LA GÉOLOGIE ET L'ORIGINE DE LA VIE
fragile. I a disparu à jamais et rien ne fera retrouver des témoignages de son existence. |
La faune cambrienne nous met en présence brusquement d’un monde vivant très complexe, très différencié, où presque tous les embranchements que nous connaissons à l'heure présente à la surface de la terre sont déjà représentés. Il faut donc scruter à nouveau d'une manière approfondie les terrains et les roches antérieurs au Cambrien et voir quelle réponse ils donneront au problème GEAR que nous posons en ce moment.
-Les géologues américains qui ont rencontré dans. leur pays, notamment au Canada, dans la région des Grands Lacs «et du fleuve Saint-Laurent, d'énormes agglomérations rocheuses qui sont précambriennes ont'été amenés à proposer une subdivision en deux a terrains primitifs :
PArchéen proprement dit, formé de roches exclura métamorphoséeset éruptives (gneiss, gneiss granitoide, formations cristallophylliennes, etc.);
2° l’Algonkien, composé de roches détritiques, de calcaires, de grès ou de quartzites, de schistes.
Qu’a-t-on trouvé dans l’Archéen rappelant la vie? Nous n’insisterons pas sur lÆozoon canadense découvert en 1863 par Mac Mullen, à la partie supérieure de ce que l’on a appelé le Laurentien, dans un calcaire serpentineux cloisonné avec des couches alternatives de serpentine, de pyroxène et de carbonate de chaux. Carpenter a cru y reconnaître un Foraminifère (1). Môübius a montré que la structure -est beaucoup trop irrégulière pour permettre de penser à une origine organique. L'interprétation précédente a été définitivement abandonnée. Sederholm a rencontré dans les schistes archéens dela Finlande des matières charbonneuses qui prouvent « d’une manière
(1) Des restes analogues ont été trouvés en Bavière (Eozoon bavaricum Gümbel), en Finlande, en Bohème (E. bohemicum Hôchstetten), dans les Pyrénées (E. pyrenaicum Garrigou).
indubitable, dit M. Haug, la présence d'organismes. Certains petits amas en forme de sacs ont été interprétés par ce sagace observateur comme des fossiles de nature problématique, tels que Echinodermes primitifs ou plus vraisemblablement végétaux de structure peu compliquée. » (1° partie, t. I, p. 569.) L’Algonkien qui vient au-dessus de l’Archéen, est un système d’une importance énorme. En Bretagne et dans le Cotentin, l'épaisseur de ces couches a été . évaluée à 5.000 mètres (Briovérien de M. Ch. Barroiïs); dans le nord de l’Ecosse les grès de Torridon (Torridonien) ont environ 3.000 mètres d’épaisseur; aux Etats-Unis, M. Waäalcott attribue aux deux séries du Grand Canon du Colorado (Unkar et Chuar) 4.000 mètres. Ces chiffres sont éloquents et on est conduit à envisager comme admissible l’opinion formulée par les auteurs américains que l’ensemble de la période algonkienne correspond à une immense durée qu'ils estiment avoir été « aussi longue que toute Père paléozoïque ». Il à fallu, en effet, un temps immense pour que les deux règnes (animal et végétal) et presque tous les CRAN RERO animaux se constituent.
Les dépôts détritiques jouent un grand rôle dans cette période algonkienne; les géologues les expliquent par les dégradations intenses de chaines de. montagnes archéennes et algonkiennes. Il y a eu des mouvements orogéniques importants après des.
périodes de sédimentations de longue durée. Fait. pe
nouveau et capital, mis en lumière récemment par . M. Coleman, à la suite de ses recherches au Canada dans les environs de Cobalt (Ontario), il y a eu des dépôts glaciaires et ceci implique « pour le début de l’époque algonkienne un climat plus rigoureux que
celui de l’époque actuelle. »
Etant donné ce qui précède, on conçoit que l’on. n'ait pu retrouver des restes organiques dans la période algonkienne.
LA GÉ ÉOLOGIE ET L'ORIGINE DE LA VIE HE à:
M. Waicott dans l'Amérique du Nord a signalé
dans l'étage supérieur Chuar, du Grand Canon du
Colorado (Arizona), des preuves incontestables d’une faune déjà très différenciée. Citons notamment des coquilles écrasées en forme de Patelles (Chuarra cireularis), des Hyolithus assez douteux, un fragment qui ressemble à une pièvre de Trilobite. Il a récemment trouvé des traces de Bactéries dans une section d’une Algue, plante du calcaire de Newland de l’Algonkiern du Montana dont l’âge remonterait à 33 millions d'années.
Dans le Montana (couches de Le en ne.
avec le Cambrien moyen) on a révélé des pistes d’Au-
nélides, de Mollusques, de Crustacés, enfin une
immense quantité de débris aplatis, tronçonnés que M. Walcott a appelés Beltina Danai.
En Finlande, M. Inostranzeff a décrit des lits de charbon atteignant 2 mètres d'épaisseur (shungite).
Le travail très important de M. Cayeux sur les phtanites de Bretagne mérite, à ce propos, une mention toute particulière. Il ne s’agit pas d'empreintes plus ou moins obscures (Arenicolites, Taonichnites,
Citenichnites) qui sont des pistes indistinctes, mais
malgré cela très intéressantes au point de vue où nous nous plaçons; il ne s’agit pas non plus des
- Archæozoon Cyathospongia, Halichondrites où les naturalistes ont cru retrouver de premiers indices de
la vie animale ou végétale ; « beaucoup de géologues, dit M. Cayeux, y voient des manifestations vitales d’une suffisante authenticité, tandis qu’un certain nombre considèrent leur attribution à des organismes comme très problématique. »
On désigne sous le nom de phtanites des roches siliceuses déposées en couches minces, stratiformes, souvent avec des lits interstratifiés de charbon. C'est M. Barrois qui a déterminé l’âge de ce gisement breton qui se trouve à la limite de l'étage des schistes à minéraux. et des phyllades de Saint-
Lô; c'est ce savant également qui à remarqué, au : microscope, dans des préparations de ces roches des … sections circulaires qui ont été l’objet des recherches approfondies de M. Cayeux, sections identifiées avec des restes de Radiolaires. Grâce à beaucoup de persévérance, ce dernier a pu acquérir des notions précises et justes sur ces animaux très inférieurs tout à - fait archaïques. On sait que pour réaliser quelques bonnes opérations dans les études de cette nature, il en faut faire un très grand nombre, et Rüst, spécialiste en Radiolaires moins anciens et moins difli-. ciles à étudier, rapporte qu'il avait fait plus de | 5.000 sections pour réunir seulement 200-formes en bon état. É:
Une localité heureusement très riche:des environs de Lamballe (Villeauroien Marout) a permis d’observer des dépôts où ces animaux si particulièrement. intéressants pullulaient. Les Radiolaires ainsi décou- … verts étaient de très petite taille de 15u à 20u par exemple. Ces dimensions s’écartent beaucoup de celles des Radiolaires connus paléozoïques et actuels. Ce caractère est d'autant plus frappant que les Radiolaires siluriens ont déjà la taille de ceux qui mivent” aujourd’hui. « Personne, dit M. Cayeux, n'a jamais songé à assigner aux Radiolaires une limite de taille; personne n’oserait poser en principe «que les Radiolaires à squelette continu devaient nécessaire-. ment Ôlre aussi grands queceux qui peuplent nos. mers, ct l’on :ne voit pas bien pourquoi cette même taille ne pourrait se modifier dans le temps, comme c’est le cas de tant d'organismes » (p. 211).
Une autre particularité de ces Radiolaires de l'époque algonkienne c’est la variabilité de leurs dimensions : par exemple dans le genre Cenosphæra. les changements sont du simple au quadruple. C’est là une dérogation à une règle qu'on avait putobserver antérieurement, que les Radiolaires apparténant à un même genre ont sensiblement les mêmes dimen-