CHAPITRE III. 23 I
De-là les expressions si familières chez tous les métaphysiciens, de feu intellectuel, de lumière intellectuelle.
Il y eut un soleil intellectuel dont le soleil visible n'était que l'image ; une lumière corporelle et une lumière incorporelle ; enfin un logos incorporel qui résidait éternellement dans l'intelligence de l'être invisible , et un logos corporel , rendu sensible à l'homme, habitant avec lui le monde corporel ; c'était le soleil : « Le Verbe prit un corps , dit saint Jean ; il habita parmi nous , et nous avons vu sa gloire ; c'est celle du fils unique du père. » Celui-là était enchaîné au temps ; il éprouvait des altérations dans sa lumière qui semblait naître, croître , décroître , succomber sous l'effort des ténèbres , en triompher ensuite , tandis que le soleil intellectuel , toujours radieux au sein de son père ou de l'unité première , ne connaissait ni changement ni diminution , et brillait d'un éclat éternel , inséparable de son principe.
On retrouvera toutes ces distinctions de soleil corporel et de soleil intellectuel dans le superbe discours que l'empereur Julien adresse au Dieu-soleil (a)% et on pourra y suivre la correspondance des deux mondes visible et invisible , corporel et incorporel , dont nous ne pouvons qu'indiquer ici l'origine. Il suffit de ce que nous en avons dit pour faire concevoir que , l'un ayant été calqué sur l'autre , la théorie des trois principes c>ue*nous avons reconnus constamment dans toutes les théologies qui ont analysé le Dieu visible , le grand Pan ou le Dieu- Univers , va se retrouver nécessairement chez tous les théologiens qui ont raisonné sur le Dieu invisible abstrait ou extrait du Dieu visible.
(*) Julian f orat. 4*
2 Sa KELIGIOH CHRÉTIENNE.
En effet , le principe de vie et d'intelligence universelle répandu dans toutes les parties du monde, étant un fair d'observation , il fallait bien que le monde l'eût ou par lui , ou par une cause première placée hors de lui. Si le monde Veut eu par lui- même, il eût été nécessairement Dieu v et le Dieu invisible , première cause, devenait absolument inutile et un être superflu dont le monde n'avait plus besoin. Il restait donc à dire , et c'est ce qu'on a dit, qu'il n'y avait de la vie et de l'ordre dans le monde que parce que Dieu l'y avait introduit. Ainsi Platon nous peint Dieu mettant l'ordre et la régularité dans la distribution du monde et y versant une ame universelle. Donc ces principes étaient primitivement en Dieu ; donc la source de la vie et de l'intelligence de tous les êtres était Dieu même; donc Dieu, conçu même dans le sens le plus abstrait , avait d'une manière également abstraite et intellectuelle le spiritus ou le principe de vie , et le logos on l'intelligence , principe d'ordre universel. L'être un , ou plutôt l'unité pre-' mière qui réunissait ces deux principes , était le premier Dieu , le Dieu père , source de sa propre vie et de sa propre intelligence , qui ensuite , en s 'éloignant de son individualité , devenait la vie et l'intelligence du monde ainsi que de tous les êtres qui le composent. Si l'Univers vit , ifcest vivifié par le spiritus ou par le souille de Dieu. S'il retenait ce souille à lui ^l'Univers cesserait d'être , dit l'évèque Théophile (a).
C'est ce souffle divin qui déifie le monde , dit Plotin \ sans lui , l'Univers perd sa divinité ; il n'est plus , suivant Platon , qu'un grand génie. Le même Platon (b) fait
(/»} Tht-nphil., t. i, p. 4. — {h) Plotin. Enocad. » , 1. 3 , c. 9.