‹ Origine de l'universitéChapitre 7 sur 15 · CHAPITRE îî · texte numérisé non relu

CHAPITRE îî

ÉrCDES ET EXEUCICES I)S L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE LORS DE HX PREMIÈRE ORGANISATrOX.

« L'enseignement de l'école (dit l'avanlpropos du premier journal polytechnique) a deux branches principales : la première comprend, d'une pari, l'analyse malhëmatique avec ses applications à la géométrie et à la mécanique; d'autre part, la géométrie descriptive divisée en trois parties : la stéréoto mie (ou coupe des solides), l'architecture et la fortification.

» Le dessin s'y trouve joint , soit comme étant la description moins rigoureuse, mais souvent la seule possible des objets, soit comme art de goût.

» Dans la seconde branche, il s'agit de physique générale et de chimie. Cette dernière fut partagée en tîois coins : le premier, où l'on s'occiipail spécialement des substances minérales; le second, dos substances végé-

taies et animales; et le troisième, des minéraux. Toutes ces éludes se faisaient dans l'espace de trois ans.

» Il faut dire encore que l'école était tellement montée, que l'on s'y atlachait bien plus au travail que l'élève exécute de ses propres mains qu'à ce qu'il pourait apprendre en écoutant les professeurs ou en étudiant dans les livres.

» C'est, en effet, la meilleure méthode pour fixer dans l'esprit les connaissances que l'on acquiert, s'assurer de leur justesse,* et être certain qu'on les possède complètement. La collection de ses ouvrages est d'ailleurs im témoin irrécusable de l'emploi que l'élève a fait de son temps.

» Cette condition dans le mode du travail distinguait éminemment l'école. Elle imitait en cela l'école de Mézières pour les ingénieurs, et l'école de Schemnitz, en Hongrie, relativement à la pratique de la chimie.

» On ne saurait trop, dans un moment, disait-on, où l'on va réorganiser l'instruction publique en France , insister sur la nécessité d'obliger les jeunes élèves de tout âge à un travail manuel. Sans cela, ils n'auraient que des notions superficielles et seraient incapables d'une occupation suivie. »

Cette méthode d'instruction se bornait pourtant, en géométrie, h faire des épures, c'est-à-dii-e des descriptions graphiques de la solution des problèmes proposés. Elle ne consistait pas à faire tailler le bois et la pierre en stéréotomie , comme il semble que l'expression d'opération de la main le signifie; cette opération n'était applicable qu'à la chimie, où, effectivement, les élèves manipulaient eux-mêmes. Mais à quoi pouvait servir, dans un ingénieur chargé de construire, cette habileté à composer et décomposer les substances? Elle est utile à l'ingénieur des mines, comme métallurgiste; mais c'est dans l'école des Mines, disait celle-ci, qu'il doit l'apprendre, et non dans une école préparatoire. Quant à la physique, elle consistait, comme dans les anciennes écoles, en expériences faites par le professeur devant les élèves, mais non par eux, et toute la théorie physique se bornait aux explications neutoniennes ou tirées de la chimie.

Qu'a-t-on voulu dire , quand on a formé le vœu de voir adopter, dans la réorganisation de l'instruction publique, cette mélhoile de travail manuel? A-t-on voulu qu'il n'y eût d'instruction publique que pour faire des ingénieurs et des chimistes? des géomètres et

des physiciens? des ai-clntccles et des dessinateurs? Il y avait surtout une cliose qui, dans cette nouvelle chimie , paraissait assez contradictoire avec le mépris ou Findifférence qu'affectaient ces savans pour l'crudilion iittéraire. C'étaient les noms grecs qu'ils avaient donnés à tout, sans savoir eux-mêmes et sans entendre la langue grecque. Les réformateurs sentaient que les connaissances littéraires ne peuvent s'acquérir que par un assez grand nombre d'éludés, à cause des langues savantes, qui demandent du temps et l'exercice de la mémoire. Les sciences, au contraire, peuvent s'abréger par le calcul , l'imitation et l'action. Mais, puisqu'on mettait les poids, les mesures et les chemins en grec, on pouvait bien aussi parler d'oxygène et d'hydrogène à qui ne savait ni grec ni latin.

Vauban*, Perronnet**, qui ont créé en

• N6 en 1633, à Sainl-Légcr deFoiicherct, département do la Nièvre. Encore enfant , il perdit sou père et sa mère qui le laissèrent sans fortune. M. de fontaines, prieur de Saint- Jean, à Senuir, le recueillit, lui apprit à lire, à écrire, à calculer et les i)reniiers éléniens de géométrie. A dix-sept ans, il fut reçu comme cadet dans le régiment du grand Coudé. En 1G.")5, à Clermont, il obtint le brevet d'ingénieur. 3îorl maréchal de France le 13 mars 1707. l\ laissa une grande quantité de Mémoires du premier mérite, au noudire desquels on eu cite un intitulé : Mfs Oisivetés, qui, sous Tapparcnce de la plus vraie modestie, cache le plus grand génie. D'après «n calcul fait, Vauban a travaillé a .'îoo places ou forteresses

France les deux branches du génie militaire et civil, avaient cependant fait d'antres études que celles des malhématiques, quand ils ont élevé leur art à ce point qu'on n'a pu depuis que perfectionner. Leu's sucrcssearSj dans les écoles fondées par ces deux grands maîtres, n'ont marché sur leurs traces qu'en puisant dans ces mêmes études iliabilude ei ki facilité de coordonner leurs idées, de les exprimer avec clarté et dans la série qui leur convient, et d'instruire par communication didactique . qu'ils ont apprise dans lears études littéraires, à en faire à leurs lecteurs et à leurs élèves plus encore par leurs écrits que par les constructions qu'ils ont laissées comme modèles indestructibles des règles de l'art.

anciennes, conslruit 33 nouvelles, conduit .".3 sièges cl s'csl trouvé à 140 actions de vigneur. Parmi ces Mémoires, on doit citer celui mentionné à la clianibre des dépiitcs pisr MM. Thiers et Arago, et intitulé : Ve l'itvpcrtanca dont Paris est à la France et soin que l'on doit prendre âe sa ronsenction. Vauban y démontre qu'on doit garder Paris, qu'on peut s'y défendre, indiquant le genre de fortifications que celle ville est susceptible de recevoir.

** Né à Surène, près Paris, en 1703. Célèbre ingénieur d /s ponts et chaussées. C'est d'après ses plans que lurent cmislruils b'S ponts de Neuiliy, de IVemours, de Pont-Sainle- Maxence et celui de Louis XVI à P;ais. C'est également à lt,i que l'on doit le canal de Bouryorine. .'i5o;-l le 27 îV-vriT 1794. 1! légua par testament ses modèles et sa bibîioîhèqiie à l'Écule lies ponis ef rbr.u5S''»es.

Dans les élèves de la nouvelle école , au contraire, combien n'en fut-il pas auxquels on put appliquer le reproche adressé anciennement à un philosophe , dont on disait qu'il avait trop négligé de sacrifier aux grâces? Ici , on aurait pu dire qu'ils avaient trop négligé de cultiver les muses ; et il fut trop tard quand, s'apercevant de ce qui leur man- (juait, ils voulurent lier connaissance avec elles.

CHAPlTRli III.

RÉFLEXIONS SLR LES PREMIERS TRAVALX DE LÉCOLK POLYTECHNIQUE.

On ne peut se refuser, après la lecture des Mémoires qui composent les journaux de récole Polytechnique, d'admirer la sagacité, la pénétration, la profondeur et l'étendue des lumières de leurs auteurs. On ne saurait non plus se défendre , en même temps, de regretter que, au lieu de tant de pièces détachées, lécoie n'ait pas produit un corps complet de mathématiques pures et appliquées. Ces Mémoires y auraient trouvé leui- place , comme parties intégrantes; et ce recueil aurait contenu tout ce qui compose la science malliémalique, depuis les élémens d'Euclide jusqu'à la mécanique céleste de Laplace; depuis l'almageste de Ptolémée jusqu'à lastronomie de De-

lambre*: depuis rarithiiiéhqui' ilv Diophanîe*' jusqu'à l'analyse do Lagrange.

Celte remarque sur les nialliémaliques peut s'appliquer également à la chimie. Les Mémoires qui roulent sur ces deux sciences n'en traitenl que des parties détachées, sans liaison entre elles.

Combien n'eût-ii pas été satisfaisant, pour les personnes répandues dans le monde, lisant les journaux de l'école pour se dédommager de ne pouvoir assister à ses leçons , d'y trouver un corps complet de doctrine qui eut renfermé, dans une série de Mémoires, tout l'ensemble des mathématiques, tout le système de la chimie et tout le corps de la physique?

* Né, en 1749 , à Amiens. Il avait eu pour répéliteur, an collège de cette ville, Delille. Célèbre astronome, il ne comnuMiça à se livrer à l'énide de l'aslronomie qu'à l'âge de 36 ans. En l'807, il snccéda ii son maître Lalande, en qualité de j)ro!'esseur au coilége de France. Il ftit, en 180S, trésorier de riniversilé, el, en JSl'i, membre du Conseil royal de l'instruction pnl)li(iue.

** .\uleur du plus aueioii ti'ailé sur l'algèbre. Il vivait, suivant les uns, veis l'an itio de l'ère chiélienne; suivasit dauli'es, entre les auiiées ii )0 avant .!.-(',. el iOO après. Quoi qu'il en soil, son ouvrage n'a été connu en Ein-ope qu'au xv^ siècle, 2'iO ans après que l'algclire avait été transportée d'Orieni eu îlalie par Lucas Pacciolo. Lagrange dit, dans sa Ircnleunième séance dés Écoles norniales, qu'il est l'inventeur de l'algèbre.

Les élèves qui suivaient les cours de l'école n'étaient pas les seuls qui en protitaienl. Elle en avait bien d'autres, qu'elle instruisait par la voie de ses journaux. ïls pénétraient dans toutes les régions de l'univers , et partout on disait : Quel malheur que, dès l'origine, tant de grands génies qui composaient alors 1" école ne se soient pas distribué les diverses parties de ce travail ! Ils l'eussent porté à son comble ; ilslauralent terminé. Non seulement les productions des instituteurs, mais encore celles des élèves qui en auraient été jugées dignes, seraient entrées dans la composition de ce monument éternel élevé à la gloire de l'école, et consacré à lulilité de tous les siècles et de tous les lieux. Les vides immenses, qui font des dix-sept premiers volumes un ouvrage décousu et sans aucune relation entre ses parties , seraient remplis ; on y trouverait toute la science, toutes les branches des mathématiques pures, et toutes les variétés des mathématiques appliquées. Lécolier et le maître, l'ignorant et le savant y auraient également trouvé à proliter. Ce code de mathématiques aurait été aussi différent des cours de Woîf,

• Né le 24 Janvier 1679, à Brcshuv, où sou père était brasseur, n voulut reudrc à la philosopliie pratique le service qne Descartes avait voulu rendre a la philosophie ihcoritiuc.

(le Docliales et de Caslel", que les nialhénialiques du xix' siècle sont au dessus de celles du xvii*. Celait à l'école Polytechnique de France h le donner au monde.

On disait, pour se disculper, que ses journaux étaient faits à l'instar des recueils de Mémoires d'académies, qui ne suivent aucun ordre didactique. Mais les journaux de l'école ne sont pas des recueils académiques dans le sens qu'on entend communément. Ils devaient exposer les travaux de l'école, puisque tel

en recourant à l'applicalioii des méthodes mathénaatiques. Il mourut le 9 avril l7t)i. ï-on traité de philosophie eu latin se compose de: 1" Philo.iophica ralionalis , sivelogica methodo srientificà pertractata, etc. 2 vol. in-A», 1728. — 2o Psychologia Empiriea. in-i", 1728. — 3» Philosophia prima, sive Ontologia, 1730. — 4» Coîmo/o/yia generalis, 1731. — ô" PsycholO(fia ralionalis, 1734. — 6o Theologia naturalis, 1736-37. — ~'> Philosopliiapracticaunivertalis, 1738-39. 8» Philosoihia mora'is. siie Ethica, 1732. — 9^ Jusnaturœ. — lO» Jus genlium, d752. — Ho Spécimen physicœ ad thcologiam r-aturalem appUcatœ. S>on cours de malhématitiues a été abrégé en 3 vol. iii-S", par Sernclli.

* Né A Montpellier, le 11 novembre 1688. En 1720, il publia ses travaux sur la pesanteur, le développemrnt des mathcviatiques et l'analogie des sons avec les couleurs. Mort le 11 janvier 17^)7. So!\ principal ouvrage a pour titre Mathéviai.ique universelle. Paris, 17:28, in-i". C'est cette publication qui le Ut admettre à la Société royale de Londres. Ses autres écrits portent le cachet d'un esprit à la fois bizarre et profond. Montesquieu l'appehiil l'Arlequin de la philosophie. \.n \~Q'i,'\\ a été publié, par l'abbé de la Porte, un volume in-l"2 intitulé: l'Esprit, les Saillies et Singularités du P. Castel,oii on trouve un extrait des divers otivr.iges de cet auteur.

est leur litre. Ces travaux ont dû procéder du plus simple au plus composé , car c'est la marche d'une école. Ils auraient dû donner au moins ces travaux dans l'ordre où ils ont été exécutés, et non des ouvrages de professeurs, travaillés dans le cabinet sur des sujets souvent bien disparates entre eux.

Puisqu'on intitulait ce recueil : Journal des travaux de l'Ecole , c'étaient les leçons journalières des professeurs qu'il fallait donner avec les travaux des élèves, plutôt que des Mémoires, qu'il fallait réserver pour l'Académie des sciences. Cette collection progressive, jointe au cours complet dont il a été parlé, aurait été plus généralement utile, puisqu'elle aurait fait des élèves, au loin comme de près.

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