CHAPITRE III
quels est né le christianisme , et de qui Pythagorc et les autres avaient emprunté plusieurs de leurs dogmes théologiques qui n ont une ressemblance si parfaite avec ceux des Chrétiens, que parce qu'ils partent de la même source.
On adora , non plus l'Univers Dien unique ou le Dieu un y mais l'unité même de l'être que Ton plaça tou jours au-dessus de l'être qui était un , comme on peut le voir dans Proclus et dans tous les platoniciens. Ces raffinemens métaphysiques faisaient le caractère de la théologie de Pythagore sur la monade première ou monade paternelle. C'est ainsi que la foule innombrable des hommes a donné une existence métaphysique à un être unique , abstrait, l'humanité. C'est par cette raison que, dans la philosophie ancienne , la multitude ou la multiplicité est toujours subordonnée à l'unité qui est placée constamment au haut de l'échelle graduée de tous les êtres. .L'essence de Dieu résida dans l'unité même de l'être : elle fut le non plus uïtrà de toutes les abstractions possibles et le point le plus élevé où l'intellect pût atteindre ; conséquemment, elle fut placée bien au-delà des corps et de tout ce qui peut être soumis aux sens. Dieu ne fut plus confondu avec l'Univers , mais conçu seul , abstraction faite de tout ce qui est divisible et corporel. Le monde ne fut donc plus la première cause ni le premier Dieu , mais la seconde cause, le second Dieu, son fils, sa production et son image. Voilà l'échelle des êtres exhaussée , et les sommets les plus élevés du monde n'en sont plus le premier échelon ou le faîte ; ils ne sont que le terme le plus élevé de l'être corporel et visible , et le plus bas de l'ordre invisible. Là pose l'extrémité infinie d'une nouvelle échelle qui mesure la hauteur du monde invisible dont l'unité de Dieu occupe le sommet. De ce
H'Sù RELIGION CHRÉTIENNE.
nouvel ordre de choses , de ce nouveau monde tout intellectuel, on ne put exclure ni la vie principe de durée, ni l'intelligence principe d'ordre. On raisonna donc sur ce monde factice comme sur le premier, et le grand Dieu incorporel qui le renfermait dans sou unité première réunit encore le principe de la vie et de l'intelligence qui n'était plus que d'une manière secondaire dans le monde visible. Il ne s'y trouvait que par communication , et que comme une émanation de celui qui résidait dans le monde intellectuel , plus près de Dieu, nécessairement vie et intelligence et principe de vie et d'intelligence de tous les êtres visibles , invisibles , corporels et incorporels. On appela ce monde nouveau qui résidait non plus dans la matière, mais dans l'esprit et dans rintelligence universelle , le monde archétype , quoique par le fait et par la manière dont la métaphysique l'avait produit , il fût d'une création bien postérieure au monde visible , et qu'il eût été absolument calqué sur lui. On renversa tellement les dé* nominations que* ce monde factice, de nouvelle création , s'appela le monde réel , le plus ancien et le modèle archétype de l'autre , résidant de toute éternité dans l'intelligence de Dieu , qui n'avait composé le monde visible que sur le modèle éternel qui existait dans son intelligence [90]. C'est ainsi qu'on doit entendre ce passage de Jean sur le Verbe ou sur le logos : « Au commencement était le Verbe ; et le Verbe était én Dieu. Ce qui est fait a été fait par lui , et rien n'a été fait sans lui ; » idée absolument conforme au système platonicien qui placé dans le logos ou dans l'intelligence divine le modèle éternel de tout ce qui a été créé et ordonné dans le monde visible. On conserva encore les dénominations de feu et de lumière , mais on y joignit les épithètes d'intellectuel .