‹ Origine de l'universitéChapitre 5 sur 15 · V. Êtes-vous en effet moines, réguliers ou séculiers · texte numérisé non relu

V. Êtes-vous en effet moines, réguliers ou séculiers

R, Nous avons déjà répondu plusieurs fois. Nous sommes

connaissance des lois civiles pour propager davantage les principes du bon ordre^ com-

tels que le Parlement nous a nommés , et nous ne sommes point tenus de répondre.

D. Vous ne donnez point de réponse sur le nom. Sur la chose, vous dites que vous ne voulez point répondre. Le Parlement vous a défendu de prendre le nom de Jésuites, ou de Société du nom de Jésus.

R. La question de nom nous importe peu. Vous pouvez nous citer en justice, si nous prenons un nom qui nous soit interdit par arrêt.

On comprendra la cause de celle ambiguilé dans les réponses , car ils ne pouvaient nier qu'ils fussent religieux sans démentii' leur vœu, et de plus sans s'exposer à perdre li legs del'évèquede Clermont, qui était fait aux religieux delà Société de Jésus. Ils ne pouvaient pas se dire religieux, puisqu'ils avaient été approuvés par le colloque de Poissy, et revus par le Parlement, par forme de société et collé(je seulement, et non de religion nouvellement instituée. Sur ce refus de répondre nellement, l'Université réitéra contre eux son décret d'exclusion absolue, se fondant sur ce que : l'Université admet la concile par dessus le pape, comme l'Eglise gallicane : par quoy elle ne peut recevoir société ny collège, tel soit-il, qui mette le P'ups par dessus le concile.

En 1j77, les jésuites dressèrent une nouvelle batterie pour tâcher de se faire adopter par l'Université, en engageant le cardinal de Bourbon de témoigner au recteur l'intérêt qu'il prenait aux jésuites et le désir q\i'il avait de les voir associés à l'Université. Ce prélat reçut chez lui le recteur et les députés de l'Université, le 12 janvier 1578, assisté des évéques de Paris, d'Angers, de Meaux et de deux conseillers au Parlement. Le recteur ne put résister aux éloges qu'on lui lit des jésuites et de l'utilité que l'Université elle-même tirerait de leurs services, quand, ramenant la question sur le terrain, il leur demanda encore : les jésuites sont-ils séculiers ou réguliers? Le provincial des jésuites, qui était présent à celte assemblée, répondit encore avec ambiguïté.

mandaient néanmoins cette addition à l'enseignement public. Mais le droit civil ne put être enseigné sans obstacle à Paris qu'en 1679, époque où le roi Louis XIV en fit jouir cette Université. Il fut ordonné aussi que dorénavant les auteurs originaux grecs et latins seraient enseignés, au lieu des commentaires ; qu'on étudierait la langue française jusqu'alors oubliée dans les écoles de France, qu'on l'y parlerait même pour la mieux apprendre. On renonça donc au maître des Sentences pour l'Evangile, et l'on quitta Queratanus pour Cicéron. On n'eut pas encore la force de se défaire des commentaires d'Abra de Raconis, docteur de Navarre, sur Aristote; mais Descartes était né, et avec lui une meilleure philosophie commençait à luire, pour faire place ensuite à une autre. Une science plus certaine, invariable, et d'une utilité pratique et incontestable, les mathématiques, commençait à fleurir par l'exemple de Ramus et l'étude d'Euchde, surtout dans le nouveau collège de France, qui ne partageait ni le régime ni les erreurs de l'Université. Les études prirent peu à peu , dans les collèges , la forme que nous leur voyons encore aujourd'hui. Mais le fond n'en fut ensuite perfectionné que par les excellentes grammaires et les traités paifaits de

logique et de géomcii ie qui ne tardèrent pas à sortir de la savanie école de Port-Royal, où Racine s'est forTné. Le goût de la belle littérature et de la saine philosophie, qui régnait dans le collège de France, pénétra dans l'Uni versité, et y fit connaître les bons ouvrages du siècle qui s'ouvrait. L'on peut dire que si l'institution des collèges porta la réforme dans les mœurs des étudians, la fondation du collège de France ne rendit pas un moindre service, par la perfection qu'elle introduisit dans leurs études. L'Université pourvut également au maintien de la discipline, par l'établissement des censeurs. Elle avait devant les yeux l'exemple d'une société dont plusieurs mem- !)res, aussi furieux ligueurs que les Boucher, lesRoze et les Hamilton, mais plus unis entre eux e! plus réguliers à l'extérieur, donnaient à l'Université, par leurs succès dans l'enseignement et par leurs leçons gratuites, un coup d'aiguillon qui la détermina à s'exécuter ellemême. Ces rivaux , que iienri jl * avait été sur le point de lui substituer, étaient les jésuites.

* Le cardinal de Lorraine favorisant les jésuites, cenx-ci obtinrent, par la protection du roi iienri II, la permission d'ouvrir leur collège à Paris. Mais l'Université, à laquelle ce prince voulait substituer les jésuites, s'clant soumise, et le Parlement différant d'enregistrer les lettres-patentes du roi,

Ignace de Loyola % élève du collège de Sainte Barbe, les avait institués. Dès qu'ils parurent. Tintérèt de corps ralluma, entre eux et l'Université, les mêmes dissensions qui l'avaient animée contre les mendians.

Le zèle de ces nouveau-venus contre 1" hérésie, leur savoir et leur souplesse, leur avaient concilié la protection de l'autorité, rebutée par les tracasseries perpétuelles de l'Université. Le

les jésuites ne pouvaient enseigner publiquement. Ils y parvinrent enûn sous le roi François lï, par la faveur du cardinal.

* Fondateur des jésuites. Né en 1491, au château de Loyola, province de Guipuscoa, en Espagne. Après avoir été militaire jusqu'à l'âge de vingt -trois ans, il quitta cette carrière le 13 août 1322 , à l'abbaye du Mont-Serrat , fit un voyage à Rome, puis à Jérusalem en io23; alla à Venise en I52i, en Î52S en France, et vint enîm à Paris, à l'âge de trente-trois ans, pour entrer au collège de Sainte-Barbe, à l'effet d'y recommencer ses études. En 1334, jour de l'Assomption, lui et quelques autres, qui avaient conçu l'idée d'établir un nouvel institut , dont le but serait la conversion des infidèles et la sanclilication du prochain , se rendirent dans la chapelle souterraine de l'abbaye de Montmartre. Pierre Favre, qui était prêtre, y dit la messe; François Xavier, professeur de philosophie au collège de Beauvais, et quatre Espagnols, Laynez , Salmeron, Bobadilla, Rodriguez, firent vœu solennel d'aller prêcher l'Évangile en Palestine, en offrant leurs services au pape. En I34u, le 27 septembre, le pape Paul HT institua, par une bulle, l'ordre des ,]èsuites, sous le nom de Clercs f/e la Compagnie de Jésu.i, et Igiiacc, en qualité de général, prit le gouvernement de cette compagnie, le jour de Pâques 1341. Plus lard, on leur doiina le nom ùe jésuiiex, parce que l'église qui leur fut consacrée à Rome était nommée Il Giesù. Ignace mourut le 2S juillet 1.33Ô.

perfectionnement qu ils avaient apporté dans les études, par la brièveté et la clarté de leur méthode, leur attirait une foule d'élèves. Mais comme ils n'avaient aucun droit de conférer les degrés académiques , sans lesquels on ne pouvait obtenir aucune charge dans l'Église ni dans la robe, les étudians qui voulaient être gradués rentraient nécessairement dans le sein de rUniversilé, après avoir achevé, chez les jésuites, leurs études d'humanités. Telle était cependant la prévention du public en leur faveur, que, sans leur expulsion, en 1593, ils auraient balancé l'Université. Mais, rappelés par le roi, qui aima mieux les avoir pour amis que pour ennemis, selon la propre expression d'un de leurs Pères , ils se contentèrent pour lors de cette grâce, attendant une meilleure occasion pour renouveler leurs demandes.

Pierre Frizon , de Reims, quitta leur société 1603 pour entrer dans le collège de Navarre , dont il devint grand-maître, en 1635; ilacquit,pour la bibliothèque de cette maison, les livres du savant Peiresc, qui était mort en 1637. Frizon est auteur de la Gallia piirpurala (histoire des cardinaux français), et son addition à la chronologie de Sponde, pour les Annales de Baro- Tîius, prouve un homme plus instruit que ne l'était communément le %tos des docteurs.

Jean Verjus, eu i656, docleur de Navarre, hit presque une encyclopédie vivante et un autre Peiresc par l'uni versali lé de ses connaissances, et par le peu qu'il en a fait paraître au public; car Peiresc, tout savant qu'il était, n*a fait imprimer, de tous ses manuscrits, qu'une petite dissertation.

Félix Vialart * et Jean Launoy **, condisciples de Verjus dans ce même collège , ont bien réparé la perte que la mort prématurée de celui-ci a causée aux lettres. Le premier fut un excellent et respectable évêquede Chàlons; le second est le fécond et infatigable his-

* Né à Paris , en 1G03 ; fils d'un conseiller au Parlement, Sa mère, Charlotte de Lig:ny, fut une des plus ardentes coopératrices de saint Vinccnt-de-Paule. Il fut reçu docteur en ihéoloprie en 1638, et, en 16 i2, évêquede Châlons-sur-Marne. Il mourut le 10 juin IGSO.

** >'c le 2ï décembre 1603, à Valdéric, petit villajïe du diocèse de Coutanccs. Reçu docteur en théologie en iGSî, il fut chargé, par l'abbé d'Estrées, de réconcilier Descaries avec Gassendi. En 1675, il lui fut interdit, de la part de la cour, de continuer des conférences qu'il faisait chez lui sur la doctrine du clergé de France, et où se formaient des défenseurs de nos libLMtcs. D'autres attribuent celle interdiction à certaines maximes professées par Launoy en faveur du socinianisme (*). Bossuet, par l'anloîilé du chancelier Lelellier, fit interrompre ces réunions II mourut le 10 mars 1G78. Labbc Granet a public ses ouvrages en 10 vol. in-l'ol. ; Genève, 1731-32-33.

(') Scrtc de? Focinicns, ou partisans de Socin, qui nicul la divinité de Jésus-Christ, Irxistence du Saint-Esprit, le mystère de l'Incarnation, du prché originel et de la grâce.

toriou ilu collège de rSavariv, dont il a ëtë élève, doeleur, et aussi an des bienlaiteiirs. 11 n'a pas oublié, dans son histoire, le titre du moindre de ses nombreux et volumineux écrits. Tous ses ouvrages prouvent qu'il était l'homme de son temps le mieux instruit des antiquités de l'Église.

t578 Son contemporain Egasse du Bouloy*, mort la même année que lui, et entei-ré dans la chapelle de ce collège, où il avait professé long-temps, a fait pour ITIniversité ce que Launoy avait fait pour le collège de Navarre, ïl en a écrit l'histoire avec la même diffusion, dans le même style et dans la même langue. Je passe sous silence d'autres sa vans qui ont également contribué à l'illustration de cette maison par leurs écrits, et à Tinslruction de ses élèves par leurs leçons. Je me contenterai de nommer Jean Yon, docteur de Navarre, professeur d'humanités, et précepteur du cardinal de Richelieu dans ce collège.

Ce terrible ministre, qui, par le bras de Gustave-Adolphe, écrasa l'énorme puissance de la maison d'Autriche, qui releva l'autorité royale que les derniers Valois avaient laissé trop dè-

* Né à Saint-Ellier, B:)s-Mnine, au commencement du XVII'' siècle. Recteur, greffier et historiographe de l'IIniver- Rité. Mourut îe i<> o<>tobrc 1678.

primer, qui terrassa Ihërésie rëvollëe depuis deux siècles contre Tordre public de l'Europe; ce prélat, que Rome même redoutait , avait treudjlë dans son enfance devant un maître sëvère.

Toutes les fois que l'Universitë voulait ol>tenir quelque grâce , elle députait le docteur Yon vers son élève. « Oui, lui répondait le ministre tout-puissant , oui . mon cher maître , souvenez-vous du temps oii vous étiez recteur de l'Université , et où, en qualité d'enfant d'honneur, je marchais à côté de vous dans vos processions. Je m'en souviens toujours moi-même avec plaisir, et je vous aime , vous crains et vous respecte toujours. » Le cardinal, par reconnaissance , voulait le faire nommer conseiller au Parlement. Mais ce respectable ecclésiastique , content de son état et de son sort, s'y refusa constamment.

Richelieu, conservant toujours de l'atYection pour la maison qui avait été sa mère-nourrice, dans ses études , chargea Léonor d'Élampes, évêque de Chartres , élevé également à Navarre, de s'occuper de l'agrandissement de ce collège.

Louis XIII donna, en 1638. des letlres-palontes afin d'y réuiiir les collèges de Tournny et deBoncourl, pour la maison de théologie

qui y fat établie h l'instar de celle de Sorboiine.

Le collège de Jîoncourl avait été fondé, en 1353, par Pierre Becond , chevalier, seigneur de Fléclîinel , qui donna pour celte fondation, faife en faveui* de huit boursiers du diocèse de Térouanne et d'un principal, sa maison, séparée du collège de Navarre par la rue Clopin. Ce collège devint très florissant, à la fin du XVI* siècle. Le médecin Riolan* y a professé la physique, en 1574. Le célèbre plénipotentiaire d'Avauxy afailses éludes ; le savantBertius **, cosmographe du roi Louis XIII et interprète

* Né à Amiens, en io39. S'occupa d'abord de philosopliie et de langues anciennes. En 1565, il publia un travail sur l'origine, les progrès et la décadence de la philosophie, et des observations sur la Dialectique de Pierre Ranius. C'est lorsqu'il fut au collège de Boncourt qu'il se livra à l'étude de la médecine et devint professeur d'anatomie et de médecine à l'Université de Paris. C'était un des médecins les plus distingués de son époque. U fut un des défenseurs les plus fervens de la doctrine liippocratique et des adversaires des chimistes de son époque. l\ mourut à Paris, le 18 octobre 1605, d'un ulcère dans les reins (maladie de Bright ). Les ouvrages de Riolan sont très nombreux.

** Cosmographe et historiographe de Louis XI H. Né à Beveren, en riandre, le 14 novembre 1565. S'éiant déclaré partisan d'Arminius contre Gomarus, il perdit toutes les places qu'il occui)ail à Leyde. Accablé par la misère , il revint en France, et abjura, le 25 juin 1620, entre les moins de Henri de Gondi, cardinal de Uclz, évéque de Paris. A cette époque, le siège èpisoopal était suffragant de celui de Sens. Il mourut, à l'âge de soixante-quatre ans, le 3 octobre I62!î.

latin de la géographie grecque de Piolémée, y a professé l'éloquence depuis 1620 jusqu'en 1629. Il était auparavant professeur de philosophie à Leyde ; mais, étant partisan d'Arminius *, condamné au synode calviniste de Dordrecht, tenu en 1618 et 1619, il fut privé de sa chaire. Les ministres protestans de France n'ayant pas voulu le recevoir h Charenton , parce que ses sentimens sur la grâce se rap-

•* Arminius (Jacques), Harmensen, chef âes arminiens on remontrons. Né en 1.j60, à Ondewater, dans la partie méridionale de la Hollande; mort à Leyde, en 1609. Il fut le chef de Varminianisme, qui prolesta contre le supralapsarisme, qui n'admet pas la chute d'Adam comme suite , mais comme cause des vues de Dieu sur la rédemption. Pour comprendre ces discussions, il faut savoir: 1'^ que les siipralapsaires,x>Arlicipant des idées de Calvin, admettaient la prédestination des élus et des réprouvés, en tant que Dieu, même avant le péché d'Adam consommé , avait prédestiné une portion du genre humain à une béatitude éternelle, et une autre aux tourmensde l'enfer. C'était la supposition d'une prédestination et d'une réprobation, ante lapsiim ou suprà lapsum; 2» que les sublapsaires ou infralapsaires admettaient que Dieu, sans avoir prémédité la chute de l'homme, lavait permise; et ici la prédestination et la réprobation était sub lapsum ou infrà lapsum. Les svpralapsaires et les infralapsaires se réunirent sous le nom de gomaristes , du nom de leur chef, Gomar, professeur de théologie à Groningue. Les arminiens réfutèrent les gomaristes sur la prédestination, l'universalité de la rédemption, la conception et la conservation de l'homme, et la persévérance. Ils furent nommés remor.trans, d'une remontrance ou pétition qu'ils envoyèrent aux états-généraux des Provinces-Unies, en 161! , dans l'intention d'exposer les principaux articles de leur croyance. La décision fut à l'avantage des gomaristes.

prochaienl de ceux de l'Église romaine, il se lil catholique, el obtint une chaire au coilëge de Boncourl. Le dernier principal de ce collège a été Pierre Galland % recteui* de l'Université, à la réformation de laquelle il travailh) ardemment, en 1557. C'est lui qui a écrit la vie de Pierre Duchàlel , évèque de Màcon , qui a tant contribué à la création du collège de France.

Ce ne fut pas sans de grandes oppositions de sa part que se lit lu réunion de son collège à celui de Navarre. !^lais il n'y avait pas moyen de résister au cardinal de Richelieu. Le docteur Galland i'ul donc conservé dans son logement avec une bonne pension viagère , et les bourses de Boncourt lurent réunies, avec la maison, à celles de Navarre.

Il en fut de même du collège de Tournay, qui tenait h celui de Boncourl el y conmuiniquait. Il avait é(é fondé dans Je même îenips par un évèque de cette ville, qui donna son hôtel pour les boursiers qu'il y instituait. Il fut, avec les bourses, réuni aussi au collège

• -Né vers !."}10, à Aire, en Artois. 11 fut élu recteur de rUniversité, en 1M3. En 154-;, il fut iioniiné. par François le', professeur d'éloquence , puis de langue grecque , au collège de France, et enfin clianoiue de JNolre-Dauio de Paris. Il mourut le 30 août 1559.

de Navarre, avec charge : d'une pension au dernier principal de ïournay , de la clôture de la rue Bon-Puits, entre Navarre et Boncourt ; de rétablissement d'un puils pour le public, et d'indemnité à légard des particuliers lésés. Après Henri IV et Richelieu , il ne m'est permis de nommer que Bossuet * et le prince Eu-

' Né à Dijon . le 2" septembre 162", d'une famille appartenant à la magistrature. Élevé par les jésuites, c'est ii Paris qu'il fit sa philosophie. Ce fut à Ihôlel Rambouillet, devant madame et mademoisflie de Rambouillet , qu'il prêcha pour la première foi», sur un sujet qu'on lui donna à l'instant, et qui fut pour lui le motif dune improvisation qui lui valut les applaudissemens des personnages distingués témoins de ce premier début. Coudé assista à sa thèse. l\ fut fait prêtre en ltiV2, et devint précepteur du dauphin, fils de Louis XIV, dont le duc de Montpeiisier était gouverneur et le savant Huet , évéque d'Avranclies, sous-précepteur.

l\ fit pour l'éducation de ce prince, qui n'en proiita guère, des recherches précieuses, même sur la physiologie.

Il fut nommé évéque de Meaux, en 16S1 , au moment de l'assemblée du clergé où furent traitées les libertés de l'Église gallicane.

Il combattit le quiétisme, doctrine de dévotion imaginée par madame Guyou et soutenue par Fénelon.

Ennemi des actes d'intolérance cruelle, il fut toujours consulté pour tout ce qui concernait les luttes du protestantisme. Il a été complètement étranger à la révocation de l'édit de Nantes, et c'est à lui, par sa réputation d'homme tolérant, que s'adressa .Uolanus, docteur protestant, abbé de Lokkum, pour examiner s'il n'y aurait pas possibilité de rapprochement avec l'Église romaine. On attribue à Leibnitz la rupture de ces négociations.

On a de lui VExposilion, Connaissance de Dieu et de soi, où il se moQlre analomiste ; I>ù-co«r< sur l'Histoire universelle,

gène de Savoie. J. Bénigne Bossuet*, évêque de Meaux et docteur de la maison de Navarre, avait fait ses éludes dans ce collège. Il en fut nommé proviseur, étant déjà membre de l'Académie française et précepteur du dauphin , fds de Louis XW.

Son Discours sur l'Histoire universelle a immortalisé son nom, et'ses Oraisons funèbres l'ont placé parmi les hommes les plus éloquens de son siècle.

François-Eugène de Savoie % comte de Soissons, prince du sang par sa mère, reçut au collège de Navarr-e, sous le nom d'abbé de Carignan, une éducation conforme à sa haute naissance et à l'élat ecclésiastique auquel il était destiné. Ayant quitté l'Église pour les armes, et la France pour l'Autriche, il s'est ac-

Elévations sur les Mystères, Méditations sur l Evangile, Histoire des Variations, Averlissemens aux Protestons; les Oraisons funèbres de P. Bourgoing et du docteur Cornet, d'Henriette de France, reine d'Angleterre; d'Henriette d'Angleterre, sœur de Charles II, épouse de Monsieur, duc d Orléans; de la reine Marie-Thcrose , de la princesse palaline, du chancelier Leteliier et du piiiice de Condé. C'est lui qui prêcha le sermon de la profession des vœux de madame de La Vallicre. Il mourut de la pierre, en 170:2.

* Né à Paris, le 1<S octobre 1G63. Fils d'Eugèue Maurice, comte de Savoie, petit-lils du duc de Savoie, Cliarles-Kmnianuel I<-f. Sa mère , Olympe .^lancini , était niccc du cardinal Mazarin, et fui imjiliquée dans les empoisonnemens de la Brinvilliers. Il mourut à Vienne, le 2t avril I7.i6,

quis une gloire iminortelle par ses victoires sur les Turcs. Ses Mémoires portent le cachet (le l'instruction qu'il avait reçue dans son enfance.

Histoire du collège royal de Wavarre^ pendant le XVIIIe

siècle.

Bossuet était proviseur du collège de Na-*"*** varre quand il mourut. Il avait succédé à l'archevêque de Paris, Fiançois de Harlay ** ; celui-ci à Tarchevêque d'Auch, Henri de la Motte-Houdancourt , successeur du cardinal Mazarin , après le cardinal de Lyon , frère du cardinal de Richelieu. Le cardinal de Lyon avait été précédé du cardinal de la Rocliefoucault , et celui-ci du cardinal Duperron , après l'archevêque de Sens , Renaud de Beaune , grand-aumônier de France, dignité à laquelle Henri IV avait attaché celle supériorité, en

' L'IIisluirc des Jésuites, par Jouvency, a clé supprimée par arrêts du Parlemciit du i:2 février el du 24 mars 1713.

** \é à Paris , en l(J2">. Abbé de Chauvalon. Fut reconnu arclicvcque de Uoiien à l'âge de vingl-six ans. C'esl lui qui prononça l'oraison funèbre d'Anne d'Aulricho. l\ remplaça Uardouin de PeréfixL", archevêque de Paris, mort en IGTo. C'est en son honneur que l'ajchevéché de Paris fut érigé en duché-pairie, i)0ur lui et ses successeurs. C'esl lui qui célébra le mariage de Louis XIV avec madame de Maintenon. U mourut d'une attaque d'apoplexie, à Contlans, le C août 1095.

i7i9 Le cardinal de Nouilles % archevêque de Paris , ayant succédé à Bossuel , signala son provisorat par la pension annuelle qu'il obtint du roi en faveur de l'Université, pour rendre les leçons publiques de ses professeurs aussi gratuites dans tous ses collèges qu'elles relaient dans celui de France et dans celui des Jésuites. Les membres de celte société, à qui Pasquier et Arnaud ** reprochaient de s'être fait, en moins de trente ans, plus de deux cent mille franrs de rente , somme énorme en ce temps-là, avaient reçu un legs de Tévèque de Clermont, Guillaume Duprat'**, (ils du chance-

* Né le 27 mai 16,")1. Il reçut le bonnet de doctenr en théologie (le la Faculté de Paris, le 14 mars 1676, à vingt-huit ans. il fut évèque de tlahors en 1679, puis de Cliâlons-sur- Marne en iCfl.";. Il succéda à M. de Harlay à l'arehevéclié de Paris. Il fut fait cardinal, sur la présentation de Louis XIV, le -2\ juin 1700. Il interdit les jésuites dans tout son diocèse, et, en 1709, il fit fondre toute son argenterie pour prodiguer des secours aux mallieureux. Il mourut le 4 mai 17:29.

•* Xé à Paris, en i.'J:29. Reçu avocat en ir)49. Il épousa mademoiselle Montdomaine , d'une famille d'Amboise. C'est lui qui fut chargé, par l'Université, de plaider contre les jésuites, qu'il prouva avoir d'autres intérêts que ceux de la France. En 158/;, il fut nommé avocat-général à la chambre des comptes, et, en 1588, député aux étals-généraux de Blois. Il mourut à Paris, le 31 août 1615. On trouve son Manifeste et son Catéchisme des jésuites dans un Recueil de jyièces historiques et curii'utsns, 2 vol. in-12 , Deift., 1717.

*•• Fils du chancelier Duprat. Évéque de Clermont. Il avait une barbe sui)erbe, à laquelle il tenait beaucoup. Un jour de Pâques, s'étant londu à sa cathédrale, il y trouva trois cha-

lier Duprat*, en 1618, sous Louis XIII, demandèrenl à être incorporés dans l'Université, qui s'y opposa toujours, et le Parlement s'y refusant également, ils obtinrent, par la protection des courtisans, im arrêt du conseil qui leur permettait d'enseigner toutes les sciences, sous la condition qu'ils seraient soumis à l'Université.

Ils avaient acheté, dans la rue Saint-Jacques, une maison nommée la cour de Langres, le vieux collège du Maus, autrefois fondé par un

noines, dont l'un tenait des ciseaux , l'outre le livre des anciens statuts, et le troisième une bougie d'une main, lui montrant de l'autre ces mois : Barbis ravis. Pour sauver sa barbe, il retourna à son château ; mais il fut tellement affligé de cet affront, qu'il tomba malade et mourut, le 2;î octobre 1360, à l'âge de cinquante-trois ans.

' Né le 1" janvier 1463, à Issoîre, en Auvergne. En 1307, il fut premier président au Parlement de Paris. Peu de temps après l'avènement de François I^r, le 7 janvier loi.j, il succéda, en qualité de chancelier, à Etienne Pouclies. C'est lui qui, sur les sollicitations de Léon X, abrogea la pragmatiquesanction, abrogation qui augmenta les levenus du pape et la prérogative royale. En 10:20, il assista à l'entrevue des rois de France et d'Angleterre, an Camp du Drap d'Or. En l.j^T, il fut nommé cardinal, et légat o latere, en lo30. U mourut Ut ft juillet 1M3';, dans son château de NantouUlet , âgé de soixantiî-dOaze ans, d'une maladie pédiculaire. IMézeraydit de lui qu'il n'observa jamais d'autre loi que son intérêt ou lapas- >ion du prince. Il ôta les élections des bénéfices et les privilèges des égiises, il introduisit la vénalité des charges dejudicaiare, il apprit en France à faire hardiment toutes sortes d'iniposilivnt dans Vnrlrni des états, Ole.

évêque du Mans , le cardinal de Luxembourg, et le collège deMarinoulier, qui ne servait plus aux bénédictins depuis leur réforme. Ils jetè- 1 ent ces trois maisons par terre , et élevèrent en place un miiç^nifique édifice, qu'ils appelèrent d'abord coiSégc de Clermont , en mémoire de leur protecteur, mais qu'ils nommèrent ensuite de Louis-le-Grand, quand ils eurent reçu de ce roi la somme de soixante mille livres pour le bâtir. Louis XïV ajouta à cette somme son buste en mnrbre blanc, fculpté par Coisevox. Ils le placèrent sur le mur qui séparait leur jardin des cours du collège, le visage tourné vers ce jardin, qui était rempli de plantes médicinales, et fermé d'un côté par la pharmacie.

Les jésuites, malgré toutes les oppositions de l'Université, s'étaient maintenus, par l'appui de la cour, dans la possession provisoire d'enseigner publiquement, qu'ils avaient obtenue du Parlement. Leurs leçons étaient gratuites; aussi lepr collège était rempii de »pensiomîaires, et leurs écoles l'efluèrent d'étudians externes *•

" Les avocals-périéraiix Arn;ui(i el Marion, dans leurs plaidoyers pour rUniversité coiitrc les jésuiles, se plaignirent amèreinont de la diminiiliou du nombre des écoliers dans l'fJniYcrsilé; ils l'allribucrcnl à la concurrence des jésuites.

L'Universilé en était jalouse. Pauvre dans son corps et dans ses membres , elle ne pouvait accorder l'exemption qu'à ceux de ses auditeurs que leur indigence aurait écartés de ses leçons, s'ils n'eussent pas joui de celle faveur.

Pour faire disparaîlre cette différence entre deux corps également utiles, avilissante pour la profession dinsli tuteur public, le duc dOrléans, régent de France, à la sollicitation du cardinal de Noaiiles, inspira àLouisXV, encore mineur, la bienfaisante pensée d'étendre le bienfait de l'insU'uction aux pauvres comme aux riches, en les aiTrancliissant également d'un tribut dont l'exemption même mortifiait l'indigence, riche seulement de ses talens.

Les postes de France ayant remplacé les an-

Mais, outre que la méthode de ceux-ci était préférable à celle de l'Université, trois causes contribuaient à cette diniinulion : 10 l'invention de l'iuiprimerie, qui, en facilitant et en multipliant les moyens d'instruction, à infiniment moins de frais, disi)ensait d'aller entendre au loin des professeurs dont on pouvait lire les livres, pour s'instruire sans se déiilacer; ±'> rétablissement de plusieurs universités , eu différentes villes du royaume, telle que celle de iiourges, en I4G3, qui répandaient et propageaient Il'S connaissances partout où elles se trouvaient; 3'J la foudaiion des collèges de jcsuiies et autres dans la plupart des villes du royaume et des pays étrangers. Cela pouvait chai-rriuer iTiiiversité de Paris; mais le Pal lemriil, jugeant, iwci- raison, que l'uliiité publique de toute la France devait l'enqiorler sur l'intérêt particulier de l'Université, ii'écuula pas ces plaintes, ([ui, en effet, étaient mal fondées.

ciens messagers de F Université, le roi échangea le bail des postes, qui élîTienî la propriété de cette compagnie, contre une pension annuelle qu'il lui assigna sur ce ])ail, pour les honoraires de tous ses membres : et depuis lors l'instruction publique fut gratuite dans l'Université . Elle en rendit ses actions de grâce au roi, en présence du prince régent, par un discours latin que prononça son recteur, le célèbre Rollin *, dans une procession solennelle des quatre facultés, au Louvre, au palais des Tuileries et h l'église Saint-Roch, où le cardinal de Noailles célébra la messe pontiticalement. Toute la ville prit part à la

* Né à Paris, le 30 janvier 16GI. Fils d'un coutelier. Il disait souvent : C'est de l'antre des Cyclopes que j'ai été transporté sur le Parnasse. Sa mère, devenue veuve, dut à un bénédictin des Blancs-Manteaux d'obtenir une bourse au collège des Dix-Unil, dont les élèves étaient externes au collège du Plessis. Il fut nommé recteur vers la fin de I69i. Sa modestie, son désintéressement lurent tels, qu'il n'exipea du libraire chargé d'imprimer ses ouvrages, que la coudiîion de le dédommager, si le public n'accueillait pas favorablement son travail. Il consola Racine à ses derniers momens, en lui promettant de diriger l'éducation de son fils le plus jeune, qui, plus lard, fut l'auteur du poème de la Religion. Il mourut , le u septembre 174I, à l'âge de quatre-vingt et quelques années. Ses œuvres, composées du Traité des Etudes, de Y Histoire ancienne et de VHistoire romaine, ont été publiées par M. Lelionne, en 30 vol. in-S", à la tète desquels a été imprimée l'éloge de l'auteur, par M. Berville, couronné, eu 1818, par rAcadémic française.

joie que causait cet événement, qui intéressait toutes les classes de la sociélé.

Ce prélat étant mort en 1720, le cardinal de Fleury% premier ministre et précepteur de Louis XY, lui succéda dans la charge de proviseur du colléoe de jSavarre. 11 signala son gouvernement par la demande qu'il lit au roi, de six années du revenu de la mense abbatiale de Fécamp, pour les réparations des bâtimens de ce collège. Le roi les accorda. 11 en est résulté un très bel édifice^ construit à neuf, qui règne depuis la chapelle jusqu'à l'ancienne porte du collège de Boncours.

* Né dans le Languedoc, le 22 juin 1653. Il fit ses humanités sous h\ direction des jésuites, au collège de Clermont, et sapliilosopliie au collège d'Harcourt. Il soutint deslliéses, en grec et en latin , sur les principaux dogmes des anciens philosophes d'Athènes. Il était encore en licence, qu'il avait prise en 1C76, lorsqu'il fut nommé aumônier de la reine Marie-Thérèse. Il fit partie de l'assemblée du clergé, en '682. En lt)92, il tint le poêle au marioge de Philippe de France, depuis duc d'Orléans et régent du loyaume. Le l""' novembre 1698, il fut nommé évoque de Fréjus, et, après 1715, par un codicille ajouté au testament d(î Louis XIV, précepteur de son pelit-lils, depuis Louis XV. II devint cardinal en 1726. Il chargea des académiciens de mesurer un degré du méridien et de déterminer la figure de la terre. Fut membre des Académies françaises, des sciences, et de celle des inscriptions et belles-lL'llres, provi-rur de Soibonne et supérieur du collège de Navaire. Il mourut à Issy, le 29 janvier 1743, âgé de (iu;ilre-vingt-neiif ans >ept înois.

*' licvenu de rablwi.

Ce fut le domicile du principal, des boursiers et des pensionnaires. Les dortoirs, le réfectoire et les écoles, divisées en plusieurs classes, s'y trouvaient sur la cour; un jardin le terminait en ari'ière. Les professeurs, les théologiens et les chapelains étaient logés dans leurs balimens respectifs. Ce collège joicnait aux leçons de littératures ancienne et moderne, et de philosophie, perfectionnée par celles de Descartes, de Ne>Yton et deLeibnilz, la théologie, qui rivalisait avec celle de Sorbonne. C'était le seul collège de l'Université qui réunit tous les genres d'enseignemenL A celui des mathématiques, il joignait encore un coui'S de piiysique expérimentale, dont l'abbé ÎSollet * y donnait des leçons, qui furent continuées après sa mon, arrivée en 1770, par le

* Né en 1700 , à Piinpré , dans le Noyoïinais. Fils de simples oultivalenrs. Il fit ses études au collège de Beauvais. t;n 1728, il lit partie d'une société qui, sous la tutelle du comie do Clerinont, s'occupait du progrès des sciences à celle époque. Il se livra à des recherches sur l'électricité , avec Dufay, auquel le Jardin-des-Planles dut beaucoup, et Réaumur, qui lui confia son laboratoire. En 173!), il fui nommé membre de l'Académie des sciences. En 17rJG, il fut nonnné. par Louis XV, professeur de physique expérimentale au coi- Iéi(e de Navarre, puis à l'école d'artillerie de La Fore, et à celle de Mézières. Il mourut le 24 avril 1770, au Louvre, où le roi lui avait accordé un logement. Ou a de lui : Leçons (le physique c.rpérimentale, 6 vol. in-12, 17i3; Recherches sur les causes p.irticulirres des phénomènes électriques, 1749, in 12;

savant Brissoii *, dont le Dictioiuiairede physique compléla le traiié de son prédécesseur. Toutes les autres études s'étaient égalemeiit perfeclionnées dans ce collège. Ce n'était plus, dansleshuniaiiilés, celaliii barkare, et ce irançais plusbarbare encore. Lespkisbeaiix auteurs de la Grèce et de Rome étaient les textes (tes leçons des professeurs, *(^l les modèles des composilioiis des élèves. Une latinité pure, une intelligence facile de Ja langue grecque en lurent les heureux résnltaîs. La langue française, que les belles prorluctions du grand siècle de Louis XIY avaient égalée aux deux belles langues de i'anliquiîé, y fut cultivée avec le mèffie goul et le même fruit . L'on ne vit plus un humaniste, consommé dans la connaissr.hce des deux langues mortes, sortir du collège daiîs une ignorance de -la science, qui le mettait hors d'état de s'exprimer d'une niauière qui répondit à rinstruction qu'il avait reçue.

lisiai sur Vcleclricité des corps, \~"0, iii-I-2 ; lettres svr l'clertricité, 3 vol. , 17o3; \ Arl du chapelier, VArt des expérience.';, 1770, 3 vol. in-12, fig.

* Né à Fonten;iy-le-r.amlc, département de la Vendée, lo 30 avril 17^23. Prolesscnr de physique et d'iiisloiie naliircile fies enf:!ns do France. 11 se iivrn d'abord à IVHiide des sciences ■pby.'itines, sous la direction de Ri'aiinir.r. Il fut chargé de pourvoir de paralnnnerres phisieiiis cia!»li;^sci!;0!!3 ptihlics. ^lort I(! 23 juin 1806, à Croissy, près û:^ Vers:'.illcs, des suites d'une aifacpir (Vapo!iIexic.

Mais il nianquail h ces éludes ce qui avait toujours manqué à l'iiiiversilé, quelque addition qu'on ait faite à toutes les branches d'enseignement. L'on a été jusqu'à vouloir enseigner des choses plus curieuses qu'utiles, ou plus difficiles que praticables. Je veux parler de l'histoire et de la géographie. Il semble qu'on ait pris à tâche de les négliger comme étant trop simples pour exiger une instruction particulière. Il s'en faut bien cependant que ces deux cofmaissances soient aussi faciles à acquérir qu'on le pense communément. Je n'entends pas par histoire cet anîas confus d'événemens dont on remplit la tête de tout écoher qui, au sortir de sa rhétorique, sait une foule de faits historiques, sans pourtant savoir l'histoire. L'étude de l'histoire consiste dans l'art de classer les événemens par ordre de dates, de temps et de lieux. Cette étude est si difficile, que la chronologie par laquelle on lie tous les événemens, suivant l'ordre des causes et des effets , est une des connaissances sur lesquelles les hommes les plusérudits sont le moins d'accord. La dilTiculté est la même pour la géographie. On ne peut faire entendre la ressemblance des cartes géographiques avec les parties d(^ la terre (juelles représenlenl , qu'avec l'aide des mathématiques. 11 faudrait

donc y suppléer par un autre moyen. Je sais que , dans les académies de la grande université , j'ai presque dit universalité actuelle de la France, des professeurs d'histoire et de géographie en donnent des leçons expresses et publiques. Mais ceux qui vont les entendre ne sont pas les écoliers des collèges, qui pourtant en ont le plus besoin. Ce sont des jeunes gens qui savent déjà les faits historiques qu'on y enseigne, ou qui, les ignorant, peuvent les apprendre dans des livres. Ils ont déjà eu sous les yeux ces cartes qu'ils vont y entendre démontrer. Il leur a fallu jusque-là admettre sur parole ce dont ils auraient dû recevoir la conviction quand on leur expliquait les auteurs. Car, pour ne plus retourner à l'école après leurs études, ils aiment mieux acquérir ces connaissances par la lecture des livres qui en traitent, ou s'en passer, après qu'on leur a fait manquer le temps et l'occasion de le leur apprendre.

Les études florissaient dans tous les collé- *"" ges de Paris lorsque la révolution de 93 éclatant, réveilla les soupçons que des événemens passés avaient excités contre une société aussi

Eli 1743, un(r il(i(laraUon du roi éteint la conimiinaiilo des barbiers-ciiiruifricns, eloixlonne qu'à l'avenir ils sei-ont k'Urt^s et se livreront \ l'étude de l-i îné<*aniqiie.

enviée qu'utile par les services qu'elle rendait àléducation. L'efïet qui résulia de sa sujipressiou, i^our l'Universilé de Paris; fut hi réunion du collège de Louis-le-Grand aux collèges de celte compagnie. Ce collège, sous les jésuites, avait éîé un institut eiuier, réunissant tous les genres de sciences à la littérature la plus érudite et ia plus poiie.

Nonnueiai-je, pour leur honneur, celui de leurs élèves qui fit ia gloire de ia France par ses poésies? Ce mènie homme qui a chanté Henri, s'est efforcé de ternir la réputation de Jeanne d'Arc. Ronie et la Trrèce auraient dressé des autels à cette hèro'ïne; niais Voltaire lui a iait siihir par ses calonniies un second supplice aussi injuste que celui qui lui a ôtè la vie. La postérité l'a vengée de ses bourreaux et du [)oète non nioitis coupable qu'eux. Jeanne sera toujours l'objet de l'admiration et de la reconnaissance de la France. Généralement, les écrits de Voltaire , en versant le ridicule et le mépris sur tout ce qu'il y a de plus sacré paruîi les lionijiies, onV plus contribué à laiie naître des idées d'innovation que les abus eux-mêmes qîi'il censurait, sans prudence comme sans mesure , et souvent sans raison. Ses anciens maîtres n'étaient pas coupables, sans (ioule , du mauvais usage que fai-

sait (les plus beaux lalens de la naliire un disciple sorîi de leurs mains. Le corps entier n'était pas non plus lauieur des fautes dont on pouvait justement lucuser quelques uns de ses membres. Quoi qu'il en soit, un arrêt du Parlement, en date du 0 août 1762, ôta aux jésuites renseignement public dans toute l'étendue du royaume; et un autre arrêt, du 9 septembre suivant , leur ôta le collège de Loiiis-le-Grand. Par un troisième arrêt du Parlement , daté du 28 juillet 1763 , le collège de Louis-le-Grand , ôté aux jésuites, fut déclaré ne pouvoir être employé à d'autres usages qu'à l'éducation publique. L'Université ayant donc ténfoigné le désir d'entrer en jouissance de ce collège , le Pai'lement, par un quatrième arrêt du 30 août 1763, l'en mil en possession, pour qu'elle en fît son chef-lieu.

Ces dispositions furent confirmées par leL> lettres-patentes du roi, en date du 21 novembre 1763, qui ordonnaient la translation du collège de Lisieux dans celui de Louis-le-Grand , avec la réunion dans celui-ci de tous les boursiers des colléi^es de non plein exercice.

Jusque alors les pi'ofesseurs du collège de Lisieux logeaient et donnaient provisoirement leurs leçons dans le collège de Louis-le-Grand, depuis la suppression des jésuites, en vertu

de l'édil du Parleiiii'iU. Lesbàliinens de celui de Lisieux avaient élë détruits pour la construction du Panlhéon , qui en occupe actuellemenl la place. Mais les supérieurs majeurs et les administrateurs de ce collège, refusan^t de consentir à son transport dans (clui de Louis-le-Grand , des iettres-patentcs , du 7 avril 1764, substituèrent le collège de Dormans-Beauvais à celui de Lisieux. Celui-< i alors acquit, en scplendjre Î767, les hàlimes'.s du colléae de Béarnais . où il s'était établi et avait ouvert ses écoles, dès l'amiée il^ï, et il continua d'y enseigner, dans la rue Sainl- Jean-de-Beauvais.

L'arrêt du 7 septembre 1762 , qui ordonnait la réunion des bourses et des boursiers des petits collèges dans celui de Louis-le-Grand , souffrit des diiricultés de la part de l'archevè- <|ue de Paris, qui refusa son consentement à rexbumalion des corps enterrés dans les cha- })elles de ces collèges, paire que , devant être louées à divers particujieis, le service divin y cessait nécessairement. Mais ces difficultés furent levées par l'archevê'iue de Lyon, pi-imat des Gaules , qui permit l'exhumation. Elle se fit en vertu des lettres-patentes du roi, datées du 21 novend)i'e 1763. Les corps furent dé|>osés dans les ciuietières des pa-

roisses respectives de ces petits collèges.

En vertu des lettres-patentes du 21 novembre 1763, qui établissaient un bureau d'adininistrateuis du collège Louis-le-Grand , les bourses de ces petits collèges et leurs archives ayant été transportées dans ce grand collège , les boursiers des petits y furent reçus à domicile, instruits et nourris. Les archives de l'Université y furent déposées. Ses assendjlèes s'y tinrent. Sa bibliothèque y fut établie et jointe à celle du collège , après la vente de celle des jésuites, par arrêt du 11 février 1765. L'élection du recteur et des autres officiers de lUniversité se ht dans ce collège. Le recteur y fixa son tribunal et y procéda aux actes de sa juridiction. Enfin les enfans de Langres , qui jusque alors avaient été élevés et instruits dans ce collège, continuèrent d'y être entretenus aux frais du roi.

Ces enfans , au nombre de dix, étaient des jeunes gens auxquels le roi faisait apprendre l'arabe, le turc et le persan, pour le commerce national. Ils devaient être nés dans le Levant. Ils étaient destinés à remplir des places d'interprètes , de consuls et autres , dans les villes de commerce dites Échelles du Levant. Ils étaient nommés par le ministre de la maiine. Louis XIV les avait établis dans ce collège ,

à la Tin du XVIF siècle. Louis XV ordonna qu'ils coiilinueraient de l'habiler, sous la direction d'un maître particulier qui les accompagna depuis loi's au collège royal, où ils allèrent entendre les leçons de langues orientales, qu'auparavant ils recevaient des jésuites. Sous ces religieux, ils étaient nommés Arméniens, parce qu'ils étaient vêtus à la turque. Depuis 1 771 , ils prii'cnt l'habit français, mais en uniforme bleu : La révolution de 1792 les a aussi compris dans la réunion générale de toutes les bourses, auPrytanée , qui a supplanté l'ancien collège; et les jeunes gens , pour aj)pi'endre les langues de l'Orient, furent obligés iYeii suivre les cours sous les professeurs qui en furent chargés au collège de France et à la bibliothèque du roi. L'Université triompha donc, après deux cents ans entiers de procès et d'animosité. Mais si elle y gagua la dépouille de son ennemi abattu , elle y perdit l'émulation qui l'avait élevée jusqu'à lui.

i-tii. L'Université , mise en possession de ce collège, y fil entrer en exercice les professeurs du collège de Dormans-Beauvais , situé dans la rue Saint-Jean, h côté decelui dePresles. Le nom de Dormans-Beauvais fut iusci-it sur une des portes extérieures du collège de Louis-le- Graud, par honneur pour le fondateur, Jean

de Dormans*, cardinal, ëvèqiie de Beauvais et chancelier de France, en 1370.

Le poète Boileaii-Despréaux **, le lieutenant-général La Gaîissonière ***, vainqueur

* Xé à Dornians, en Champagne, fils d'un procureur au Parlement de Paris. Il fut, dans le principe, avocat au Parlement de Paris, ensuite chancelier de Cliarles, duc de Normandie, fils du roi Jean, puis évéque de Beauvais. Il fut, à la mort du roi Jean , nonnné chancelier et garde des sceaux de France, après Gilles-Ascelin de Montaigu , et cardinal, en 1368, par le pape Urbain Y. Il baptisa , à l'église de Saint - Paul à Paris, le Dauphin qui depuis régna sous le nom de Charles VI. 11 donna sa démission de garde des sceaux de France, parce qu'il ne put empêcher rétablissement de quelques impôts levés sur le peuiile, qui causèicnt la sédilion des >î;iillo(ins. Mort le 7 novembre 1373. Il lut le fondateur du collège de Beauvais à Paris et d'un collège à Tormans.

"* Né à Paris, le W novembre 1636, dans la maison qui fait le coin du quai des Orièvres et de la rue du Harlay, de Gilles Boileau, greflier de la grand'chambre du Parlement de Paris, Irois années avant la naissance de nacine. Il fit sa quatrième au coilége d'îiarcourt. C'est à cette époque qu'il fut atteint de la picirc, pour laquelle il fut soumis à une opération qui. étant mal faite, lui laissa toute sa vie une incommodité qui réagit sur son moral et donna toujours à sa physionomie un air de tristesse et de mélancolie qui perça souvent dans ses productions litléraiies. !1 mourut, âgé de soixante-quatorze ans et cpielques mois, le 13 mars ITII.

•'* Né à Iloclierort, le 11 novembre 1693. Mort à Nemours, le au octobre 1756. Le -2n mai 17.j6 , il battit l'escadre de l'amiral anglais liyng, forte de lreiz.e vaisseaux de ligue, dont un à trois ponts et de cinq frégates. Celle qu'il couimaiidait se composait de douze vaisseaux de ligne et de cinq frégates. Après sa victoire, il revint en France et se dirigea vers Fontainebleau, où résidait le roi Louis XV; mais la mort l'arrêta à Nemours. Le roi éJait dans l'intenlion de le nommer ma-

(le l'anilral anglais John Byng *, ont ëludië dans ce collège. Parmi ses professeurs , se distinguèrent surtout saint François-Xavier, le cardinal d'Ossat , l'évêque de Lombez-le- Maîlre, l'abbé Vittenient *% instituteur des princes, petits-fils de Louis XIV***, le célèbre Hollin, le pieux Coirni****, tous trois recteurs

réchal de France. Distingué comme marin , il s"occiipail d histoire naturelle et d'astronomie. Dans le Canada, dont il avait élé gouverneur, il piouva qu'à tous ses lalens il unissait celui d'administrateur. La Gallssoniére était bossu; aussi les sauvages qui vinrent le recevoir, à son airivéc au Canada, lui direiit-ils : « Il faut que tu aies une bien belle âme, puisque, avec un si vilain corps, le grand chef, notre père, t'a envoyé ici pour nous commancier. »

• Fils de Georges Byng , d'une ancienne lamille du comté de Kent. Il fut fusillé, lé 14 mars l"o", pour avoir été vaincu par le lieutenant-général La Galissonicre.

** Né de parens pauvres, à Dormans, en Champagne, <!n dGo.'i.Il dut son instruclion à la chariié de quelques ecclésiastiques qui lui firent commencer ses études. C'est lui qui enseigna la philosophie à l'abbé de Louvois, fils du minislri; d'État. Lors de la paix de I6f)7, il complimenta Louis Xî\, qui manifesta sa satisfaction en disant" qat jamais harangae niorateur ne lui avaient fait tant de plaisir. » LouisXIV cl le duc d'Anjou, devenu roi d'Espagne, en 1700, sous le nom de rhilippeV.rhonoraientd'uiK; confiance sans bornes. Ce dernier lui offrit l'archevêché de Burgns, avec une pension de 8, oof) ducats; mais ce pleu\ et modeste savant refusa, disant qu'il avait fait vœu de ne rien recevoir de l'Église tant (ju'il aurait de quoi pourvoir à ses besoins. Il mourut en 1731. Il a laissé des ouvrages manuscrits, parmi lesquels on cite une réfutation du système de Spinosa.

*** Les ducs (le Bourgogne, d'Anjou et de Berri.

'*** Né à Uu/,anri, diocèse d(> Heims, en t(;7(>. En 1718, il

de rUniversitë, et dévier*, son historien. Avec les professeurs, les boursiers de Dormans-Beauvais furent transférés au collège de Louis-le-Grand , auquel furent incorporés en même temps ceux de tous les autres petits collèges dont les maisons furent données à loyer au profit des principaux , des professeurs émërites , et des bourses réduites de nombre et augmentées de valeur, en leur con-

fut élu recteur. C'est sous son rectorat que fut établie l'instruction gratuite dont, autrefois, le cardinal de Richelieu avait eu le projet. Les fonds furent placés sur le vingt huitième effectif du prix du bail général "(les postes et messageries, dont la création première est due à l'Université de Paris. Il mourut à Paris, d'une fluxion de poitrine, le 20 juin 17-49, à l'àgc de soixante-treize ans. Tarmi ses œuvres se trouve une ode sur le Vin de Champagne, en réponse à celle d'un nommé Cireniau, professeur au collège d'Harcourt, qui avait vanté l'excellence du vin de Bourgogne. La ville de Reims voulut lui prouver sa reconnaissance par un présent annuel de ses meilleurs vins. Ses anivi'cs ont été publiées par l'avocat Lenglet, en 2 vol. in-î2, Paris, i7.-io.

* Né à Paris, en 1693. Fils d'un ouv-ier imprimeur. U fut, pendant vingt ans, professeur de rhétorique au collège de Beauvais. Mort à Paris, le l<"-' décembre 17G."i. Il a publié : 10 les huit derniers volumes de VIJistoire romaine de KoUin; 2" VHisîo.re des Empereurs jusqu'à C'/tistantin, 17.j(), 6 vol. in-4'>; Trois Lettres sur l'iine, du P. Hardouin , Paris, 17â'>, in -4 ' ; l'iti-f.ivii Palavini Ilistoriarntn libri xxxv , cun\ iwtis, 1748, G vol. in- 4"; Histoire de l'Université de Paris, Paris, 1761 , 7 vol. iu-12, ce n'est qu'un extiait ù'Egasse du Sdnilag ; Observations sur l'Esprit des lois ; Remarques sur le Traité di s tititdes de Rollin , Paris, r/.Sf), in-12; Rhétorique française, Paris, 17(;:;, -2 vol. in-i2.

Il)

servant la destination voulue par les fondateurs, la plupart pour la théologie, d'autres pour le droit, et quelques unes pour la médecine.

I.es études s'y continuèrent sur le même plan que dans les autres <olléges de l'Université qui avaient beaucoup emprunté de celui des jésuites. La littérature française s'y enseigna concurremment avec la littérature grecque et latine , et dans les meilleurs auteurs en ces trois langues. On y joignit quelques petits abrégés d'histoire et de géographie, mais insuiïisans et sans chi'onologie ni cosmographie. On restreignit la philosophie à la logique, à la métaphysique eî à la morale pendant une année , mais on ne donnait pas assez de temps à cette dernière qui est pourtant la plus importante. On consacrait la seconde année à la physique générale , pailiculière et expérimentale * aux mathématiques dont Uivard % Mazeas**,

" Né en iGî)" , à Neufchàteau , Lorraine. l\ enseigna la lihllosopliio pen<lant quaranle ans, an collège de Beauvais. C.'estlirKiui, le ineinier, introduisit lenseignenienl des inathéinaliqiies dans l'iniversilé. !l inoiiriil à Paris, le > avril 1778. il a publié une édition latine du Nouveau-Testament, l'aris, 1743, 2 vol. in-13. Celti; édition a la réputation d'être fort correcte, et Tauleur promettait un exemplaire à (luiconquc; lui ferait observer une seule faute.

'• Né à Landernau, en I7i(i. Pendant long-temps professeur de philosophie au collège de Navarre. En 17S3, il fut nommé

Lacaille* el Marie**, successivement firent fleurir l'élude; mais maîheiireusenienl sans aucune application , le temps élant Irop court pour étudier des sciences aussi vastes.

cli.inoine de Nolrc-Daaie de Paris. Dislribuail (oui aux pauvres; et, la révoliilion 1 ayant privé de son bénéfice, il tomba dans un état voisin de lindigcnce, qui le força de vendre son mobilier el sa bibliolhtque pour exister. Il reçut quelques secours de la Convention. Sélant retiré à Pontoise, un domestique fidèle, dont riiisluirc n'a pas conservé le nom, 1 y nourrit pendant trois ans de ses épargnes. Ces ressources élant épuisées , il vint à l'idée de ce bon serviteur d'écrire an comte François de Xeufchàtcau , alors minisire de l'inlélienr, pour lui faire connaître l'état de dénùmenl où se trouvait son maître et leur procliaine misère, liuisquc ses épargnes étaient arrivées à leur tin. Le nom de Mazeas suffit pour exciter l'attenlion du ministre sur un pareil place!. Plusieurs employés du ministère se rappelèrent avoir été les élèves du modeste et malheureux savant. Ils appuyèrent la pétition du vertueux serviteur, et une pension de 1,800 IV. fut accordée. Mazeas mourut le G juin 1801. On a' de lui : lu Iiléincns d' Ariihmélique , d'Ahj"bre et de Gdoméirie, avec une Iniroduciion aux sections coniques, Paris, 17:;8, in-8^'; Instituliones philosophiœ sive elemoita loyicG', melaphyslcœ, etc., Paris, ITT7, 3 vol. in-l2.

* Né à Rnmigny, près de Rosoy, en Thiérache , le t.'i mars 1713. Ayant ptîrdii son père, qui était capitaine des chasses de la duchesse de Vendôme, il continua à jouir de la protection du duc de Bourbon, qui avr.il placé son père. Il fut présenté, par Fourchy, à Jacques Cassini, qui lui accorda un logement à l'Observatoire de Paris.

Jl fil, avecMaraldi, la dcstriplion géograph'aïue des cotes de France, depuis Nanles jusqu'à Bayonne. En avril 173!i, il entreprit la vériiicaiioH de la nu-ii.lienne. Il inséra, dans la première édition de V Art de véri/icr les dates, ses calculs d'éclipses pour dix-huit cenls ans, En 174G, il s'installa dans un

Il fut bien plus diftici le de gouverner celle nuiltilude de boursiers accumulés dans un njênie local sous une règle commune , quil ne l'avait été de les diriger parliellement dans

observatoire construit exprès pour lui, au collège 3îazarin, occupé ensuite par Lalandc, et détruit lors(iue l'Iustilut s'installa au collège 3Iazarin. U fit un voyage au cap de Bonne- Espérance , pour observer les étoiles australes, (jui ne se voient jamais au dessus de l'horizon de Paris. Ce voyage coûta, pour les frais de construction et d'instrumens, 9,144 fr. 2") c. , dont Lacaille rendit un rompte si scrupuleux, que les employés du Trésor en manifestèrent leur étonnement. Pendant son séjour au Cap, il mesura un degré de l'hémisphère austral , (!i leva la carte exacte des îles de France et de Bourbon. Il imagina des moyens graphiques ingénieux pour le commun des navigateurs. Saisi d'un rhumatisme goutteux, il n'en passa pas moins les nuits de tout un hiver, couché sur les pierres de son observatoire, pour achever le catalogue de ses étoiles zodiacales. l\ mourut le 21 mars 1762, âgé seulement de quarante-neuf ans, accablé de travaux si étendus, que Lalande, qui se plaisait à se mettre au nombre de ses élèves, dit qu'il avait fait, à lui seul, plus d'observations et de calculs que tous les astronomes de son temps réunis. Ses ouvrages sont : 1» Leçons élémentaires de Mathématiques , 1S07, in-8"; 2» Leçons de Mécanique , î743, in-8" ; 3» Leçons d'Astronomie, 1746; i^ Elémsns d'Optique, M:')0; .*)0 Observations faites au cap de Bonne-Espérance, pour les parallaxes delà lune, de Vénus et de ^Iars;6'> Astronomiœ fnndamenta, Paris, 1757, in-4o ; 7» Tables solaires, 17.S8; 8o Tables de f^ogarithmes; 9° Ephémérides depuis iliH jusqu'à 1775; IQo Cœlum australe stelliferum , 1763, in-4'>, publié par Maraldi ; 11" Journal historique de son Voyage au cnp de Bonne-Espérance, Paris, 1763, in-12, rédigé par C.U'li(M\

*• Né à lUiodez, le 2". novembre 173S. Docteur de Sorbonuf», ecclésiastique distingué , il fut jjiofesseur de philosophie au

leurs maisons respectives. Jusque-là partagés en petites troupes, chacune dans le collège qui était comme son patrimoine , sous un chef ou principal , élève lui-même de cette maison , et du même diocèse qu'eux , ils ne faisaient avec lui qu'une même famille dont il était comme le père. Ils allaient chaque jour, sous sa conduite, ou celle de son substitut, entendre les leçons publiques dans le collège de plein exercice le plus voisin , comme faisaient encore, dans la dernière moitié du xvnf siècle, les écoliers des communautés de Sainte-Barbe et des Irlandais. Mais une fois enfermés ensemble, quoique sous des inspecteurs yigilans, l'insubordination fit des ravages d'autant plus rapides , que la contagion rencontrait plus d'individus dans un moindre espace.

collège du Plcssis. En 1762, il succéda à l'abbé de Lacaille, fil qualilé de censeur royal et do professeur de mathématiques au collège Mazarin. En 1771, il fut nommé conseillerclerc au parlement ilaupou. En 1782 , il fut chargé de l'éducation des princes, îils de M. le comte d'Artois. U suivit Louis XVIII dans son exil. A ré|)0{iue où ce prince partit pour Varsovie, le 23 février 1801, l'abbé 3Iarie devait se mellrc en route le 2o ; mais on le trouva, ce jour-là, à cinq heures du matin, couché dans son lit, les mains jointes : il rendait le dernier soupir, ayant un couteau enfoncé dans la poitrine, il avait eu un frère qui était mort fou : était-ce un accès de folie qui l'avait porté au suicide, ou a-l-il été assassine? on n'en sut jamais davantage.

iTW L'inlluence des idées de It'poqiie réagit au inoiiienl où le peuple, jjrisanl loules lesbari ières que lui opposail larislocratie, connnuniqua son impaliencc à la jeunesse , que l'effervescence des passions naissantes, l'inexpérience et l'ambition entraînèrent dans le torrent. Rien ne pnt la retenir. Les registres de l'ijniversité conservent les témoignages de l'empressement d'un grand nombre de ses élèves à embrasser les nouvelles doctrines. On y lit une requête d'écoliers au recteur, qui demandent que les vacances soient avancées , pour qu'ils puissent se livrer aux élans de la liberté. Non seulement celle réunion de tant d'écolicis rassernblésde toutes parts dans un même lieu , nuisait à la discipline , elle n'était pas même favorable au bien des études. On trouve dans les mémoires du bureau «radniinislration du collège de Louis-le-Grand une plainte datée du 5 août 1779, du petit nombre des prix que le collège a remportés cette année ; l'économie ne gagnait pas davantage à celle réunion; il fallut établir une administration et des bureaux, payer des administrateurs et des coiumis. La su'oordination soutînt de la difficulté (les destitutions. Tel était l'état de ce collège quand lUniversité, sous le rectorat de Deliieiif, reçut, le 22 mars 1792, par le

département, iiu décret de l'Assemblée nationale, qui suspendait toute nomination de recteur, et en confiait provisoirement les fonctions au professeur Binet jusqu'à laprochaine organisation de l'instruction publique. Pour se conformej'à ce décret , les phices vacantes des professeurs furent remplies par des agrégés qui se soumirent aux sermens qu'il exigeait. Knfm , l'Université, après sa dernière distribution de prix , le 2i août, s'éteignit avec l'au- 1732 torité royale, et l'instruction publique fut abandonnée.

Le collège de Navarre se ferma par suite de cette catastrophe , sous son dernier principal , le docteur Dubertrand, qui l'avait porté au plus haut point de prospérité où il soit jamais parvenu. La vente de ses biens , en exécution des décrets de l'Assemblée constituante, avec tous ceux de l'instruction publique en général, aliénés comme partie des biens du clergé, enleva aux boursiers , outre les maisons et les rentes constituées à Paris , plusieurs terres , entre autres , celle de Charenton, et les deux belles seigneuries de Verneuilet de Vincy, que ce collège possédait depuis les années 1397 et 1400.

Pour relever l'instruction déchue , Tassem- ,blèe nationale crut devoir assigner une rélri-

billion 8ur le trésor de l'État. L'Université, supprimée avec tontes les sociétés savantes et littéraires, ne laissa après elle que des écoles normales, centrales etdépartementales.Toutes les bourses de collège, fondées par des particuliers, furent réunies, non seulement cellesde Paris, comme dans la réunion de Tannée 1764, mais encore celles de tonte la France , dans le collège de Louis-le-Grand. L'on suppi'ima ce nom , qu'on remplaça par le titre de Prytanée. A Athènes, ce nom désiunait le lieu où l'on nourrissait gratuitement les anciens serviteurs de l'état, ici, au contraire, on entretint du produit de ces bourses , destinées la plupart originairement à former des ecclésiastiques , des jeunes gens qu'on y exerçait aux manœuvres militaires. Le collège de Navarre, dépouillé de ses bourses, vit sa bibliothèque enlevée, sa chapelle détruite, ses professeurs dispersés, ses écoliers en fuite, et de son antique existence il ne conserva que ses murs, témoins muets de sa gloire passée.

Page 1