance, jurisdictlon et correction de chasser et oster ' de ladite compagnie les forfaicteurs et mal-vivans. N'enlre- " prendront les frères d'icelle compagnie, et ne feront, ne en » spirituel , ne en temporel , aucune chose au préjudice des .'> évesques, des chapitres, curez, paroisses et Uxiversitez, « ne des autres religions; ains seront tenus de se conformer "entièrement à la desposilion du droit commun, sans qu'ils » ayent droit ne jurisdictlon aucune, et renonçant au préa- » lable, et par exprès, à tous privilèges portez par leurs bulles » aux choses susdites contraires. Autrement , et h faute de
* ce faire, ou que pour l'avenir ils en obtiennent d'autres, les
• présentes demeureront nulles et de nul effect et vertu. » Munis de cette approbation , les jésuites présentèrent requête au Parlement, le 14 janvier 1562, demandant ce qui avait été ainsi réglé en leur faveur par les prélats assemblés à Poissy. Le 13 février, l'enregistrement fut ordonné et les jésuites reçus et approuvés.
En avril 1562, la proposition fut faite de réduire l'Université à trois collèges. Ce projet fut nettement attribué aux jésuites, en 1614, dans un éciil intitulé : Défenses de l'Université ds Paris et du collège du Hnns contre les jésuites, où il est dit : Ils ont r:onlu, sous main, faire réduire (ous les collèges de i'UniVersilé à cinq ou six, el sont venus Jusques-là , quil a esté expédié des lettres par lesquelles le sieur de Marillac estait commis avec quelques autres pour faire cette réduction.
Julien de Sainl-r.ermain, recteur de l'Universilé, accorda
nière réforme, que l'autorité royale seule fit recevoir sans le concours de la puissance pontificale, le droit civil put être lu avec le droit canonique dans l'Université de Paris. Quoique
aux jésuites, le 19 février 1564 , des lettres de scolarité que l'Université leur avait toujours refusées. Cet acte fut passé si furtivement, que le greffier même de l'Université, qui devait le contresigner, n'en fut pas instruit : au moins son nom n'y paraît point. Cet acte est signé du recteur et contresigné par un notaire apostolique nommé Cordonnier, Tel est le titre primordial et fondamental de l'enseignement public exercé par les jésuites , relativement au monopole universitaire. C'est depuis cet acte, accordé par Julien de Saint-Germain, qu'ils ouvrirent un collège, sur la porte duquel ils mirent pour inscription : Collège de la Société de Jésus.
Mais l'Université refusa de les admettre, et Jean Benoît, docteur en théologie, qui était doyen de l'assemblée où s'agita la question d'admission des jésuites dans L'Université, dit : • Il y a long-temps que cette secte des jésuites, qui ne recon- " naît aucun supérieur dans notre Université, a été con- » damnée, rejetée et chassée par la Faculté de théologie. »
Une nouvelle requête fut adressée à l'Université, dans laquelle se trouva la déclaration suivante : ■< Neus déclarons » que notre institut ne nous permet point d'aspirer aux dia gnités et aux autres bénéfices ecclésiastiques, ni de tirer >• de nos travaux aucun salaire, aucun profit purement tem- » porel. Ainsi nous renonçons an droit de nominations et de » grades, et à tous les privilèges qui regardent cet objet. Nous » renonçons même, quoique notre institut ne nous y oblige " pas, à toutes les magistratures académiques, au rectorat, » aux dignités de chancelier et de procureur de la nation à » laquelle chacun de nous se trouvera appartenir. Et en nous » désistant de toute prétention aux magistratures, notre des- » sein n'est pas de nous soustraire à leur obéissance. Nous » promettons à M. le recteur et aux magistrats de l'IJniver- » site toute l'obéissance qui leur est due. Nous nous enga- » geons aussi à observer, en choses licites et honnêtes , les
les autres universités , d'après les états de Blois, s'y fussent opposées. Ladiminution de la juridiction ecclésiastique, l'ampliation de celle des tribunaux laïcs , la nécessité d'étendre la
• statuts (le l'Université et des Facultés dans lesquelles nous » serons admis. En un mot , nous nous acquitterons envers ' M. le recteur et envers l'Université de tous les devoirs et o témoignages de soumission qui peuvent compatir avec notre » institut. » Ils terminent cette requête ainsi : « Nous vous » supplions donc , par la cliarité dont vous faites profession ' envers la république chrétienne, et envers tous ceux quî -' désirent concourir au progrés et à l'avancement des lettres, " de vouloir bien nous recevoir, nous et nos disciples, sous
• vos ailes et dans votre sein, comme des enfans très chers. » Nous conjurons votre sagesse de ne pas permettre que ceux » qui se sont écartés de la foi catholique se réjouissent plus " long-temps de nos disputes et en tirent avantage; mais, au » contraire, de consentir, suivant le vœu de tous les gens de » bien, qu'il nous soit permis de combattre sous vos ordres » contre les attentats impies des ennemis de la religion que vous - avez toujours défendue, et de nous enrôler pour cette guerre
• sainte comme des soldats du dernier rang, qui désirent vous » avoir pour capitaines et pour chefs. »
Le 14 février 1o6.t, le recteur rendit un décret par lequel il les citait à se rendre aux Malhurins , le 18 , pour répondre aux questioBs qui leur seraient faites et dont voici l'extrait du procès-verbal :
D. Êtes-vous séculiers, réguliers ou moines?
R. Nous sommes, en France, tels que le Parlement nous a nommes, c'est-à-dire la Société du collège que l'on appelle de Clermont.
D, Êtes-vous réellement moines ou séculiers?
R. 11 n'appartient point au tribunal devant lequel nous comparaissons ici de nous faire celle question.